L’abbaye de Staouëli est un ancien monastère trappiste situé en Algérie. Créé en 1843, le monastère fut érigé en abbaye le par Monseigneur Louis-Antoine-Augustin Pavy. Charles de Foucauld y résidaIl correspondit notamment avec le Père Jérôme cf Charles de Foucauld, Cette chère dernière place, éditions du Cerf, 1991.. Les moines la quittèrent en 1904. Cette Trappe symbolisa pendant soixante ans la présence du christianisme en Algérie.

L'installation des Trappistes en Algérie En 1830, le général de Bourmont organise et commande l'expédition d'Alger. Le , l'armée aborde à Sidi-Ferruch, livre les 19 et les deux batailles de Staouëli, et prend Alger le .

En 1841, le gouvernement français, douloureusement préoccupé de l'avenir de l'Algérie, qui avait coûté tant de sang et d'argent sans résultats appréciables jusqu'à cette époque, décide d'envoyer une mission d'études pour examiner les possibilités d'avenir de la colonie. Le député de l'Orne, Francique de Corcelle, chef de la mission, qui avait séjourné plus de trois mois dans les régions conquises, conclut notamment dans son rapport officiel : « …qu'elle cesserait d'être française si elle n'est chrétienne » et, plus loin, il ajoutait : « L'introduction d'une congrégation religieuse dans les cultures de l'Algérie serait assurément très salutaire. Les Trappistes, par exemple, apporteraient une expérience agricole fort précieuse et des exemples de sainteté… »Monographie du Domaine de la Trappe de Staouéli Rapport présenté par M. Gabriel VERGE Ingénieur agricole E.A.M..

On peut lire dans Le Moniteur universel du , un an avant l'installation des pères Trappistes : « Un bataillon de troupe de ligne va partir pour la plaine de Staoueli, afin de creuser les fossés d'enceinte du troisième village à établir, les Schragos. On assure que M. le Directeur de l'Intérieur a toutes prêtes les familles à établir dans cette partie de la plaine de Staoueli, que nous connaissons fort saine et très productive dans beaucoup d'endroits… »Les Archives de l'Histoire : LA PLAINE DE STAOUELI - COLONS ET PELERINS - SEPTEMBRE 1842 -.

En 1843, treize moines venus de l'abbaye française d'Aiguebelle vont entamer la construction du premier monastère cistercien en Algérie. de Corcelle, député catholique de l'Orne, avait fait part au vicaire général de La Trappe de son projet d'unir l'État français (colonisateur de l'Algérie), aux religieux. Accompagné de Dom Orsise, abbé d'Aiguebelle, et de Dom Hercelin, abbé de La Grande Trappe, il se rend alors en Algérie afin de trouver un lieu d'implantationAbbaye. net L'Histoire cistercienne-trappiste, de la Révolution française, 1790, à nos jours. Une concession leur est attribuée par le général Bugeaud, gouverneur de l'Algérie. Elle se trouve à Staouëli (« La terre des saints » ), quelques kilomètres à l'ouest d'Alger, à côté de la presqu'île de Sidi-Ferruch, sur un terrain de 1 020 hectares, dominée par le marabout d'Aumale, un tombeau dédié à un saint musulman.. C'est un maquis rempli de broussailles et de palmiers nains, de lentisques et de myrtes sauvages. L'oued Bridja à l'est, l'oued Boukara à l'ouest sont les limites de la concession, qui sera agrandie par la suite.

L'acte de concession, date du , fête de Saint Jacques Apôtre, et est signé par Jean-de-Dieu Soult, duc de DalmatieActe de conession texte intégral Congrès de la colonisation rurale. 3, Monographies algériennes : Alger 26-29 mai 1930. En , une première messe est célébrée sur le lieu de la fondation de la future Trappe devant quelques Arabes « indigènes »Pendant la période coloniale, indigène est devenu un terme officiel désignant les droits, les coutumes et les institutions particulières qui continuaient à être en vigueur pour certains peuples autochtones. Cette pratique renouait avec les institutions du droit local de l'Ancien Régime.. Le , jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix, la première pierre de ce monastère cistercien est posée par Dom François-RégisSouvenirs D'Un Vieux Critique - Google Livres Dom François-Régis par l'Abbé Bersange dans : Souvenirs d'un vieux critique, Armand Ferrard de Pontmartin et bénie par l'évêque d'Alger Dupuch en présence du général BugeaudLes Français ont livré à Sidi Ferruch la première bataille contre les Arabes dirigés par des Turcs remportant la victoire afin de débarquer à Alger, et la Trappe sera édifiée sur les anciens boulets de canons de cette bataille de Stouaëli.

