L'English Electric Canberra est le premier bombardier à réaction conçu par le Royaume-Uni, juste après la Seconde Guerre mondiale. Dérivé en versions de reconnaissance ou d'appui feu, utilisé par une quinzaine de pays, il a été construit à plus de et décliné en 27 versions. L'Australie et les États-Unis l'ont produit sous licence. Aux États-Unis, l'avion est dénommé Martin B-57 Canberra et des versions spécifiques y ont été développées.
Le Canberra a connu une carrière d'une durée rare pour un avion militaire : alors que les premiers exemplaires ont été mis en service en 1951, cet avion était encore à l'inventaire de plusieurs armées de l'air au début du , bien qu'en nombre limité. Le Royaume-Uni et l'Inde l'ont utilisé respectivement jusqu'en 2006 et 2007.
Conception English Electric Canberra
La compagnie English Electric sous-traitait la production du chasseur à réaction de Havilland Vampire. Forts de leur expérience en construction et ingénierie aéronautiques, les dirigeants d'English Electric décidèrent de développer leur propre appareil.
En , English Electric recruta William Edward Willoughby « Teddy » Petter, ancien directeur technique de la société Westland, où il avait supervisé la conception d'avions tels que le Lysander, le Whirlwind et le Welkin, pour diriger son bureau d'études. Dès 1943, le ministère de l'Air britannique envisageait un successeur à réaction du bombardier rapide de Havilland Mosquito, et Petter travaillait déjà sur ce concept avant de rejoindre English Electric.
Début 1945, le ministère de l'Approvisionnement (Ministry of Supply ou MoS), agissant pour le compte du ministère de l'Air du Royaume-Uni, publia le cahier des charges « B.3/45 » pour un bombardier moyen biplace à grande vitesse doté d'un système de bombardement à l'aveugle avec radar. Ce cahier des charges s'éloignait quelque peu du concept initial du « Jet Mosquito », le nouvel appareil étant destiné aux bombardements à haute altitude, et non aux attaques à basse altitude, spécialité du Mosquito. Le vol à haute altitude exigeait des moteurs puissants, et le seul turboréacteur potentiellement capable de répondre à ces exigences était le Rolls-Royce « Axial Jet 65 (AJ.65) », alors en développement. L'AJ.65 deviendra plus tard l'« Avon » et équipera de nombreux avions de combat à réaction britanniques des années 1950.
Petter envisagea plusieurs projets pour le bombardier B.3/45, dont certains à ailes en flèche, mais opta finalement pour une configuration à ailes droites médianes, avec un moteur AJ.65 monté dans une nacelle au centre de chaque aile. Cette configuration s'inspirait du Gloster Meteor, le premier chasseur à réaction britannique, bien que le bombardier ne fût en aucun cas une version agrandie du Meteor. On peut tout au plus dire que le Meteor exerça une influence indéniable, grâce à sa conception simple et éprouvée. La formule du biréacteur est également un avantage à une époque où ce type de moteur est encore peu puissant et d'une fiabilité moyenne. English Electric soumit une brochure sur le projet au MoS en et, en , la société obtint un contrat pour poursuivre le développement et la fabrication de quatre prototypes du « E.A1 » ou « A.1 », son appellation initiale. Ces prototypes sont également désignés dans certaines sources par les noms de « Bomber Mark 1 » ou « B.1 », mais cet usage semble avoir été informel.
Le prototype initial du A.1, portant le code de queue VN799 et arborant une élégante livrée turquoise, fut assemblé le . Cet appareil était équipé de deux moteurs Avon RA.2, développant chacun une poussée de 26,7 kN (2 720 kgp / 6 000 lbf). Le premier vol eut lieu le , piloté par Roland P. « Bee » Beamont, pilote d'essai de la compagnie. Les essais suivants se déroulèrent avec succès et le prototype initial, baptisé « Canberra » entre-temps, participa au Salon aéronautique de Farnborough en , où il impressionna le public par les manœuvres à basse altitude de Beamont.
thumb|left|Trois Canberra B.2 de la Royal Air Force volant en formation. thumb|left|Avant d'un Canberra PR.9 de reconnaissance à haute altitude de la RAF montrant la verrière adoptée à partir de la version B(I).8.
