La Dynamit Nobel, exactement Dynamit Nobel AG, abrégée en DAG, était une entreprise allemande spécialisée dans l'industrie chimique et l'industrie de l'armement, dont le dernier siège social se situait à Troisdorf. L'entreprise a été démantelée et vendue en 2004 par sa maison-mère MG technologies (aujourd'hui GEA Group). La plus grande partie de l'ancienne Dynamit Nobel a été reprise par l'entreprise américaine Rockwood Inc.. Le dernier bilan annuel, en 2003, fit état d'un chiffre d'affaires de 2,3 milliards d'euros et d'environ . L'entreprise a été dirigée du à sa vente le par Jürg Oleas, en tant que président directeur général, fonction qu'il occupait aussi simultanément chez MG technologies.
Histoire De 1865 à 1918 Dynamit Nobel AG provient de la firme Alfred Nobel & Co., fondée le à Hambourg par le chimiste et industriel suédois Alfred Nobel . Au départ, elle fabriquait des explosifs à base de nitroglycérine dans la fabrique de dynamite de Krümmel à Geesthacht, près de Hambourg. Il s'agissait de la première fabrique de nitroglycérine située hors de Suède.
thumb|Alfred Nobel
Nobel avait pour objectif de produire de la nitroglycérine sur de nombreux sites en Europe, car le transport d'explosif était une entreprise on ne peut plus délicate à cause de sa sensibilité aux chocs. Comme le maniement de la nitroglycérine se montrait très dangereux, Nobel commença à développer un explosif plus sûr : la dynamite. Alors qu'il en était encore à la phase d'expérimentation, il se produisit en 1866 une grave explosion, dans laquelle la fabrique de Krümmel fut presque totalement détruite. Cependant, il obtint peu après un succès en mélangeant de la nitroglycérine avec du kieselguhr ce qui la rendit moins sensible aux chocs. En , il fit breveter ce nouvel explosif en Suède, aux États-Unis et en Angleterre (il fallut attendre 1877 pour qu'il dépose un brevet en Allemagne ), qui fut également commercialisé sous le nom de poudre de sécurité . En parallèle, en France, A. Nobel associé à Paul Barbe, industriel français fondent la Société Générale de la Dynamite qui deviendra Nobel Explosifs, encore présent en France et dans le monde actuellement depuis 2008 sous la marque Titanobel. Afin de mieux pouvoir approvisionner les principaux acheteurs, les mines de la région de la Ruhr, l'entreprise reprit en 1874 la fabrique Schlebusch à Manfort (depuis 1930 un quartier de Leverkusen) ; Nobel s'était associé à sa construction dès 1872 et y avait dirigé la production de manière temporaire . En 1876, l'entreprise de Nobel fut convertie en société anonyme et prit le nom de Dynamit AG, autrefois Alfred Nobel & Co. (aussi abrégé en DAG). Elle se lança dans la production de biens d'armement, et peu après, elle comptait parmi les plus gros producteurs de poudre et de munitions du Reich allemand.
En 1884, comme dans les autres pays européens, les plus gros producteurs de poudre allemands se mirent d'accord pour former un cartel (ici un « », sorte de GIE) nommé Deutsche Union et dirigé par Dynamit Nobel pour cinq ans. Tous les gros producteurs de poudre du Reich allemand respectèrent cette union, qui devait les empêcher d'entrer en concurrence grâce à une coopération et des accords sur les prix à l'export. En 1886, ils développèrent une étroite collaboration avec le cartel de la poudre britannique, la Nobel Dynamite Trust Co., puis parvinrent à la constitution du Cartel Général des fabriques de poudre allemandes et britanniques . Grâce à la course aux armements de la Première Guerre mondiale, les producteurs de poudre dégagèrent d'énormes bénéfices, qui furent encore accrus par leur organisation en cartel. En outre, à cette époque, les États soutenaient massivement la production d'armes et leur développement. Dès 1886, Dynamit Nobel put ouvrir une succursale à Troisdorf. À partir de 1905, cette usine produisit aussi une matière plastique développée à partir de nitrocellulose (un produit explosif) : le celluloïd .
