Aquilée, en italien Aquileia, en frioulan Aquilee., est une commune d'un peu plus de de la province d'Udine, dans la région autonome du Frioul-Vénétie Julienne en Italie.
Colonie romaine fondée en , Aquilée était la capitale de la Regio X Venetia et Histria, une des villes les plus importantes de l'Empire romain, et un grand foyer du christianisme : elle a été entre le et le , le siège du patriarcat d'Aquilée. Avec Ravenne et Brescia, c'est le site archéologique le plus important de l'Italie du Nord, et avec Cividale del Friuli et Udine, l'une des capitales historiques du Frioul, dont la bannière dérive de ses armoiries.
Toponymie en italien Aquileia ; en latin Aquileia ; en slovène Oglej ; en frioulan Aquilee ; en allemand Aglar ou Aglarn ou Agley..
Géographie
Aquilée est une ville proche de la mer Adriatique, située entre Palmanova et Grado. La zone habitée se développe autour de la basilique patriarcale sur un rayon d'environ un kilomètre, intégrant également les vestiges de l'ancienne cité romaine, et est traversée par le fleuve Natissa. La partie sud du territoire municipal, derrière la lagune de Grado, est constituée principalement de terres cultivées (émanation de la bonification agricole fasciste) ou de petites parcelles de forêts. Le hameau de Belvedere, qui surplombe la lagune de Grado, abrite deux exemples typiques de forêts de pins, Pineta di San Marco et Pineta di Bielvedè.
Le territoire d'origine marécageuse a été récupéré par des interventions massives d'assainissement.
Histoire
Période romaine
Du au
La colonie latine (il s'agit de la dernière colonie latine de droit latin fondée ; par la suite, il n'y eut plus que des colonies romaines) est fondée en sous la direction des triumvirs romains Publius Cornelius Scipio Nasica, Caius Flaminius et Lucius Manlius Acidinus Fulvianus, envoyés par le Sénat romain pour barrer la route aux barbares qui menacent les frontières orientales de l'Italie. La ville se développe comme base militaire pour la campagne contre les Histriens et contre divers peuples, dont les Carni, puis pour l'expansion romaine vers le Danube. Trois mille fantassins s'y établissent avec leurs familles, ainsi que des cavaliers, surveillant l'Istrie insoumise et les Gaulois transalpinsTite-Live, Histoire romaine, livres XXXIX, 55 et XL, 34. Aquileia devient cité moins d'un siècle plus tard.
Elle est divisée par le cardo maximus, l'actuelle via Julia Augusta, et par le decumanus. La municipe est agrandie par phases après 89 av. J.-C., comme en témoignent les différentes murailles de la ville. Pendant l'hiver entre 59 et 58 av. J.-C., comme indiqué dans les Commentaires sur la guerre des Gaules, Jules César place les campements circum Aquileiam (autour d'Aquilée)Cesare - De bello Gallico - Libro I, 10. et appelle deux légions pour faire face aux Helvètes. La ville obtient de ce séjour de César, et d'autres, de nombreux avantages.
Durant le règne d'Auguste, elle est proclamée capitale de la dixième région d'Italie, Regio X Venetia et Histria (actuellement, globalement, la Vénétie et l'Istrie ), devenant un centre politico-administratif et un emporion prospère. Le développement de la ville à cette époque est tel que sa splendeur lui vaut d'être comparée à une seconde Rome. La fortune d'Aquilée lui vient de sa position stratégique et commerciale : important port fluvial sur le fleuve Natissa, c’est le point de départ vers l’aire du Norique aux débouchés des routes venant des Alpes et de la mer Baltique, notamment de la route de l'ambre, et de la Gaule vers l'aire danubienne et les provinces d'Illyrie et de Pannonie.
Aquilée est donc rapidement devenue une plaque tournante du commerce méditerranéen en direction des régions danubiennes et rhénanes. Par son port transitent de nombreuses denrées, la ville elle-même étant au centre d'un riche terroir. La vie artistique est remarquable, portée par la richesse de la clientèle et l'intensité du trafic et des contacts.
