Thomas Corneille, né le à Rouen et mort le aux Andelys, est un dramaturge et librettiste français.

Frère cadet du dramaturge Pierre Corneille, il a lui-même été un auteur prolifique et polyvalent, brillant dans tous les genres théâtraux de son temps : comédies, tragédies, tragi-comédies et livrets d’opéra. Bien que longtemps éclipsé par la gloire de son ainé, il a connu de son vivant des succès retentissants, notamment avec sa tragédie Timocrate, qui battu des records de représentations. Élu à l’Académie française au fauteuil de son frère, il a aussi su s’imposer comme librettiste majeur aux côtés de Quinault et adapter pour la scène posthume de Molière le Don Juan original, en 1677.

Biographie De dix-neuf ans le cadet de son frère Pierre, Thomas Corneille s’appliqua toute sa vie à suivre la voie de son aîné. Il fait ses études chez les Jésuites et, après de brillantes humanités, pratique, comme son frère, le droit. Il épouse la belle-sœur de Pierre et quitte Rouen pour Paris en même temps que lui, lorsque les triomphes de son frère l’entraînent vers le théâtre.

Il épouse Marguerite de Lampérière, fille d’un notable des Andelys, tandis que son frère Pierre épousera sa sœur Marie (1617-1694). Marie et Thomas ont leur sépulture dans la collégiale Notre-Dame des Andelys.

Comme Pierre, il fait d’abord des comédies, tirées pour la plupart des auteurs espagnols. Il s’inspirera également du Jodelet astrologue de d'Ouville pour écrire son Feint Astrologue en et sa Devineresse en ), réussissant même à concurrencer victorieusement Scarron sur le terrain de la comédie burlesque, son Geôlier de soi-même (surnommé quelquefois Jodelet PrinceSurnom qui apparaît systématiquement à partir de 1659 dans le Registre de La Grange tenu par le bras droit de Molière.. concurrençant victorieusement le Gardien de soi-même de Scarron en 1655.

En , il débute sur la scène tragique avec Timocrate, dont le sujet est tiré du roman Cléopâtre de La Calprenède, et qui connaît un immense succès : jouée durant six mois sans interruptions, avec une succession ininterrompue de — selon la légende — quatre-vingts représentationsSur le site CESAR (Calendrier Electronique des Spectacles de l'Ancien Régime), l'auteur de la note "Durée du succès" fait remarquer que, de novembre 1656 au 31 mars 1657 (date du relâche pascal), il y a tout au plus une soixantaine de représentations successives, dans la mesure où, jusqu'à la fondation de la Comédie-Française en 1680, les théâtres parisiens donnaient trois représentations par semaine CÉSAR., c'est la série de représentations la plus longue de tout son siècle. Le héros de cette pièce joue un double personnage : sous le nom de Timocrate, il est l’ennemi de la reine d’Argos, et sous celui de Cléomène, il est son défenseur et l’amant de sa fille.

Malgré la vogue immense qu’a connu Timocrate en son temps, cette pièce est tombée dans un profond oubli et n’a jamais reparu sur la scène. Selon Jean-François de La Harpe, l'intrigue est pleine d'incidents ; Pierre-François Tissot estime quant à lui que l'époque, fortement tournée vers l'exagération espagnole et le romanesque, a influencé le succès de la pièce..

Il écrit, seul ou en collaboration, une quarantaine de pièces de théâtre. Camma, reine de Galitie est aux yeux de Tissot sa pièce la mieux conduite, et génère une très grande affluence ; elle influence la pièce Zelmire de Belloy.

À la différence de son frère, il s’appliqua à tous les genres dramatiques dont la pièce à machines (ses pièces à machines Circé (), Le Triomphe des dames (), La Pierre philosophale (), avec la musique de Marc-Antoine Charpentier ont été parmi les plus réussies du siècle), l’opéra et la comédie à intermèdes. Ses trois livrets d’opéra, Psyché (), Bellérophon () et Médée () font de lui, avec Philippe Quinault et Jean Galbert de Campistron, un des plus importants librettistes français du .