Le second prototype, immatriculé VN813, effectua son premier vol le . Il arborait les couleurs « officielles » du Bomber Command de la RAF, noir sur le dessous et gris clair sur le dessus ; les prototypes suivants adopteraient également cette livrée. Le VN813 se distinguait des autres prototypes par sa propulsion bimoteur : deux turboréacteurs Rolls-Royce Nene, développant chacun une poussée de 22,3 kN (2 270 kgp / 5 000 lbf). Le Nene, moteur à flux centrifuge, nécessitait des nacelles sensiblement plus grandes. À cette époque, l'avenir de la propulsion des avions de combat semblait clairement reposer sur les moteurs à flux axial comme l'Avon, mais des inquiétudes subsistaient quant à un éventuel dérapage du programme de développement de l'Avon. Le développement de l'Avon s'avéra concluant, et le VN813 devint ainsi le seul Canberra propulsé par des turboréacteurs Nene. Cet avion fut utilisé comme banc d'essai après des essais, avant d'être finalement mis au rebut en 1959.
Le troisième prototype, VN828, conservant les moteurs Avon RA.2, effectua son vol inaugural le . Il était très similaire au premier prototype, à l'exception de la dérive dorsale, absente sur le troisième. Il servit également d'appareil d'essais tout au long des années 1950.
Le quatrième prototype, VN850, effectua son premier vol le . Il ressemblait au premier prototype par ses moteurs et sa configuration, malgré plusieurs modifications internes importantes. Durant l'été suivant, il effectua des essais de réservoirs d'extrémité d'aile, d'une capacité unitaire de 1 135 litres (300 gallons US / 250 gallons impériaux). Il fut ensuite remis à Rolls-Royce pour servir de banc d'essai moteur. Il eut la malheureuse particularité d'être le premier Canberra à être perdu dans un accident, suite à un incendie de moteur lors de son approche à l'atterrissage le , l'accident tuant le pilote d'essai de Rolls-Royce, R.B. Leach.
Le Canberra semblait si prometteur que le ministère de l'Intérieur avait déjà attribué, le , un contrat pour une première série de Canberra, comprenant des appareils « Bombardier Mark 2 (B.2) », « Photo-Reconnaissance Mark 3 (PR.3) » et « Avion d'entraînement Mark 4 (T.4) ». Le premier des deux prototypes B.2 inclus dans le contrat effectua son vol inaugural le ..
Le système de visée par radar prévu n'étant pas prêt, le Canberra reçoit un nez vitré accueillant un troisième membre d'équipage, chargé de la visée avec des systèmes visuels classiques. Désignée Canberra B.2, cette première version est mise en service en 1951. Elle est rapidement suivie d'une version PR.3 de reconnaissance (premier vol ) et d'une version T.4 d'entraînement (premier vol ).
L'arrivée de réacteurs Rolls-Royce Avon plus puissants permet de réaliser les versions B.6 et PR.7, équivalentes aux B.2 et T.4 à part leur motorisation. L'adaptation du Canberra à des missions d'attaque au sol est cependant en cours avec l'installation d'un pack contenant 4 canons de dans la soute ventrale et la possibilité d'emporter des bombes sous les ailes. Si un dérivé du B.6 est réalisé avec ces modifications, la première véritable version de ce type est le B(I).8 qui fait son premier vol le . C'est un avion biplace, avec un membre d'équipage chargé de la visée à l'avant et un pilote sous une nouvelle verrière offrant une meilleure visibilité. Le B(I).8 est également la première version capable d'emporter une bombe atomique.