L'importance d'Aquilée au sein de l'Empire romain transparaît dans sa représentation sur la table de Peutinger qui représente l'ensemble du réseau viaire de l'Empire. Aquilée fait partie des rares villes de deuxième niveau, celles qui sont entourées de murailles et de tours (juste après les trois villes cernées d'un médaillon : Rome, Constantinople et Antioche).
La peste à Aquilée vignette|Aquileia est représentée avec une enceinte et 6 tours.
vignette|Vue d'Aquilée : au premier plan le forum romain, au fond le campanile de la basilique.
L'Empire, de 165 à 189, est affligé par une « peste », probablement une épidémie de variole, connue sous le nom de peste antonine ou « peste de Galien », qui dure environ 15 ans et fait selon certaines sources"Past pandemics that ravaged Europe", BBC News, 7 novembre 2005 un total de 5 000 000 de victimes. Selon certains, c'est l'un de ces événements qui ont profondément changé l'histoire romaine, déterminant une rupture d'époque avec la période précédente.
Au printemps 168, les empereurs Marc Aurèle et Lucius Aurelius Verus décident de se rendre dans la région du Danube pour atteindre Carnuntum ; Aquilée est la première étape. L'état-major impérial est composé du préfet du prétoire Tito Furio Vittorino, Pomponio Proculo Vitrasio Pollione, Daturnio Tullo Prisco, Claudio Frontone, Advent Antistio. La ville d'Aquilée voit d'immenses quantités de troupes se masser sur son territoire et la crainte que ce rassemblement n'amène la dangereuse maladie s'avère bientôt fondée. Les deux empereurs, arrivés à Aquilée et inquiets de l'épidémie qui a déjà causé entre-temps la mort du préfet Furio Vittorino, envoient une lettre à Galien le demandant comme médecin personnel pour la campagne d'Allemagne.
La peste antonine les oblige à différer leur offensive. À la fin de l'été de la même année, Marc-Aurèle se retire de la campagne militaire avec ses troupes pour passer l'hiver à Aquilée, où il est rejoint par Galien. Les premiers cas de peste apparaissent dans la ville. La diffusion croissante des cas de peste à Aquilée incite les empereurs à se retirer avec leur seule escorte personnelle à Rome ; Lucius Aurelius Verus, qui a poussé à ce départ, meurt à Altinum d'un accident vasculaire cérébral.
Siège de l'empereur Maximin le Thrace
Les préparatifs défensifs, renforcés entre les , permettent à Aquilée de vaincre le siège, aujourd'hui le plus souvent placé en 170, des Quades et des Marcomans, alliés contre les Romains avec les Sarmates durant les longues guerres du règne de Marc Aurèle.
En 238, la ville est assiégée par les troupes de lors de la guerre civile qui l'oppose au sénat de l'Empire romain, à la suite de l'élection à son détriment par celui-ci des empereurs Maxime Pupien et Balbin qui acceptent comme César. Maximin et ses troupes descendent en Italie de Pannonie, mais la ville d'Aquilée où il prévoit de s'approvisionner ferme ses portes, l'obligeant à l'assiéger. Rutilio Crispino et Tullio Menofilo sont chargés par le Sénat d'organiser la défense (bellum Aquileiensis), ce qu'ils réalisent en renforçant les murs et en accumulant de la nourriture et de l'eau en quantité. Maximin envoie des émissaires sous les murs pour inviter la population à se rendre ; Crispino harangue le peuple (le discours est rapporté par Hérodien), l'invitant à faire confiance au Sénat romain et à mériter le titre de libérateurs de l'Italie de la tyrannie de Maximin.
Les assiégeants ne réussissent pas à prendre la ville et finissent par massacrer Maximin. Rutilio Crispino et Tullio Menofilo se rendent à Cervignano del Friuli où l'armée de Maximin campe le long de la rivière Ausa, portant les effigies de Pupien, Balbin et Gordien couronnées de lauriers. Aquilée devient alors le théâtre du ralliement des armées de l'empereur Maximin aux nouveaux empereurs désignés par le sénat..
