Lo sposo deluso, ossia La rivalità di tre donne per un solo amante, K. 430 (424a), est un opera buffa inachevé de Wolfgang Amadeus Mozart, composé à Vienne en 1783 et 1784.

Mozart en écrit l'ouverture et quatre numéros, puis abandonne, sans qu'on sache pourquoi. Le livret, d'un auteur resté inconnu, raconte comment trois femmes se disputent le même officier, tandis qu'un vieillard riche et sot, promis à l'une d'elles, se voit berné.

Composition

La recherche d'un livret Le , Mozart écrit à son père que le comte Rosenberg, directeur des spectacles, lui a demandé s'il n'aimerait pas écrire un opéra italien. Mozart avait devancé la question et déjà fait commander d'Italie les derniers livrets bouffes, sans rien recevoir encore. Des chanteurs italiens sont attendus à Vienne pour Pâques.

Le , il constate que le Singspiel allemand n'ira pas au-delà de Pâques :« Comme l'opéra allemand qui n'a pu être mené jusqu'à la troisième représentation mourra de toute façon après Pâques — tout se passera comme si on voulait l'exécuter avant cette date ; — et ce sont des Allemands qui le font — fi diable ! »Wolfgang Amadeus Mozart, lettre à Leopold Mozart, Vienne, 5 février 1783 (Bauer/Deutsch 725), dans Correspondance complète, éd. W. A. Bauer, O. E. Deutsch et J. H. Eibl, trad. de l'allemand par Geneviève Geffray, Flammarion, 2011 (ISBN 978-2-0812-3647-9), p. 1176. Texte original et fac-similé sur la Digitale Mozart-Edition. La troupe italienne prend la relève et ouvre sa saison le 22 avril, avec La scuola de' gelosi d'Antonio Salieri.

Le , Mozart cherche toujours son livret, et se montre difficile. Il écrit en avoir étudié au moins cent, sinon davantage, sans en trouver pratiquement un seul qui le satisfasse. Il mentionne alors « un certain abate da Ponte, poète de son état », qui lui a promis d'en écrire un nouveau, et doute qu'il tienne parole.

Le , une autre piste se présente. Un poète italien vient de lui apporter un livret, qu'il utilisera peut-être si l'auteur accepte de l'aménager à son goût. Ce livret est peut-être celui de Lo sposo deluso. C'est l'hypothèse de John Arthur, qui ne peut pas la prouver. Aucune lettre conservée ne cite l'opéra, et on ignore comment Mozart en a eu connaissance.

Une œuvre difficile à dater Rien ne permet de dater l'œuvre avec certitude. Ludwig von Köchel la plaçait en 1783, à Salzbourg, en même temps que L'oca del Cairo. En 1937, Alfred Einstein la renumérote 424a, ce qui la range juste après deux duos composés à Salzbourg pendant l'été 1783. Il la date alors de juillet ou octobre de cette année-là, avant de se raviser pour 1784 dans le même volume. Le numéro 424a lui est resté, et l'ouvrage porte aujourd'hui un double numéro Köchel.

La Neue Mozart-Ausgabe a proposé de dater l'œuvre dans la seconde moitié de 1783, puis s'est corrigée en 2005 : fin 1783 et 1784, sans qu'on puisse préciser davantage.

Un indice, au moins, vient de Mozart lui-même. Pour son premier rôle féminin, sur le livret, il écrit le nom de « Sig:ra Fischer ». Il s'agit de la cantatrice anglaise Nancy Storace, qui n'a porté le nom de Fischer que le temps de son mariage avec le violoniste John Abraham Fisher, en 1784. Les deux airs conservés ne peuvent donc pas être antérieurs au printemps de cette année-là.

Pour le reste, chacun avance sa date. Neal Zaslaw place les deux airs en 1785, Andrew Dell'Antonio en 1784, Francesco Degrada dans la seconde moitié de 1784. En 2021, John Arthur reprend le dossier à partir des papiers, des encres et de l'écriture de Mozart. Il distingue trois moments : l'ouverture et le quatuor à Vienne en juillet 1783, les deux airs en 1784, le trio la même année. Ce dernier porte des retouches plus tardives encore. Mozart l'a peut-être complété bien après avoir renoncé à l'opéra, pour qu'il soit chanté seul en concert.

