La Femme et le Pantin () est un film américain réalisé par Josef von Sternberg, sorti en 1935, et présenté à la Mostra de Venise. Septième et dernier film pour le couple Marlène Dietrich / Josef von Sternberg après L'Ange bleu, Cœurs brûlés, Agent X 27, Shanghaï Express, Blonde Vénus et L'Impératrice rouge.
Inspiré du roman de Pierre Louÿs, La Femme et le Pantin, le film raconte la rivalité d'un jeune homme, Antonio Galvan, et d'un homme plus âgé, Don Pascual, dans la tentative d'obtenir les faveurs de la belle et capricieuse Concha Perez.
Le film fut sélectionné à la Mostra de Venise en 1935, où il remporte le prix de la meilleure photographie. Il peut être considéré comme maudit« En 1935, La Femme et le Pantin a des allures de film maudit. », Jean-Paul Bled, Marlène Dietrich, la scandaleuse de Berlin, collection biographie, éditions Perrin, 2019, p. 111. car il marque la fin de la collaboration artistique entre Josef von Sternberg et Marlene Dietrich (ils mettront du temps à s'en remettre sur le plan artistique, surtout Sternberg), vit nombre de ses copies détruites à la demande du gouvernement espagnol et demeura alors invisible jusqu'en 1959, où il fut remis en circulation grâce à l'exemplaire personnel que possédait Dietrich.
Synopsis Lors du carnaval de Séville, au début du , le jeune Antonio Galvan, républicain exilé à Paris, profite de l'agitation et de la foule présente dans la ville pour rendre visite à sa mère. Lors du défilé, il remarque une sublime créature entourée de ballons dans un des chars, coiffée d'une mantille et le visage masqué d'un loup. Il la suit après le défilé, manquant se faire surprendre par les carabiniers. Se faisant annoncer chez la dame, il obtient en retour un mot de celle-ci, caché dans un diable en boîte, lui donnant rendez-vous le soir même, sur la promenade des sycomores.
Se rendant alors dans un bar, il rencontre Don Pascual Costelar, un vieil ami capitaine ; il est surpris de le croiser en civil : Don Pasqual lui annonce qu'il a quitté l'armée à cause d'une femme. Antonio lui dit alors qu'il a rencontré lors du défilé une jeune personne avec qui il a rendez-vous le soir même. Lorsque Don Pascual apprend qu'elle se nomme Concha Perez, il change de visage et conseille à Antonio de se méfier d'elle, car elle est la femme la plus dangereuse qui soit. Intrigué, Antonio demande des explications à son vieil ami.
Cinq ans auparavant, rentrant de vacances en France en train, le capitaine Costelar se trouve bloqué par une avalanche avec tous les passagers. Agacé par une bohémienne qui danse dans le compartiment exigu, une jeune femme lui fait alors des croche-pieds qui finissent par déclencher une bataille entre les passagers. Les carabiniers interviennent, et le capitaine, Don Pascual, prend sous sa protection la jeune femme, puis, à son retour à Séville, demande son adresse à celle-ci, Concha Perez, qu'elle refuse de lui donner, citant sa mère : « Mère dit que les mouches ne rentrent pas dans une bouche fermée ! »
Plus tard, le capitaine choisit d'intégrer un comité qui surveille les conditions de travail dans une fabrique de cigarettes de la ville. Visitant la fabrique, il y croise à nouveau la jeune Concha Perez et lui donne une pièce en or en échange d'une cigarette roulée par ses mains. Mais mieux encore, la jeune femme lui demande de l'attendre à la sortie de l'usine, lui ayant néanmoins fait comprendre qu'elle habite avec sa mère. À la fin de sa journée, Concha retrouve Don Pascual et s'enquiert de savoir s'il n'est pas risqué pour lui de traîner avec une fille comme elle. Il lui répond que non, et la raccompagne chez elle où il croise un homme présenté comme un cousin et la mère de Concha, qui, voyant à qui elle a affaire, parvient à obtenir de l'argent de Don Pascual, lui faisant remarquer lourdement son inquiétude pour sa fille, obligée de travailler près des filles de la fabrique depuis le décès de son mari voilà quinze ans. Don Pascual lui donne alors une somme plus importante encore, censée libérer Concha de ses obligations professionnelles. Pendant que la señora Perez va payer le propriétaire, Concha embrasse fougueusement Don Pascual puis le rejette aussi brutalement, lui reprochant son aplomb, et lui disant : « Je vous ai aimé une minute ; je vous interdis de m'embrasser si vous ne m'aimez pas ! »
Poursuivant son récit à Antonio, Don Pascual lui raconte qu'ensuite, il est retourné chez Concha trente fois au mois pendant trois mois et qu'elle n'était jamais là, mais avec un cousin ou à son cours de danse d'après sa mère. Il donne alors une forte somme d'argent à la señora Perez, pour qu'elle prenne soin de l'éducation de sa fille et ne soit plus dans le besoin, ne pouvant l'épouser à cause de son statut de militaire. Les deux femmes déménagent alors sans laisser d'adresse.
