En linguistique, la particule est un élément de langue invariable traité de façons différentes dans les grammaires de diverses langues, et même par les diverses orientations linguistiques concernant la même langue.
Dans l’Antiquité, on appelait déjà « particule » tout mot invariablePéteri 2001, .. Ce n’est que dans les années 1960 que des linguistes russes et allemands ont commencé à étudier les mots invariables qui ne sont ni des adverbes à fonction syntaxique de complément, ni ne remplissent d’autres rôles syntaxiques ; c’est-à-dire qui ne sont ni des prépositions, ni des conjonctions. Avant ces études, ces mots, comme ils ne s’intégraient pas dans le système traditionnel des parties du discours, étaient considérés comme non recommandés du point de vue stylistique. Cependant, au fur et à mesure que la linguistique s’est orientée vers une approche pragmatique, ce sont ces mots qu’on a étudiés en tant que particulesMöllering 2001, ..
Par ailleurs, on a remarqué qu’il y a des langues pauvres en particules et des langues riches en tels mots. Le français se trouve parmi les premières et l’allemand, par exemple, parmi les dernièresWeydt 1969, cité par Péteri 2001, .. C’est pourquoi, y compris dans les grammaires usuelles de l’allemand et d’autres langues, la particule dans son acception moderne est traitée comme une partie du discours à part, alors que dans celles du français ou du roumain, il n’est pas question de particules dans cette acception.
La particule dans des grammaires où elle n’est pas prise en compte en tant que partie du discours
Dans certaines grammaires traditionnelles du français, par exemple Chevalier 1964, on appelle particules les éléments -ci et -là ajoutés aux pronoms démonstratifs et aux noms déterminés par des adjectifs démonstratifs, ex. : celui-ci, ce garçon-làChevalier 1964, .. Grevisse et Goosse 2007 mentionne que le terme « particule » est parfois employé pour l’ensemble des mots invariables ou, dans un sens plus restreint, pour les mots invariables de peu de volume et dépourvus d’accent tonique, ou seulement pour certains éléments difficiles à analyser dans des mots composés : -ci, -là, -da dans oui-da, etc.Grevisse et Goosse 2007, ..
Dans des grammaires traditionnelles du roumain, on considère la particule comme un segment invariable attaché à la fin d’un mot ou d’une forme fléchieAvram 2001, ., ou bien comme un élément de langue invariable de diverses origines, au corps phonétique réduit, attaché à un mot pour renforcer son sensConstantinescu-Dobridor 1998, article particulă.. En roumain standard il y a deux tels éléments : la particule -a: dans les adjectifs numéraux ordinaux : al doilea « le deuxième » ; dans les pronoms démonstratifs et les formes postposées des adjectifs démonstratifs : acesta « celui-ci », copacul acesta « cet arbre-ci » ; à la forme de génitif-datif du pronom interrogatif et relatif care : căruia « à qui, auquel » ; dans les variantes de certains adverbes : aicea (variante de aici « ici »), atuncea (variante de atunci « alors »), acuma (variante de acum « maintenant » ; la particule -și – dans le pronom démonstratif d’identité : același « le même ».
Délimitation de la particule en tant que partie du discours
La conception selon laquelle tous les mots invariables, c’est-à-dire les adverbes, les prépositions, les conjonctions et les interjections, sont des particules, est la plus ancienne et constitue son acception la plus large. Dans le sens le plus restreint, ne sont des particules que les mots à fonction modale qui, considérés seuls, ne répondent à aucune question. Entre ces deux conceptions, il y a aussi diverses visions intermédiairesKugler 1998, .. Bussmann 1998, par exemple, mentionne lui aussi le sens large, traditionnel du terme, en y incluant également d’autres mots invariables qui n’appartiennent à aucune de ces parties du discours. Dans le sens restreint du terme, il considère comme particules les interjections, les mots négatifs, les mots appelés particules modales, ceux appelés particules de gradation et les connecteursBussmann 1998, ..
