Les relations entre la France et les États-Unis ont débuté avant même la création des États-Unis d'Amérique. La France est le principal contributeur à la naissance des États et de leur fédéralisme propre, aussi bien sur le plan philosophique construit autour des idéaux des Lumières, source de la future Constitution américaine, que sur le plan militaire et diplomatique, avec le support décisif apporté contre les Anglais. Le , Napoléon vend la Louisiane aux Américains. Depuis la guerre d'indépendance des États-Unis, la France est son meilleur allié politique et militaire. Les deux pays ont en effet pu compter sur un soutien mutuel constant depuis le et au cours de la période contemporaine, plaçant la France comme l'interlocuteur européen de premier choix pour les États-Unis. Malgré des relations diplomatiques courtoises, subsistent des désaccords sur certains dossiers jusqu'à aujourd'hui.
Époque coloniale ()
Chateaubriand écrit dans la préface d'Atala
Les relations entre la France et les États-Unis débutent avant même la création des États-Unis. Les Français sont parmi les premiers à explorer les côtes nord-américaines, à y installer des colons et à en explorer l'intérieur des terres. Louis Jolliet et le père Marquette, pour ne citer qu'eux, explorent le Mississippi dès 1643. Selon L'Express du , on comptait à cette date de Français de souche aux États-Unis..
Plusieurs guerres ont opposé la France et la Grande-Bretagne aux s et se sont déroulées sur le sol américain : la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697) ; la guerre de Succession d'Espagne (1701-1714) ; la guerre de Succession d'Autriche (1744-1748) ; et la guerre de Sept Ans (1756-1763).
Engagement de la France dans la guerre d'indépendance
thumb|La Fayette et Washington. Le royaume de France a soutenu le combat des indépendantistes américains. Si La Fayette est de nos jours la figure emblématique de cette politique pro américaine anti-britannique, il n'en reste pas moins vrai qu'il avait été précédé sur le terrain par Armand-Charles Tuffin, marquis de La Rouërie, intégré dans l'armée de George Washington avec le grade de colonel sous le nom de colonel Armand. Ce dernier paya de sa poche l'équipement de ses hommes avant de se retrouver à la tête du de la légion de partisans. Au printemps 1778, La Rouërie obtint l'autorisation du Congrès de créer une légion de « Chasseurs libres et indépendants » forte de et 14 officiers - une force considérable pour l'époque -, placée sous ses ordres mais prise en charge financièrement par le Congrès. En 1781, la flotte française contribua grandement à la victoire de Yorktown en Virginie, laquelle mit fin à la Guerre d'Indépendance. Le traité de paix entre la Grande-Bretagne et ses anciennes colonies, ainsi que la reconnaissance de l'indépendance des États-Unis furent signés à Paris le .
L'envoi de troupes et d'armes contre le Royaume-Uni de Grande-Bretagne est conditionné par la volonté française de prendre une revanche sur l'humiliation de 1763. L'appui des insurgents américains répond aussi au désir des milieux éclairés d'établir une république sur le continent américain. Au début de l'insurrection des colons américains, la France a envoyé secrètement des armes et des munitions pour les soutenir. Après la Déclaration d'indépendance du , le Congrès américain envoya Benjamin Franklin qui débarque à Auray avant de se rendre à Nantes puis à Paris pour obtenir de l'aide pour les « Insurgents ». Il souhaite surtout recruter des officiers pour l'armée continentale et solliciter une alliance militaire. La victoire des rebelles américains à Saratoga en 1777 incite la France à signer un traité de commerce et une alliance militaire en février 1778. La France est parmi les premières nations qui reconnaîssent officiellement les États-Unis d'Amérique.
L'amiral Charles Henri d'Estaing arriva à la tête d'une flotte et combattit aux côtés du général John Sullivan. D'Estaing perd le siège de Savannah. L'alliance franco-américaine se renforce grâce à l'arrivée du comte de Rochambeau en 1780. Les forces navales françaises participent à la bataille de la baie de Chesapeake et rendirent possible la victoire de Yorktown en Virginie en octobre 1781, qui achève la guerre.
Le , le marquis de La Fayette envoie une lettre à sa femme qui déclare :
Pendant le traité de Paris, les négociations de paix se font sous la houlette de Benjamin Franklin, John Adams et John Jay. Des personnalités politiques comme Thomas Jefferson, sont alors fondamentalement francophiles.
Des relations complexes avec la jeune nation () Après la signature du traité de paix de 1783, deux grands partis politiques se forment aux États-Unis: les républicains-démocrates, francophiles et les fédéralistes qui souhaitent renouer les liens avec la Grande-Bretagne.
Les relations entre la France et les États-Unis suivront les influences relatives de ces deux partis. C'est ainsi que les États-Unis et la France conçoivent leurs constitutions à la même époque et que la philosophie des Lumières inspire ces mouvements et transparaît clairement dans les deux textes. Mais la jeune nation signe bien vite quantités d'accords avec l'ancienne métropole coloniale et le soutien américain durant les guerres révolutionnaires puis de l'empire fut quasi inexistant.
Influence américaine sur la Révolution française Les événements révolutionnaires en Amérique ont trouvé un écho en France, parmi la noblesse et la bourgeoisie éclairée notamment. Les officiers français ayant servi la cause des insurgés américains rentrent en France : le plus célèbre est le marquis de La Fayette. La référence politique à la révolution américaine est présente à l'esprit des députés en 1789 : Thomas Jefferson a commenté et annoté un projet de déclaration des droits présentés par La FayetteFrançois-Joseph Ruggiu, Historiens et géographes, , février 2006, page 118. Jacques Pierre Brissot, qui séjourna aux États-Unis en 1788, crée une société gallo-américaine. De nombreuses éditions de la Déclaration d'indépendance et de la constitution américaine circulent en France
Quasi-guerre
Au début de la Révolution française, les relations sont excellentes entre les républicains américains et les révolutionnaires français et un parti français à Washington tentait de les renforcer, mais elles se détériorent après l'exécution de Louis . Les Français reprochent au gouvernement de Washington sa neutralité dans les guerres révolutionnaires, le rapprochement avec la Grande-Bretagne et les retards de remboursement de la dette.
