La Quatrième République, ou République, est le régime républicain en vigueur en France du au . Elle est instituée après la période du GPRF (Gouvernement Provisoire de la République Française), qui fait suite à la libération de la France de l'occupation allemande. Malgré la grave crise qu'avait connue la Troisième République au cours des années 1930, elle reste globalement fidèle au modèle de la république parlementaire qui s'était imposé à partir de 1875.
Ce nouveau régime républicain doit assurer la reconstruction et relancer l’économie après la guerre tout en faisant face à la montée en puissance du Parti communiste français (PCF) dans le contexte de la guerre froide, ainsi qu'à la remise en cause des institutions par le Rassemblement du peuple français (RPF) du général de Gaulle. Économiquement, la Quatrième République réaffirme les principes de la nationalisation des services publics nationaux et monopoles de faits et l’existence de la Sécurité sociale créée sous le GPRF, mais maintient un modèle d’économie de marché tout en orientant les efforts économiques à travers un Plan. Elle engage la France dans les alliances occidentales, au sein de l’OECE (future OCDE, chargée de la gestion des fonds du plan Marshall), de l'OTAN et des communautés européennes (CECA puis CEE et Euratom). En revanche, elle ne parvient pas à construire l’Union française qui doit succéder à l’Empire outre-mer.
Le régime connaît de sérieuses difficultés pour dégager des combinaisons politiques stables, l'essentiel du pouvoir étant détenu par l'Assemblée nationale, incapable de susciter de majorité claire, dans laquelle les forces politiques opposées à l’existence même de la Quatrième République disposent d’un poids considérable. Affaibli par le refus de ratifier le traité créant la communauté européenne de défense (CED) en 1954 puis ébranlé par l’échec de l'armée française en Indochine en 1954, ce régime ne se ressaisit pas malgré la volonté de Pierre Mendès France parvenu au pouvoir. Il ne survit pas aux crises provoquées par la guerre d'Algérie qui a débuté la même année. Rappelé au pouvoir dans ce contexte, Charles de Gaulle instaure par voie référendaire la Cinquième République en 1958.
Formation Après la Libération, le régime politique de la Troisième République ainsi que de nombreuses personnalités politiques sont discréditées, pour avoir été incapables de mener la guerre contre l'Allemagne. Pour beaucoup d'autres, et en particulier de Gaulle, l'homme du 18 juin 1940 dont la popularité est immense, de nouvelles institutions s'imposent.
Première Assemblée constituante
thumb|left|Projection graphique de la composition de la première Assemblée constituante issue des élections législatives de 1945
Le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) décide de procéder le à un double référendum sur la question des institutions, et à une élection législative : la première question du référendum consiste à demander si la nouvelle assemblée doit être constituante : si la réponse est positive, elle se chargera de rédiger une nouvelle Constitution pour la France ; autrement, elle constituera une nouvelle législature de la Troisième République (la dix-huitième depuis 1871). Étant nombreux à lui imputer l'humiliation de juin 1940, les électeurs votent « oui » à 96 % ; la seconde question prévoit de limiter les pouvoirs de cette Assemblée, les électeurs votent « oui » aux deux tiers.
Les élections législatives, qui ont lieu le même jour, mettent en avant trois partis principaux : le Parti communiste français (PCF), qui a tiré un grand prestige de son rôle de force de résistance et de la victoire de l'URSS, le Mouvement républicain populaire (MRP), d'inspiration démocrate-chrétienne et centriste, et la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), principale formation de la gauche non-communiste. Ces derniers forment par la suite une force gouvernementale unie, que l'on nommera le tripartisme. Les modérés et les radicaux, qui ont gouverné tout au long de la , sont associés à son effondrement en 1940 et sont balayés lors de ces élections.
Après la formation de la nouvelle Assemblée, celle-ci élit le chef du nouveau gouvernement, Charles de Gaulle, à qui revient la formation de son gouvernement : il nomme les ministres, théoriquement en fonction de la représentation respective de chacun des trois partis. De Gaulle se méfie des communistes et, alors qu'ils sont arrivés en tête, ne leur accorde que cinq ministères. Par contre six portefeuilles sont attribués à des fidèles du Général de Gaulle qui n'appartiennent à aucun des trois partis (dont un modéré et un radical, tendances pourtant largement battues dans les urnes). Cette décision marque le point de départ de fortes divergences entre De Gaulle et les partis politiques représentés à l'Assemblée. Pour ne rien arranger, l'élaboration d'une nouvelle constitution se révèle très difficile. De Gaulle, suivi par le MRP, souhaite un régime bicaméral (à deux chambres parlementaires), doté d'un président de la République puissant et « au-dessus des partis » (il précisera ses idées en dans son discours de Bayeux puis en septembre lors de son discours d'Épinal), alors que les socialistes et les communistes condamnent l'octroi d'un pouvoir fort au chef de l'État. La demande socialiste d'une réduction de 20 % des budgets militaires révolte définitivement le Général, qui démissionne de manière spectaculaire le , dénonçant le .
Le socialiste Félix Gouin succède à Charles de Gaulle. Les députés du PCF et de la SFIO, majoritaires à l'Assemblée, conçoivent alors leur propre premier projet de Constitution. Ce projet prévoit une représentation populaire monocamérale, c'est-à-dire qu'une seule assemblée, élue au suffrage universel direct, non seulement voterait les lois, mais élirait un président du Conseil et approuverait la composition et le programme de son cabinet ministériel, le président de la République ne conservant qu'un rôle honorifique. L'ancien Sénat de la Troisième République aurait été remplacé par deux organes consultatifs, le Conseil économique (précurseur du Conseil économique et social) et le Conseil de l'Union française. Ce projet est rejeté par référendum le , le , soutenu par le MRP et De Gaulle, obtenant 53 % des voix. L'Assemblée constituante est dissoute, une nouvelle élection a lieu le .