Premier avion de ce typeLes États-Unis avaient déjà développé des bombardiers à réactions (le North American B-45 Tornado et le Boeing B-47 Stratojet) mais il s'agissait d'avions beaucoup plus lourds de type bombardier stratégique, et incapables d'effectuer des missions d'attaque comme le Canberra et doté de bonnes performances, le Canberra n'a aucun mal à décrocher des contrats à l'export. De plus, sa conception modulaire facilite le développement de versions spécifiques. Au total, 27 versions différentes du Canberra sont développées, que ce soit pour la Royal Air Force ou pour la quinzaine de pays qui s'en portent acquéreurs.
En 1950, l'Australie signe une commande pour 48 Canberra, qui doivent être construits sous licence localement par Government Aircraft Factories. Le premier d'entre eux fait son vol inaugural en et la production se poursuit jusqu'en . Désignés Canberra Mk 20, les avions de la Force aérienne royale australienne n'ont que d'équipage et emportent plus de carburant. Leurs réacteurs sont plus puissants et leur avionique est modifiée.
Un gros acheteur du Canberra est l'Inde. À la fin des années 1950, la Force aérienne indienne commande de 6 versions différentes. Elle rachète aussi d'occasion une dizaine d'appareils à la Force aérienne royale néo-zélandaise en 1970.
Martin B-57 Canberra
Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont mis la priorité sur le développement de nouveaux bombardiers stratégiques pour l'US Air Force. Lorsque la guerre de Corée éclate en , ils se rendent rapidement compte que leurs bombardiers moyens sont dépassés et doivent être remplacés de toute urgence. Une commission est donc chargée de trouver une solution, y compris en étudiant des avions produits à l'étranger, et finit par retenir deux projets en : le Martin XB-51 américain et le Canberra anglais, tous les deux à l'état de prototypes.
vignette|Le premier Martin B-57A fabriqué sous licence aux États-Unis. thumb|Avant d'un B-57C d'entraînement montrant le nouveau poste de pilotage en tandem adopté à partir de la version B-57B. thumb|Le RB-57F de reconnaissance à haute altitude est équipé de nouvelles nacelles pour ses deux réacteurs principaux, des Pratt & Whitney TF33, et emporte sous chaque aile un réacteur d'appoint J60. thumb|Un B-57G d'attaque nocturne pendant la guerre du Viêt Nam. Comme le Royaume-Uni n'a pas une capacité de production suffisante, il est prévu que le Canberra soit fabriqué sous licence aux États-Unis. Le contrat doit alors être attribué à la firme Martin, en compensation de l'abandon du X-51 qui semblait inférieur. Un Canberra B.2 arrive aux États-Unis le pour participer à des essais comparatifs, et sa supériorité est tellement évidente qu'il est annoncé vainqueur le . Il peut tenir 2 h 30 min au-dessus d'une cible située à et il est plus adapté pour décoller et atterrir sur des pistes sommaires que son concurrent.
Le premier Canberra fabriqué aux États-Unis sort d'usine le . Il est basé sur le Canberra B.2, équipé de réacteurs Armstrong Siddeley Sapphire. Cette version de présérie, construite à , est désignée Martin B-57A Canberra. Elle est équipée de réacteurs également construits sous licence, des J65 de Curtiss-Wright qui offrent 10 % de puissance supplémentaire, d'une soute à bombes rotative, et reçoit quelques autres modifications mineures.
Le développement d'une version de reconnaissance est lancé dès . Désignée RB-57A, elle accueille plusieurs caméras dans la soute à bombe. Le premier des effectue son premier vol en et un escadron est déclaré opérationnel sur cet avion en . La première version destinée au bombardement à être produite en série est le B-57B, dont le prototype fait son premier vol le . Cette version est sérieusement modifiée par rapport au B-57A, avec entre autres un poste de pilotage entièrement refait (pilote et navigateur/bombardier installés en tandem sous une grande verrière), une avionique améliorée (viseur radar, calculateur de bombardement et détecteur d'alerte radar), une nouvelle soute à bombe, des pylônes d'emport sous les ailes, ainsi que 8 mitrailleuses de (qui seront par la suite remplacées par 4 canons de ).