"Ce fut le que le pape Grégoire XVI érigea en abbaye le prieuré de Staouéli. Le , un titre définitif de propriété fut délivré à la Trappe en remplacement de la concession provisoire établie en 1843. Le , le supérieur Dom Regis donna sa démission et devint procureur de l’Ordre. Il fut remplacé par le P. Timothée nommé, peu après, abbé de la Trappe. de Staouéli. Le , le P. Dom Augustin, prieur, fut élu abbé Le cloître, œuvre d’un moine italien, mort en 1848, fut copié sur celui de l’abbaye de Maubec. L’église fut consacrée, le , par Mgr Dupuch."

Source :Les feuillets d'El-Djezair, lisible à : https://athar.persee.fr/docAsPDF/feldj_1112-0649_1914_num_7_1_1182.pdf"

Le monastère est consacré le . Il compte 67 moines dès , nombre qui s'élève bientôt à 120. Parmi eux, quelques anciens officiers, comme un militaire qui avait participé à la bataille de Staouëli sur les lieux de fondation du couvent, et fut présent dès la pose de la première pierreAlger-Roi Staouëli, la Trappe près de Guyotville petite ville à d'Alger GAMT 199. En 1845, six moines de l'abbaye de Bellefontaine de Bégrolles-en-Mauges y sont envoyés. et en 1848, trente-deux moines de l'abbaye de Melleray, qui était en train de fermer.

Le monastère est érigé en abbaye le . En 1847, l'exploitation agricole traverse une crise financière importante et Dom Régis est alors secouru par le général Marengo, qui puise dans sa fortune personnelle pour aider les pères Trappistes.

La communauté reçoit régulièrement l'apport de nouveaux frères, venus des abbayes françaisesMichel Raineau : À l'ombre des croix de bois sans nombre du petit cimetière, La Croix, 17 avril 1934 (Consultable sur Gallica.bnf La Croix (1880) - Gallica). En 1849, constatant les bons débuts de l'exploitation, le gouvernement français accorde la propriété définitive des terrains à la Société Civile de Staouëli, qui représente le monastèreAlger-Roi Staouëli, la Trappe près de Guyotville petite ville à d'Alger GAMT 199 et texte de la concession définitive Gallica BnF.

Tableau chronologique + Staouéli / Maguzzano (en Algérie; 1843-1904 / en Italie; 1904-1936). 09/06/1842 Voyage en Algérie de D. J.M. Hercelin et de D. Orsise Carayo, abbé d'Aiguebelle 18/07/1843 Signature de l'acte par lequel le gouvernement cède aux trappistes des terrains dans la plaine de Staouéli. 12/08/1843 Arrivée de D. Fr. Régis de Martrin en Algérie. 13/09/1843 Arrivée d'un premier groupe de 10 religieux 14/09/1843 Pose de la première pierre du monastère. 30/08/1845 Consécration de l'église. 04/05/1865 Visite de l'empereur Napoléon III. 02/06/1880 Translation des restes de D. Fr.-Régis. 21/07/1893 Cérémonie à l'occasion des noces d'or de l'abbaye. septembre 1894 Le monastère d'Akbès devient fille de Staouéli. 25/09/1896 à 27/10/1896 Séjour du Père de Foucauld. Octobre 1904 Achat du monastère de Maguzzano. 21/10/1904 Vente du monastère de Staouéli. 01/11/1904 Départ de la communauté pour l'Italie. 15/09/1936 Le chapitre général supprime la communauté de Maguzzano. 1938 Vente du monastère de Maguzzano

Développement de l'exploitation agricole La devise du Monastère

La devise de l'abbaye gravée au frontispice du monastère est « Ense Cruce et Aratro », « Par l'épée, par la croix et par la charrue »Le général Bugeaud y avait fait allusion au moment de la fondation en disant aux moines « l'épée d'abord, la croix ensuite », faisant allusion à la bataille de Staouëli qui s'y était déroulée et à la colonisation du pays. Les moines de Tibhirine et le P. Christian de Chergé contesteront plus tard cette devise et cette définition de l'évangélisation et du monastère. Ils choisiront celle du « Dieu désarmé » (Frère Christophe) ! La devise du colonisateur était en effet « Ense et aratro». cf. Vivre l'Évangile d'abord - Google Livres Vivre l'Évangile d'abord, . Leur premier supérieur est le père François-Régis, né Léon de Martrin-DonosLe silence des moines: les trappistes au : France, Algérie, Syrie Par Bernard Delpal page 94 note 10.