L'abandon Mozart n'a jamais expliqué pourquoi il a laissé l'opéra inachevé, et aucun document ne le fait à sa place.

Trois explications ont été proposées. Otto Jahn y voit l'absence de toute perspective de représentation. Einstein pense que Mozart a compris que le style bouffe qu'il pratiquait là le menait dans une impasse. Zaslaw invoque les difficultés d'adaptation du livret au goût viennois et le début du travail sur Les Noces de Figaro, le premier livret que Lorenzo Da Ponte ait effectivement écrit pour lui.

Sources et transmission Mozart n'a laissé qu'une ébauche de partition, cinquante feuillets répartis en quatre cahiers. L'autographe était conservé à Berlin. Évacué à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque Jagellonne de Cracovie, sous la cote Mus. ms. autogr. W. A. Mozart 430. alt=Page de musique manuscrite à l'encre brune, portant cinq lignes d'esquisse en haut du feuillet, le reste des portées restant vide|gauche|vignette|300x300px|Esquisse autographe de l'air d'Eugenia. Un seul numéro est achevé, le trio. L'ouverture et le quatuor forment une partition complète, mais une grande partie des parties de vents y a été ajoutée par une main inconnue. Les deux airs sont à peine commencés.

Le livret est conservé à part, à la Bibliothèque d'État de Berlin. C'est une copie due à un copiste viennois, avec des ajouts de la main de Mozart. Deux feuillets en ont été retirés, ce qui laisse un trou dans le premier acte. Trois feuillets d'esquisses sont connus, chacun pour un numéro différent. Celui de l'air d'Eugenia est à Berlin, celui du trio à la Bibliothèque nationale et universitaire de Jérusalem, et celui du quatuor, aujourd'hui disparu, était en 1988 dans une collection privée.

Le , Constanze Mozart vend l'ensemble à Johann Anton André, éditeur à Offenbach-sur-le-Main. Elle garde quelque temps le cahier du trio, qu'elle fait exécuter en concert et dont elle vante l'effet, et met trois ans à en obtenir une copie. La maison André donne la première publication en 1855, une réduction pour piano établie par Julius André, le fils de l'éditeur.

Les vents ajoutés à l'ouverture et au quatuor l'ont sans doute été pour le concert donné à Prague en 1797, mais on ne peut pas en dire plus, le copiste n'ayant jamais été identifié. En 1833, le catalogue manuscrit d'André décrit déjà l'ouverture, le quatuor et le trio comme entièrement instrumentés, sans y voir autre chose que la main de Mozart.

Représentations et versions Le , Constanze Mozart donne à Prague, au Théâtre national de la Vieille-Ville, une grande académie consacrée aux œuvres que son mari a laissées et que la ville ne connaît pas encore. La seconde partie s'ouvre sur une ouverture suivie du quatuor qui s'y rattache, tirés d'un opéra inachevé. Le programme ne donne pas de titre, mais il ne peut s'agir que de Lo sposo deluso. C'est la première exécution connue de l'ouvrage.

En 1867, Victor Wilder greffe cette même ouverture et ce même quatuor sur L'oca del Cairo, l'autre opéra que Mozart avait abandonné en 1783. Complété par un trio que Mozart avait écrit pour La villanella rapita de Francesco Bianchi et par une ariette d'origine douteuse, orchestré par Théodore Constantin, l'ensemble devient un opéra en deux actes, L'oie du Caire, donné à Paris, puis la même année à Berlin et en 1868 à Vienne.

Le fragment a connu d'autres tentatives d'achèvement, dont celle de Hans Erismann, qui en tire en 1951 un ouvrage scénique intitulé Don Pedros Heimkehr.

En 2006, pour le de la naissance de Mozart, le Festival de Salzbourg a réuni les deux opéras inachevés, Lo sposo deluso et L'oca del Cairo, dans un même spectacle, Rex tremendus, mis en scène par Joachim SchlömerMozart M22 : L'oca del Cairo, Lo sposo deluso (Irrfahrten II und III), Festival de Salzbourg 2006, mise en scène de Joachim Schlömer, direction musicale de Michael Hofstetter, Camerata Salzburg. DVD, Deutsche Grammophon 0734250, 2007..

