vignette|Le Graben à Vienne vers 1890 par August Stauda.

L'histoire de Vienne, (prononcé : ; en allemand : Wien ; en bavarois : Wean ; en hongrois : Bécs) est la capitale et la plus grande ville de l'Autriche ; elle est aussi l'un des neuf Länder (État fédéré) du pays (en allemand : Bundesland Wien). Capitale de l'Autriche, Vienne est placée sur la grande voie de communication qui traverse l'Europe en longeant le Danube.

Dès le , la garnison romaine de Vindobona succède à une colonie celte sur ce site privilégié mais, gardant les confins de l'Empire, elle ne peut résister aux invasions barbares. Les Avars dominent la région du au mais Charlemagne les soumet et crée la « Marche de l'Est » (l'Ostarrichi) qu'acquiert la dynastie allemande des Babenberg en 976. En 1273, Rodolphe de Habsbourg, élu Empereur romain germanique, réclame le duché d'Autriche comme fief ; ses successeurs s'emploieront à agrandir leur domaine, créant un puissant empire héréditaire. Bouclier de l'Occident face aux Ottomans, il subit néanmoins plusieurs invasions au . Si Vienne résiste aux sièges, elle doit attendre la défaite finale des Ottomans en 1683 pour se développer pleinement en une ville importante au cœur de l'Europe.

Malgré son occupation par Napoléon puis la sanglante révolution de 1848, Italiens, Hongrois, Tchèques, Serbes et Croates affluent à Wien dont la population dépasse les deux millions d'habitants en 1914. La ville connaît alors une incroyable effervescence créatrice. La Première Guerre mondiale sera fatale à l'Empire et en 1918, son ancienne capitale n'est plus que celle d'un pays de six millions d'habitants. Une municipalité socialiste, qui vaut à la ville le surnom de « Vienne la rouge » tente de répondre aux problèmes sociaux liés à la crise économique, mais l'antisémitisme puis le national-socialisme progressent. En 1938, l'Anschluss annexe l'Autriche à l'Allemagne nazie. Après la chute de celle-ci en 1945, Vienne connaît un sort similaire à celui de Berlin, avec une division quadripartite, et resta sous contrôle allié jusqu'en 1955.

Vienne préhistorique

vignette|Bronzes de la civilisation des champs d'urnes (1300 av le présent) exposés au Wien Museum KarlsplatzCes bronzes proviennent du quartier Leopoldau dans l'arrondissement de Floridsdorf L'histoire de Vienne remonte au . La situation au bord du Danube, entre les préalpes (Wienerwald) et la Pannonie, font de la métropole actuelle un espace privilégié pour les agglomérations précoces.

Des fouilles archéologiques dans le arrondissement (dans la ) fournissent les preuves de premières habitations à l'époque paléolithique. Des fouilles dans l'espace urbain et aux alentours montrent une habitation continue du bassin de Wien à l'époque néolithique. La situation climatique favorable et les sols fertiles de Vienne offrent aux agriculteurs du néolithique un territoire prospère.

L'industrie lithique se développe grâce à la chaille qui peut être trouvée dans les alentoursDes gisements de chaille se trouvèrent au Roter Berg ( arrdt.) et à Mauer-Antonshöhe ( arrdt.).. Des objets de l'âge du cuivre ont également pu être mis au jourNotamment dans le arrdt. à la station de métro Gumpendorferstrasse de la ligne U6 ainsi qu'au arrdt. (Ober St. Veit–Gemeindeberg), au arrdt. (Eipeldauerstrasse, Stadlau) et au arrdt. (Aspern).. Les témoignages de l'âge du bronze sont nombreux, surtout les sépultures arrdt. (Höhenstrasse/Leopoldsberg)., mais des traces d'habitation ont également pu être découvertes arrdt., Sulzengasse.. Les manipulations des crânes à des fins cultuelles sont caractéristiques à cette époque. Ainsi, dans une décharge présumée, les archéologues ont trouvé un os mandibule et un crâne dont on avait enlevé l'os temporal.

