Mohammad Reza Pahlavi dit Aryamehr (« Lumière des Aryens ») ou Shahanshah (« roi des rois »), né le à Téhéran et mort le au Caire, est le second et dernier monarque de la dynastie Pahlavi ayant regné en Iran. Dernier chah d'Iran, il règne du au (événement dit « du 22 Bahman 1357 »). Contraint par la révolution iranienne à l'exil le , Mohammad Reza Pahlavi est remplacé par un conseil royal puis définitivement renversé, mais n'abdiquera jamais officiellement.

Il succède à son père, Reza Chah, lorsque ce dernier, jugé trop proche de l'Allemagne nazie, est contraint d'abdiquer en lors de l'invasion anglo-soviétique de l'Iran. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le jeune chah est confronté aux tentatives sécessionnistes dans les provinces du nord-ouest lors de la crise irano-soviétique et aux rébellions tribales dans le sud du pays. Mohammad Reza Pahlavi se rapproche par la suite des États-Unis et entretient des liens très étroits avec la Maison-Blanche, en particulier avec les présidents Dwight Eisenhower et Richard Nixon.

Mohammad Reza Pahlavi assiste à la nationalisation de l'industrie pétrolière iranienne, alors sous contrôle britannique depuis 1913, par son Premier ministre nationaliste Mohammad Mossadegh, à cause du refus de l'Anglo-Persian Oil Company de renégocier les termes du contrat d'exploitation des gisements pétroliers. Cette décision entraîne une crise internationale entre l'Iran et le Royaume-Uni. En réaction à l'influence grandissante de Mossadegh, les services secrets anglo-américains le renversent en 1953 pendant l'opération Ajax, obligeant le chah, qui les a soutenus, à s'exiler en Italie. Cependant, grâce à l'armée dirigée par le général Zahedi, il est rapidement restauré sur le trône.

Évoluant ensuite vers une conception plus nationale, réformiste et autoritaire de la politique intérieure, le chah d'Iran entreprend, par référendum, un vaste programme de transformation sociale et économique, la « révolution blanche », associé à une répression des mouvements d'opposition incarnée par la SAVAK. Elle contribue à élargir le fossé économique, social et culturel entre une partie de la population, fortement occidentalisée, et une autre, sensible au conservatisme religieux prêché par Rouhollah Khomeini. Tout en demeurant un allié de premier plan pour les Américains et les chancelleries occidentales, le chah se rapproche aussi progressivement de l'Union soviétique puis de la Chine, traduisant ainsi un désir d'émancipation à travers plus de neutralisme.

De plus en plus critiqué, le chah fait face à un soulèvement populaire, la révolution iranienne, qui s'accentue au fil des mois et où s'imposent finalement les fondamentalistes chiites inspirés par l'ayatollah Khomeini. En , après avoir perdu progressivement ses soutiens traditionnels et l'appui occidental, Mohammad Reza Pahlavi nomme en dernier recours l'opposant social-démocrate Chapour Bakhtiar au poste de Premier ministre et quitte ensuite l'Iran. Le renversement du gouvernement Bakhtiar et la déclaration de neutralité de l'armée, quelques semaines plus tard, précipitent la chute du régime et contribuent à l'avènement de Khomeini. Contraint à l'exil et atteint d'un cancer, Mohammad Reza Chah Pahlavi meurt en Égypte l'année suivante.

Biographie Jeunesse (1919-1941) Enfance : du fils d'officier au prince héritier (1919-1925) vignette|Reza Khan et ses enfants, vers 1923. De gauche à droite : Mohammad Reza, Chams et Ashraf.