Le livret Le livret est resté longtemps sans auteur ni origine connus. Einstein tenait pour à peu près certain qu'il était de Lorenzo Da Ponte, et l'attribution a circulé pendant des décennies. Gerhard Allroggen relève que les différences de style avec les livrets authentiques de Da Ponte la rendaient douteuse.

Alessandra Campana a identifié le modèle en 1989, au cours de ses recherches sur les troupes d'opéra italiennes de l'époque. Le texte est celui de Le donne rivali, d'un auteur resté anonyme, peut-être Giuseppe Petrosellini, mis en musique par Domenico Cimarosa pour le carnaval de Rome en 1780. La pièce circule ensuite en Italie pendant trois ans, de Florence à Venise, de Sienne à Montecchio, en se modifiant à chaque reprise. La comparaison de ces versions successives montre que Mozart a travaillé sur le livret romain d'origineWolfgang Amadeus Mozart, lettre à Leopold Mozart, Vienne, 5 juillet 1783 (Bauer/Deutsch 756), dans Correspondance complète, éd. W. A. Bauer, O. E. Deutsch et J. H. Eibl, trad. de l'allemand par Geneviève Geffray, Flammarion, 2011 (ISBN 978-2-0812-3647-9), p. 1199-1200, note 4..

Le remaniement viennois porte les personnages de cinq à sept. Il crée Metilde, chanteuse et danseuse, ce qui donne trois rivales au lieu de deux, et fait du tuteur d'Eugenia un rôle chantant. L'auteur de ce remaniement est inconnu, et l'on ignore si Mozart y a pris part.

Le manuscrit conservé à Berlin porte la trace d'une hésitation sur les noms. Dans la liste des rôles, en début de cahier, le copiste appelle les personnages Bocconio, Eugenia et Don Asdrubale. Mais dans le texte copié à la suite, il les appelle Sempronio, Emilia et Don Annibale, qui sont, selon Allroggen, les noms de la distribution romaine de Le donne rivali. Mozart, lui, n'a pas suivi : il a composé sur Bocconio et Eugenia, et ce sont les noms des personnages dans l'œuvre aujourd'hui.

Argument L'ouverture et les quatre numéros composés par Mozart appartiennent tous aux neuf premières scènes de l'acte I. L'argument qui suit est donc celui du livret, non celui de l'œuvre telle qu'elle nous est parvenue.

L'action se déroule dans une maison de plaisance au bord de la mer, près de Livourne. Bocconio Papparelli, vieil homme riche et sot, doit épouser Eugenia, une jeune noble romaine qu'il n'a jamais vue. Celle-ci arrive persuadée que l'homme qu'elle aime, l'officier toscan Don Asdrubale, est mort au combat. Il se trouve précisément dans la maison. Deux autres femmes sont également éprises de lui, Bettina, la nièce de Bocconio, et Metilde, une chanteuse.

Acte I On achève d'habiller Bocconio pour ses noces, sous les moqueries de Pulcherio, l'ami de la maison qui méprise les femmes. Eugenia arrive de mauvaise humeur, juge l'accueil indigne de son rang et refuse sa main au fiancé. Au jardin, Bettina demande à Asdrubale d'empêcher le mariage. Puis Eugenia et Asdrubale se trouvent face à face. Elle le découvre vivant, il la découvre promise à un autre et lui reproche de l'avoir trahi. Bocconio ne comprend rien à ce qui se joue devant lui. Metilde entre à son tour et commence à féliciter Eugenia de son prochain mariage.

Le texte s'arrête au bout de sept vers. Deux feuillets ont été arrachés du manuscrit, et comme la dernière scène de l'acte ne porte pas de numéro, on ignore combien de scènes ont disparu avec eux. Il y manque au moins ce qui amène Bocconio à croire sa fiancée morte.

Le texte reprend aux deux dernières scènes de l'acte. Bocconio, une lampe à la main, entre dans une chambre obscure qui donne sur le jardin. Asdrubale et Pulcherio la lui soufflent et se font passer pour des ombres errantes. Le rideau se lève ensuite sur le jardin richement orné, tous les personnages s'y rassemblent et l'acte s'achève dans la confusion.

Acte II