Le castor du Canada (Castor canadensis) est un grand rongeur qui vit près des cours d'eau, des lacs et des étangs en Amérique du Nord, jusqu'au nord du Mexique (où il est menacé de disparition). C'est l'une des deux espèces vivantes du genre Castor (l'autre étant C. fiber, le castor eurasien). Ses populations ont fortement régressé sous la pression de piégeage/chasse exercée par les trappeurs et il a disparu d'une grande partie de son aire de répartition, malgré les élevages qui ont été tentés pour la production de fourrure, au début du notammentBailey V (1922) Beaver habits, beaver control, and possibilities in beaver farming (No. 1078). US Dept. of Agriculture..
Il est considéré comme « espèce ingénieur » ayant joué depuis plusieurs millions d'années un rôle majeur (avec les orignaux et d'autres herbivores autochtonesKay CE (1994) The impact of native ungulates and beaver on riparian communities in the Intermountain West. Natural Resources and Environmental Issues, 1(1), 6.) dans la formation, la morphologie et l'entretien de nombreuses zones humides (tourbières notamment) d'Amérique du NordNaiman R., Johnston C. & Kelley J., (1988) Alteration of North American Streams by Beaver, Biscay, 38 (II):753 - 762 (PDF, 10 pages)Coleman R & Dahm C (1990) Stream geomorphology : effects on periphyton standing crop and primary production, J. N. Am. Benthol. Sot., 9 : 293 - 302Hammerson G.A (1994), Beaver (Castor canadensis) Ecosystem Alterations, Management and Monitoring Natural Areas Journal, 14 : 44 - 57Gurnella.M.(1998), The hydrogeomorphological effects of beaver dam-building activity, Progressin Physical Geography, 22 (2):167-189 (PDF, 24 p)Aslan A. & Blum M. D. (1999), Contrasting styles of Holocene avulsion, Texas Gulf Coastal Plain. In : N.D. Smith et J.J. Rogers (eds.), Fluvial Sedimentology VI, International Association of Sedimentologists Special Publication, 28 : 193 - 209, et notamment en zone subarctiqueWoo M.K. & Waddington J.M. (1990), Effects of beaver dams on subarctic wetland hydrology, Arctic, 43 : 223 - 230 (PDF, 8 pages). Il joue donc aussi un rôle important en termes de cycle de l'eau, de trame bleue et de puits de carbone (les tourbières comptent en effet parmi les milieux terrestres qui stockent le plus de atmosphériques). Il a fait l'objet de nombreuses réintroductions à la fois pour retrouver une espèce longtemps disparue et de plus en plus pour son intérêt pour la biodiversité.
Dénominations Nom scientifique valide : Castor canadensis Kuhl, 1820 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Castor canadien, Castor du Canada, Castor, Castor américain, Castor d'Amérique, Castor d'Amérique du Nord Noms vernaculaires (langage courant) : avank Amerika (breton), bièvre, castor americà (catalan), kanadar kastore (basque), petit frère qui parle
Origine et histoire du castor du Canada vignette|Lithographie d'un castor du Canada réalisée en 1819. Le castor du Canada contemporain semble avoir pour ancêtre le castor d'Europe qui aurait colonisé l'Amérique du Nord durant le Pliocène. D'autres espèces, dont un castor géant, coexistaient avec lui, mais ont disparu, peut être avec l'arrivée de l'Homme.
On ignore combien de castors peuplaient l'Amérique du Nord avant l'apparition de l'Homme et avant l'arrivée des colons européens qui ont failli l'exterminer ; les estimations vont de Backhouse F (2002) Rethinking the beaver ; Has there ever been a national symbol more loathed or misunderstood? Has there ever been a more important time for the beaver to flourish? (2 pages) ; Canadian geographic. Selon l'explorateur et cartographe David Thompson, qui a arpenté en canot et à piedRupert P Un long voyage de , qui a commencé par un simple pas en avant: voici la vie extraordinaire de David Thompson, le plus grand géographe d’Amérique du Nord., Parks Canada, cartographié un sixième de l'Amérique du NordLitalien, R., Palomino, J. F., & Vaugeois, D. (2007) La mesure d’un continent. Atlas historique de l’Amérique du Nord, 1492-1814. et parlé avec de nombreux anciens parmi les peuples autochtones qui avaient connu les castors avant l'arrivée de l'Homme blanc, toute la moitié nord du continent américain était à l'origine . Il occupait presque toute l'Amérique du Nord excepté les hautes montagnes, les parties sans cours d'eau des déserts et les zones colonisées par les alligators.
