Le grand palais des Beaux-Arts, souvent appelé simplement Grand Palais, est un monument parisien situé en bordure des Champs-Élysées, face au Petit Palais, dont il est séparé par l'avenue Winston-Churchill, dans le . Ses abritent régulièrement salons et expositions.
Historique vignette|Le Grand Palais pendant la Première Guerre mondiale. vignette|400px|Verrière du Grand Palais, restaurée en 2004.
Le « Grand Palais des Beaux-Arts » est construit à Paris à partir de 1897, pour l'exposition universelle qui se tient du au L'Exposition Universelle de 1900, par Joseph Antoine Bouvard., en remplacement du vaste mais peu confortable palais de l'Industrie de 1855.
« Monument consacré par la République à la gloire de l’art français », comme l'indique le fronton de l’aile ouest (palais d'Antin), il avait pour vocation initiale d'accueillir les grandes manifestations artistiques officielles de la capitale.
Dans les années 1960, Le Corbusier envisage de démolir le Grand Palais pour y construire le musée d'Art du un projet que lui a confié André Malraux. La mort de l'architecte, le , mettra cependant un terme à cette initiative..
Par arrêté du , la nef est classée au titre des monuments historiques. Un nouvel arrêté daté du , protège le Grand Palais dans son intégralité.
Le concours d'idées Un programme est établi et l'organisation d'un concours d'idées entre architectes est décidée par arrêté du . Contrairement à ce qui avait été fait pour le palais du Trocadéro ou l'opéra Garnier, il n'est pas prévu que la compétition soit internationale. Le concours est réservé exclusivement aux architectes de nationalité française.
Les architectes lauréats Après une série d'épreuves serrées, de rebondissements et un vif débat entre représentants des autorités, de la presse et du grand public, les architectes Henri Deglane, Albert Louvet, Albert-Félix-Théophile Thomas et Charles Girault n'ayant pu être départagés, sont finalement choisis pour fusionner leurs propositions et travailler ensemble.
Partie principale du Grand Palais Henri Deglane est responsable des nefs nord et sud de la grande nef ainsi que de sa partie transversale appelée « paddock », des façades et décors qui l'entourent et plus particulièrement de l'entrée principale et des péristyles situés de part et d'autre, le long de la nouvelle « avenue Alexandre-III », actuelle avenue Winston-Churchill.
Partie intermédiaire Albert Louvet, concepteur du plan, est chargé de construire la partie centrale, comprenant le Salon d'honneur, et, en collaboration avec Deglane, le grand escalier d'honneur ainsi que le décor peint et sculpté du mur de fond de la nef transversale.
Partie postérieure Albert Thomas est chargé de mener à bien la construction de l'aile ouest, appelée palais d'Antin, ainsi que des élévations associées le long de l'avenue d'Antin (qui deviendra plus tard « avenue Victor-Emmanuel-III », aujourd'hui avenue Franklin-D.-Roosevelt).
Coordination d'ensemble Charles Girault est chargé de finaliser les plans et de coordonner l'ensemble des travaux. Parallèlement, il assure la maîtrise d'œuvre du Petit Palais (aujourd'hui musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris) dont il est l'architecte.
La construction est confiée à l'entreprise Daydé & Pillé.
Analyse du projet définitif L'axe républicain Avant l'Exposition universelle de 1900, l'amorce d'une longue perspective est déjà marquée par le Dôme, l'Église des soldats, l'hôtel et l'esplanade des Invalides. Mais, de l'autre côté de la Seine, le regard bute de façon malheureuse sur une des façades latérales du palais des Arts et de l'Industrie. Longeant l'avenue des Champs-Élysées, cette imposante construction est, de plus, aperçue de biais.
Lors de la période de préparation des modalités du concours et, en particulier, du dessin des gabarits définissant l'emplacement précis de chaque bâtiment devant succéder à l'ancien palais, l'intention est d'inscrire ce projet dans une réalisation urbanistique plus large.