Jusqu'au début de la Première Guerre mondiale, Dynamit Nobel s'agrandit par acquisition de concurrentes plus petits et devint le plus grand producteur d'explosifs d'Europe. Pendant la guerre, elle employa des prisonniers de guerre dans ses usines (notamment des prisonniers russes dans la fabrique de Dömitz).
Comme il demeurait sans enfant, Alfred Nobel, le fondateur, décida qu'après sa mort sa fortune servirait à fonder l'institution Nobel, ce qui fut fait en 1900. Cette institution est chargée de décerner chaque année les Prix Nobel. Elle est financée par les revenus du legs d'Alfred Nobel, placé en actions .
De 1918 à 1945 thumb|Action de la Dynamit AG, autrefois Alfred Nobel & Co. en date du aout 1928 thumb|l'ancien bâtiment administratif de la fabrique d'explosifs Krümmel Après la fin de la guerre, une partie des installations de production fut démontée et, avec l'entrée en vigueur du traité de Versailles, on interdit à l'entreprise de produire des biens d'armement. Dès lors, l'entreprise fabriqua surtout des explosifs destinés aux exploitations minières, des détonateurs, des amorces, ainsi que des munitions pour la chasse et le sport. L'abandon de la lucrative production de biens d'armement signifiait pour elle de grandes pertes financières, de sorte qu'il lui fallut fermer des usines et réduire sa capacité de production. En 1923, elle lança à Troisdorf la production de pièces moulées en matière plastique, à base de nitrocellulose. En effet, elle était désireuse de réduire sa dépendance aux biens d'armement grâce à la production de produits chimiques. En 1925, la Lindener Zündhütchen- und Thoonwaarenfabrik d'Empelde fut reprise par la Chemische Werke Lothringen GmbH, appartenant elle-même à la BASF, mais la production y fut arrêtée en 1928 et reprise seulement en 1938, dans le cadre du réarmement. Dans les années 1920, elle coopéra étroitement avec la Siegener Dynamitfabrik AG et la Rheinisch-Westfälischen Sprengstoff-AG lesquelles appartinrent à partir de 1931 à I.G. Farben.
En 1926, par la fusion avec la Köln-Rottweil AG qui appartenait à I.G. Farben, Dynamit Nobel fut absorbée par cette dernière. Dès lors, elle forma un cartel avec la Westfalit AG (le précurseur de la WASAG, qui fut également absorbée par I.G. Farben en 1945), lequel occupa une position de monopole sur le marché de la poudre allemand. En 1930, la Rheinische Spritzguß-Werk GmbH (aujourd'hui Dynamit Nobel Kunststoff GmbH) fut fondée à Cologne. Après l'accession au pouvoir des national-socialistes, leur désir de développer une forte industrie de l'armement allemande conduisit la Wehrmacht à exiger de plus grandes capacités de production de munitions. Afin d'y parvenir, la WASAG et Dynamit Nobel fondèrent en 1934 la Deutsche Sprengchemie GmbH qui construisit sur des terrains appartenant à l'État de nouvelles usines d'explosifs et de munitions avec le soutien de la Verwertungsgesellschaft für Montan-Industrie mbH, une entreprise nationalisée. Par la suite, la Deutsche Sprengchemie GmbH devint l'unique filiale de la WASAG. Dynamit Nobel poursuivit les mêmes activités dans la Gesellschaft zur Verwertung chemischer Erzeugnisse mbH (abrégé en Verwertchemie). Cette dernière exploita plus de trente usines, à Liebenau, Empelde et Stadtallendorf entre autres. À l'époque, Stadtallendorf était le plus grand lieu de production de munitions d'Europe. Pendant la Seconde Guerre mondiale, plus de forcés venant des camps gérés par les SS à proximité des fabriques y furent employés. En 1938, on construisit à Aschau am Inn une nouvelle usine de production de nitrocellulose, laquelle appartint après la guerre à la WASAG dans le cadre de la décartellisation d'I.G. Farben.
