Orbe est une commune suisse du canton de Vaud, située dans le district du Jura-Nord vaudois, sur le cours d'eau qui lui a donné son nom, l'Orbe.
Géographie
Localisation
vignette|Orbe, la place du château depuis la Tour ronde. vignette|Vue aérienne (1949).
Climat continental. Altitude . Le Jura influence fortement la nébulosité en été ainsi que les températures.
Toponymie
Urba (env. 280) ; iuxta Urbem super lacum (env. 400) ; castrum quod Urba dicitur (866) ; actum Urbem (1010) ; Stephanus de Orba (1193)..
in Urba que vocant Tabernis (966) ; in villa Tavellis quam alio nomine Urbam vocant (1011).
La commune tire son nom de la rivière Orbe, mentionnée dès 916 sous la forme fluvio Urba. Ce toponyme remonte sans doute à une forme prélatine *Urba dont le sens et l'origine restent inexpliqués. La recherche récente a en effet montré que les explications anciennes doivent être rejetées.
La forme Tavel, ancienne dénomination parallèle à celle d'Orbe, est apparenté à la forme Tafers/Tavel que l'on rencontre dans le canton de Fribourg, et au hameau de Tavel, voisin de Montreux. Les scribes médiévaux traduisent parfois Tabellis par Tabernis. Taberna est en effet bien attesté en galloroman comme nom propre et comme toponyme. Il faut sans doute rapprocher cette forme du latin tardif tabellus « plaque, petite planche », qui a pu évoluer en signe d'auberge, et donc en tavel, « auberge ».
Héraldique De gueules à deux bars adossés d'or. Les armoiries de cette commune figurent déjà sur la façade de l'église, du début du , et sur des sceaux de la même époque. Ce sont les armoiries de la famille de Montfaucon, à laquelle l'empereur Frédéric Barberousse a donné une moitié d'Orbe vers 1168, et qui acquit le reste en 1255.. centré|sans_cadre|168x168px
Logo Depuis 2014, la Ville d’Orbe s’est dotée d’un logo officiel, distinct de son blason. Inspiré de l’histoire et du patrimoine de la cité, il reprend des éléments des mosaïques romaines du site d’Orbe-Boscéaz ainsi que la coupole emblématique de l’Hôtel de Ville. alt=Logo officiel de la Commune d'Orbe|centré|vignette|200x200px|Logo officiel de la Commune d'Orbe
Histoire
Orbe, nommée en premier lieu « Urba », deviendra une résidence royale sous les rois de France après avoir été la capitale d'un des quatre cantons primitifs du pays décrit par César. Le climat tempéré, la présence de pâturages, d'une rivière, d'un lac, en bordure de vastes forêts et à proximité d'un défilé qui mène à l'Helvétie du Séquanais font de ce lieu un endroit idéal de villégiature. Elle était aussi connue sous le nom de Taverne dans une charte de 1019 : « Villa Tabernis, quae alio nomine propter fluvium ibidem defluentem Urba appellatur (près d'une ancienne voie romaine était Taverne, qui s'appelle aussi Orbe, à cause de la rivière sur laquelle elle est située) »Le Conservateur Suisse.