Mohammad Reza Pahlavi naît le à l'hôpital Ahâmadiyeh, dans les quartiers sud de Téhéran, en Iran.. Fils aîné de Reza , officier cosaque au seuil d'une irrésistible ascensionRamin Parham ; Michel Taubmann, Histoire secrète de la révolution iranienne, (2009), ., il est le second enfant porté par Nimtaj Khanum, future reine-mère Tadj ol-Molouk (1896-1982), et le frère jumeau de la princesse Ashraf Pahlavi. Ses jeunes années sans histoire se confondent avec la fin de règne d'Ahmad Chah. Au bord du gouffre financier et de l'effondrement institutionnel, la Perse des Qadjar se trouve en effet dans un « état de sous-développement abyssal »Gozâr az jarfâyé aqabmândégui bé zendéguyé emrouzi, ou La transition des abîmes du sous-développement à la vie contemporaine. Entretien de Hassan Mansour avec la revue Talash, quatrième année, , août-septembre 2004, .. C'est dans ce contexte particulier de déclin dynastique et de confusion nationale qu'émerge le père de Mohammad Reza Pahlavi. Devenu, dès 1921, le nouvel homme fort du pays, le général Reza Pahlavi va occuper successivement les postes de chef de l’armée et de gouvernement, avant de ceindre la couronne impériale sous le nom de règne de Reza en 1925. Le jeune Mohammad Reza devient dès lors le nouveau prince héritier.

Le règne de Reza Chah, commencé en 1925, va durer quinze ans : Il introduit de nombreuses grandes réformes, réorganisant l'armée, l'administration gouvernementale et les finances. Il supprime tous les droits spéciaux accordés aux étrangers, gagnant ainsi une indépendance réelle pour l'Iran..

Sous le règne de Reza Chah, les routes et le chemin de fer Trans-iranien sont construits, l'éducation moderne est introduite et l'université de Téhéran est établie et pour la première fois, l'expédition systématique des étudiants iraniens en Europe, afin de mieux former la jeunesse et développer son éducation. L'industrialisation du pays est intensifiée, et ses réalisations sont grandes. Au milieu des années 1930, le style dictatorial de Reza Shah provoque un important mécontentement en Iran. Et, en 1935, la Perse change son nom pour devenir l’Iran. Les mesures anti-tribales et anti-féodales de Reza Chah provoquent d'importants problèmes démographiques urbains, et les réformes vestimentaires dont l'abolition du voile pour les femmes lui valent l'hostilité d'un clergé qui l'avait justement aidé à « ceindre la couronne »..

Une famille et une grande fratrie vignette|Tadj ol-Molouk, mère du chah.

Troisième enfant d’une fratrie composée de sept garçons et quatre filles, Mohammad Reza Pahlavi est le frère cadet de la princesse Chams (1917-1996) et le demi-frère de la princesse Fatimah, dite Hamdan Saltaneh (1912-1992), née d’une précédente union. La princesse Ashraf (1919-2016) et le prince Ali-Reza (1922-1954) sont respectivement sa sœur jumelle et son seul frère de mère non qadjare. Ses demi-frères et demi-sœur d’ascendance qadjare (donc non dynastes) sont les princes Gholam-Reza (1923-2017) — mais l’intéressé déclare que sa mère était simplement apparentée aux QadjarsIman Ansari et Patrick Germain, Mon père, mon frère, les Shahs d’Iran : Entretiens avec Son Altesse Impériale le prince Gholam-Reza Pahlavi, Éditions Normant, 2004, 336 pages , page 174 : « Selon la loi iranienne, j’étais deuxième dans l’ordre de succession après mon frère Ali-Reza. J’étais également le dernier, car la Constitution iranienne interdisait que le souverain fût un descendant direct de l’ancienne dynastie. La dernière épouse de mon père, la princesse Esmate, était une princesse Qadjar et ses enfants ne pouvaient donc prétendre au trône. Mon cas était différent. Ma mère, alliée à la famille Qadjar, n’en était pas une descendante directe. Je figurais donc dans la ligne de succession au trône. Cette question ne fut soulevée qu’une seule fois, après le décès tragique en 1954 de mon frère très aimé, le prince Ali-Reza., Abdol-Reza (1924-2004), Ahmad-Reza (1925-1981), Mahmoud-Reza (1926-2001), la princesse Fatimah (1928-1987) et l’ex-prince Hamid-Reza (1932-1992), déchu par son frère et devenu Hamid Islami sous la république islamique d'Iran..

Devenu empereur, il n'est pas spécialement proche de ses demi frères et sœurs ; il est surtout proche de ses sœurs et frère directs, Chams, Ashraf, et Ali Reza. La « privilégiée » est sa sœur jumelle Ashraf, née quelques minutes après lui. Pendant toute leur enfance, puis pendant le règne de son frère, elle a toujours sur lui un important ascendant, le chah allant manger chez elle au moins une fois par semaine, généralement le dimanche. Il a avec Chams et Ali-Reza des rapports familiaux un peu platoniques.