Avènement du christianisme
Aquilée exerce une fonction morale et culturelle avec l'avènement du christianisme qui, selon la tradition, est prêché dans la région par l'apôtre Marc (évangéliste). Au cours des premiers siècles, la ville voit ensuite le témoignage de plusieurs martyrs, dont les premiers sont Hermagore et Fortunat d'Aquilée vers 70. Le pape Pie Ier, mort en 154, serait également natif de la ville. Au , Hilaire et Taziano (morts en 284) sont d'autres martyrs de l'église d'Aquilée ; au début du , Chrysogone d'Aquilée, Proto et les frères Can, Cantien et Cantienne, dont le culte trouve une large diffusion dans tous les territoires du diocèse d'Aquilée, de la Vénétie à l'Istrie, de la Carinthie à la Slovénie, sont martyrisés. En 313, l'empereur Constantin met fin aux persécutions. Avec l'évêque Théodore (mort en 319 environ), un grand centre de culte est construit, composé de trois salles avec des mosaïques magnifiques, chacune contenant plus de 2 000 fidèles.
Les évêques d'Aquilée prennent de l'importance au cours des siècles suivants, apportant une contribution vigoureuse au développement du christianisme occidental, tant d'un point de vue doctrinal que pour l'autorité exercée. Après l'édit de Milan, l'évêque Théodore d'Aquilée y fonde une première église en 313, qui a un rôle primordial dans l'évangélisation vers l'Europe de l'Est, jusqu'au Danube et en Hongrie et, par-delà l'Istrie, vers les Balkans. C'est une métropole pour une vingtaine de diocèses en Italie et une dizaine au-delà des Alpes. L'importance de cet évêché lui vaut la tenue d'un concile local en 381 : le concile d'Aquilée, qui concerne toutes les églises d'Occident, est célèbre et décisif pour la lutte contre l'arianisme.
Sous Dioclétien (293-305), Aquilée devient le siège d'un atelier monétaire romain. En 300, l'empereur Maximien s'installe dans les palais impériaux de Mediolanum et d'Aquilée et, dans ces villes, érige des édifices aux proportions énormes, dont un cirque, de manière à les faire apparaître comme une sorte de « seconde capitale ». En 312, Aquilée fait partie des villes qui s'opposent à l'entrée de Constantin Ier en ItalieLa mémoire de la ville : Aquilée et son passé à la fin de l’Antiquité, par Claire Sotinel https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02911583/document.
Au , les présences impériales s'intensifient et de nombreux affrontements sanglants résolvent des disputes fratricides. En 340, est tué dans une embuscade près d'Aquilée. En 388, c'est à Aquilée que se rend l'usurpateur Magnus_Maximus à et . La bataille de la rivière froide en 393, où Théodose Ier bat l'usurpateur Eugène, se déroule dans les environs d'Aquilée. En 425, y tue Jean.
Bien que la crise du troisième siècle ait eu de douloureuses répercussions, la ville, siège de nombreux offices et institutions autoritaires, est encore, à la mort de l'empereur Théodose Ier en 395, la neuvième ville de l'Empire et la quatrième d'Italie, après Rome, Milan et Capoue, célèbre pour ses remparts et son port.
Destruction par Attila et arrivée des Lombards Le déclin vient avec les invasions barbares et la chute de l'Empire romain d'Occident. Aquilée résiste aux raids répétés d' en 401 et 408, mais pas à Attila qui, à la suite de l'effondrement accidentel d'un mur de la fortification, réussit à pénétrer dans la ville le 18 juillet 452, la dévastant et, dit-on, répandant du sel sur les ruines. Attila oblige les légionnaires qu'il a fait prisonniers à construire des engins de siège utilisés par les Romains et massacre ou asservit une grande partie de la population. Deux légendes sont liées à la figure d'Attila : l'une relative à l'effondrement des murailles d'Aquilée et à un rêve prémonitoire grâce auquel Attila a conquis la ville ; l'autre sur le trésor d'Aquilée, enterré pour éviter qu'il ne soit pillé. L'autorité de son église et le mythe d'une ville qui a été puissante ont survécu, même si désormais sa domination directe est limitée à un petit territoire qui a ses ancrages dans la zone urbaine avec le port maritime et dans le village de Grado.