thumb|upright|Un morceau de lapis poli alt=Photo prise au microscope agrandissement x240|vignette|Lapis-lazuli au microscope agrandissement x240
Le lapis-lazuli est une roche métamorphique, contenant des silicates du groupe des feldspathoïdes.
Son utilisation est très ancienne, remontant à ans. Il est surtout connu comme pierre ornementale, opaque, de couleur bleue, entre l’azur et l’outremer, et connait des utilisations essentiellement en bijouterie, décoration et peinture.
Du lapis-lazuli, on extrayait en particulier le pigment outremer (qui une fois purifié se vendait autrefois au prix de l'or avant que le chimiste et pharmacien Vauquelin ne découvrît en 1814 la formule d'un pigment identique synthétisé par hasard dans les fours à soude du procédé Leblanc installés à Saint-Gobain, pigment que Vauquelin a analysé en concluant qu'il était identique au lapis-lazuli analysé en 1808 par Clément et DesormesCailhol, C. (1960). Pigments et pharmacie. Revue d'histoire de la pharmacie, 48(167), 453-458. (voir p 457))).
Le nom dérive du latin lapis, qui signifie pierre, et de lazuli qui signifie azur et qui vient lui-même du persan, لاجورد lâdjaward, lui-même du sanskrit raja varta, qui veut dire portion de roi (raja : roi, varta : portion).
Histoire L'utilisation du lapis-lazuli est attestée sur le site de Tepe Gawra, en Mésopotamie à la fin de la période d'Obeïd (6500-3750 ). Elle s'étendit progressivement et s'intensifia au début du millénaire avant notre ère. Le "lapis-lazuli" est d'ailleurs cité à plusieurs reprises dans l'Épopée de Gilgamesh, récit légendaire de Mésopotamie. À l'époque des dynasties archaïques sumériennes (2900-2340 ), on constate un fort usage du lapis-lazuli auquel on attribuait des vertus apotropaïques.
de lapis brut ont ainsi été retrouvés dans le palais syrien d'Ebla, ainsi que des centaines d'objets (bijoux, amulettes, incrustations, sceaux-cylindres...) dans les tombes du cimetière royal, d'Ur de même qu'à Mari ou à Kish (Iran) puis dans l'ensemble du Proche-Orient. L'Égypte en a également fait un très grand usage.
vignette|redresse=1.5|Le lapis-lazuli était un pigment précieuxIl était si onéreux que l'artiste devait préciser son coût dans les contrats de commande de tableaux, qu'on recommandait d'utiliser l'eau de rinçage des pinceaux et que les voleurs grattaient les peintures murales pour en récupérer et le vendre pour des œuvres d'art de second ordre. Cf , .. Giotto a posé cette couleur dans ses fresques (ici le ciel bleu vif dans Le Baiser de Judas), chassant l'or des icônes. Diverses plages de ce pigment subissent des altérations chromatiquesLa couleur bleue à base de lapis-lazuli devait être peinte a secco sur les enduits de chaux des fresques car ce pigment était sensible à ces environnements basiques et cette technique permettait de l'utiliser avec parcimonie. La peinture a secco est plus fragile, car ce pigment a une prise beaucoup plus superficielle sur le mur, ce qui donne lieu à une altération chromatique plus importante. Cf .
Les mines principales du lapis-lazuli utilisées dans l'ensemble du Proche-Orient se situent en Afghanistan septentrional, à Badakshan bien qu'il y eut toutefois d'autres gisements dont on ne sait s'ils étaient alors exploités (au Balouchistan par exemple).
Dans l’Antiquité, on confondait lapis-lazuli et saphir. Ainsi, Pline parle de saphir avec des taches dorées. On trouve des références similaires dans la Bible.
Pendant l’époque romaine, le lapis avait la réputation d’être un aphrodisiaque.
Au Moyen Âge, on lui attribuait d’autres vertus médicinales : bon pour la robustesse des membres, et prévenant l’esprit de la peur, du doute et de l’envie. On le buvait broyé, mélangé à du lait.
Gisements thumb|upright|Lazurite cristallisée provenant de Sar-e-Sang (Afghanistan) Le principal gisement se situe à la mine de , (ou Darreh-Zu), dans la vallée de la rivière Kokcha, province de Badakhchan en Afghanistan...
