(en , en ), né le à Edirne et mort le à Tekfu Çayiri, près de Gebze, est le septième sultan de l'Empire ottoman, d'abord entre et puis de nouveau à partir de , et l'un des plus célèbres. Appelé ou dans les sources traditionnelles françaises, il est le quatrième fils de . Par la prise de Constantinople en 1453, gagne les surnoms de (Fatih Sultan Mehmed), Mehmed le Grand (Büyük Sultan Mehmed) et de « Père de la Victoire » ().
monte sur le trône à douze ans, après que son père eut abdiqué en sa faveur dans des circonstances troubles. Le sultan fait face à d'importantes difficultés, notamment lorsque , roi de Hongrie, lance une croisade en . Les Ottomans réussissent à vaincre les Hongrois le lors de la bataille de Varna, ramenant la paix dans l'empire. Mais le grand vizir Halil Pacha encourage la révolte des janissaires, rappelant en .
remonte sur le trône à sa mort en et décide de conquérir Constantinople, capitale de l'empire romain d'Orient. Il développe et renforce la flotte et l'armée ottomanes, puis conclut des traités avec la république de Venise et le royaume de Hongrie, s'assurant de leur neutralité. La ville est prise le : en fait sa capitale, s'autoproclame , « césar des Romains », et fait de la cathédrale Sainte-Sophie une mosquée. Il considère l'Empire ottoman comme une continuation de l'Empire romain, ce qui est reçu diversement en Europe.
poursuit ses conquêtes en Anatolie et dans le sud-est de l'Europe, conquérant des régions importantes et déplacant des populations pour repeupler Constantinople. Il se fait appeler le « sultan des deux terres et khan des deux mers » (), désignant d'une part l'Europe et le Proche-Orient, d'autre part la mer Méditerranée et la mer Noire. Au début d'une expédition en Anatolie, tombe malade et meurt dans des circonstances troubles à son camp de Tekfu Çayiri, près de Gebze, en 1481. Le corps est rapatrié à la capitale et inhumé à la mosquée Fatih. La succession est disputée entre les princes ottomans, son fils Bayézid lui succède après une lutte contre son frère Zizim.
fait plusieurs réformes politiques durant son second règne, marqué par une forte centralisation. Le sultan s'intéresse aussi à la philosophie et aux sciences, particulièrement à l'astronomie. Appréciant la littérature, il fait une grande collections d'ouvrages classiques et invite des lettrés occidentaux à sa Cour, écrit des poèmes en turc ou en persan et compose des chansons sous le pseudonyme d'Avni. Appréciant les beaux-arts, il fait venir à Constantinople des artistes de la Renaissance, dont Gentile Bellini qui exécute son portrait.
Biographie Premier règne Fils cadet de Mourad, Mehmed a une enfance et une instruction difficiles. Il devient l'héritier du trône à la mort de son frère aîné Alaeddin en 1444. Pour des raisons mal connues, abdique en sa faveur en ou de la même année. et se retire à Manisa.
Le court règne de Mehmed est agité, sur les plans intérieur et extérieur. Le gouvernement est partagé entre la faction du grand vizir Çandarlı Halil dit Halil Pacha, homme de confiance de Mourad mais qui entretient de mauvaises relations avec Mehmed, et d'autre part les autres vizirs plus proches du jeune sultan. Des mouvements populaires provoquant un incendie à Edirne suivent la prédication d'un derviche hurufi, protégé par Mehmed contre le grand mufti et Halil Pacha.
En 1446, Halil Pacha fomente une révolte des janissaires, et reprend le pouvoir jusqu'à sa mort en Kafadar, Cemal, Between Two Worlds, University of California Press, 1996, . . Au , Mehmed participa aux côtés de son père à une contre Skanderbeg.
Accession au trône Mehmed monte sur le trône le , dans des circonstances troublées (présence du prétendant Orkhan à Constantinople, opposition des janissaires, mauvaises relations avec le grand vizir Çandarlı Halil). Le nouveau sultan adopte une politique prudente de conciliation : il maintient Halil au poste de grand vizir et est le premier sultan à accorder aux janissaires un don de joyeux avènement. En conquérant l'émirat de Karaman en et et en renouvelant les traités de paix avec Venise en et avec la Hongrie en de la même année, Mehmed montre ses qualités de stratège comme militaire et comme diplomate.