La légende d'Urba
La légende raconte que sa fondation, au , est le fait de Segovesos (notable gaulois considéré comme légendaire, mentionné dans l’Histoire romaine de Tite-Live). Lui et son frère Bellovesos sont envoyés par leur père, le roi Ambigatos qui règne sur le peuple celte des Bituriges, rechercher de nouveaux territoires. Le second passe les Alpes et s’installe dans le nord de l’Italie où les Gaulois sont à l’origine de la fondation de Milan. Le premier prend la direction de la forêt Hercynienne. Cette forêt est décrite par Jules César, dans un chapitre consacré à la description des Germains, l'un des peuples qu'il combat lors de sa conquête de la Gaule. Il évoque « les terres les plus fertiles de la Germanie », qu'il situe « près de la forêt Hercynienne ». Il fait mention à cette occasion de quatre cantons ou Pagi, il en nomme deux : pagus Tigurinus (Zurich) et pagus Urbigenus (Orbe) ; Strabon, géographe grec, complète avec ceux de Zug et d'AvenchesHistoire du canton de Fribourg, Volume 1. La Germania superior (Germanie supérieure ou Haute Germanie) comprend les bords du Rhin, rive gauche, au sud de Bonn (ancien département de Rhin-et-Moselle), la plaine du Palatinat, l’Alsace, la Franche-Comté ainsi que, approximativement, la moitié occidentale de la Suisse et la moitié orientale de la Bourgogne. César la décrit comme suit :
La largeur de cette forêt d'Hercynie, dont il vient d'être fait mention, est de neuf journées de marche accélérée, et ne peut être autrement déterminée, les mesures itinéraires n'étant point connues des Germains. Elle prend naissance aux frontières des Helvètes, des Némètes et des Rauraques, et s'étend, en suivant le cours du Danube, jusqu'aux pays des Daces et des Anartes : de là elle tourne sur la gauche, en s'éloignant du fleuve ; et, dans son immense étendue, elle borde le territoire d'une foule de nations ; il n'est point d'habitant de ces contrées qui, après soixante jours de marche, puisse dire avoir vu où elle finit, ni savoir où elle commence.
Le patrice d'Orbe
Des premiers siècles d'existence de la ville il n'y a pas de trace. C'est à partir du qu'Antonin le Pieux en fait mention la situant sur la voie romaine allant de Milan à Strasbourg par les Alpes et la plaçant entre Lausanne et Pontarlier. À peu de distance d'Orbe, sur la route d'Yverdon, s'élevaient des habitations romaines dont il ne reste que des mosaïquesUne visite aux mosaïques romaines d'Orbe :
La première, d'une dimension de six mètres vingt sur deux mètres vingt, représente un chariot à quatre roues tiré par deux bœufs et accompagné de personnages.
La seconde, mesurant trois mètres sur deux, est formée de carrés blancs, noirs et gris avec des losanges et des feuilles.
La troisième, de forme carrée de quatre mètres trente de côté, représente des scènes de chasse sur chaque côté : sur le premier deux hommes lâchent des lévriers et un bouledogue sur un sanglier ; sur le second un chien court après un cerf une panthère et deux biches ; sur le troisième on voit un ours, un buffle, un lion et deux chevaux sauvages. Le centre est occupé par treize médaillons octogones représentant des personnages : Vénus, Apollon, Diane, Jupiter, Mercure, Saturne, Mars, Ganymède, Narcisse, un buste d'homme aux pieds de cheval et une queue de poisson, un autre buste d'homme se terminant par deux queues de poisson, un autre buste humain avec deux pieds de reptile et une queue de poisson, un autre buste aux pattes d'animal.
À cette époque Aventicum (Avenches) devenait la première ville du canton de Vaud (pagus Aventicencis) nommé auparavant du nom d'Orbe (pagus Urbigenus). Vers le la ville devient une cité importante de la « Transjurane » ou « Outre la Joux », qui deviendra avec le sacre de Rodolphe de Bourgogne le royaume de Bourgogne, et un gouverneur, ou patrice (commandant des armées burgondes, il se place juste après le maire du palais qui est un proche collaborateur du souverain), y est installé.
Liste des Gouverneurs de la Transjurane :
Mummolus ou Mommolus : ( † 585), d'origine gallo-romaine, fils du comte d’Auxerre Pœonius (Péone), comte d’Auxerre lui-même à partir de 561, général et Patrice et gouverneur de la Transjurane au service de Gontran, roi franc de Bourgogne de 569 à 581.
Theudefried ou Dietfried : ( † 592), en 574 il livre un combat à Bex contre les Lombards commandés par Thaloard.
Waldelène ou Vandelmar ou Vandelin, (vers 531 - † 604 ou 615), originaire d'Orbe. Avec sa femme Aelia Flavia il adhère au christianisme, ami de Colomban, il le choisit pour parrain puis précepteur de son fils Donat.
Protade : ( † 605), d'origine Romande il doit son intronisation aux intrigues de la reine Brunehaut dont il fut l'amant. Après une année au siège de gouverneur il est nommé maire du palais de Thierry II. Il meurt massacré par la main de Welf, seigneur de la Transjurane.