La civilisation de Hallstatt de l'âge du fer est représentée par les tumulus encore visibles de nos jours arrdt., Siemensstrasse/Julius-Ficker-Gasse., ainsi que par des vestiges d'habitations arrdt., Fontanastrasse ; arrdt., Leopoldsberg.. Des fouilles au Leopoldsberg témoignent d'une habitation dès l'âge du bronze et surtout à partir de l'âge du fer tardif, dit Hallstatt. L'oppidum est daté de l'âge du fer récent, du temps des Celtes.

Vers le début de notre ère, Vienne est conquise par les Romains qui fournissent les premières sources écrites de l'histoire de Vienne. À l'emplacement de la ville actuelle se trouve alors une petite habitation celtique appelée Vedunia.

Vindobona vignette|Des vestiges romains au Michaelerplatz, arrondissement.

Au de notre ère, les Romains occupent le territoire du centre-ville actuel près du Danube et y établissent un camp romain pour la sécurisation des frontières de la province de Pannonie. Annexée au camp romain se trouve une petite habitation civile du nom de VindobonaLes ruines de Vindobona se trouvent surtout dans le arrdt. actuel.. De nos jours, on peut toujours distinguer les anciens murs romains qui entouraient l'agglomération. Le mur du camp romain se situait le long des rues Tiefer Graben, Naglergasse, Graben, Kramergasse, Rotgasse et Rabensteig, de façon parallèle au Salzgries. À cause du cours du Danube, le modèle carré caractéristique des camps romains ne peut être utilisé à cet endroit. Le camp de Vindobona avait une largeur de ainsi qu'une longueur de au maximum.

La construction du camp romain de Vindobona commence en 97 de notre ère. Les casernes découvertes au Judenplatz sont dans en premier temps des constructions en bois. Entre les casernes se trouve une route pavée avec des gouttières des deux côtés. Vers 150, ces bâtiments sont remplacés par des constructions en pierre. Les fondations et murs intérieurs sont élevés à l'aide de mortier. Le torchis est utilisé pour la construction des murs de séparation. Les sols sont en loam ou en enduit de mortier.

L'empereur Marc Aurèle meurt à Vindobona en 180 de notre ère lors d'une campagne contre les Marcomans.

En 212, Vindobona est élevée au rang de municipium ce qui renforce sa position face à Carnuntum, capitale de la province de Pannonie qui venait de recevoir le titre de colonia.

Vienne reste entre les mains des Romains jusqu'au .

Vienne au Moyen Âge vignette|upright|Dédiée au protecteur des marchands de sel, l'église Saint-Rupert (Ruprechtskirche) domine le quai sur le canal du Danube où ils déchargeaient leur précieuse marchandise extraite des mines d'Autriche occidentale. Bâtie au sur le site d'une chapelle fondée en 740, c'est le plus ancien sanctuaire chrétien de Vienne Le Haut Moyen Âge

L'habitation celtique de Vedunia ainsi que le camp romain de Vindobona se situent à frontière orientale de l'Empire romain et deviennent rapidement victimes des migrations germaniques. On a retrouvé des traces d'un incendie catastrophique du ; cependant, le camp n'est pas abandonné.

Les rues et maisons de Vienne au haut Moyen Âge suivent les murs romains, et l'on peut donc supposer qu'une partie du fort est encore intact à cette époque. Dans l', on a retrouvé des pièces byzantines à plusieurs reprises. Datant du , le commerce fleurit. Le centre de la ville est le BerghofLe bâtiment n'existe plus aujourd'hui, il se situait dans la , une rue adjacente à la .. Des excavations dans cet espace ont mis au jour des tombeaux du . Les Lombards dominent l'espace viennois, suivis des Slaves et des Avars.

La première mention écrite de Wien au Moyen Âge se trouve dans les annales de Salzbourg de 881 ; il y est question d'une bataille contre les Magyars. Cependant, il n'est pas certain si Weniam désigne le fleuve ou la ville. Le roi Otton de la Francie orientale bat les Magyars en 955 lors de la bataille du Lechfeld.