Débuts difficiles Les moines ont la responsabilité de 500 ha, et ont pour mission de créer une exploitation agricole modèle, un centre religieux et spirituel. Les conditions de travail sont très dures et la vie monastique exigeante. Le terrain est insalubre, et le paludisme, ainsi que plus tard le choléra, font bientôt des coupes claires dans les rangs des moines. Sur 40 frères, 25 décèdent dans cette période de fondation, dont dix dès la première annéeMadiana Delahaye, Maurice Bel, La Trappe de Staouëli, in revue Généalogie Algérie, Maroc Tunisie, , 1995/1. Extraits en ligne sur le site Alger RoiLes noms de moines décédés en 1844 nous sont parvenus : PP. Jacques, Gérard, Joseph, Barthelemy, Camille, Michel, Sulpice.. Tout en vivant leur vocation contemplative, les moines arrivent progressivement à transformer la concession qui leur a été confiée en un domaine agricole moderne et attrayant. En 1865, lors de la visite de Napoléon III, on en fait ainsi le bilan : «de nombreuses voies d'exploitation ont été ouvertes, bordées de carroubiers, de platanes, de mûriers, d'oliviers et munies de haies de cactus ou d'aloës ; des abris de cyprès, de roseaux et de bamboux se sont élevés pour protéger les cultures délicates contre l'action du vent de mer ; des marais pontins ont été desséchés ; de grands ravins ont été encaissés, ou redressés…»Napoléon III en Algérie Par Octave Teissier, 1865, page 55 thumb|Géranium rosat 43 moines, 20 colons, et 100 ouvriers exploitaient : 450 hectares de vignobles ; 20 hectares de prairies ; 25 hectares d'agrumes, mandariniers citronniers et orangers ; 45 hectares blé et céréales, maïs, sorgho, betteraves et patate douce ; 30 hectares plantés de géraniums…

Céréales, fruits et légumes Le blé est l'activité principale du monastère (ils furent les premiers à introduire la machine à vapeur pour battre le blé« Chevalié, mécanicien d'Alger, a introduit dans ses ateliers deux machines portatives à vapeur pour battre le grain, et l'une d'elles a fonctionné avec plein succès à la Trappe de Staouëli, au mois de juillet dernier, en présence des notabilités administratives et agricoles. Les Pères ont pu battre, en 19 jours, la récolte de 300 hectares de céréales avec une satisfaction dont nous avons recueilli le témoignage de leur bouche » - citation extraite de Journal d'agriculture, sciences, lettres et arts Par la Société d'émulation de l'Ain sur Google Livres mais ils cultivent aussi les autres céréales et le maïs, les légumes et les pommes de terre, sans compter les 2500 arbres (peupliers et arbres d'agrément) et arbres fruitiers, mûriers (1500), abricotiers, figuiers, oliviers, cerisiers, amandiers, dattiers et bananiers, orangers, pruniers, pommiers… Ainsi que des vignes, excellents cépages venus de FranceMoines d'Aiguebelle, Annales de l'Abbaye d'Aiguebelle (de l'ordre de Citeaux), depuis sa fondation jusqu'à nos jours (1045 - 1863), T.II, Valence, 1863. (Sur la fondation de l'abbaye de Staouëli, voir à 409) lire en ligne.

Staouëli était appelé le « pays des primeurs ». Melons réputés énormesLire sur la réputation des fruits et légumes de Staouëli : Dom François-Régis par l'Abbé Bersange dans : Souvenirs d'Un Vieux Critique, Armand Ferrard De Pontmartin page 200, cerises, prunes, pêches, amandes, oranges, mandarines, citrons, nèfles, choux gigantesques… Ces fruits provenant des jardins potagers et vergers, qui ont remplacé les broussailles et les palmiers nains, se vendent sur les marchés d'Algérie.