Welf : assassiné par la reine Brunehaut pour venger son amant.
Thidilane (ou Theudelinde ou Theulane) : sœur cadette du roi Thierry II, petite fille de Brunehaut. Elle accède à ce poste à l'âge de vingt ans et fait sa résidence à Orbe de 604 à 614. Elle agrandit la ville, y bâtit des églises et fait ériger un pont sur la rivière.
Herpon : grand maître de l'écurie de Clotaire. Il périt assassiné par Aletheus, patrice des Alpes et Leudemond, évêque de Sion.
Arnobert.
Ramelin : gouverneur de 631 à 645
Willibald : dernier patrice de la Transjurane. Il est tué par le maire du Palais Flavoat à Autun.
En 753 le pape Étienne II s'arrête au château d'Orbe lors de son voyage pour rencontrer Pépin le bref à Ponthion, c'est dans cette époque qu'Orbe perd sa primauté dans la Transjurane. En 856, après la mort de Lothaire son royaume est divisé entre ses trois fils, c'est Lothaire II qui hérite des terres de l'ancienne Transjurane. En 864 il installe à Orbe Hucbert, abbé de Saint-Maurice d'Agaune et frère de sa femme la reine Teutberge, il devient ainsi comte de Bourgogne Transjurane. En 866 il est tué lors de la bataille qu'il livra à Orbe contre Conrad. Ce dernier prend le gouvernement de la Transjurane et le remettra à son fils Rodolphe de Bourgogne qui prit le titre de roi de Bourgogne Transjurane de 888 à 911. En 877, lors de son expédition à Rome, Charles le Gros s'arrête dans la ville lorsque Adalgaire, évêque d'Autun, le rejoint pour lui remettre les actes du synode de Rome par lesquels le pape ratifie son sacre d'"empereur des Romains". deux ans plus tard il y revient et reçoit ses deux frères Louis et Carloman. Orbe est une des étapes de la Via Francigena, chemin de pèlerinage menant à Rome. Elle est mentionnée à ce titre par Sigéric de Cantorbéry, en 990, avec la mention LV Urba (numéro d'étape en partant de Rome)London British Library W. STUBBS. Rerum Britannicarum Medii Aevii Scriptores vol. 63. cap. VII. . En 999, c'est Adélaïde de Bourgogne, veuve d'Othon le Grand, qui vient faire un séjour au château de sa ville natale.
Au début du Rodolphe III dernier roi de Bourgogne, par la charte de Vevey faite en 1011 donne à l'évêché de Lausanne le comté de Vaud dont l'avoué (chargée de la protection et de la représentation juridique d'une institution ecclésiastique) n'est autre qu'un membre de la Maison de Zähringen. À cette date la donation comprend le château avec le bourg inférieur ("vicus orba") près du vieux pont, ainsi que le faubourg d'en-haut (« vicus Tavelis ») nommé anciennement "Taberna" ; le bourg d'en-bas (« vicus orba ») est remis au couvent de Romainmôtier qui possède déjà l'hôpital Notre-Dame d'Orbe, fondé vers le Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire.
La confédération des III cantons
Au cours du , l'évêque de Lausanne Jean de Cossonay se trouvant en but contre Philippe de Savoie, perd le pays de VaudLe Canton de Vaud, sa vie et son histoire, Volume 2. La ville passe ensuite à la maison de Montfaucon, alliée aux comtes de Savoie, en reconnaissance de son attachement à l'empereur Frédéric Barberousse qui donne à Amédée II de Montfaucon une partie du territoire d'Orbe. Puis à celle de la Chalon-Arlay par le mariage de Jeanne de Montfaucon, fille d'Étienne de Montfaucon, avec Louis II de Chalon-ArlayHistoire des Suisses, Volume 6. Ainsi, à cette époque, la seigneurie d'Orbe forme une enclave bourguignonne dans le pays de Vaud relevant de la Maison de Chalon, ceux-ci restant vassaux du duc de Savoie pour les terres d'Échallens toutes proches.