vignette|upright=3.0|Schéma récapitulatif des différentes versions de Longue Marche ayant volé (à l'exception de la CZ-6A).|centré vignette|redresse|Décollage d'une Longue Marche 2D, lançant le satellite VRSS-1. vignette|Décollage d'une Longue Marche 2F, emportant trois taïkonautes pour la mission Shenzhou 12.

Les lanceurs Longue Marche (abrégé en LM ou CZ, en chinois : 长征系列运载火箭 ; en pinyin : Chángzhēng xìliè yùnzài huǒjiàn), également appelés Chang Zheng, constituent une famille de lanceurs développés par la république populaire de Chine. La famille s'articule autour de trois catégories, les lanceurs traditionnels, de nouvelle génération, et les lanceurs à poudre. Les lanceurs traditionnels furent développés dans les années 60 et 70 et deviendront les premiers lanceurs chinois ( et 2), lancés depuis la base historique de Jiuquan. Par la suite dans les années 80, des versions spécialisées pour certains types de missions furent mises en service ( pour l'orbite géostationnaire et pour l'orbite héliosynchrone) depuis de nouvelles bases de lancement, à Xichang et Taïyuan. La diversité de l'offre proposée et des décisions politiques favorables mèneront à l’essor des vols commerciaux de satellites américains en Chine durant les années 90, avant que ces derniers ne se fassent bien plus rares à la suite de graves accidents et plusieurs sanctions américaines. Les années 2000 seront consacrées à l'amélioration et l'optimisation des lanceurs existants, et à l'entrée de la Chine dans l'ère du vol spatial habité, avec l'envoi de Yang Liwei, premier taïkonaute, sur en 2003..

En 2015 et 2016, une nouvelle génération de lanceurs a été mise en service, permettant au pays de décupler ses capacités d'emport de charges lourdes, ouvrant la voie à la réalisation de plusieurs missions d'exploration de grande envergure et d'une grande station spatiale. Ces nouveaux lanceurs, , 6, 7 et 8 utilisent des ergols non-toxiques, et sont lancés pour certains depuis une nouvelle base de lancement, située à Wenchang.. La , lanceur à poudre exploité depuis 2015, permet l'envoi de charges légères depuis les bases chinoises, mais également depuis une plateforme en mer, depuis 2019.. À l'avenir, le pays souhaite développer des lanceurs réutilisables (, ), ainsi que des lanceurs super-lourds pour supporter de futurs vols habités lunaires et martiens (). Après plus de d'existence, la famille des Longue Marche est aujourd'hui la de lanceurs la plus tirée de l'histoireAprès Soyouz (plus de 1800 vols), Cosmos (plus de 630 vols) et Delta (plus de 600 vols)..

Les lanceurs Longue Marche couvrent aujourd'hui une large gamme de capacités d'emport, allant du lanceur léger au lanceur lourd en passant par des lanceurs moyens comme la . Ces véhicules sont utilisés pour lancer les différents types de satellites chinois (militaires, communications, observation de la Terre, scientifiques), des satellites commerciaux, des missions d'exploration du Système Solaire, les vaisseaux spatiaux habités du programme Shenzhou, ainsi que les cargos Tianzhou et les stations spatiales chinoises (Tiangong, SSC). Le , la barre du est atteinte. Le groupe d’aérospatiale CASC rappelle qu’il a fallu pour arriver au chiffre de Longue Marche, puis sept de plus pour les , et seulement quatre ans pour aller du au ..

Historique

Le nom de la famille de fusées fait référence à la Longue Marche chinoise, qui est un des épisodes les plus importants et symboliques de la guerre civile chinoise, ayant abouti à l'avènement de la république populaire de Chine. Cela fait aussi référence au long chemin que le programme spatial chinois a eu à parcourir depuis ses débuts, ce majoritairement à travers cette famille de lanceurs.

Contexte et développement (1958-1970) vignette|redresse=0.3|Missile R-2, qui aurait dû servir de base au lanceur orbital du Projet 581. Comme les autres puissances spatiales de l'époque, la Chine a commencé par développer des missiles balistiques, qui ont par la suite constitué le point de départ pour la réalisation de lanceurs orbitaux. Au milieu des années 1950, l'industrie des missiles balistiques chinois se développe avec l'aide des ingénieurs soviétiques. À l'époque les dirigeants chinois entretiennent des liens étroits avec l'Union soviétique considérée comme un pays frère régi par les mêmes principes socialistes. Le lancement d'un satellite artificiel fait partie des objectifs inscrits dans la politique du Grand Bond en avant déclenchée par Mao Zedong en et la construction de la base de lancement de Jiuquan en Mongolie-Intérieure à la limite du désert de Gobi est décidéeI. Sourbès-Verger et D. Borel, op. cit.. La décision de lancer de programme, alors dénommé La codification des projets comprend l'année (ici 58) et le niveau de priorité (1 priorité la plus forte)., a été prise lors de la deuxième session de la huitième conférence du Parti communiste chinois, et fait suite à la mise en orbite réussie du premier satellite artificiel de l'histoire, , par l'Union soviétique.. Un budget de de yuans est alors débloqué, devant permettre la construction d'installations d'essais de moteur à Jiuquan, le développement de composants électroniques pouvant résister au vide spatial, et la construction d'un pas de tir.. Une délégation chinoise tentera la même année d'organiser une visite du cosmodrome de Baïkonour, en URSS, mais cela leur sera refusé par Moscou, qui ne leur permettra que de voir un lancement de fusée-sonde. Toutefois, après tous ces efforts engagés, les responsables chinois réalisent que leur ambition est bien trop élevée comparée aux moyens dont dispose le pays, qui possède alors une économie très fragilisée par le Grand Bond en avant, lancé à la même époque.. De plus, plusieurs dissensions ont mené à de nombreux retards. Certains préféraient l'utilisation de missiles R-2 soviétiques, là où d'autres auraient voulu le développement d'un lanceur complètement national. En plus de cela, la réalisation d'un unique moteur fusée aurait nécessité à cette époque de regrouper plusieurs centaines d'entreprises et de créer des machines dont la Chine ne maîtrisait pas la fabrication. Enfin, l'Union soviétique refuse désormais de livrer des missiles R-12 de nouvelle génération. Par conséquent, le est annulé à la fin de l'année 1959, et le gouvernement préféra se concentrer sur la réalisation de fusées-sondes, ce qui débouchera sur la fusée T-7..