La maison de Babenberg

vignette|gauche|Arbre généalogique de la maison de Babenberg. En 976, les Babenberg fondent le margraviat d'Ostarrichi dans lequel se trouve, proche de la frontière hongroise, la ville de Vienne. Dès le , Vienne devient une place commerciale de première importance. Dans le traité de Mautern entre l'évêque de Passau et le margrave Léopold IV, Vienne est mentionnée pour la première fois comme civitas. En 1155, Henri Jasomirgott fait de Vienne sa capitale. En 1156, Ostarrichi devient un duché par le biais du privilegium minus, et Vienne devient le siège du nouveau duc. La fondation du Schottenstift date également de cette époque.

Les événements de la troisième croisade au cours de laquelle Richard Cœur de Lion est fait prisonnier par Léopold V en 1192 à Erdberg près de Vienne rapportent une rançon énorme de d'argent correspondent à environ douze tonnes d'argent, un tiers des revendications de l'empereur pour la libération de Richard , qui y était transféré en 1193.. À Vienne, un atelier de fabrication de monnaie est établi et, vers 1200, les murs de Vienne sont érigés. (Des ruines sont encore visibles de nos jours près de la station de métro Stubentor.) Léopold V est excommunié par le pape Célestin III parce qu'il avait fait prisonnier Richard , un croisé protégé. Léopold V meurt par la suite d'un gangrène. Sur son lit de mort, il se repent et promet de restituer la rançon.

En 1221, Vienne reçoit le droit de ville et le Ius emporii. Ce dernier droit exige des commerçants traversant Vienne de s'arrêter et d'offrir leurs marchandises. Grâce au Ius emporii, le commerce intermédiaire se développe et Vienne entretient des relations commerciales de première importance le long du Danube jusqu'à Venise.

Pour les Viennois, leur montée en pouvoir est difficilement conciliable avec le fait que Vienne n'a pas d'évêque ; celui-ci se trouvant à Passau. On sait que Frédéric II a négocié pour établir un évêché à Vienne. On présume que c'était également le cas sous Ottokar II Přemysl.

En 1276, la ville se retrouve en flammes. Après les incendies du 28 mars et du 16 avril, un troisième incendie du 30 avril cause de graves dommages. Les églises, monastères et la résidence ducale sont touchés. L'église Saint-Étienne perd son toit et son clocher. Environ deux tiers de la ville sont détruits après la catastrophe. La reconstruction est soutenue par le roi Ottokar IIKeindel, Österreich ..

L'arrivée des Habsbourg

Vienne à l'époque moderne Les guerres ottomanes vignette|Siège de Vienne par les Ottomans (1683)

En 1529, la campagne militaire de Soliman le Magnifique se termine par le premier siège de Vienne au cours duquel le comte Niklas Salm défait les Ottomans malgré la conquête de la Hongrie ottomane.

La période est également marquée par l'épidémie de peste de 1679 qui emporta près de Viennois.

La guerre austro-turque (1683-1699) débute par un nouveau siège de Vienne. La ville, commandée par le comte Ernst-Rüdiger von Starhemberg, résiste plusieurs semaines. Le siège est levé à la suite de la bataille du Kahlenberg, alors que la dernière ligne de défense de la ville était déjà directement menacée.

La défaite de Kara Mustafa en 1683 fut d'une importance cruciale non seulement pour Vienne, mais aussi pour toute l'Europe centrale : les Ottomans se retirent de Hongrie et renoncent définitivement à prendre la capitale de l’empire d'Autriche qui peut alors se parer des édifices dignes d'une capitale impériale.

Le vignette|upright|Le martyre de saint Jean Népomucène, Petersckirche. La décoration intérieure de cette église (début du ) illustre la fonction militante du baroqueLes jésuites, fer de lance de la Contre-Réforme, promurent le culte de Jean Népomucène en Europe centrale pour concurrencer celui porté par un autre pragois, Jan Hus, prêcheur très populaire, brûlé vif pour ses idées réformatrices en 1415.

Libérées de la menace ottomane, les familles nobles commandent de somptueux palais, signant ainsi l'acte de naissance de la Vienne baroque.