Helmut Heinrich Waldemar Schmidt , né le à Hambourg et mort le dans la même ville, est un homme politique allemand, membre du Parti social-démocrate (SPD).

Porté à la présidence du groupe SPD au Bundestag en 1967, il renonce à ce poste deux ans plus tard pour devenir le premier social-démocrate au poste de ministre fédéral de la Défense d'Allemagne de l'Ouest. En 1972, Willy Brandt le nomme ministre fédéral de l'Économie et des Finances, mais le ministère de l'Économie reprend son autonomie dès la fin de cette année.

En 1974, il succède à Willy Brandt comme chancelier fédéral et occupe ce poste jusqu'au départ des libéraux de sa coalition, en 1982. Avec plus de huit ans passés à la tête du gouvernement, il détient le record de longévité des chanceliers issus du SPD.

Biographie Jeunesse Helmut Schmidt naît à Hambourg. Il est le fils de deux enseignants. Le père d'Helmut Schmidt est le fils naturel d'un banquier homme d'affaires juif allemand d'Allemagne du Nord. Souhaitant que cette naissance reste cachée, il est déclaré « né de père inconnu » et il se fait adopter par les époux Schmidt, dont Helmut pensera longtemps qu'il s'agit de ses grands-parents. Il pourvoit largement à l’avenir du bébé. Cette ascendance va les inquiéter durant toute la guerre, les amenant à falsifier leurs papiers. Cette information est tenue secrète dans la famille.. jusqu'à ce que cela soit confirmé publiquement par Helmut Schmidt en 1984, après que l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing, apparemment avec l'accord de Schmidt, l'eût révélé à des journalistes. Schmidt est de religion luthérienne mais non pratiquant.

Il étudie au lycée Lichtwark de cette ville et en sort bachelier en 1937. Il poursuit ensuite ses études à l'université de Hambourg, en économie et en sciences politiques. Il est appelé au service militaire et commence par servir sur une batterie anti-aérienne à Vegesack, près de Brême, durant la Seconde Guerre mondiale. Après avoir brièvement combattu sur le front de l'Est, il retourne en Allemagne en 1942 où il est affecté au ministère de l'Aviation du Reich comme conseiller.

Cette même année, le , il épouse son amour de jeunesse, Hannelore Glaser, surnommée « Loki » (1919-2010), avec qui il aura deux enfants : Helmut Walter (1944-1945), mort d'une méningite, et Suzanne (née en 1947). Vers la fin de la guerre, à partir de décembre 1944, il sert, avec le grade dOberleutnant, dans l'artillerie sur le front de l'Ouest. Il est fait prisonnier par les Britanniques en avril 1945 dans la lande de Lunebourg et reste prisonnier de guerre jusqu'en . Durant la guerre, il a été décoré de la croix de fer..

Débuts en politique Schmidt rejoint le Parti social démocrate (SPD) en 1946 et est, de 1947 à 1948, le chef de l'Union socialiste allemande des étudiants (SDS), syndicat étudiant proche du SPD.

Après l'université, il travaille pour le gouvernement de la ville-Etat de Hambourg, au département de la Politique économique. Débutant en 1952, sous Karl Schiller, il devient l'un des responsables du département de l'Économie et des Transports.

vignette|gauche|Helmut Schmidt et Willy Brandt à un congrès du SPD (1973).

Élu député de Hambourg au Bundestag en 1953, où il siège jusqu'en 1987, il est nommé en 1962 sénateur à l'Intérieur de la ville-État. En 1967, il est porté à la présidence du groupe parlementaire social-démocrate. De 1969 à 1972, il exerce les fonctions de ministre fédéral de la Défense dans le gouvernement de Willy Brandt et est ministre de l'Économie et des Finances de 1972 à 1974.

Chancelier (1974-1982) Un successeur dans la crise Le , Willy Brandt démissionne avec effet immédiat de la chancellerie après que les services secrets ont découvert que son très proche conseiller Günter Guillaume était un agent de la Stasi. Le vice-chancelier libéral Walter Scheel exerce alors l'intérim de la direction du gouvernement fédéral. Le , toujours présidé par Brandt, choisit Schmidt pour prendre la succession. Lors du vote au Bundestag le , Helmut Schmidt remporte pour et contre. Il est alors le cinquième chancelier fédéral à recevoir l'investiture du Bundestag depuis .