Lui et son coauteur Donneau de ViséFondateur du Mercure Galant, revue à laquelle contribua Thomas Corneille., reçoivent plus de livres pour La Devineresse ou les Faux Enchantements, la plus grosse somme payée à cette période. Enfin, une de ses pièces, Le Baron des Fondrières, à « l’honneur » d’être la première à être huée hors de la scène. vignette|gauche|Portrait de Thomas Corneille de Claude Lefèbvre (vers 1670, musée des beaux-arts de Quimper). En 1677, quatre ans après la mort de Molière, à la demande de sa veuve, Armande Béjart, il met en vers la pièce que Molière avait créée en 1665 sous le titre de Le Festin de pierre (qui sera rebaptisée en 1682 Don Juan ou le Festin de pierre) et il en profite pour édulcorer les passages les plus audacieux (la scène du pauvre, en particulier, disparaît totalement). Ainsi mise à l'affiche du Théâtre Guénégaud sous le même titre (Le Festin de pierre) et sous le nom de Molière (Thomas Corneille ne publie la pièce sous son nom qu'en 1683 seulement), cette version passe après la fusion des troupes parisiennes à la Comédie-Française en 1680 et est reprise jusque vers le milieu des années 1840..

Les deux frères étaient proches et vécurent pratiquement ensembleÀ partir du , les recueils d'anecdotes racontent que Pierre appelait souvent son frère à son secours, lui demandant "de lui envoyer des rimes".... Selon Tissot, .

Thomas Corneille a souvent été considéré par certains comme quelqu’un qui n’a été remarqué que pour le nom qu’il portait, tandis que d’autres estiment qu’il a eu la malchance d’avoir un frère qui lui faisait de l’ombre, comme il en aurait fait à presque n’importe qui d’autre. ..

En 1685, il succéda à l’Académie française au fauteuil de son frère mort l’année précédente, et produisit une nouvelle édition des Remarques de Vaugelas en 1687, avant de s’atteler, en 1694, à un Dictionnaire des termes des arts et des sciences en complément du dictionnaire de l’Académie puis à un Dictionnaire universel géographique et historique en 1708. Il avait également produit une traduction complète des Métamorphoses d’Ovide en 1697.

Œuvre dramatique

Les Engagements du hasard, comédie () Le Feint astrologue, comédie () Don Bertran de Cigarral, comédie () L'Amour à la mode, comédie () Le Berger extravagant, comédie () Le Charme de la voix, comédie () Le Geôlier de soi-même ou Jodelet prince, comédie () Les Illustres ennemis, comédie () Timocrate, tragédie () Bérénice, tragédie () La Mort de l’empereur Commode, tragédie () Darius, tragédie () Stilicon, tragédie () Le Galant doublé, comédie () Camma, reine de Galatie, tragédie () Maximian, tragédie () Pyrrhus, roi d'Epire, tragédie () Persée et Démétrius, tragédie () Poëmes dramatiques 1665 Antiochus, tragi-comédie () Laodice, tragédie () Le Baron d’Albikrac, comédie () La Mort d'Annibal, tragédie () La Comtesse d’Orgueil, comédie () Ariane, tragédie () Théodat, tragédie () Le Comédien Poète () La Mort d'Achille, tragédie () Circé, tragédie () Don César d’Avalos, comédie () L'Inconnu, comédie () Le Triomphe des dames () Le Comte d'Essex, tragédie () Psyché (), livret Bellérophon (), livret La Devineresse ou Les Faux Enchantements (), en collaboration avec Donneau de Visé La Pierre philosophale () Le Festin de pierre (), mise en vers et adaptation d'après le texte de Molière L'Usurier () Le Baron des Fondrières () Médée (), livret Les Dames vengées () Bradamante, tragédie () Les informations concernant les œuvres suivies de "comédie", "tragédie" ou "tragi-comédie" sont tirées de l'édition Poëmes dramatiques de Thomas Corneille, nouvelle édition, parue chez Gissay en 1738.

Œuvres musicales et littéraires inspirées par Thomas Corneille

Psyché, tragédie en musique de Jean-Baptiste Lully (1678) (ne pas confondre avec la tragédie-ballet de 1671(texte de Pierre Corneille, Molière et Philippe Quinault) Médée, tragédie lyrique en cinq actes et un prologue de Marc-Antoine Charpentier 1693 Circé, H.496 (Thomas Corneille, divertissement de Donneau de Visé) de Marc-Antoine Charpentier L'inconnu (Donneau de Visé et Thomas Corneille) de Marc-Antoine Charpentier, perdu Le triomphe des dames (Thomas Corneille) de Marc-Antoine Charpentier, perdu La pierre philosophale, H.501 (Thomas Corneille et Donneau de Visé) de Marc-Antoine Charpentier Nephté, tragédie lyrique en 3 actes de Jean-Baptiste Moyne, livret de François Benoît Hoffmann, inspiré de Camma. Créé le 15 à l’Académie Royale de Musique (Opéra de Paris)

Éditions Une édition scientifique du théâtre de Thomas Corneille est en cours de publication sous la direction de Christopher Gossip (Classiques Garnier, t. I paru en 2015).