Le siège de Constantinople
vignette|La forteresse de Roumélie (Rumeli Hisarı). Dès le début de son règne, se concentre sur le projet de faire de Constantinople la capitale de son pays. Il a conscience que posséder Constantinople serait une source de richesse et qu'ainsi il aurait le contrôle du commerce vers la mer Noire dans un sens et vers la mer Méditerranée dans l'autre sens. Lorsqu'il fait part de son projet, la majorité du divan, en particulier le grand vizir Halil Pacha, critique le sultan parce qu'il surestime ses capacités.
Un ingénieur hongrois nommé Orban (francisé en Urbain) fabrique pour le sultan de nouveaux canons gigantesques, dont le plus connu est le Basilic. Ces canons vont jouer un rôle important dans la prise de la ville.
En 1452, Mehmed fait construire sur la rive européenne une forteresse en face de celle que avait construite sur la rive asiatique. Ce château est appelé forteresse de Roumélie (Rumeli Hisarı) tandis que celle de s'appelle forteresse d'Anatolie (Anadolu Hisarı). Au cours de ces préparatifs, Mehmed renouvelle les traités de paix signés avec la Serbie et la Valachie et signe un nouveau traité de paix avec la Hongrie.
De son côté, l'Empire byzantin se prépare en accumulant des réserves de nourriture pour un long siège. L'empereur est inquiet en apprenant la construction de la forteresse de Roumélie à proximité de la ville. Il veut demander l'aide du pape. Ce dernier met comme condition à cette aide l'unification des deux Églises catholique et orthodoxe. Mais les rivalités entre les hommes religieux amènent l'empereur à abandonner tout espoir d'une nouvelle croisade pour lui venir en aide. En , Mehmed assiège la ville, détruisant tout aux environs et enfermant la population dans ses murs.
Le , deux tours sur roues sont construites pour pouvoir franchir les murailles légendaires de la ville. La bataille devient sanglante et Mehmed se rend compte que tant que sa marine n'entre pas en jeu, la ville pourrait continuer à être soutenue par les navires vénitiens et génois. Il fallait trouver un moyen de pénétrer dans la Corne d'Or, mais celle-ci est bien défendue à son entrée par un système de chaînes. Mehmed imagine alors de tirer les bateaux à terre sur la rive européenne et de les faire entrer par l'extrémité de la Corne d'Or (). La marine ottomane se trouve ainsi au milieu de la ville et elle peut bombarder ses murs depuis l'intérieur. Les boulets de tirés par le canon géant d'Orban font de terribles ravages. Entre le et le , , voyant que la défense ne tiendrait plus longtemps, accepte, sur la proposition d'un envoyé de Mehmed (nommé Ismaël, et fils du renégat grec Alexandre/Skender, prince vassal de Sinope), d'entrer dans des pourparlers de paix avec le sultan. Celui-ci exige alors le payement annuel d'un tribut de d'or (somme bien au-dessus des moyens de l'Empire romain), faute de quoi les Byzantins n'auraient plus qu'à quitter la ville en emportant leurs biens, ou à subir l'assaut de l'armée turque. Constantin ne pouvait que refuser de telles conditions, ce qu'il fait après avoir consulté son entourageVoir : Doukas, (1088) ; Laonicos Chalcocondyle, De rebus Turcicis, , 207 (PG 159, D). Voir Gustave Schlumberger, 1453 : le siège, la prise et le sac de Constantinople par les Turcs. Paris, Plon, 1935, ; L. Bréhier, Vie et mort de Byzance (1992), et ; S. Runciman, La chute de Constantinople (2007), ..