Finalement, Concha réapparaît un jour chez Don Pascual, éplorée, lui disant qu'elle ne cesse de penser à lui depuis toujours, et qu'elle et sa mère sont à nouveau à court d'argent. Don Pascual la demande alors en mariage pour soulager tous ses problèmes, et Concha lui répond que sa mère est également venue et qu'il n'a qu'à régler les problèmes financiers avec elle. Elles disparaissent à nouveau.
Encore plus tard, Don Pascual, en mission sur la côte pour surveiller les fortifications, croise à nouveau Concha dans un cabaret où elle se produit, chantant Three sweethearts have I. Il la suit à nouveau, expliquant son attitude ainsi : « J'avais deux solutions : la tuer ou la quitter. J'ai choisi la troisième ! » Chez elle, il croise Morenito, torero visiblement amant de Concha. Mais cette dernière parvient à soutirer de l'argent à Don Pascual pour nourrir son torero. Souhaitant racheter son contrat auprès de la tenancière du cabaret, Tuerta, Don Pascual essaie de traiter avec elle, mais elle refuse sans l'accord de Concha. Au cabaret, celle-ci, fatiguée, refuse de discuter avec Don Pascual, arguant qu'elle va se reposer mais passe en réalité du bon temps avec Morenito. Furieux, Don Pascual la violente.
Le lendemain, Concha vient s'excuser auprès de Don Pasqula de son attitude. Il lui demande de partir avec elle. Elle invoque son contrat inachevé. Don Pascual parvient à le racheter à Tuerta. Folle de joie, Concha se précipite chez lui pour le remercier, puis lui dit qu'elle part en promenade sans lui. Don Pascual comprend une fois de plus qu'il a été joué, Concha montant en calèche avec Morenito en lui disant : « Si je ne suis pas rentré dans une semaine, ne m'attends pas ! » Devant le scandale, Don Pascual est donc amené à démissionner.
Voilà toutes raisons qui poussent Don Pascual à conseiller à son ami Antonio de fuir Concha Perez. Le jeune révolutionnaire jure alors à son ami qu'il part pour la France le soir même.
Fiche technique Titre : La Femme et le Pantin Titre original : Réalisation : Josef von Sternberg Scénario : John Dos Passos et Sam Winston d'après un roman de Pierre Louÿs Production : Josef von Sternberg et Emanuel Cohen producteur exécutif (non crédité) Société de production et de distribution : Paramount Pictures Musique : Ralph Rainger et Andrea Setaro Musique Cappricio espagnol : Nikolaï Rimski-Korsakov Photographie : Josef von Sternberg et Lucien Ballard (non crédité) Montage : Sam Winston (non crédité) Direction artistique : Hans Dreier et Josef von Sternberg Costumes : Travis Banton et Henry West (non crédité) Pays de production : Début du tournage : Format : Noir et blanc - - 1,37:1 - Son : mono (Western Electric Noiseless Recording) Durée : 79 minutes Genre : mélodrame et romance Date de sortie : États-Unis : (New York) Affiches : Marcel Jeanne, Roger Soubie (France)
Distribution Marlène Dietrich : Concha Perez Lionel Atwill : Capitaine Don Pascual 'Pascualito' Costelar Edward Everett Horton : Gouverneur Don Paquito 'Paquitito' Alison Skipworth : Senora Perez Cesar Romero : Antonio Galvan Don Alvarado : Morenito Tempe Pigott : Tuerta Francisco Moreno : Alphonso Acteurs non crédités : John George : un mendiant Joel McCrea (scènes supprimées : remplacé par Cesar Romero) : Antonio Galvan Morgan Wallace : Mendez Lawrence Grant
Tournage Titre du film pendant le tournage : Capriccio espagnol, Carnival in Spain. Ernst Lubitsch, devenu directeur de la Paramount, refuse ce titre, qu'il ne juge pas assez parlant, et le remplace par celui que l'on connaît aujourd'hui, estimé plus accrocheur. Mais c'est aussi un bon moyen pour Lubitsch de rappeler à Sternberg, qui n'aime pas obéir à ses supérieurs, qui est le chefJean-Paul Bled, Marlène Dietrich, la scandaleuse de Berlin, collection biographie, éditions Perrin, 2019, p. 109.
