vignette|Tessons de poterie à l'œil de perdrix en l'église Saint-Pierre-le-Potier de Laval. La poterie à l’œil de perdrix est un type de céramique médiévale qui possède des caractéristiques de décor très spécifique et particulièrement répandu sur les sites archéologiques de la Mayenne.
Introduction La poterie dite « à l'œil de perdrix » est grossière, épaisse ; les vases sont de grande dimension, mesurant de à de diamètre ; la qualité et la couleur de la pâte varient suivant la provenance, et aussi suivant le degré de cuisson : blanchâtre, grise ou rouge.
Le décor qui lui vaut son nom consiste en un semis plus ou moins symétrique de petits ronds, avec point central, de moins d'un centimètre de diamètre en général, imprimés avant la cuisson, à l'aide d'un roseau ou d'un os creux et d'un poinçon. On le dit simplement à « l'œil de perdrix » quand les petits ronds sont isolés ou groupés arbitrairement ; à « la tête de mort », quand ces mêmes ronds simulent des yeux sur des cabochons rangés autour du bord des vases. Ces cabochons sont remplacés dans certaines régions par des masques humains. Enfin on a trouvé aussi des échantillons où les deux yeux sont accompagnés d'un trait vertical figurant un bec d'oiseau et on nomme cette poterie « à l'œil de chouette ». Les petits ronds manquent quelquefois de point central, et l'on connaît beaucoup de poteries de même terre et de même facture qui n'ont aucune décoration à l'œil de perdrix.
Ce genre de vases sigillés a été signalé plusieurs fois dans le Bulletin de la Commission historique de la Mayenne, et a fait l'objet d'un rapport à la du Congrès archéologique de France en 1878. Il est mentionné aussi dans plusieurs publications mayennaises ou régionales. Les opinions sont très partagées sur l'âge et l'origine de cette poterie d'un type certainement original.
Localisation Le département de la Mayenne vient en première ligne pour le nombre et l'importance des trouvailles. Un grand nombre de trouvailles ont été faites dans des localités de ce départementLaval, Mayenne, Cheméré-le-Roi, Jublains, Sainte-Gemme-le-Robert, Meslay-du-Maine, Saulges, Saint-Jean-sur-Erve, Argentré, Château de Thorigné-en-Charnie, Château de Courtaliéru à Vimarcé.. Le Haut-Maine, aussi bien que le Bas-Maine, connaissait la poterie micacée à l'œil de perdrixAllones, La Chapelle-Saint-Rémy, Sillé-le-Philippe. Tous à peu près offrent cette particularité que les cabochons marqués de deux yeux sont remplacés par des faces ou masques humains. Mais les ronds ponctués sont aussi répartis en groupe ou isolés sur le corps du vase, souvent avec des réticules de bandes marquées de hachures à l'aide d'une roulette et non de bandes losangées. Léon Coutil, antiquaire de Saint-Pierre-du-Vauvray (Eure)Auteur d'un Dictionnaire palethnologique de l'Orne. Il est aussi l'auteur d'ouvrages sur la palethnologie de la Normandie, et dont les recherches dans ce genre ont été continues pendant trente-cinq ans. signale, au musée d'Alençon, « une série de morceaux de la curieuse poterie » à l'œil de perdrixL'abbé Angot indique que les recherches qu'il a effectué pour retrouver ces fragments, n'ont pas donné de résultats. Léon de La Sicotière les mentionnait et les regardait comme provenant des ateliers d'Héloup, près d'Alençon. Il décrit ainsi les poteries d'Héloup : « elles sont très lourdes, décorées de figures géométriques, mais aussi de têtes grimaçantes ». L'abbé Angot suppose qu'elles ressemblent à celles du Mans.. L'abbé Angot n'a pas pu constater, dans le reste de la Normandie, la présence certaine d'autres poteries à l'œil de perdrix. Des fouilles, dans les scories de forges anciennes, entreprises par M. L. Davy, ingénieur civil des mines à Châteaubriant qui en a donné les résultats dans le Bulletin de l'Industrie minérale (avril 1913), ont procuré d'intéressants renseignements sur ses poteries sigillées« Dans les