Le A7V est un char d’assaut développé par l’Empire allemand pendant la Première Guerre mondiale. Le développement débute en , mais souffre du manque d’intérêt des militaires et des industriels. Le projet ne bénéficie que de peu de ressources et est ralenti par les demandes irréalistes du haut commandement. Par conséquent, le prototype n’est achevé qu’au printemps 1917 et le premier exemplaire ne sort d’usine qu’en . En comptant les prototypes, vingt-deux exemplaires sont produits, trop peu pour avoir un impact sur le cours de la guerre. À la fin de la guerre, il n’en reste que neuf dans l’armée allemande, qui sont démantelés pour respecter les termes du traité de Versailles. Il ne subsiste qu’un seul exemplaire original, capturé par les Australiens et exposé au mémorial australien de la guerre.
La faible priorité du projet se ressent sur la qualité générale du véhicule. Les meilleures plaques de blindage étant réservées à la marine, celui-ci est peu efficace. N’ayant pas suffisamment de pièces d’artillerie disponibles, les Allemands emploient des canons capturés en Belgique et en Russie, et, n’ayant pas les moyens de produire le moteur prévu, ils doivent se rabattre sur un assemblage de deux moteurs Daimler. Dans l’ensemble, le char manque de maniabilité et ses capacités de franchissement sont limitées. Les conditions à l’intérieur du véhicule sont aussi particulièrement difficiles pour l’équipage, directement exposé au bruit, à la fumée et à la chaleur de la motorisation.
Histoire Contexte Comme dans les autres nations européennes, des expérimentations sur les véhicules blindés sont réalisées dans l’Empire allemand dès le début des années 1900. Il s’agit toutefois d’initiatives privées et aucune n’aboutit, en partie du fait que l’armée impériale ne montre aucun intérêt pour ces véhicules, qu’ils soient à roues ou à chenilles. Ce n’est que lorsque leurs troupes sont confrontées à des automitrailleuses en 1914 que les généraux allemands commencent à réfléchir à la question.
Plusieurs programmes sont lancés, mais l’armée allemande est handicapée par son important retard dans ce domaine. Les premiers prototypes d’automitrailleuses ne sont ainsi testés qu’en , seulement quelques mois avant que les Britanniques n'utilisent pour la première fois leur tank Mark I pendant la bataille de la Somme. L’état-major allemand prend alors conscience de l’ampleur de la menace, mais la propulsion chenillée est un domaine dans lequel les seules expérimentations allemandes effectuées jusque-là se limitent à remplacer les roues d’une automitrailleuse par des bogies chenillés.
Développement alt=photographie en noir et blanc montrant un char en contre plongée alors qu’il franchit une butte|vignette|A7V sur le front de l’Ouest, 1918. Le , la (VPK, « commission d’examen des transports motorisés ») organise une grande conférence réunissant les militaires et les représentants de l’industrie automobile et de l’industrie de l’armement afin de discuter des chars et des moyens d’en produire. Cette conférence est dans l’ensemble un échec : les industriels, qui se sont vu assigner d’autres priorités de production par le plan Hindenburg, se montrent peu pressés de prendre en charge des projets supplémentaires, dont l’issue est par ailleurs incertaine.
Le chef de la VPK, le général Friedrich, monte néanmoins au sein de l’ (« de transport ») un comité composé de représentants de l’industrie automobile dirigé par l’ingénieur . Le comité est chargé en de développer un véhicule de combat blindé, dont le nom de code est A7V, du nom du département. Le travail du comité est néanmoins compliqué par les exigences excessives de l’ (OHL, « commandement suprême de l’armée de terre »), qui veut que le châssis puisse servir à la fois pour un véhicule de combat et pour un véhicule utilitaire.
