vignette|upright=1.5|Code international des signaux maritimes. La combinaison QL des deux pavillons Q (comme Québec) et L (comme Lima) signale un navire placé en quarantaine.

La quarantaine consiste à isoler des personnes, des animaux, ou des végétaux durant un certain temps, en cas de suspicion de maladies contagieuses, pour empêcher leur propagation.

En empêchant les personnes d'avoir des contacts avec des individus sains se trouvant à l'extérieur de la zone de confinement, on rend la contagion impossible et les maladies infectieuses disparaissent d'elles-mêmes. C'est une mesure-barrière ; l'une des méthodes de prévention et de gestion des risques liés aux maladies infectieuses (épidémie, pandémie notamment).

S'il s'agit de personnes malades « confirmées », on parle plutôt d'isolement ou d'Isolement (soin de santé).

Au figuré le mot désigne aussi la condition d'une personne mise volontairement à l'écart (ostracisme).

Par extension, ce terme est également utilisé dans le domaine de la sécurité informatique.

En 2020, de nombreux pays décident d'appliquer des mesures de mise en quarantaine de leurs populations afin de ralentir la propagation d'une pandémie de maladie à coronavirus, appelée quatorzaine pour une isolation de 2 semaines.

Étymologie et évolution sémantique Le mot « quarantaine », attesté en français depuis les années 1180, signifiait « espace de quarante jours » (période du carême). En français, au sens de mesure sanitaire, apparu au , il dérive de l'italien quaranta (nombre quarante) et remonte à 1635..

La quarantaine sanitaire se définit historiquement comme la séparation, la détention et la ségrégation de sujets suspectés de maladies contagieuses. Le mot désigne ensuite aussi la période de cet isolement de personnes, d'animaux, d'objets ou de marchandises.

En épidémiologie, le mot désigne aujourd'hui une restriction complète de déplacement, provisoirement proposée ou imposée, à des personnes apparemment saines potentiellement exposées à une maladie contagieuse (voire des animaux ou objets suspects d'être contaminants tels que bagages, conteneurs, moyens de transport, marchandises...), alors que le terme isolement concerne plutôt des malades ou porteurs sains avérés (un malade déclaré est isolé, un sujet en période d'incubation possible est mis en quarantaine).

L'autoisolation prescrite, ou autoprescrite est une forme de quarantaine utilisée en 2020 pour COVID-19, envisagée au domicile de ou des intéressés, devant soit une possible phase d'incubation, soit une pathologie possible non testable, en pénurie de méthode diagnostique.

Histoire Origines La séparation et l'interdiction sociales se sont inscrites d'abord dans le cadre du sacré, avec la notion de tabou, par exemple le tabou alimentaire. La séparation du pur et de limpur concernant les maladies est manifeste dans la Bible :

Ce passage a été interprété comme la description d'une gonorrhée avec « déclaration obligatoire de maladie contagieuse » et « isolement et désinfection ». En médecine hébraïque, des textes mentionnent les maladies de peau avec isolement social temporaire, ou avec exclusion définitive (discrimination des lépreux).

L'idée du nombre 40 comme période décisive de temps serait celle d'Hippocrate (vers le ), qui indique qu'une maladie aiguë se manifeste dans l'espace de 40 jours. D'autres mentionnent Pythagore qui attribue au chiffre 4 des vertus mystiques. Cette période de 40 jours est adoptée par les premiers textes chrétiens (le jeûne de 40 jours de Jésus-Christ dans le désert).

Moyen-Âge vignette|« Pestiférés bénis » ou « lépreux sermonés » par un évêque. Miniature du , British Library de Londres. En France, la séparation sociale et l'exclusion des lépreux relève de l'ordonnance royale du . Le rejet des lépreux est partout la norme, mais d'application locale très variée. De nombreuses villes ont une léproserie située à l'écart, avec limitation ou contrôle du déplacement des lépreux. Les motifs d'origine sont d'abord religieux et moraux : la lèpre est une maladie de l'âme qui se manifeste par une mort lente du corps.

Avec la survenue de la peste noire, les motifs sanitaires apparaissent au premier plan. Les mesures prises sont le fait des autorités municipales qui s'appuient sur le sens commun d'une contagiosité, notion de peu d'importance pour la médecine médiévale. Les mesures les plus anciennes d'isolement des pestiférés consistent à enfermer les pestiférés (et leur famille) dans leur maison (séquestration), une autre est l'expulsion hors de la ville. Ces mesures, d'ordre juridique plus que médical, sont adoucies à partir du . Plus rarement, les malades sont autorisés à circuler, mais en étant porteurs de signes distinctifs.

Des structures sont mises en place pour concilier l'isolement et le soin : cabanes en bois hors agglomération (en 1348 à Avignon par le pape Clément VI), hôpital de pestiférés (à Venise en 1403). Des léproseries sont converties en hôpital pour pestiférés (à Marseille en 1476).

La quarantaine maritime proprement dite (isolement préventif) est instaurée le , par le Grand Conseil de Raguse qui interdit l'accès de la ville ou de son district à ceux , instituant ainsi la première quarantaine officielle reconnue comme telle.

La même année, Venise adopte le procédé de Raguse (isolement sur un îlot proche). Sur l'avis des médecins, la durée est portée à 40 jours pour les voyageurs terrestres, selon la doctrine hippocratique des jours critiques des maladies aiguës.

On fit construire le Lazzaretto Nuovo destiné à recevoir les navires et leurs équipages en provenance des ports méditerranéens qui étaient suspectés d’être vecteurs de maladie comme la peste (le Lazzaretto Vecchio à l'inverse, ne traitait que les cas avérés de maladie). À la fin du , le lazaret possédait une centaine de chambres et plusieurs grands hangars destinées à entreposer les marchandises qui y étaient alors décontaminées en utilisant surtout la fumée générée par des herbes aromatiques, comme le genièvre ou le romarin.

thumb|center|500px|Le Lazzaretto Vecchio de Venise.