tas de scories, dit-il, l'époque mérovingienne est caractérisée par des poteries d'une pâte grossière, mal cuite, parsemée de grains de quartz, façonnée à la main et de couleur variant du gris au rouge clair ; elles sont ornées extérieurement de cabochons portant l'empreinte de deux ou plusieurs circonférences voisines, de moins d'un centimètre de diamètre, obtenues par l'introduction de l'extrémité d'un tube dans la pâte molle — c'est ce qu'on appelle l'œil de perdrix ; — avec cet ornement, et quelquefois sans lui, on a posé des réticules formant des losanges tracés au moyen de bandes d'argile ; ces appliques représentent souvent des cercles parallèles comme ceux d'un tonneau ; on y voit les empreintes symétriques des pouces du fabricant ou d'autres objets plus simples » L. Davy. — Études sur les scories de forges anciennes, p. 17.. Ces vases typiques, toujours de grande taille, sont accompagnés d'autres plus petits, de pâte et de façon toutes différentes, mais n'offrant plus rien de caractéristiqueOn en trouve en Loire-Atlantique à Saint-Sulpice-des-Landes, Abbaretz, Treffieux, Derval.. On a trouvé une nouvelle variante au TheilElles étaient ornées de petits ronds ponctués, associés deux par deux, avec un trait profond vertical entre les deux, ce que les archéologues appellent décoration à la tête de chouette. L'abbé Angot indique tout ce qu'il a pu constater en Bretagne, et qu'il a des renseignements négatifs pour tous les autres départements de la province.
La contre-enquête ayant pour but de déterminer les contrées où les poteries à l'œil de perdrix sont inconnues, nous amène également à cette conclusion que la Mayenne est le pays d'origine de cette industrie. Le voisinage d'Alençon, du Theil (arrondissement de Vitré), ne s'écarte que bien peu des limites. Les trouvailles de l'AnjouSaint-Michel-et-Chanveaux. et de la Loire-Atlantique peuvent être une exception, mais s'expliqueraient aussi par les communications fluviales. Au encore, le commerce des potiers de Thévalle et des Gaudinières, près Forcé, avec la Bretagne, était très actifL'abbé Angot indique avoir eu des renseignements négatifs de M. de Saint-Venant et de M. le lieutenant-colonel Dervieu pour le centre de la France, de M. le docteur Guébhard et de M. Hubert, conservateur adjoint du musée de Saint-Germain-en-Laye pour Paris ; de M. de Grandmaison et de M. Briand, conservateur du musée de Tours pour la Touraine ; de M. l'abbé Philippe, curé de Breuilpont (Eure) pour la Normandie. M. de Tryon-Montalembert qui, par lui-même ou par ses correspondants, explore les résidus des forges anciennes de la France, n'y a pas rencontré de poteries sigillées comme celles-ci, sauf dans les lieux que lui a signalés M. l'ingénieur L. Davy. M. Pagès-Allary, de Murat (Cantal), ne connaît pas, dans la Haute-Auvergne, de poteries « avec l'empreinte originale de deux cercles formant des yeux et non des rouelles ». M. Aveneau de la Grancière avait fait communiquer la question à une séance de la Société polymathique du Morbihan. On lui a répondu qu'il n'y avait aucun vase ni fragment de vase semblable au musée de Vannes, et qu'aucun des membres de la Société n'en avait jamais vu. Il semble donc constant que les poteries sigillées de ronds centrés, sont particulières à la Mayenne et à quelques localités de son voisinage.
Âge des poteries vignette|Mortier du à décor d'œil de perdrix, conservé au musée de Mayenne. Les opinions sont très partagées sur l'âge des poteries à l'œil de perdrixArcisse de Caumont, d'après M. Moreau, les tenait pour gauloises, et à cause de cela peut-être, elles sont classées comme « poteries celtiques » au musée de Vire. M. Moreau qui, le premier, dans la Mayenne, les a signalées soit au Congrès archéologique de 1878 (p. 513), soit dans le Bulletin historique de la Mayenne, de la même année 1878 (p. 26), les donne nettement pour mérovingiennes.