Les plans du véhicule sont prêts en et il est alors prévu de terminer le premier prototype en . La VPK commande toutefois immédiatement cent exemplaires. Toutefois ce nombre se révèle rapidement trop optimiste, alors que l’industrie allemande est déjà fortement en tension et que l’A7V n’est pas considéré comme prioritaire par l’OHL. Ainsi, dès le , la commande est revue à dix exemplaires. Le projet n’avance que lentement, en raison de l’absence de ressources allouées et des demandes toujours plus extravagantes de l’OHL. Par exemple, vers la mi-janvier, alors que la construction du prototype est déjà bien avancée, l’état-major exige que le blindage soit augmenté afin de résister au tir des canons de campagne. La masse supplémentaire dépassant les limites du châssis, Joseph Vollmer obtient de n’augmenter la protection qu'en proue, avec toutefois pour conséquence de dégrader considérablement les performances et la fiabilité du fait de l’excès de poids sur l’avant.
Le châssis est présenté le au général Friedrich et au ministre de la Guerre, Hermann von Stein. Ce dernier déclare que le véhicule lui semble inapte à mener des offensives du fait de ses difficultés à négocier les virages. Une seconde présentation le devant des membres de l’OHL se passe mieux et dix exemplaires supplémentaires sont commandés. Le projet continue toutefois d’être perturbé par les ingérences de l’état-major. Ainsi en , Ludendorff ordonne de copier le train de roulement rhomboïde des tanks britanniques, ce qui nécessite de revoir l’ensemble de la conception du véhicule et de distraire des ressources pour développer une nouvelle variante, l’A7V-U, en parallèle de l’A7V. D’autres précieuses ressources sont gaspillées dans des projets concurrents souvent irréalistes, comme le K-Wagen.
Production vignette|Gretchen, le premier A7V produit, photographié en .|gauche|alt=photographie en noir et blanc montrant l’avant d’un tank caché dans des fourrés Le programme restant classé en basse priorité, il est difficile d’obtenir les matériaux nécessaires, en particulier les plaques de blindage. Le manque de main d’œuvre qualifiée et la pénurie de la plupart des matières premières retardent encore la production. Par conséquent, les premiers châssis ne sont disponibles qu’en et le premier A7V ne sort de l’usine qu’à la fin du mois d’octobre. À cette date, il est encore prévu de suivre le modèle britannique en faisant une version « mâle » (armée de canons) et une version « femelle » (armée de mitrailleuses). Les huit premiers A7V prévus sont de type femelle, mais le succès des tanks britanniques à la bataille de Cambrai conduit l’état-major allemand à reconsidérer l’importance des chars et il ordonne en conséquence que seule la version mâle soit produite. Finalement, un seul char femelle est produit et il est par la suite converti en mâle.
Afin de faciliter la production, celle-ci est divisée à partir de entre plusieurs entreprises. Les châssis sont produits chez Brass & Herstett et les moteurs chez Daimler à Marienfelde, tandis que les boîtes de vitesses sont fabriquées à Francfort-sur-le-Main par Adlerwerke, les chenilles par Caterpillar-Holt à Budapest et les radiateurs à Oberursel chez le constructeur du même nom. La production du blindage est partagée entre l’usine Krupp d’Essen et celle de Röchling à Dillingen. Büssing AG et ayant refusé de faire l’assemblage final, celui-ci est pris en charge par Daimler à Marienfelde.
Il est prévu initialement de produire cent châssis, mais la décision est prise le de ne produire que vingt chars. Cette décision est basée sur le constat que celui-ci, conçu en 1916, n’est plus adapté au champ de bataille de 1918, sur lequel il peine à avancer. Les tranchées se sont en effet élargies jusqu’à quatre mètres et la généralisation de l’artillerie lourde génère un terrain bien plus irrégulier qu’avant. Finalement vingt-deux châssis sont utilisés pour des chars, deux châssis de la première série ayant été endommagés et remplacés. Les autres sont utilisés pour les variantes, principalement le , un véhicule de transport, trente étant produits pour le seul mois de . Plusieurs projets sont lancés afin de concevoir un remplaçant pour l’A7V, mais aucun n’aboutit avant la fin de la guerre : le LK II entre à peine en production à la fin de la guerre et le en reste au stade de la planche à dessin.