Il est ainsi prévu de prolonger l'axe des Invalides jusqu'au palais de l'Élysée et d'offrir, par là-même, une ossature à la future grande exposition.
L'axe républicain est né, tracé auquel se doivent d'obéir l'organisation et l'implantation des pavillons étrangers et à thème installés sur l'esplanade des Invalides comme l'ensemble formé par le Grand Palais, le Petit Palais devant lui faire face, de l'autre côté de l'avenue nouvelle ainsi créée, et le pont Alexandre-III lancé, en cette occasion, au-dessus du fleuve.
L'architecture Le vaisseau principal, d'une longueur de près de , est constitué d'un espace imposant surmonté d'une large verrière. La voûte en berceau légèrement surbaissée des nefs nord et sud et de la nef transversale (paddock), la coupole sur pendentifs et le dôme pèsent environ d'acier, de fer et de verre. Le poids total de métal utilisé atteint (contre pour la gare d'Orsay et pour la structure de la tour Eiffel).
vignette|gauche|300px|Verrière à l'endroit de la coupole et des pendentifs. vignette|300px|Les dômes situés à l'arrière du bâtiment.
La colonnade de Deglane, inspirée de celle de Claude Perrault au Louvre, dissimule prudemment, comme à la gare d'Orsay édifiée par Victor Laloux pour la même exposition, la splendide innovation de la structure métallique.
Ce type de bâtiment marque l'aboutissement de l'éclectisme, propre au « style Beaux-Arts ». Le Grand Palais constitue, à lui seul, un résumé des goûts de la « Belle Époque », mais marque en même temps la fin d'une certaine conception de l'architecture où le maître d'œuvre, à la fois artiste et technicien, occupe un rôle prépondérant.
L'ouvrage est l'un des derniers jalons d'une époque antérieure à l'ère de la fée électricité. Il témoigne de ce moment des grandes structures transparentes, héritières du Crystal Palace de Londres conçu par Joseph Paxton en 1851, où l'apport en lumière naturelle est encore indispensable à tout grand rassemblement humain.
À l'origine, la construction et son fonctionnement interne sont organisés selon un axe est-ouest. La communication entre la grande nef et les autres parties du palais (salon d'honneur, aile centrale et palais d'Antin) se fait par un ample escalier de fer d'inspiration classique teintée d'Art nouveau. En 1937, le Palais de la découverte, exposition temporaire pour l'Exposition internationale, occupe l'espace du palais d'Antin (partie ouest du Grand Palais). Cette exposition attire 2 millions de visiteurs et conquiert ainsi le droit de rester dans le Grand Palais à partir de 1940. Une porte mure alors le passage entre le grand escalier d'honneur et le palais d'Antin, en rupture avec le schéma de circulation est/ouest originel. L'établissement public du Grand Palais prévoit dans son plan d'action 2008-2010 de rouvrir ce passage. Les visiteurs peuvent désormais accéder directement de la nef au palais d'Antin. De même, le salon d'honneur est rénové et redevient le cœur du Grand Palais.
vignette|center|800px|Façade principale conçue par Henri Deglane.
Les sculptures vignette|Georges Récipon, L’Harmonie triomphant de la Discorde, quadrige, côté Seine. vignette|Georges Récipon, L'Immortalité devançant le Temps, côté Champs-Élysées.
Les quadriges en cuivre repoussé de Georges Récipon couronnent les deux entrées et leur fronton, au nord-est et sud-est, sur l'avenue nouvelle. Ces œuvres allégoriques, s'imposant au piéton à une altitude de quarante mètres, représentent : du côté des Champs-Élysées : L'Immortalité devançant le Temps ; du côté de la Seine : L’Harmonie triomphant de la Discorde. Les groupes en bronze sont dus aux sculpteurs Victor Peter et Alexandre Falguière.
