Henri Collomb, né Henri Célestin Marcellin Collomb, le à ValjouffreyÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970 (Isère) et mort le à Nice, est un psychiatre et médecin militaire français.
Pionnier de l'ethnopsychiatrie, il a marqué la psychiatrie française et celle des pays moins avancés.
Longtemps en poste à Dakar, il est l'un des fondateurs d'une approche alors nouvelle de la psychiatrie consistant à prendre en compte les facteurs liés à la culture des patients et s'inscrivant en opposition avec la psychiatrie coloniale qui marquait son époque.
Biographie
Familier des tribus nomades, des rebelles, des contrebandiers, médecin particulier du Roi des rois en Ethiopie, chef du service de santé du corps expéditionnaire au Viêt-Nam, ce jeune médecin militaire est, avant tout, tourné vers l'Autre. Observateur des cultures et des traditions, ami de Senghor, d'Haïlé Sélassié et de Castro, il y a dans cet homme étonnant du Saint-John Perse, du Rimbaud et du Saint-Exupéry. (Robert Arnaut)Robert Arnaut, La folie apprivoisée : L'approche unique du professeur Collomb pour traiter la folie, De Vecchi, Paris, 2006, 4e de couverture
Famille Henri Collomb est le fils de Célestin Marcelin Collomb (1877-1954), né à Valbonnais, cultivateur, et de Augustine Fege (1888-1976), ménagère, née à La Chapelle en Valjouffrey, mariés en 1911 à Valjouffrey, Bulletin mensual de l'Académie delphinale, Académie delphinale, Grenoble, 1988, p.146.
Il se marie en 1944 à Addis-Abeba avec Lydie Fernande Lily Dietrich (1918-2003) puis en 1951 à Saïgon avec Madeleine Marie-Claire Simon. Il est le père de deux filles, Agnès et LaurenceWho's who in France, Jacques Lafitte, 1979, p.379.
Carrière Il passe sa jeunesse dans la commune de Valbonnais et suit ses études secondaires au Lycée de La Mure. Après avoir obtenu son baccalauréat, il effectue son année préparatoire de médecine (PCB) à Grenoble.
Ne disposant pas de ressources importantes, en 1933, il décide de suivre sa formation de médecin à l'École du service de santé des armées de Bordeaux. En 1936, il passe le concours d’interne des hôpitaux, obtient son doctorat en 1937 puis part à Marseille compléter sa formation à l'École d'application du service de santé des troupes coloniales située au palais du Pharo.
En janvier 1939, il est affecté à Djibouti, alors capitale de la Côte française des Somalis, comme médecin militaire mais sa plus grande occupation est celle de médecin pour la populationRobert Arnaut, op. cit., p.24. En décembre 1942, il part pour l'Éthiopie et en , il devient médecin chef de l’empereur Haïlé Sélassié IerRobert Arnaut, op. cit., p.83.
Il rentre en France en juin 1948. Il passe ensuite le concours pour devenir psychiatre et est nommé spécialiste des hôpitaux coloniaux (section neuropsychiatrie) à Marseille en décembre. Il est affecté à l'enseignement à l'école du Pharo comme professeur agrégé de médecine et de neuropsychiatrieRobert Arnaut, op. cit., p.157.
En février 1951, promu au grade de médecin-commandant, il est appelé en Indochine. Il est nommé à l'hôpital Grall de Saigon et devient en mars 1952, médecin consultant du corps expéditionnaire français. En , il est cité à l'ordre du corps d'armée pour sa conduite et décoré de la croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs avec étoile de vermeilRobert Arnaut, op. cit., p.202 :
Henri Collomb, professeur agrégé du Service de santé des troupes coloniale d'une haute valeur morale et d'un dévouement total, débarqué en Indochine le , assure les importantes fonctions de médecin-consultant des forces terrestres d'Extrême-Orient. A ce titre, a été appelé à se rendre fréquemment en zone d'insécurité sur les différents théâtres d'opérations pour étudier les conditions sanitaires locales et faire prendre par les troupes en opération les mesures propres à préserver la santé des effectifs. Technicien de grande classe, aussi modeste qu'efficace, animé d'une foi ardente dans l'accomplissement de sa mission, il s'est rêvé un auxiliaire précieux pour le haut commandement et le corps expéditionnaire. « Cette citation comporte l'attribution de la croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieures, avec étoile de vermeil. ».
A son retour en France en , il devient psychiatre, neuropsychiatre à temps complet et travaille à Marseille jusqu'en 1958, notamment à l'hôpital Michel-LévyRobert Arnaut, op. cit., p.208.
En , il part pour Dakar, s'installe au nouveau centre hospitalier de Fann et va progressivement créer ce qui deviendra l'École de Dakar ou « École de Fann »Stéphane Boussat et Michel Boussat, « À propos de Henri Collomb (1913-1979) : De la psychiatrie coloniale à une psychiatrie sans frontières », L'autre, Cliniques, Cultures et Sociétés 2002;3(3):411-424.
Il devient en 1965 le premier titulaire de la chaire de neuropsychiatrie de la faculté de médecine.
