Pierre Pflimlin , né le à Roubaix et mort le à Strasbourg, est un avocat et homme d'État français, personnalité de la République.

Il devient une figure de la démocratie chrétienne après la Seconde Guerre mondiale. Député du Bas-Rhin à partir de 1945, cet Alsacien est nommé plusieurs fois ministre, chargé de portefeuilles aussi importants que l'Agriculture, la France d'outre-mer, les Finances et les Affaires économiques.

Désigné président du Conseil le dans le contexte de la guerre d'Algérie et de la crise de la République finissante, il préconise une politique libérale vis-à-vis de l'Algérie française et prône une réforme profonde de l'État, mais face à l'intensité de la crise causée par le problème algérien et redoublée par le putsch d'Alger, il cède le pouvoir au général de Gaulle quelques jours seulement après son investiture. Il reste député, jusqu'en 1967, et devient, à partir de 1959, maire de Strasbourg, poste qu'il occupe jusqu'en 1983.

Nommé ministre d'État chargé de la Coopération en , il démissionne un mois plus tard pour s'opposer à la politique européenne du général de Gaulle, qu'il juge trop éloignée de ses propres convictions europhiles.

Député européen à partir de 1979, il exerce sa dernière fonction d'envergure en devenant président du Parlement européen, entre 1984 et 1987. Il met un terme à sa carrière politique en 1989.

Biographie Jeunesse et études Pierre Pflimlin est issu d'une famille alsacienne catholique. Il est le fils de Jules Pflimlin (1875-1937) et de Léonie Schwartz. . Son père, Jules, travaille depuis 1893 pour l'entreprise textile Charles Mieg et Cie, de Mulhouse. Ce dernier effectue un stage dans le Nord à partir de 1903, à Roubaix. C'est pourquoi Pierre Pflimlin est né dans cette localité. Il revient jeune enfant, en Alsace, où son père dirige la filature de coton de la société Charles Mieg et Cie à partir de 1912« Les obsèques de M. Pflimlin », L’Express de Mulhouse, 11 mai 1937, L’Express de Mulhouse, 8 mai 1937 (faire-part de décès). L'un de ses oncles paternels est un clerc, à Colmar, l'autre est médecin.

Il fait ses études au lycée de Mulhouse. Après l'obtention de son baccalauréat, il étudie à l'Institut catholique de Paris et enfin à l'université de Strasbourg. Diplômé en droit et en sciences politiques, docteur en droit en 1932, il devient avocat en 1933 au barreau de Strasbourg.

Il s'intéresse à l'économie. Sa thèse porte sur « L'industrie de Mulhouse : étude historique de ses moyens de production et de ses chefs » (1932)Der Elsässer, 5 juillet 1932. Il participe à des études économiques Bibliographie alsacienne : revue critique des publications concernant l'Alsace, Université de Strasbourg, 1934, notamment avec l'universitaire Henry Laufenburger, professeur à l'Université de Strasbourg. Il s'intéresse avec lui à l'économie dirigée nazie, collaborant en 1938 à son étude, La nouvelle structure économique du Reich. Groupes, cartels et politique des prix (Paris, Paul Hartmann). Un de ses articles publié dans la presse en 1937 porte sur le plan de quatre ans allemand, à la suite d'un voyage d'études en Allemagne ; il souligne que la politique autarcique menée par les nazis P. Pflimlin, « Ersatz ! », Journal de Confolens, 5 septembre 1937.

Son père meurt en 1937, à 63 ans ; il était alors directeur de filature à Roubaix à sa naissance, président du comité de direction des Caisses de malades d'entreprises et d'une clinique dentaire. Un autre de ses fils, Georges, est chirurgien-dentiste« Les obsèques de M. Pflimlin », L’Express de Mulhouse, 11 mai 1937.

Il épouse en Marie-Odile Heinrich, née à Strasbourg en 1912, fille d'un directeur d'école.