Il forme aussitôt son premier cabinet dans lequel le ministre fédéral de l'Intérieur Hans-Dietrich Genscher prend la suite de Scheel, élu président fédéral, aux fonctions de vice-chancelier et ministre fédéral des Affaires étrangères. Au titre des sociaux-démocrates, Schmidt nomme ministres fédéraux et se sépare d'Egon Bahr, éminence grise de son prédécesseur. Il le rappellera moins de plus tard.

Du keynésianisme au combat contre le choc pétrolier Keynésien à l'origine, il adopte dès 1972, alors en tant que ministre des Finances, une politique économique plus libérale. Elu Chancelier en à la faveur de la chute de Willy Brandt, il doit lutter contre la très forte inflation causée par le premier choc pétrolier de la fin 1973, en lien avec l’allié du SPD depuis 1969 dans la coalition au pouvoir, le FDP, qui préconise une approche monétariste. Face aux réticences de l'aile gauche du SPD et de la Jusos, il lance un slogan qui sera plus tard appelé en France le « théorème de Schmidt ». au moment du plan Barre de la fin 1976 : .

Une diplomatie pro-européenne et orientale vignette|gauche|Helmut Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing à Bonn (1977). Helmut Schmidt a une bonne entente personnelle avec Valéry Giscard d'Estaing, le président français, de huit ans son cadet mais gouvernant à peu près durant la même période que lui (1974-1981). Il poursuit la politique d'apaisement à l'Est (Ostpolitik) de Brandt, s'opposant à la politique plus agressive poursuivie par Reagan (en 1989, il critiquera dans son livre Men and powers: a political retrospective la politique des « discours télévisés, des grands gestes » et « des petits pas » par laquelle les États-Unis espéraient mettre fin à la partition de l'Europe entérinée à Yalta). Il signe ainsi les accords d'Helsinki en 1975, et demeure au pouvoir après les élections législatives de 1976, s'appuyant sur une coalition avec le FDP. vignette|Le bourgmestre-gouverneur de Berlin-Ouest Richard von Weizsäcker, Ronald Reagan et Helmut Schmidt au Checkpoint Charlie, le 1982.

Controverse sur la loi martiale en Pologne Cela le contraint à des concessions. Le il est en voyage en Allemagne de l'Est lorsque le général Jaruzelski proclame l'état d'urgence en Pologne. Questionné par des journalistes ouest-allemands, il s'accorde avec son hôte Erich Honecker en estimant cette mesure nécessaire à la préservation de l'ordre et de la stabilité en Europe, ce qui lui vaut des critiques de la presse de droite (Frankfurter Allgemeine Zeitung), tandis que les journalistes Rudolf Augstein (Der Spiegel.) et (Die Zeit) l'appuient, affirmant qu'il s'agissait de la seule mesure permettant d'éviter l'intervention militaire du Pacte de Varsovie. En , le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder s'excusera du manque de soutien accordé à Solidarność lors de ces événements..

Le problème de la RAF Sur le plan intérieur, il réagit avec fermeté face à la Fraction armée rouge (RAF). Lors de l'Automne allemand, il autorise les troupes d'élite du GSG 9 à intervenir à Mogadiscio pour mettre fin au détournement d'un avion de la Lufthansa par le Front populaire de libération de la Palestine en soutien à la « bande à Baader ».

La première censure constructive de l'histoire fédérale En il obtient la confiance du Parlement, mais le la coalition éclate : quatre ministres du Parti libéral-démocrate (FDP), menés par le ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher et celui de l'Economie Otto Graf Lambsdorff, quittent le gouvernement, choisissant un renversement d'alliance en apportant leur soutien au chrétien-démocrate Helmut Kohl. Schmidt cumule alors la fonction de chancelier et le portefeuille des Affaires étrangères, jusqu'à ce qu'une motion le renverse le , Kohl devenant le nouveau chancelier : c'est la première fois qu'un chancelier est renversé de la sorte en RFA.