Malgré l'annulation du , une petite équipe de scientifiques continue à travailler sur le secteur spatial. De plus, le programme d'armement nucléaire n'est pas stoppé, mais progresse plus lentement. Le , la Chine réalise son premier tir de missile balistique depuis la base de Jiuquan, grâce à un R-2 soviétique, rempli avec du carburant chinois. Le , un autre essai est tenté, avec cette fois un missile R-2 entièrement fabriqué en Chine. Mais ceci marquera le dernier échange entre les deux pays, à cause de la détérioration des relations entre la Chine et l'Union soviétique. Par la suite, les scientifiques chinois devront se baser sur leurs propres technologies..

Au milieu des années 1960, la situation économique du pays commence à s'améliorer, de plus, l'expérience engendrée par les tirs de fusées-sondes permet d'envisager de nouveaux développements dans le secteur spatial chinois.. En , une feuille de route est créée avec le but de lancer un satellite artificiel dans les cinq ans. Le Comité Spécial du Conseil Central approuva le projet et demanda à l'académie chinoise des sciences ou CAS de concevoir les grandes lignes du premier satellite en moins d'une dizaine de jours. Il en découla le satellite dénommé (« L'Orient est Rouge 1 »), qui est conçu pour avoir une masse approximative d'une centaine de kilogrammes et une forme de sphère d'un mètre de diamètre. Le , le est adopté, comprenant le développement du premier satellite ainsi que de son lanceur orbitalLa codification des projets comprend l'année (ici 65) et le niveau de priorité (1 priorité la plus forte).. Le , la France réalise son premier vol orbital, en envoyant avec succès le satellite Astérix en orbite avec son lanceur Diamant, montrant non seulement que l'orbite n'était pas réservée qu'aux Américains et Soviétiques, mais aussi que la Chine se devait d'être parmi l'une des premières nations à atteindre l'orbite.

vignette|Premier satellite chinois, Dong Fang Hong 1. En fin d'année, une conférence se tient à Pékin, qui permettra de déterminer les caractéristiques précises des éléments du programme et de répartir ces éléments aux différents constructeurs du pays. En 1966, le gouvernement chinois commence également à envisager le développement de lanceurs plus puissants, ainsi que de plusieurs types de satellites. Le futur lanceur orbital chinois, nommé , est composé d'un missile DF-4, qui est surmonté d'un troisième étage à propergol solide pour finaliser la mise en orbite. Le développement de ce missile devait également servir de base à la réalisation du futur DF-5, qui aurait dû être utilisé pour l'envoi du vaisseau habité Shuguang. La mise au point d'un propulseur à carburant solide pour le troisième étage du lanceur fut une étape majeure pour les Chinois, à la fin des années 1960.. Ce troisième étage à poudre fut testé à bord de la fusée-sonde T-7A lors de deux vols ayant eu lieu en .. Ces deux essais en vol furent des succès, l'étage prouvant sa capacité à s'allumer à n'importe quelle altitude comprise entre 100 et .. Après deux vols d'essais du missile DF-4 fin 1969 et début 1970, la première opérationnelle décolla de la base de Jiuquan le , plaçant avec succès le satellite en orbite basse. La Chine devient la cinquième puissance spatiale après l'Union soviétique (Spoutnik), les États-Unis (Explorer 1), la France (Astérix) et le Japon (Ōsumi)I. Sourbès-Verger et D. Borel, op. cit., et la troisième puissance à réussir une mise en orbite du premier coup, après l'Union soviétique et la France.

Développement de la Longue Marche 2 (1970-1975) vignette|alt=|gauche|Maquette des satellites récupérables FSW, lancés sur CZ-2. Après le premier lancement réussi de la , un deuxième tir est réalisé l'année suivante avec le premier satellite scientifique du pays, Shijian 1.. Plusieurs projets d'utilisation du lanceur seront ensuite étudiés, comme la CZ-1A, avec un étage à hydrogène, la CZ-1B, avec un troisième étage Mage italien ou la CZ-1C avec un troisième étage à ergols stockables, mais aucun d'eux ne verra le jour. Toutefois, malgré ces évolutions envisagées, la restait assez limitante pour les projets orbitaux chinois. Dès 1965, il est envisagé l'envoi en orbite basse de satellites d'observation récupérables, à la manière des Zenit soviétiques ou des Corona américains. Ces satellites sont très massifs, plus de , et par conséquent un lanceur plus puissant devait être développé.. Il faudra attendre deux ans avant que la Chine ne trouve une solution, en ordonnant le développement d'un lanceur orbital basé sur le nouveau missile alors en cours d'étude, le DF-5. Afin d'obtenir un lanceur suffisamment puissant, plusieurs modifications seront effectuées par rapport au missile, notamment en optimisant la trajectoire du lanceur en vol, le tout permettant de porter la masse satellisable à .