Des débuts politiques à l'extrême droite

Après avoir sympathisé avec les idées nationalistes de l'Action françaiseNotice biographique sur le site de l'Assemblée nationale : base SycomoreL’Action française, 27 février 1924 : Un Pierre Pflimlin apparait dans une liste de donateurs, pour 5 francs. Il a alors 17 ans., il milite aux Jeunesses patriotes à la fin des années 1920, lorsqu'il est étudiant à StrasbourgRené Paira, Affaires d'Alsace : souvenirs d'un préfet alsacien, La Nuée bleue, 1990, François Audigier, Frédéric Schwindt (dir.), Gaullisme et gaullistes dans la France de l'Est sous la République, Presses universitaires de Rennes, 2009, Dominique Lerch, Du journalisme au syndicalisme paysan, entre Alsace, Moselle et Algérie, un itinéraire d’extrême droite, proche du nazisme : Joseph Bilger (1905-1975)S Elsass, 28 avril 1928 (réunion publique des JP à Dessenheim ; P. Pflimlin discourt sur le communisme).. Il milite ensuite dans une petite organisation fondée à Strasbourg en 1933, La Force Nouvelle (die Neue Front)Samuel Huston Goodfellow, fascism in Alsace, 1919-1945, Indiana University, 1991, . Il prend part en à Sarreguemines, en Moselle, à une réunion de la section locale de ce mouvement, aux côtés des dirigeants lorrains de la Solidarité françaiseJean-François Colas, Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, Thèse de doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 2002, vol. 1, : il siège à la tribune aux côtés des chefs lorrains de la SF (Collin et Me Duluc, de Nancy). La section de Sarreguemines, présidée par Emile Goepp, fusionne avec la SF en décembre 1934. et représente son mouvement lors d'une réunion du comité de liaison du Front national, à Paris, le mois suivantL'Express de Mulhouse, 20 juin 1934. Il est aussi l'avocat de Joseph Bilger et de son Bauernbund en 1937Dominique Lerch, Du journalisme au syndicalisme paysan, entre Alsace, Moselle et Algérie, un itinéraire d’extrême droite, proche du nazisme : Joseph Bilger (1905-1975)L’Express de Mulhouse, 8 octobre 1937, Ibid., 19 mars 1937 et est membre d'un Comité de coordination des mouvements anti-marxistes, auquel appartiennent le Bauernbund ou les royalistes alsaciens.

Il milite également à l'Action populaire nationale d'Alsace, un mouvement dissident de l'Union populaire républicaine, le grand parti catholique alsacien. Il participe en 1939 à la Semaine sociale d'Alsace, à Colmar, discourant sur « les difficultés économiques et sociales que rencontre l'idéal familial chrétien »La Croix, 15 février 1939.

Sous l'Occupation Il travailla comme chef du service presse-propagande au secrétariat général de la jeunesse, à Vichy, en 1941Journal officiel, 25 février 1941, puis fut nommé juge d'instruction à Thonon-les-Bains (de 1941Journal officiel, 10 septembre 1941 à 1944), et substitut du procureur de la République à Metz (en 1944).

À la Libération, le ministre de la justice François de Menthon le nomme en commissaire du gouvernement adjoint près la section départementale de la Moselle dépendant de la Cour de justice de Colmar, chargée de l'épurationJournal officiel de la République française, 9 avril 1945.

Homme-clef de la République vignette|redresse|gauche|Pierre Pflimlin durant la crise de mai 1958. Il adhère au Mouvement républicain populaire (MRP), parti démocrate-chrétien, dès sa création en 1945 et en devient une figure importante, d'abord en Alsace puis à l'échelle nationale, alors qu'il a suivi un itinéraire politique différent de celui des autres personnalités du MRP Jean-Marie Mayeur, « Les démocrates d’inspiration chrétienne », dans Mélanges de l'École française de Rome, 1983, 95-2, . Il occupe la présidence de ce parti de 1956 à 1959.