Les mosaïques Intérieurement, les pavements du hall elliptique sont en mosaïque de grès cérame. On trouve un vaste motif floral en symétrie centrale, constitué de tesselles aux couleurs peu soutenues (beige, marron et vert), mais se détachant bien sur un fond blanc. Ces mosaïques ont été réalisées par la Société Simons et selon des cartons de Louis Hista. Les frises extérieures, situées sous le péristyle de Deglane (façade sur l'avenue Winston-Churchill), se composent d'une longue bande aux vives couleurs rehaussées d'or utilisant la technique traditionnelle de la mosaïque.
Fractionné en quatre panneaux symbolisant l'art en dix sujets historisés à différentes époques, cet ouvrage mesure soixante-quinze mètres de long () et du fait de sa grande hauteur (), il est souvent peu connu. Ces mosaïques en pâte de verre colorée ont été réalisées entre 1898 et 1900 par Auguste-Maximilien Guilbert-Martin et René Martin selon des cartons de Louis Édouard Fournier, pour célébrer l'art au travers des civilisations connues, à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900..
Le jeu des tesselles est animé par des opus très réguliers et souligné par des contours marqués ainsi que de subtils dégradés. On y trouve ainsi des représentations des grandes civilisations de l'Histoire telles que perçues à la fin du , dont l'Égypte, la Mésopotamie, la Rome d'Auguste à la Grèce du siècle de Périclès, la Renaissance italienne et française au Moyen Âge, l'Europe industrieuse à celle des arts classique et baroque.
Les civilisations plus lointaines ne sont pas oubliées, glorifiant au passage le colonialisme occidental alors à son apogée : l'Afrique méditerranéenne et subsaharienne, l'Orient et le sous-continent indien, l'Asie du Sud-Est et l'Indochine avec les Khmers et les temples d'Angkor, la Cochinchine et les paysages annamites autour de la ville de Hué, l'Extrême-Orient avec des représentations de la Chine mystérieuse et du Japon (alors en vogue depuis le récent engouement des peintres impressionnistes et d'écrivains pour ce pays), des évocations des deux Amériques.
La cérémonie d'inauguration vignette|gauche|Grand Palais, 1900, Eugène TrutatConservé au muséum de Toulouse.. vignette|Le président Émile Loubet.
L'inauguration du Grand Palais a lieu avec tout le faste propre à la République. Une plaque de l'un des frontons d'angle porte encore, gravé dans la pierre, le témoignage de l'événement.
La cérémonie se tient le , deux semaines après l'ouverture de l'exposition universelle, en présence d'Émile Loubet, président de la République, de Pierre Waldeck-Rousseau, alors président du Conseil et ministre de l'Intérieur et des Cultes, de Georges Leygues, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, d'Alexandre Millerand, ministre du Commerce, de l'Industrie, des Postes et Télécommunications et, enfin, d'Alfred Picard, commissaire général de l'Exposition universelle.
Un siècle de salons et d'expositions Dès 1901, le Grand Palais abrite, parallèlement aux Salons artistiques, de nombreuses autres manifestations. C'est notamment pour le concours hippique, accueilli jusqu'en 1901 au palais de l'Industrie, que le Grand Palais est doté d'une nef et d'une piste sablée. D' à 1957, le concours hippique, avec concours d'attelages, épreuves de vitesse et sauts d'obstacles, est un moment très prisé de la vie parisienne.
À partir de 1901, d'autres salons se succèdent. Ils sont majoritairement consacrés à l'innovation et la modernité : Salon de l'automobile de 1901 à 1961, Salon de l'aviation de 1909 à 1951, Salon des arts ménagers, etc.
Les salons artistiques Les salons consacrés aux beaux-arts connaissent leur âge d'or pendant les trente premières années de fonctionnement du palais. Avec l'avènement du Front populaire en 1936, ces présentations, considérées par certains comme l'expression d'un art réservé à une élite bourgeoise, perdent progressivement de leur importance et voient leurs surfaces réduites d'une manière considérable avec l'installation définitive du Palais de la découverte en 1937.