vignette|gauche|Entrée de dans Constantinople. Peinture de Fausto Zonaro (1854-1929). Dans la nuit du au , vers une heure et demie du matin, l'attaque finale est lancée ( la chute de Constantinople). Plusieurs vagues successives sont repoussées mais les régiments turcs parviennent au bout de quelques heures à pénétrer dans la ville et périt dans la bataille. À midi, au terme d'une lutte héroïque de part et d'autre, la capitale est prise. L'Empire romain d'Orient, vieux de , s'écroule après de siège. Les conquérants se livrent au pillage, au viol et à toutes sortes de profanations, et ils massacrent, sans distinction de sexe ni d'âge, les habitants qu'ils rencontrent, en attendant de réduire en esclavage les éventuels rescapés..
entre dans Constantinople dans l'après-midi du . Escorté de vizirs, de pachas, d'oulémas et de janissaires, il gagne la basilique Sainte-Sophie. Là, montant à l'ambon en compagnie d'un imam, il récite la prière musulmane, puis, pénétrant dans le sanctuaire, monte sur l'autel et le foule aux pieds, dans une attitude de profanation à la longue histoireL. Bréhier, Vie et mort de Byzance (1992), . On pense au vieux geste rituel, à la fois romain et byzantin, de la calcatio (hostis), mais le geste est détourné par Mehmed dans un sens religieux : au lieu de fouler aux pieds le chef ennemi (le corps de l'empereur Constantin, tué dans la bataille, n'avait pas — ou pas encore — été retrouvé), piétine et humilie, d'une manière à la fois souveraine et symbolique, la table sainte où l'officiant chrétien procède au sacrifice du « corps du Christ »., puis s'agenouilla pour y faire la prière musulmane de Dohr : la basilique chrétienne, de ce fait, fut transformée en mosquéeL. Bréhier, Vie et mort (1992), et (, avec référence précise aux sources) ; F. Babinger, Mehmed the conqueror (1992), ..
Après la prise de Constantinople, , sultan bisexuel, décida d'enlever les plus beaux jeunes hommes de la noblesse byzantine pour qu'ils fassent partie de son harem James Smalls, Homosexuality in Art, Parkstone International, (2012), 277, , George Haggerty, Bonnie Zimmerman, Encyclopedia of Lesbian and Gay Histories and Cultures, Garland Science, 2003, : « When captured the city in 1453, his troops were dispatched immediately to capture the most beautiful boys of the Christian aristocracy for him. ». Décrit comme notoirement pédérastePhilip Mansel, Constantinople, Hachette, 2011 (544), : « Like the city itself, he [] was a collection of contrasts: cruel and gentle, ruthless and tolerant, pious and pederast. », il motiva ses troupes avant l'assaut en leur faisant miroiter la beauté des jeunes hommes et enfants de Constantinople ; après la chute de la ville, les soldats se livrèrent à de nombreux viols sur des jeunes garçons Wayne R. Dynes, Stephen Donaldson, Asian Homosexualities, Taylor & Francis (1992), 368, . Le Megadux Lucas Notaras, décapité sur l'ordre de avec une partie de sa famille, aurait subi ce sort parce qu'il refusait de livrer son fils de à la lubricité du sultanSteven Runciman, La chute de Constantinople. 1453. Paris, Tallandier, , 2007 (édition originale anglaise : Cambridge University Press, 1965), . La décapitation était, chez Mehmed, une option punitive fréquente, même avec les enfants (voir plus loin, , le sort infligé aux sept fils de de Trébizonde), mais n'excluait aucunement le recours à divers sévices longs et raffinés. Son supplice préféré était toutefois celui du pal, comme le note, vers l', le Génois Iacopo de Promontorio de Campis, qui séjourna longuement à la cour du sultan : F. Babinger, « Die Aufzeichnungen des Genuesen Iacopo Promontorio de Campis über den Osmanenstaat um 1475 », in Sitzungsberichte der bayerischen Akademie der Wissenschaften, philosophisch-historische Klasse, Jahrgang 1957, Heft 8, . ; selon le byzantiniste Thierry Ganchou, cette motivation essentiellement sexuelle pour la remise en otage du fils Notaras (attestée par ailleurs) n'aurait été avancée et répandue par les chroniqueurs chrétiens que par médisance (lire en ligne) ; Le prôtogéros de Constantinople Laskaris Kanabès (1454). À propos d'une institution ottomane méconnue in Revue des Études Byzantines, 71, 2013, (en ligne).