La se répand dans les ports italiens, elle est adoptée par Marseille en 1383, Barcelone en 1458, Édimbourg en 1475. L'application de la quarantaine est renforcée par la fondation de lazarets, dont le premier, celui de Venise (1403), sert de modèles pour d'autres ports (Gênes en 1469, Marseille en 1526)Jean-Noël Biraben 1976, op. cit., p. 174-175..

La quarantaine sur terre est d'abord adoptée en Provence (Brignoles, 1464). Le système de quarantaines est renforcé par les patentes pour les marchandises, et les billets de santé pour les personnes. Il s'agit de certificats attestant la provenance d'une ville saine.

Période classique vignette|Lazaret de la grande peste de Vienne de 1679, ex-voto de 1680, Église Saint-Michel de Vienne. Le système des quarantaines et lazarets devient une administration permanente à partir du en Italie. Malgré leurs rivalités, les cités-États italiennes sont reliées par un réseau d'informations sanitaires provenant de France, de Suisse, et des Balkans. Cet exemple est suivi par les cités germaniques ; alors qu'ailleurs, en France, en Espagne ou en Angleterre, les quarantaines ne sont que des mesures temporaires.

À partir de la fin du , le système de quarantaine et de contrôle des épidémies est transféré progressivement de la cité au plan national. La santé devient une question gouvernementale. La coordination la plus avancée est alors celle de la Prusse et d'autres États germaniques, où l'expression police médicale est utilisée pour la première fois en 1764 par (1721-1772)Olivier Faure 1997, op. cit., p. 289 et 292..

En Angleterre, les premiers règlements de quarantaines (niveau gouvernemental) sont établis en 1663. En France, le conseil du Roi met toute la Provence en quarantaine lors de la peste de Marseille en 1720-1722. Au cours du un réseau de surveillance s'établit entre les grands ports méditerranéens d'Europe et du Levant.

Aux Amériques, la première quarantaine maritime est celle de Saint-Domingue en 1519 contre la variole. En Amérique du Nord, la quarantaine est aussi appliquée contre la variole, la première fois en 1647, par la colonie de la baie du Massachusetts pour les navires arrivant des îles Barbade. Puis contre la fièvre jaune, par les villes de New York (1688) et Boston (1691). En 1799, le Congrès américain transfère l'autorité des quarantaines (du niveau de chaque État) au niveau fédéral (secrétariat du Trésor jusqu'en 1876).

Période moderne

vignette|Le monument aux médecins dans le cimetière des Irlandais, sur Grosse Île du Québec, lieu de quarantaine créé en 1832 pour les immigrants. La deuxième pandémie de choléra touche l'Europe en 1830 et l'Amérique du Nord en 1832. La stratégie officielle est alors de renforcer les méthodes utilisées contre la peste : quarantaines, lazarets et cordons sanitaires, mais celles-ci s'avèrent peu efficaces contre le choléra, ce qui suscite tensions sociales et troubles politiques. Les politiques de quarantaines varient selon les pays, elles peuvent servir de prétexte politique (pour restreindre les libertés de l'adversaire — déplacement, échange, correspondance…) ou économique (protection commerciale).

En 1834, la France appelle à une standardisation internationale des politiques de quarantaine. En 1838, un Conseil Sanitaire International est fondé à Constantinople pour coordonner les mesures frontalières contre les épidémies. En 1851, la première conférence sanitaire internationale se tient à Paris, où le premier règlement sanitaire international est adopté. Il impose aux états signataires les mêmes mesures quarantenaires contre la peste et le choléra, mais sur les 12 pays participants à cette première conférence, trois seulement sont signataires : France, Portugal et Sardaigne.

Les conférences suivantes sont parfois le lieu de violentes discussions, comme celle de la conférence de Rome en 1885, à propos des quarantaines effectuées sur le canal de Suez pour les navires venant d'Inde. Le réel conflit n'était pas d'ordre sanitaire, mais politique (domination britannique ou française sur la région).

Aux États-Unis, la politique de quarantaine, dépendante du département du Trésor, est jugée mal appliquée, et une nouvelle législation fédérale de quarantaine est adoptée en 1878. L'autorité des quarantaines est transférée au Marine Hospital Service, un ancêtre du Service de santé publique des États-Unis. L'administration d'une quarantaine doit être médicalisée, et sa durée doit se baser sur la période d'incubation spécifique à la maladie.

En 1893, les États-Unis rejoignent le concert sanitaire européen. Les trois maladies quarantenaires internationales sont alors le choléra, la peste et la fièvre jaune.

vignette|Soldats du Corps expéditionnaire canadien en quarantaine pour cause de rougeole, France, 1917-1918. Les premières mesures concrètes, appliquées par un grand nombre de pays signataires sont celles de la conférence internationale de Paris en 1903 (adoption d'une convention de 184 articles). En 1907, l'Office International de l'Hygiène Publique est fondé à Paris, réunissant 12 pays. Il devient après la Première Guerre mondiale le Comité d'Hygiène de la Société des Nations (SDN). En 1926, la liste des maladies quarantenaires est portée à cinq, avec l'ajout de la variole et du typhus.

Dans le premier tiers du , les mesures de quarantaines sont médicalisées. Le nouveau savoir microbiologique permet de distinguer les cas confirmés, les cas suspects et les sujets indemnes, ainsi que les modes de transmission et la durée d'incubation spécifiques à chaque maladie infectieuse. Il s'avère que la quarantaine peut être efficace pour limiter certaines maladies, mais aussi inutile ou néfaste pour d'autres.