En dehors de cette entreprise, il y a peu d'éditions modernes des pièces de Thomas Corneille. Signalons néanmoins : Le Berger extravagant, éd. Francis Bar, Droz, 1960. Timocrate, éd. Yves Giraud, Droz, 1970. Stilicon, éd. Christopher J. Gossip, Droz, 1974. Timocrate et Ariane dans Théâtre du , éd. Jacques Truchet et André Blanc, Gallimard, , 1986. L'Inconnu, éd. Georges Forestier, dans Aspects du théâtre dans le théâtre au  : recueil de pièces, Université de Toulouse-Le Mirail, 1986. La Devineresse, ou les Faux enchantements, dans Théâtre du , éd. Jacques Truchet et André Blanc, Gallimard, , 1992. Le Comte d'Essex, éd. par Wendy Gibson, University of Exeter Press, 2000. Le Festin de pierre, éd. par Alain Niderst, Honoré Champion, 2000. La Pierre philosophale, éd. Gaël Le Chevalier et Martial Poirson, Féeries, Université Stendhal-Grenoble , 2006, p. 217-79.

Notes et références

Notes

Références

Médiagraphie Bibliographie David A. Collins, « Thomas Corneille, protean dramatist », Studies in French Literature ; VII, Mouton & Co, La Haye, 1966. Myriam Dufour-Maître (dir.), Thomas Corneille (1625-1709). Une dramaturgie virtuose, PURH, 2014. Maria Falska, Le Baroque et le Classique dans le théâtre espagnol et français du . Calderon imité par Thomas Corneille, Wydawnictwo, Uniwersytetu Marii Curie-Sklodowskiej, Lublin, 1999. Éliane Fischler, La Dramaturgie de Thomas Corneille, thèse de doctorat, Université de Paris III, 1976. Louis Lapert, Pierre Corneille, ses frères Antoine et Thomas, leur famille maternelle et leurs amis en Pays-de-Caux, Association pour l’animation et la coordination culturelle à Yvetot et dans le Pays de Caux, Yvetot, 1984. Gaël Le Chevalier, La Conquête des publics. Le Théâtre de Thomas Corneille, Classique Garnier, 2012. Gaël Le Chevalier, La Pratique du spectateur. La médiation des regards dans le théâtre de Thomas Corneille, Paris, Classiques Garnier, 2017. Oscar Mandel, Thomas Corneille’s Ariane, Recreated in English, Gainville, University Press of Florida, 1982. Georg Michaelis, Die sogenannten « comédies espagnoles » des Thomas Corneille, thèse, Erlangen, 1913. Jacques Monestier (éd.), Le Festival Corneille. Vingt ans de théâtre à Barentin (1956-1975), Rouen, éditions Médianes, 1994. Thomas Pavel, La Syntaxe narrative des tragédies de Corneille : recherches et propositions, Paris, Librairie F. Klincksieck – Ottawa, éditions de l’Université d'Ottawa, 1976. Gustave Reynier, Thomas Corneille. Sa vie et son théâtre, Genève, Slatkine Reprints, 1970 ( éd. 1892). Gilbert Sautebin, Thomas Corneille grammairien, thèse présentée à la faculté de philosophie, Imprimerie Stæmpfli & Cie, Berne, 1897 [Genève, Slatkine Reprints, 1968]. Louis van Renynghe de Voxvrie, Descendance de Thomas Corneille, accompagnée de divers articles sur le théâtre de Thomas Corneille, Tablette des Flandres, Bruges, 1959. Catherine Cessac, Marc-Antoine Charpentier, Fayard 2004, collaboration avec Thomas Corneille, P. 23, 72, 88, 89, 91, 96, 97, 99, 102, 207, 386, 408, 410,411, 415-416, 453.

Sitographie Sur le site Théâtre classique : nombreuses pièces disponibles à la lecture. Bibliothèque dramatique du CRHT Édition critique d'une partie de l'œuvre dramatique de Thomas Corneille.

Liens externes

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