Helbig 1994 mentionne également le sens large donné plus haut à la notion de particule. Dans le sens restreint qu’il lui donne, les particules sont des mots traditionnellement inclus parmi les parties du discours, mais qui, dans certains contextes, n’ont pas de fonction syntaxique au niveau du syntagme, de la phrase simple, de la proposition ou de la phrase complexe, mais seulement une fonction modale ou/et pragmatique. À côté des particules modales, il prend en compte d’autres types de particules aussi, qui correspondent à ce critèreHelbig 1994, , cité par Möllering 2001, ..
Crystal 2008 appelle particules les mots qui n’entrent pas dans les autres classes de mots invariables, en donnant comme exemples le mot anglais to identique à la préposition to mais utilisé en tant que marque de l’infinitif, le mot négatif not « non, ne »Crystal 2008, ., les mots employés avec les verbes dits phrasaux (come in « entrer », get up « se lever »)Crystal 2008, ., ainsi que les connecteurs, qu’il appelle aussi particules pragmatiques : you know « tu sais », I mean « je veux dire »Crystal 2008, ..
Particule et modalisateur
Certains linguistes incluent dans la classe des particules des mots invariables considérés par d’autres comme des modalisateurs. Par exemple, Čirgić 2010 le fait même en utilisant le terme correspondant modifikator en tant que synonyme du terme « particule modale »Čirgić 2010, .. D’autres n’emploient pas de terme à part, mais incluent les modalisateurs dans la sous-classe des particules modalesMoldovan 1996, . ; d’autres encore incluent les modalisateurs parmi les particules en général, sans leur donner une appellation à part.
Iván Fónagy traite de mots semblables en se référant au français. Il appelle « particules modales » des mots qui fonctionnent tantôt comme adverbes, tantôt comme mots à fonction non pas syntaxique mais pragmatique, par exemple : Je suis bien à Paris « À Paris je me trouve bien » (adverbe) vs Je suis bien à Paris ? « Je suis effectivement à Paris ? » (particule modale)Fónagy 2006, .. Il y a aussi des mots qui ont perdu leur sens d’adverbe et ne sont plus que des particules modales : Décidément, je n’ai pas de succès avec mon thé!Affirmation de Fónagy 2006, , exemple tiré de Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs 1918, , par TLFi, article décidément, C.. Le mot donc est aussi, dans certains de ses emplois, appelé particule modale par Fónagy 2006 (Taisez-vous donc à la fin !)Fónagy 2006, ., et simplement particule par le TLFi : Va donc !TLFi, article donc, III.
Dans la linguistique hongroise, le modalisateur a été considéré comme une partie du discours à part dès la fin des années 1960 et incluait ce qui a été délimité plus tard en tant que particuleCf. Balogh 1971, , ou Nagy 1980, .. Cette dernière est une partie du discours à part selon Kugler 2001, par exemple, qui distingue ces deux classes par leur degré d’autonomie différent. Son argument est que le modalisateur peut non seulement être inclus dans une phrase proprement dite [ Géza biztosan eltalálta a célt « Géza a sûrement atteint la cible »], mais aussi constituer un mot-phrase qui répond à une question totale, comme le font oui ou non : – Géza eltalálta a célt? – Biztosan. « – Est-ce que Géza a atteint la cible ? – Sûrement. » Par contre, la particule ne peut fonctionner ainsi, mais seulement incluse dans une phrase (voir des exemples plus bas)Kugler 2001, ..
D’autres auteurs aussi distinguent les particules des mots que d’autres appellent modalisateurs, en considérant que ces derniers sont des adverbes à part fonctionnant dans le cadre de la phrase sans déterminer un seul de ses éléments, mais en modifiant le sens de toute la phraseBussmann 1998, , article sentence adverbial.Crystal 2008, , article adverb, où il est aussi question de la fonction de sentence modifier « modificateur de phrase » ou de sentence connector « connecteur de phrase » de certains adverbes.Klajn 2005 mentionne lui aussi l’« adverbe de phrase » dans son chapitre sur l’adverbe ()..
Catégories de particules
La question de la classification des particules en tant que partie du discours à part, éventuellement en incluant les modalisateurs, est tout aussi complexe que leur délimitation, ce qui se reflète dans les propositions diverses des linguistes.