À partir des années 1980 : journaliste et écrivain thumb|right|Pierre tombale au cimetière d'Ohlsdorf. Après sa carrière politique, Helmut Schmidt travaille comme écrivain et journaliste. Il continue de s'intéresser à la vie sociale et politique de l'Allemagne.. Il est chroniqueur à partir de 1983 et un des responsables de l'hebdomadaire de centre-gauche Die Zeit et écrit une trentaine d'ouvrages rencontrant souvent le succès, comme son dernier en 2011, Religion in der Verantwortung (« L'exercice responsable de la religion »), un essai sur la place de la religion dans une société mondialisée. La même année, il publie un livre d'entretiens avec Peer Steinbrück, qu'il appuie comme candidat du SPD à la chancellerie.. En 2010, alors âgé de 91 ans, il était considéré par les trois quarts des Allemands comme une autorité morale, loin devant d'autres personnalités allemandes.

Sa femme Loki, qu'il avait épousée en 1942, décède en . Deux mille personnes, dont la chancelière Angela Merkel, assistent à ses obsèques à Hambourg. En , Helmut Schmidt déclare avoir une nouvelle compagne : Ruth Loah, 78 ans, une de ses plus anciennes collaboratrices..

Dans une interview à la chaîne publique ARD, le , il déclare que si l'Allemagne veut jouer un rôle de leader européen, elle a un handicap majeur, son histoire. .

Il s'exprime à plusieurs reprises au sujet du multiculturalisme. En 2004, il décrit la société multiculturelle comme . Il avance que le concept de multiculturalisme serait difficile à concilier avec une société démocratique. Pour cette raison, il considère comme une erreur que la République fédérale ait fait venir des travailleurs immigrés d'autres cultures au début des années 1960.. Dans un entretien commun avec Gerhard Schröder dans le journal Der Spiegel en 2013, il exprime un fort scepticisme quant aux perspectives d'intégration des immigrés musulmans dans la société allemande..

En 1981, il est fait docteur honoris causa de l'université Paris-Sorbonne, en présence du président Valéry Giscard d'Estaing.

En 2014 lui est décerné le Grand Prix des Médias du Prix Franco-Allemand du Journalisme (PFAJ).

Il meurt d'une artériopathie oblitérante des membres inférieurs le à Hambourg.

Œuvres traduites en français Parmi les nombreux ouvrages écrits par Helmut Schmidt, seuls quatre ont été traduits en français :

Références

Voir aussi

Bibliographie

« Helmut Schmidt. Incombustible », portrait publié dans Le Monde Magazine, 40, ,

Liens externes

Catégorie:Chancelier de la République fédérale d'Allemagne Catégorie:Ministre de la Défense de la République fédérale d'Allemagne Catégorie:Ministre de l'Économie de la République fédérale d'Allemagne Catégorie:Ministre des Finances de la République fédérale d'Allemagne Catégorie:Ministre des Affaires étrangères de la République fédérale d'Allemagne Catégorie:Député de la deuxième législature du Bundestag Catégorie:Député de la troisième législature du Bundestag Catégorie:Député de la quatrième législature du Bundestag Catégorie:Député de la cinquième législature du Bundestag Catégorie:Député de la sixième législature du Bundestag Catégorie:Député de la septième législature du Bundestag Catégorie:Député de la huitième législature du Bundestag Catégorie:Député de la neuvième législature du Bundestag Catégorie:Député de la dixième législature du Bundestag Catégorie:Député européen délégué par l'Allemagne 1958-1979 Catégorie:Personnalité du Parti social-démocrate d'Allemagne Catégorie:Officier de l'armée allemande Catégorie:Personnalité de la guerre froide Catégorie:Syndicaliste étudiant Catégorie:Collaborateur de Die Zeit Catégorie:Étudiant de l'université de Hambourg Catégorie:Docteur honoris causa de l'université de Haïfa Catégorie:Docteur honoris causa de l'université de Cambridge Catégorie:Docteur honoris causa de l'université d'Oxford Catégorie:Docteur honoris causa de l'université Harvard Catégorie:Docteur honoris causa de la Katholieke Universiteit Leuven