Lors de la scène du carnaval - et de la première apparition de Dietrich - c'est le réalisateur lui-même qui tire à la carabine pour crever les ballons derrière lesquels se cache la star. « Pas un tremblement de paupières, pas le plus léger tiraillement dans le large sourire éblouissant ne furent enregistrés par la caméra en un moment ou n'importe quelle autre femme que cette extraordinaire créature aurait tremblé de peur » (von Sternberg). À la demande de Marlène, la scène fut refaite plusieurs dizaines de fois (« non, on la refait, mon œil gauche cillait ; non, ma lèvre supérieure a tremblé ».) Le perfectionnisme du duo artistique est ici à son apogéeMaria Riva, Marlène Dietrich par sa fille, Flammarion 1993, et 370..
Marlène Dietrich retrouve Lionel Atwill, avec qui elle a tourné le Cantique des cantiques en 1933.
Joel Macrea fit un essai pour le film ; von Sternberg le fit répéter une cinquantaine de fois la même scène - demander une tasse de café - puis le refusa et le fit remplacer par César Roméro.
La fille de Marlène Dietrich, Maria Riva estime que ce film marque une rupture dans la carrière de sa mère, car ensuite,
Critiques À la sortie du film
Ce film fut, à l'époque de sa sortie, un échec critique et financier, et marqua la fin du duo artistique von Sternberg / Dietrich. Von Sternberg aura par la suite de plus en plus de mal à réaliser des films, et Marlene, si elle va encore tourner dans vingt-sept films, deviendra moins intéressée par le cinéma, et sera même qualifiée de « poison du box-office » à la fin de la décennie 1930.
À la sortie du film, le critique du New York Journal-American écrit que « l'intrigue est (...) absurde, (...) artificielle et fait abus des répétitions. » Celui du New York Sun dit avoir vu « le film le plus terne de la saison », et celui du Herald Tribune l'estime « presque entièrement vidé de toute substance dramatique. »Jean-Paul Bled, Marlène Dietrich, la scandaleuse de Berlin, collection biographie, éditions Perrin, 2018, p. 110.
En revanche, le New York Times trouve que « Depuis l'Ange Bleu, c'est la meilleure production du tandem Sternberg-Dietrich. » Homer Dickens, op. cit., . Il indique aussi que le spectateur sera comblé par « l'exquis raffinement dont témoigne la réalisation de Sternberg et par l'extraordinaire beauté des décors et de la prise de vue. »
Beaucoup de critiques de l'époque boudèrent ce film et n'en parlèrent même pas. Von Sternberg l'explique en partie ainsi : Josef von Sternberg, De Vienne à Shanghaï, les tribulations d'un cinéaste, édition Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma, 2001, p. 300 et 301.
Depuis
Nombre de spécialistes estiment aujourd'hui que ce film donne la meilleure photographie de Dietrich qui soit, avec Shanghaï Express (1932), et qu'il est plus réussi qu'on ne l'a pensé à l'époque de sa sortie. Pour Patrick Brion : « C'est la plus belle adaptation [du roman, et] Marlene Dietrich y est resplendissante. »Patrick Brion, Regards sur le cinéma américain, 1932-1963, éditions de la Martinière, 2001, . Pour Thierry de Navacelle, « La photographie est d'une beauté incroyable. Le film tourne autour de Dietrich, toujours plus ravissante, époustouflante de vie et d'insouciance. » Thierry de Navacelle, Sublime Marlene, éditions Ramsay, 1982, .