Deuxième Assemblée constituante
thumb|left|Projection graphique de la composition de la deuxième Assemblée constituante issue des élections législatives de
Le rejet du premier projet de Constitution entraîne l'élection d'une nouvelle Assemblée constituante le , dont les résultats confirment les tendances politiques précédentes. Les candidats du MRP, mouvement démocrate-chrétien qui s'est opposé au premier projet de constitution, totalisent 28,2 % des suffrages et arrivent en tête. Le PCF arrive en seconde position avec 26 % et la SFIO en troisième. Comme lors de l'élection de la première Assemblée constituante, le Parti radical, parti incontournable sous la République, reste marginalisé et attire peu d'électeurs malgré son alliance avec la jeune UDSR au sein du Rassemblement des gauches républicaines. La droite, en pleine réorganisation, peine également à convaincre mais connaît un léger gain en sièges. Un élu du MRP, Georges Bidault devient président du Conseil et constitue un cabinet qui obéit toujours au tripartisme.
Durant l'été 1946, l'Assemblée rédige une nouvelle Constitution malgré tout peu différente de la première proposition, même si elle revient au bicamérisme (deux chambres distinctes possédant le pouvoir législatif). Le régime est strictement parlementaire, le pouvoir exécutif réel étant exercé par le président du Conseil (à la manière du Premier ministre britannique) et non par le président de la République qui conserve un rôle honorifique, même s'il demeure chef des armées. Le projet est adopté par l'Assemblée le par 440 voix contre 106. Le général de Gaulle le condamne quelques heures plus tard dans son discours d'Épinal ().. Le projet de Constitution adopté par le référendum du avec 53,5 % de « oui » entre véritablement en vigueur le 27 suivantBernard Lanne, Histoire politique du Tchad de 1945 à 1958 : administration, partis, élections, Karthala Éditions, 1998, 71..
Institutions
thumb|left|upright|Organigramme de la République. Les institutions de la Quatrième République restent fidèles dans l'esprit à celles de la Troisième République : c'est un régime parlementaire bicaméral. Le pouvoir législatif est exercé par le Parlement, constitué de deux chambres distinctes. La principale différence avec la Troisième République réside ici dans le fait que le bicaméralisme est inégalitaire : les deux chambres n'ont pas les mêmes pouvoirs. Le Conseil de la République (chambre haute du parlement), renouvelé par moitié tous les trois ans (mandat de six ans) au suffrage indirect (par un collège électoral composé de grands électeurs représentant les assemblées délibérantes des collectivités locales, élues au suffrage direct) ne conserve qu'un rôle consultatif. L'Assemblée nationale (chambre basse) est élue au suffrage universel direct pour cinq ans : la majorité électorale est fixée à 21 ans et les femmes sont intégrées pour la première fois au corps électoral. Titulaire de la majeure partie du pouvoir législatif, elle contrôle directement les gouvernements, qu'elle investit et peut renverser par une motion de censure à la majorité absolue. Le fonctionnement concret de l’Assemblée nationale reste marqué par les pratiques de vote héritées des régimes parlementaires antérieurs. Les scrutins publics, organisés par bulletins nominatifs, peuvent encore donner lieu à des votes pour autrui, avant que la réforme du règlement de l’Assemblée nationale du puis la révision constitutionnelle de décembre 1954 n’autorisent explicitement des délégations de vote. Les abus liés à ces pratiques nourrissent ensuite les critiques formulées contre le régime et contribuent aux débats qui aboutissent, en 1958, à l’inscription du caractère personnel du vote parlementaire dans l’article 27 de la ConstitutionAurélien Laparro, Quand les députés ne votaient pas eux-mêmes, 1876-1958 : entre absents, présents, boîtiers et votes de groupe, Paris, Hémisphères éditions, 2025, ..
Le pouvoir exécutif est essentiellement exercé par le président du Conseil. Proposé par le président de la République puis investi (accepté par vote à la majorité absolue) par l'Assemblée nationale, il forme une fois confirmé dans ses fonctions un gouvernement s'appuyant sur la majorité politique le soutenant à l'Assemblée. Cependant Paul Ramadier, premier président du Conseil, inaugure la coutume d'une seconde investiture devant l'Assemblée une fois le gouvernement composé, comme cela se faisait sous la Troisième République. Une révision de la Constitution en 1954 établit officiellement une investiture du gouvernement une fois formé par l'Assemblée nationale. La plupart des prérogatives du président du Conseil sont héritées de la Troisième République : il nomme à tous les emplois civils et militaires, exécute les lois, contresigne tout acte du président de la République.
Le président de la République est élu par le Parlement composé par la réunion des deux chambres (article 29 de la Constitution), pour une durée de sept ans. Son rôle est essentiellement représentatif, mais il a deux atouts en main : il nomme le président du Conseil et il a le pouvoir de dissoudre par décret la chambre des députés, suivant une procédure très encadrée. En effet, pour dissoudre l'Assemblée, il faut au moins deux crises ministérielles au cours d'une période de 18 mois et qu'elles se soient soldées par l'adoption d'une motion de censure ou le refus de la confiance de l'Assemblée au gouvernement à la majorité absolue des députésMarie-Anne Cohendet, Droit constitutionnel, , ..