De 1945 à 1992 Après la Seconde Guerre Mondiale, Dynamit Nobel recommença à produire du plastique et des munitions en Allemagne de l'Ouest mais ne put conserver ses usines situées en zone d'occupation soviétique qui furent en partie démontées. À partir de 1953, elle s'essaya au développement de substances organiques intermédiaires afin d'avoir un autre pied d'appui que le plastique dans le civil. Après la décision de réarmement de la Bundeswehr, la production de biens d'armement fut reprise en 1957 en premier lieu dans l'usine de Liebenau par la Gesellschaft zur Verwertung chemischer Erzeugnisse mbH qui avait surmonté la guerre. Au début des années 1960, l'entreprise retrouva sa place de leader du marché de la poudre en Allemagne. Le rachat du producteur de munitions Gustav Genschow & Co. AG de Karlsruhe en 1963 contribua à cette ascension. Avec lui, la Dynamit Nobel accéda au rang de plus grand producteur de munitions en Allemagne, aussi bien dans la branche militaire que civile. À côté de cela, on accéléra surtout la production de mines. Ainsi, à partir de 1958, environ 3 millions de mines antichar de type DM-11 furent produites à Liebenau avec la licence de la firme suédoise LIAB. De plus, Dynamit Nobel participa avec Bölkow et Dornier aux projets de recherche de l'ancien ministère pour l'énergie nucléaire (aujourd'hui Ministère fédéral de l'Éducation et de la Recherche) pour un éventuel équipement de l'Allemagne en missiles.
À la fin des années 1950, Friedrich Karl Flick, qui siégeait déjà au Conseil de surveillance avant la guerre, commença à accaparer l'entreprise par des méthodes parfois brutales envers les petits actionnaires. Avec le soutien du spéculateur brêmois Hermann Krages et en partie grâce à des échanges d'actions complices avec la Feldmühle AG à laquelle Flick participait également, il parvint à acquérir la majorité des actions de l'entreprise et devint président du conseil d'administration. Dès lors Flick, qui possédait 82 % des actionsDie Flicks p.167, se servit de la convention controversée de la Umwandlungssteuergesetzes (loi fiscale sur les sociétés commerciales) pour pousser les petits actionnaires hors de l'entreprise contre un dédommagement (comparable à l'exclusion des actionnaires minoritaires qui se pratiquent aujourd'hui). Après des protestations de groupes d'actionnaires contre cette réglementation introduite sous le Troisième Reich, le tribunal constitutionnel fédéral se prononça finalement en faveur de FlickDie Flicks p.160.
En 1959, Dynamit AG fut rebaptisée Dynamit Nobel AG, en référence à son prestigieux fondateur. À partir de 1962, l'entreprise appartenant désormais au groupe de Flick commença des négociations sous la pression exercée par la Jewish Claims Conference pour le dédommagement des forcés juifs qui furent contraints de travailler dans l'usine de Troisdorf en 1944 et 1945. Après qu'un accord fut trouvé, Friedrich Flick bloqua personnellement le versement de la somme convenue qui était de cinq millions de Deutsche Mark ( par victime), si bien qu'aucun versement ne fut effectué jusqu'à sa mort en 1972. En , il fit publier à ce propos une ultime explication dans laquelle il déclare qu'il . Flick fit toujours valoir qu'un versement contredirait ses déclarations d'innocence à ce que l'on appelle le procès Flick, que ce pourrait être considéré comme une reconnaissance tardive de culpabilité et que le Suisse Dieter Bührle (Oerlikon-Bührle) était lui aussi engagé dans Dynamit Nobel, à hauteur de 18 %Die Flicks p.167-169.
Après que l'équipement en mines antichar DM-11 de la Bundeswehr fut achevée à la fin des années 1960, l'usine de Liebenau fut cédée en 1977 au producteur de munitions hollandais Eurometaal, dont la Dynamit Nobel possédait un tiers des parts. Les grands projets de mines furent par la suite réalisés à Troisdorf et à Burbach-Würgendorf.