C'est aussi l'opinion de M. V. Hucher, qui présenta aux membres du Congrès archéologique de 1878 « les nombreux fragments de vases à œils de perdrix, avec moulure supérieure chargée de masques ou têtes humaines, trouvés en nombre si considérable dans une cave de la maison Deniau, située rue des Chanoines ». Cependant, il rapproche ces vases « d'un couteau chargé également, sur son manche en os, d'œils de perdrix », qui avait été trouvé dans les fondations du château normand proche de la cathédrale ; et d'un fragment de peigne d'une décoration analogue, ce qui leur assignerait une date plus récente.
Léon de la Sicotière se demande aussi : « Ces poteries sont-elles gauloises, comme d'aucuns l'ont imprimé ? Sont-elles mérovingiennes ? carlovingiennes ? un peu plus récentes ? c'est-à-dire du commencement de ce qu'on est convenu d'appeler le Moyen Âge ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il qu'elles sont fort anciennes et fort curieuses ».
M. Pagès-Allary, de Murat (Cantal), quoique favorable à l'âge relativement moderne de ses poteries, avoue que « la décoration par empreinte donne l'idée et comme un souvenir de la poterie des s »..
D'autres spécialistes supposent que les poteries à l'œil de perdrix sont, en partie du moins, beaucoup plus modernes. Léon Coutil, déjà mentionné, ne croit pas les poteries sigillées antérieures aux et s, ajoutant qu'elles peuvent être du ou . « Le genre de fabrication, dit-il, complète comme cuisson et comme pâte, indique une date relativement récente »M. Pagès-Allary, après avoir vu un échantillon des poteries mayennaises avec cabochons et ronds ponctués, conclut « qu'elle est très cuite, donc beaucoup moins ancienne que le ». Son avis « d'après la technique de la pâte et d'après la cuisson… serait qu'elle est du haut Moyen Âge ; mais qu'elle pourrait avoir conservé son usage jusqu'à la Renaissance et même après, si ces vases sont des mortiers. ».
Pour l'abbé Angot, ces poteries ne sont ni préhistoriques, ni non plus postérieurs au , mais qu'ils furent en usage depuis cette dernière date en remontant jusqu'au . M. Moreau, président de la commission historique de la Mayenne qui, le premier, a étudié ces vases les juge aussi surtout mérovingiens. Ces poteries sont abondantes à Jublains, à Sainte-Gemme-le-Robert, et généralement dans les stations romaines où les Francs s'établirent après la disparition des conquérants. On les voit mêlées avec les autres types de poteries de la même époque. L'ornementation semble bien empruntée à l'art mérovingien, qui connaissait les ronds ponctués et des têtes aussi barbares que celles des cabochons des poteries mayennaises, et les figures des vases du Mans, d'Alençon, de ChâteaubriantM. l'abbé Cochet a vu également des ronds ponctués sur des objets carolingiens. L'abbé Angot a trouvé dans les bains de Rubricaire un manche de couteau avec les mêmes ornements et sur un des deux côtés une décoration en dents de scie, qui est à rapprocher de celui de M. Hucher. L'objection qu'on tire contre l'antiquité de nos poteries, de leur cuisson parfaite, n'est pas concluante, car il y en a de très bien cuites et très dures du ; et parmi les échantillons analysés par l'abbé Angot, il en est qui, sous ce rapport, sont beaucoup plus anciens, car ils sont très tendres, morcelés et usés..
Par ailleurs, ces fragments de vases sont aussi trouvés fréquemment mélangés avec d'autres qui ne peuvent être que du et du s, par exemple ceux qu'on a relevés dans les ruines des donjons de Thorigné et de Courtaliéru, dans les fondations du château de Laval. L'abbé Angot range aussi à ces dates les trouvailles faites par M. L. Davy dans les scories de forges.