Il est tout d'abord élu conseiller municipal de Strasbourg en puis il est élu député dès le mois suivant sur une liste du MRP, aux côtés d'anciens parlementaires de la République (Henri Meck, Alfred Oberkirch, anciens députés, Joseph Sigrist, ancien sénateur) et d'Albert Schmitt, secrétaire départemental du MRPCombat, 23 octobre 1945.

De 1946 au tout début de 1953, il appartient aux treize gouvernements qui se succèdent au pouvoir. Ses premières fonctions ministérielles sont celles de sous-secrétaire d'État au ministère de la Santé publique et de la Population (en 1946), puis de sous-secrétaire d'État à l'Économie nationale. Il est ensuite ministre de l'Agriculture dans huit gouvernements entre 1947 et 1951. En 1950, il se fait le promoteur sans succès d'un plan pour une organisation agricole européenne ()archives.eui.eu/, Notice biographique. Il occupe d'autres portefeuilles ministériels entre 1951 et 1953 (commerce, Europe, France d'outremer).

Après la chute du gouvernement Mendès France, il tente vainement, en , de former un gouvernement. Quelques jours plus tard, il est ministre des finances et des affaires économiques dans le cabinet dirigé par Edgar Faure, fonctions qu'il exerce à nouveau dans le cabinet Félix Gaillard (1957-1958).

Il est l'avant-dernier président du Conseil de la Quatrième République. Il est investi par l'Assemblée le alors qu'un Comité de salut public composé de civils et de militaires, présidé par le général Massu, s'est constitué le dans la soirée à Alger. Il est contraint à la démission deux semaines plus tard pour faciliter l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle, puis il a dans le gouvernement dirigé par ce dernier le titre de ministre d'État sans portefeuille, à l'instar d'autres personnalités de la République (-).

Sous la République

Il revient au gouvernement lors de la nomination de Georges Pompidou, comme ministre d'État, ministre de la Coopération, le , mais il démissionne prématurément au bout d'un mois avec les quatre autres ministres issus du MRP, en raison de graves désaccords avec le général de Gaulle au sujet de la construction européenne, à la suite d'une conférence de presse de ce dernier hostile à l'intégration européenne et moquant les partisans d'une communauté supranationale avec sa référence au « volapük intégré », en sa présence. cvce.eu/, extrait de la conférence de presse du général de Gaulle du 15 mai 1962.

Il demeure député jusqu'en 1967 ; il annonce son désir de ne pas briguer un nouveau mandat en 1966, affirmant sa volonté de consacrer son activité politique et se montrant partisan ni d'un soutien inconditionnel au général de Gaulle, ni d'une opposition systématique à sa politique. . . Il fait partie des centristes qui ne sont pas prêts à tout pour en finir avec le gaullismeDaniele Zéraffa, « À la recherche du centre (1962-1986) dans la vie politique française », . Revue d'histoire, 1986/9 (Lire en ligne).

Il passe pour avoir été le premier maire catholique de Strasbourg de mars 1959 à mars 1983. En fait il fut, semble-t-il, le premier maire faisant profession de catholicisme. Il y avait eu avant lui Charles Hueber (1929-1935), baptisé catholique mais qui, passé au communisme, encourageait les ouvriers à sortir de l'Église. Il se montre attaché au maintien du siège du Parlement européen dans cette ville.

Après la démission du général de Gaulle et l'élection à la présidence de la République de Georges Pompidou, dans le contexte de l'entrée au gouvernement de Jacques Duhamel en 1969, il apporte son appui à la majorité présidentielle, ralliant le Centre démocratie et progrès (CDP). . , dont il est membre du conseil politique. . Il rejoint ensuite le Centre des démocrates sociaux (CDS), fusion en 1976 des deux partis centristes, le CDP et le Centre démocrate de Jean Lecanuet. ; il est membre de son comité directeur.