Pour ses demi-frères et ses demi-sœurs, il n'est pas proche de Fatimah, dite Hamdam os-Saltaneh, née 17 ans avant lui. Il apprécie assez son frère Gholam Reza, dont certaines manières l'indisposent parfois, et chez un autre demi-frère, Abdol Reza, intellectuel, lors de son propre anniversaire, chaque , après son accession au pouvoir. Il apprécie également sa demi-sœur Fatimah, qui épouse en 1959 Mohammad Amir Khatami, militaire qui accompagne le chah lors de sa brève fuite d'Iran le avant d'épouser sa sœur. On ignore du reste la relation de Mohammad Reza avec ses autres frères Mahmoud Reza et Ahmad Reza, et on sait qu'au début des années 1960 son frère Hamid Reza, le dernier ses enfants de Reza Chah, est destitué de son titre princier à la suite de son style de vie particulièrement peu apprécié et débridé.

Les rapports de Mohammad Reza avec ses parents, mieux connus, marquent cependant le futur empereur :

Reza Khan est un grand homme musculeux qui domine son fils, physiquement et psychologiquement, le marquant pour toute sa vie. L'obsession de faire aussi bien que son père, sinon mieux, marque les quarante années de son règne. Dans son autobiographie, il dit « Un seul regard de mon père suffisait pour que je rentre sous terre ».

gauche|vignette|Mohammad Reza Pahlavi, prince héritier, vers 1925.

La mère de Mohammad Reza, Tadj ol-Molouk, est une femme de mauvais caractère, superstitieuse, qui pensait que les rêves sont prémonitoires, ou des messages d'un autre monde, donnant à ses enfants de nombreuses amulettes et grigris censés les protéger contre les mauvais esprits. À l'instar de ses filles, elle a un important ascendant sur le chah, religieux notamment en ce qui la concerne ; elle l'entretient dans la croyance qu'il a été choisi par la destinée ou par Dieu pour accomplir de grandes choses.

Héritier du trône et scolarité (1925-1936) vignette|Le prince héritier Mohammad Reza et Abdolhossein Teymourtash.

En 1925, bénéficiant d'une éducation stricte à la fois militaire et occidentale, Mohammad Reza Pahlavi gagne le prytanée Nezam, deux jours après qu'une loi lui confère le titre de prince héritier, qu'il devient officiellement le . Son éducation est supervisée par le doyen du clan Pahlavan, dont Reza Chah est issu. Dans les faits, cependant, cela étant plutôt un hommage du nouvel empereur à son clan, c'est Soleiman Behboudi, valet et homme de confiance de Reza Chah, qui s'occupe de cette éducation. Le jeune prince intègre ensuite un institut au sein duquel sont scolarisés les enfants des ministres ainsi que ceux des courtisans.

Une fois obtenu son certificat d'étude, à la fin de l'été 1931, Mohammad Reza Pahlavi quitte l'Iran afin de poursuivre son instruction en Suisse, dans le canton de Vaud. C'est une destination bien particulière : il part pour l'Institut Le Rosey, école suisse réputée pour son ouverture d'esprit et connue pour sa fréquentation, où on trouve des enfants de la cour. La Suisse est un choix, Reza Chah cherchant à scolariser son fils dans une école laïque, et surtout située dans un pays qui n'a aucun contentieux avec la Perse - le Royaume-Uni et l'URSS se trouvant donc forcément hors-jeu. Mohammad Reza n'est pas très enthousiaste à l'idée de partir si loin de chez lui : aussi il ne part pas seul, et on lui adjoint plusieurs camarades : son frère Ali Reza, son ami Hossein Fardoust, et Mehrpour Teymourtash, fils du ministre de la Cour, Abdol-Hossein Teymourtash qui supervise le voyageOn ignore cependant ce qu'est devenu Mehrpour après la brutale destitution de son père et son emprisonnement, l'année suivante..

vignette|Mohammad Reza Pahlavi en 1931.