Histoire opérationnelle Organisation vignette|Les chars Baden I, Cyklop et Gretchen photographiés avec leurs équipages à Harbonnières, .|alt=photographie en noir et blanc montrant de face trois chars avec de nombreuses personnes posant devant Les premières unités d’A7V sont mises en place avec la création le de deux (« détachement de véhicules blindés d’assaut ») ou , rattachés à la branche du transport motorisé. Deux autres sont créés le , bien que le quatrième, supposé servir de réserve, reste tout au long du conflit une unité théorique, faute de véhicules disponibles. Chaque détachement comprend cinq chars, deux voitures, huit camions, une motocyclette et une cuisine de campagne, pour un total de cent soixante-dix hommes placés sous les ordres d’un capitaine.
À l’inverse des Britanniques, les Allemands n’utilisent pas de tactiques d’armes combinées : les chars et l’infanterie n’évoluent pas ensemble et le commandement préfère même décourager cette pratique afin d’éviter aux fantassins d’être touchés par les tirs visant les blindés.
Combat Premiers affrontements Ce n’est que le que la première unité reçoit ses chars et peut débuter l’entraînement près de Sedan. Celui-ci et les essais comparatifs réalisés montrent que l’A7V est plus maniable que les Schneider et Saint-Chamond français, mais moins que les chars britanniques.
L’A7V est utilisé pour la première fois au combat le pendant l’opération Michael. L’ 1 dispose de cinq A7V et est accompagné de l’ 11, équipé de cinq Mark femelle capturés. L’un des A7V tombe en panne avant d’arriver sur le champ de bataille, deux autres restent bloqués dans les barbelés peu de temps après le début de l’offensive, tandis que l’artillerie britannique en profite pour les bombarder avec des obus chimiques. Trois engins arrivent à repartir, mais l'un deux subit une panne de transmission. Finalement seulement deux A7V prennent effectivement part au combat, mais leur présence est suffisante pour provoquer la fuite des soldats britanniques.
Villers-Bretonneux vignette|Soldats français entourant l’A7V baptisé , renversé sur le flanc.|alt=photographie en noir et blanc montrant un tank couché sur le côté aec des soldats qui discutent autour|gauche Le plus grand déploiement de chars par les Allemands a lieu le à la bataille de Villers-Bretonneux. Ils y alignent trois A7V de l’ 1 dans le appuyant la d’infanterie, deux de l’ 1 et quatre de l’ 3 dans le appuyant la d’infanterie de la Garde et quatre de l’ 2 dans le appuyant la de réserve.
Couverts par le brouillard qui les protège de l’artillerie et disposant de l’effet de surprise, les chars obtiennent initialement des succès. En milieu de journée, l’A7V affronte un Mark mâle et deux femelles au cours du premier combat de chars d’assaut de l’histoire. met hors de combat les deux Mark femelles avant d’être lui-même endommagé par le Mark mâle. Touché à trois reprises, parvient à se replier sur deux kilomètres avant de tomber définitivement en panne. Un peu plus tard, l’A7V fait face à un Mark mâle et sept Whippet, affrontement dont il sort victorieux en mettant hors de combat le Mark et quatre Whippet.
Les Allemands perdent toutefois au cours de cette journée le , resté bloqué dans un cratère, et le , qui se renverse en traversant du terrain meuble. est capturé intact par les Français le tandis que , que les Allemands ont fait exploser avant de se replier, est récupéré par les Australiens le et envoyé en Australie comme trophée.
Fin de la guerre vignette|Elfriede exposé sur la place de la Concorde à Paris en octobre 1918.|alt=photographie en noir et blanc montrant un tank au milieu d’un cercle de canons et des badauds autour