Dans des grammaires de l’allemand
Dans des grammaires de cette langue, on trouve, en tant que sous-classes : des particules modales ou de nuance : Der ist vielleicht ein Spinner! « Celui-là est peut-être un fou ! »canoonet, page Die Abtönungspartikeln / Modalpartikeln « Les particules de nuance / modales ». ; des particules de gradation ou d’intensité : Sie hat sehr gut gespielt « Elle a très bien joué »canoonet, page Die Gradpartikeln / Intensitätspartikeln « Les particules de gradation / d’intensité ». ; des particules comparatives : Er ist größer als/als wie/wie/wan ich « Il est plus grand que moi »Atlas zur deutschen Alltagssprache [« Atlas de l’allemand courant »], page Vergleichspartikel « Particule comparative ». ; des particules de focalisation : Ich habe nur zwei Bonbons gegessen « Je n’ai mangé que deux bonbons »canoonet, Die Fokuspartikeln « Les particules de focalisation ». ; des particules de réponse : Eben! « Exact ! »Möllering 2001, . ; des particules négatives : Ich habe ihn nicht gesehen « Je ne l’ai pas vu » canoonet, page Die Negationswörter « Les mots de négation ». ; la particule d’infinitif : Sie begannen schön zu tanzen und singen « Ils ont commencé à bien danser et chanter »Öhl 2009, ..
Dans des grammaires du BCMS
Dans ces grammairesBosnien, croate, monténégrin et serbe., certaines catégories de particules sont prises en compte par plusieurs auteurs, mais il y en a aussi qui ne le sont que par l’un ou par l’autre. Catégories de particules : modales (Moldovan 1996 et Čirgić 2010 les nomment ainsi, le dernier les appelant également modifikatori, Barić 1997 et Klajn 2005 les décrivent seulement et en donnent des exemples) : On to, naravno, nije ni mogao znati « Naturellement, il ne pouvait même pas le savoir »Barić 1997, . ; interrogatives (Moldovan, Barić, Klajn, Čirgić) : Dolaziš li sutra? « Tu viendras demain ? » ; affirmatives (Moldovan, Barić, Klajn, Čirgić) : – Hoće li i oni śutra doći? – Da(, doći će)! « – Viendront-ils eux aussi demain ? – Oui(, ils viendront) ! »Čirgić 2010, . ; négatives (Moldovan, Barić, Klajn, Čirgić) : Hvala, ne « Non, merci » (particule disjointe), Ne pušim « Je ne fume pas » (particule conjointe)Klajn 2005, . ; de renforcement (Moldovan, Barić, Klajn, Čirgić) : Putovao je čak u Kinu « Il a voyagé même en Chine » ; impératives (Moldovan, Klajn, Čirgić) : Oni neka dođu! « Qu’ils viennent, eux ! »Čirgić 2010, . ; présentatives (Moldovan, Klajn, Čirgić) : Eno starica pred vratima « Voilà la vieille femme devant la porte » ; exprimant une possibilité de choix illimitée, l’indifférence ou une concession (Barić, Klajn, Čirgić) : ma gde « n’importe où », kako god « n’importe comment », bilo kakav « quel qu’il soit », makar koji « n’importe quel »Klajn 2005, . ; Što se god dogodi, vas se to ne tiče « Quoi qu’il arrive, vous, ça ne vous concerne pas » ; limitatives (Moldovan, Čirgić) : Samo ti možeš da mi pomogneš « Toi seul peux m’aider »Moldovan 1996, . ; exclamatives (Moldovan, Klajn) : Ala smo se lepo proveli! « Comme nous nous sommes bien amusés ! » ; volitives (Moldovan, Klajn) : en faveur du locuteur : Samo da mi se on vrati! « Pourvu qu’il revienne à moi ! » ; en faveur du destinataire (vœu) : Neka vam nova godina bila srećnija « Puisse la nouvelle année être plus heureuse pour vous » ; de gradation : mnogo veći « beaucoup plus grand », malo gluv « un peu sourd », dosta dobro « assez bien », gotovo svi « presque tous ».