Il reste au Sénégal durant vingt ans et développe un courant de pensée aux antipodes de la psychiatrie coloniale. En effet, Collomb, en rupture avec la pensée psychiatrique de son temps qui consiste à plaquer les conceptions de la psychiatrie et de la psychologie forgées en Europe sur les populations locales, cherche à comprendre les particularités du contexte sénégalais. Il se situe ainsi en rupture avec la psychiatrie coloniale. Pour ce faire, il s'entoure de chercheurs français et africains : psychiatres, psychologues, ethnologues, sociologues, psychanalystes, mais aussi de guérisseurs locaux.
Participeront à ce groupe Edmond Ortigues, Marie-Cécile Ortigues, Jacqueline Rabain et Andras Zempleni.
Si la psychiatrie moderne s'enferme dans ses murs, elle se condamne à la réclusion et à l'impossibilité d'établir le contact entre le soignant, le soigné et son environnement. La psychiatrie moderne vivra alors de ses illusions, à coups de neuroleptiques et d'électrochocs, et découvrira, dans vingt ou trente ans, qu'elle n'a pas accompli le moindre progrès, alors que toute la médecine a avancé, en un mot, qu'elle n'a pas accompli sa mission1966, cité par Arnaut R, La folie apprivoisée : L'approche unique du professeur Collomb pour traiter la folie, De Vecchi, Paris, 2006.
En 1978, un an avant sa mort, il revient en France.
En , il est nommé chef de service de psychiatrie au centre hospitalier et universitaire de Nice (hôpital Pasteur).
Il meurt peu après, à Nice, le .
Léopold Sédar Senghor, alors premier Président de la république du Sénégal lui rend hommage Léopold Sédar Senghor, « Henri Collomb (1913-1979) ou L'art de mourir aux préjugés », Psychopathologie Africaine 1979;15(2):137-9. :
De plus en plus, j’en suis sûr, l’on parlera de l’École de Dakar, de médecine négro-africaine. Et le nom du professeur Collomb y sera étroitement lié : ses vingt années de labeur à Dakar ont à jamais marqué la recherche médicale en Afrique. Car ce Français a su mourir aux préjugés les plus solidement établis.
Henri Collomb repose à Valbonnais, dans le petit village des Alpes où il avait grandi.
Titres 1936 : interne des hôpitaux de Bordeaux 1949 : professeur agrégé de médecine générale, service de santé de la France d’outre-mer 1950 : médecin des hôpitaux psychiatriques 1958 : maitre de conférences agrégé de neuropsychiatrie 1965 : professeur titulaire de la chaire de neuropsychiatrie à la faculté de médecine et de pharmacie de Dakar 1979 : chef de service de psychiatrie au centre hospitalier et universitaire de Nice (hôpital Pasteur)
Décorations Décorations française (1972), JORF, janvier 1972, p.46 Chevalier de la Légion d'honneur (1958), décret du 18 décembre 1958, JORF du 3 janvier 1959, p.204
Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs avec étoile de vermeil (Indochine 1953)
Médaille d'honneur du service de santé des armées (1963),Bulletin Officiel des Decorations, Medailles et Recompenses, 1963, p.540
Décorations étrangères (plus haute distinction sénégalaise) Chevalier de l'Ordre national du Vietnam (1954)
Publications « Les bouffées délirantes en psychiatrie africaine », Psychopathologie africaine, 1965 ; 1(2):167-239. « Psychothérapies non verbales traditionnelles en Afrique », Actualités psychiatriques, 1972 ; 3: 27-34. (en collaboration avec R. Collignon), « Les conduites suicidaires en Afrique », Psychopathologie africaine, 1974; 10(1), p. 79 et suiv. « De l'ethnopsychiatrie à la psychiatrie sociale », Revue canadienne de psychiatrie, 1979 ; 24 : 459-469. « La mort socio-somatique », Psychologie médicale, 1979 ; 1 1 (8) : 1637-1644. « Pour une psychiatrie sociale », Thérapie familiale, 1980 ; 1 (2) : 99-107. « La sorcellerie-anthropophagie (genèse et fonction) », Évolution psychiatrique, 1978 ; 43(3):499-520.
Notes et références
Bibliographie Robert Arnaut, La folie apprivoisée : L'approche unique du professeur Collomb pour traiter la folie, De Vecchi, Paris, 2006 . Olivier Douville, Robert Arnaud : La folie apprivoisée, l'approche unique du professeur Collomb pour traiter la folie, Figures de la psychanalyse, vol. 15, no. 1, 2007, pp. 221-224 Stéphane Boussat et Michel Boussat, « À propos de Henri Collomb (1913-1979) : De la psychiatrie coloniale à une psychiatrie sans frontières », L'autre, Cliniques, Cultures et Sociétés 2002;3(3):411-424. résumé Léopold Sédar Senghor, « Henri Collomb (1913-1979) ou L'art de mourir aux préjugés », Psychopathologie Africaine 1979;15(2):137-9. Henri Collomb : professeur agrégé médecine, 1913-1979 : son œuvre, son humanité, Comité du souvenir de la personne et de l'œuvre d'Henri Collomb, Valbonnais, 1980, 62 Alice Bullard, , 2005, , , Who's who in France, Jacques Lafitte, 1979, p.379 Henri Collomb (1913- 1979) : le petit écolier du Moulin, Valbonnais dans La g@zette du Valbonnais, n°30, .
Articles connexes Psychiatrie culturelle Psychopathologie africaine Jean-Pierre Coudray Santé au Sénégal
Liens externes
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