Ceux du Chili, à Ovalle, fournissent une pierre plus pâle. On en trouve également en Russie, dans la région du lac Baïkal et en Sibérie.
D’autres pays en fournissent en quantité moindre : Angola, Birmanie, Pakistan, États-Unis (Colorado et Californie), Canada.
Caractéristiques Densité : 2,7 à 3 Dureté Mohs : 5
Le lapis-lazuli se produit généralement dans certains calcaires (marbres cristallins) à la suite d'un phénomène de métamorphisme de contact.
Les lapis considérés comme de valeur ont une couleur bleue intense, parsemée d’éclats jaunes de pyrite. Si ces derniers sont trop nombreux, ou si la pierre contient des veines de calcite blanche, alors elle perd de sa valeur (fréquent pour les échantillons venant de Russie; le plus beau vient d'Orient (Afghanistan, ou Iran), selon les critères de l' (GIA)..
Composition minéralogique Selon la base de données Mindat, le lapis-lazuli est constitué principalement de lazurite (25 à 40 %)Fiche lapis-lazuli, MINDAT, un minéral de formule chimique . Il contient généralement aussi de la calcite (blanche), de la sodalite (bleue) de la pyrite (jaune d’or)
Certains échantillons contiennent aussi du soufre de l'augite du diopside de l'enstatite du mica de la hauynite de la Hornblende à lœllingite (FeAs2) et geyerite (Fe(As,S)2) de la noséite : Na8Al6Si6O24(SO4). H2O
Utilisation Bijouterie Le lapis peut être parfaitement poli et il est largement utilisé en joaillerie. Il peut être artificiellement amélioré par l’adjonction de colorants, de cires ou de résines. Le spinelle, autre pierre ornementale, a parfois été vendu pour du lapis. On trouve également d’autres imitations, purement synthétiques, dont certaines contiennent des taches de pyrites mais pas de calcite. Certains types de plastiques ou de verres peuvent également passer pour du lapis.
Décoration thumb|upright|150px|Taj Mahal : détail d'une incrustation de lapis lazuli On s’en sert également pour fabriquer des mosaïques, des sculptures et comme pierre ornementale, pour colonnes, tables, bijoux, trophées, objets d'art :
(actuellement ) Les Moghols ont utilisé le lapis-lazuli dans leur art et particulièrement dans la décoration du Taj Mahal, à Agra : les pierres provenaient du Sri Lanka ou d'Afghanistan..
La passion des Médicis, pour les objets en pierre semi-précieuse (onyx, jaspe, cornaline, améthyste, malachite, agate, marbre, lapis-lazuli) conduisit le grand-duc Ferdinand de Médicis à fonder, à Florence en 1588, la Manufacture d’art spécialisée dans le travail des pierres dures. Dès la fin du , la mode se répandit des vases et du mobilier en pierre dure et s’affirmèrent le goût et la technique de la mosaïque florentine. La manufacture poursuivit son activité pendant plus de trois siècles, et est devenue le Musée de la Manufacture de pierres dures de Florence. Des objets décoratifs en lazurite, issus de l'ancienne manufacture (vases, coupes, cruches), sont aussi exposés au Musée de l'Argenterie (), au Palais Pitti, à Florence.
thumb|upright|200px|Bol dragon , lapis-lazuli, vers 1570, Gasparo Miseroni, Musée d'histoire de l'art de Vienne, Autriche Du mobilier, décoré ou marqueté avec du lapis-lazuli, est exposé au Palazzo Vecchio, à Florence.
Un Bol dragon en lapis-lazuli, or, émail, perles et pierres précieuses, issu de l'atelier du maître lapidaire milanais, Gasparo Miseroni, (1518-1573)., est exposé au Musée d'histoire de l'art de Vienne, Autriche. Cette œuvre d'art fait appel aux compétences, à la fois d'un orfèvre et d'un maître lapidaire, et a appartenu à la collection d'œuvres d'art de l’empereur germanique Rodolphe II..