En 1794, Edmond-Charles Genêt (1763-1834), ambassadeur de France à Philadelphie, est révoqué sur demande du gouvernement américain après de nombreuses maladresses« M. Genet était formellement chargé par ses instructions d'entraîner l'Amérique dans la guerre que la France soutenait alors contre l'Europe. » (Cornélis Henri de Witt, Thomas Jefferson, ) Or ces instructions se heurtent à la volonté américaine de rester neutre dans ce conflit.. Ils lui fournissent cependant l'asile et s'opposent à son retour en France.
Le , le traité de Londres signé par John Jay est vécu comme une trahison par les Français, puisqu'il permet aux Britanniques de confisquer les marchandises françaises découvertes dans les navires américains. La Convention réplique en immobilisant des navires américains au mouillage dans les ports français et en autorisant ses corsaires à arraisonner ceux qui sont en mer.
En 1797 éclate l'affaire XYZ. Des agents du ministre français des Affaires étrangères Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord exigent des pots-de-vin de la part des émissaires américains venus négocier un traité. Ces révélations provoquent un scandale aux États-Unis et le président John Adams doit peser de tout son poids pour éviter une déclaration de guerre formelle contre la France.
Les relations entre les deux pays continueront cependant de se dégrader pour aboutir à la révocation de Charles Pinckney. C'est le début de l'état de « quasi-guerre », avec des combats navals entre les deux nations, qui ne prendra fin qu'avec la signature du traité de Mortefontaine en 1800.
Vente de la Louisiane
thumb|upright=1.4|Achat de la Louisiane par les Américains. Par les conventions du , le premier consul Napoléon Bonaparte vend la Louisiane, dont la superficie correspondait à dix états américains actuels, aux États-Unis. On dit souvent que la France et les États-Unis ne se sont jamais fait la guerre, mais le contrat de cession de la Louisiane française garde la trace de ces conflits. En effet, sur les sommes demandées par la France aux États-Unis, 25 % sont retenues par les États-Unis au titre des « dommages de guerre » à la suite des confrontations, le plus souvent défavorables aux Américains, qui marquèrent la période troublée de la Révolution. La somme demandée par la France pour la Louisiane représentait également 150 % du PIB des États-Unis de l'époque, et c'était donc une somme non négligeable. Les États-Unis n'avaient évidemment pas ces liquidités, et des banques françaises furent sollicitées pour financer le contrat.
En 1831, le gouvernement de Louis-Philippe envoie Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont étudier le système pénitentiaire américain. De retour en France après un voyage de neuf mois, Tocqueville publie De la démocratie en Amérique (1835, 1840), un ouvrage sur le système politique et social américain, qui devient rapidement un succès en Europe comme aux États-Unis. Beaumont, quant à lui, publie Marie, ou l'esclavage aux États-Unis (1835), un roman sur la condition des esclaves noirs.
En 1848, de nombreux Français partent en Californie pour faire fortune et participent avec d'autres à la ruée vers l'or. Dans les années 1845-1852, San Francisco compte ainsi près de FrançaisPhilippe Jacquin, Daniel Royot, Go West ! Histoire de l'Ouest américain d'hier à aujourd'hui, Paris, Flammarion, 2002, ..
Guerre de Sécession
Napoléon III, à l'image des autres régimes européens, tient à rester officiellement neutre dans la guerre de Sécession qui ravage les États-Unis entre 1861 et 1865. Officieusement toutefois, comme les Britanniques, il a une préférence pour les Sudistes, qui ont un état d'esprit plus « européen » que les Yankees du Nord. Napoléon III interdit à tout Français résidant aux États-Unis de participer au conflit.
Pourtant, sur les Français recensés aux États-Unis en 1860, 40 % prirent les armes dans le Nord, soit environ sur , contre environ 60 % dans le Sud; soit combattants sur Français du Sud. Certains régiments de Français s'illustrèrent dans les deux camps. Citons ici le de New York, les « Gardes La Fayette », pour les Yankees, et les troupes du général Camille de Polignac, surnommé « La Fayette du Sud » par les confédérés.
Période de paix et artistique thumb|upright|Statue de la Liberté, New York. Les populations de France et des États-Unis sont comparables en 1870. C'est à cette période d'égalité démographique que le sculpteur français Bartholdi expose le à l'Exposition universelle de Philadelphie la « torche de la Liberté » que devrait brandir la statue de la Liberté alors en projet. Construite et même totalement assemblée à Paris, la statue de la Liberté est ensuite démontée et mise en pièces détachées dans les caisses expédiées à New York. Elle est finalement inaugurée le .
D'une manière générale, l'influence de l'Académie des beaux-arts de Paris sur l'architecture américaine s'étend de 1860 aux années 1930. Elle est énorme et fondamentale, comme en témoignent les nombreux bâtiments néo-classiques de l'architecture institutionnelle américaine. Plusieurs architectes américains (Richard Morris Hunt, Henry Hobson Richardson, Frank Furness) voyagent en France et rapportent l'éclectisme en vigueur à cette époque.
Pierre-Charles l'Enfant, architecte français, sera même à l'origine de la fondation urbaine de Washington, telle qu'on la connaît aujourd'hui.
Temps des guerres (1914-1945) Première Guerre mondiale