Le musée Ashmolean Museum, de l'Université d'Oxford, possède en particulier, dans ses collections, deux coupes en lapis-lazuli, d'époque Renaissance, léguées au musée en 2012, par le bijoutier londonien Michael Wellby. : Un bol en lapis-lazuli, monté sur or (vers 1608), en provenance des ateliers de Prague, du lapidaire Ottavio Miseroni, (1567-1624).. La monture or a été réalisée par l'orfèvre néerlandais , (1570-1614). Une coupe en lapis-lazuli, en provenance de l'atelier milanais de Gasparo Miseroni, (vers 1560), monture sur argent et émail, effectuée à Paris vers 1640..
La collection de gemmes, (vases en pierres dures), rassemblée par le roi Louis XIV était l'une des plus importantes du genre en Europe. : un superbe spécimen de nef en lapis-lazuli, ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette, est exposé au musée du Louvre, à Paris. Cette œuvre d'art italienne datant du , est entrée dans la collection du roi Louis XIV, avant 1673... Dès l'apparition de la marqueterie de pierres dures, à Florence, les artisans ébénistes vont s'en inspirer pour décorer du mobilier, avec des compositions colorées. Cette mode sera introduite en France par Mazarin. Louis XIV décidera la création en 1668, dans la Manufacture des Gobelins, d'un atelier de pierres dures, et recrutera alors, des marqueteurs italiens pour initier et former des marqueteurs français. Le roi s'en désintéressera pourtant, vers 1680, et l'atelier fermera définitivement en 1684, par mesure d’économie.. Le mobilier marqueté de pierres dures, étant considéré comme démodé, l'intendant du Garde-Meuble de la Couronne, Gaspard de Fontanieu, sera l'initiateur de plusieurs ventes, qui vont éparpiller les collections royales, dont plusieurs cabinets réalisés par les ébénistes royaux Domenico Cucci., ou Pierre Gole. Le reste du mobilier sera stocké en 1714, dans le Palais des Tuileries. Plusieurs ventes auront lieu, du au . En 1746, l'inventaire réalisé constatera la présence de cabinets ou armoires en mauvais état. Au cours du , le mobilier restant sera démonté et les pierres réutilisées, ou certaines récupérées, en 1748, pour leur intérêt minéralogique, par Buffon, pour le cabinet d’histoire naturelle du Jardin des Plantes de Paris. D'autres ventes de mobilier, ordonnées par le roi Louis XV, auront lieu le , le , et en 1752. Il reste cependant quelques spécimens de mobilier, ou partie du mobilier, comme ce plateau de table marqueté avec du lapis-lazuli au musée du Louvre.. L'ancien hôtel de la Païva, au 25, avenue des Champs-Élysées, à Paris, construit entre 1856 et 1865, à la demande d'Esther Lachmann, (La Païva), et qui a été financé par le riche industriel et comte allemand, Guido Henckel von Donnersmarck, possède aussi des lambris incrustés de lapis-lazuli. Les incrustations ont été restaurées en 2014, par le sculpteur-lapidaire Hervé Obligi..
Les maîtres lapidaires des trois manufactures lapidaires impériales de Peterhof, Ekaterinbourg, ou de la , en SibérieAprès l'effondrement de l'URSS, l'usine intègre le ministère des Services publics de la Russie. Dès 1990, l'usine n'a pas été en mesure de survivre. Elle est mise en faillite en 1998. Depuis , l'usine fabrique des produits en granit, telles les bordures de protection. En conséquence, le premier centre de taille de pierre de la Sibérie, continue à fonctionner, à ce jour, avaient l'habitude de travailler sur des objets d'art volumineux, en utilisant la technique de la mosaïque russe (ou école russe de la mosaïque florentine)., par placage de fines lamelles de pierres semi-précieuses telles que le jaspe, la malachite, la rhodonite ou le lapis-lazuli, habilement assemblées sur des œuvres d'art en bronze. De nombreux vases et objets d'art volumineux, sont exposés au Musée de l'Ermitage, dans le Palais d'Hiver, ou au Palais de Peterhof, à Saint-Pétersbourg, Russie.
de lazulite et de lapis-lazuli, ont été nécessaires, à l'époque, (extraits de la mine afghane de Sar-e-Sang), pour la décoration des colonnes de la cathédrale Saint-Isaac à Saint-Pétersbourg, (associées à d'autres colonnes, décorées avec de la malachite).