Cherie Westbrook, hydrologue et écologue, professeure agrégée à l'université de la Saskatchewan, estime que 85 % du linéaire de tous les cours d'eau des États-Unis (et un pourcentage comparable, mais non quantifié au Canada) sont des ruisseaux et petits cours d'eau de l'amont des bassins versants assez étroits et peu profonds pour être endigués par des castors ; il y avait selon elle des castors dans presque tous les cours d'eau d'amont d'Amérique du Nord avant la colonisation européenne.
Il y a eu une « ruée vers les castors » comme il y a eu une ruée vers l'or (certains coureurs des bois et autres trappeurs lui avaient donné le sobriquet de « billet poilu » ()). Ses peaux recherchées toujours plus loin à l'intérieur des terres (et jusque dans les quelques cours d'eau des déserts de l'Arizona, à partir de Taos au Nouveau-MexiqueSheridan TE (2012) Arizona: A History, Revised Edition ; University of Arizona Press, février 2012 (voir /488)) ont été massivement importées par des commerçants néerlandais, français et anglais et vendues sur les marchés américains. Ainsi entre 1720 et 1740, lorsque les chapeaux en fourrure de castor étaient à la mode en Europe, le nombre annuel moyen de peaux de castors exportées par l'Amérique du Nord était compris entre et .. Ses populations ont ainsi rapidement décliné des années 1500 à 1850.
Vers 1820, George Simpson, alors gouverneur de la Compagnie de la Baie d'Hudson s'en inquiète ; de 1821 à 1850, il impose des moratoires aux piégeurs et des quotas sur certains territoires, tout en interdisant à ses agents d'acheter les peaux de jeunes castors et d'adultes tués en été (dont la fourrure avait moins de valeur). Ces mesures ont été localement utiles, mais trop limitées géographiquement pour endiguer le recul de l'animal. Aux États-Unis, des trappeurs indépendants capturaient tous les castors qu'ils pouvaient. Finalement, .vignette|Un groupe de castors et leur barrage sur une rivière.À l'hiver 1928-1929, après des mois de recherche autour de Fort Rupert (aujourd'hui Waskaganish), les trappeurs ne peuvent ramener plus de quatre peaux de castor au poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson, alors tenu par James Watt. Watt, voyant la misère affecter les Cris de la région, car ils ne peuvent plus chasser le castor pour subvenir à leurs besoins alimentaires et ne peuvent plus faire du commerce avec les peaux, décide d'acheter des huttes et de placer les castors à l'intérieur pour les protéger. À l'hiver 1930, sa femme Maud Watt se rend à Québec pour négocier avec le gouvernement provincial afin de créer une zone contrôlée de protection du castor.. La province accepte et Maud Watt revient à Fort Rupert avec un acte de concession constituant une réserve de entre la rivière Eastmain et la rivière Rupert. La trappe reprend dans la région seulement en 1940. L'initiative de protection portant fruit le gouvernement fédéral, conjointement avec le gouvernement provincial et la Compagnie de la Baie d'Hudson, mettent en place d'autres zones similaires.
Il faut attendre que le public, des associations et certains décideurs admettent la nécessité de protéger l'espèce, notamment grâce à l’immigrant anglais Archibald Belaney, anciennement trappeur dans le nord de l'Ontario et du Québec, tombé amoureux de la culture des Premières Nations et du castor, qui publie sous le pseudonyme Grey Owl des appels à respecter et protéger l'espèce. En 1928, la Direction des parcs du Dominion tourne un film muet en noir et blanc de , intitulé Beaver People, qui montre Grey Owl et ses deux castors apprivoisés, Rawhide et Jelly Roll. C'est la première fois qu'un cinéaste professionnel fait un film sur les castors, tourné dans le milieu naturel. En 1929, Grey Owl est salarié par le Parc et accueille les touristes qui veulent découvrir le castor autrefois omniprésent et devenu rare.
En 1935, un premier recensement se voulant aussi exhaustif que possible est fait dans le parc national de Prince Albert ; on y trouve environ . Alors que la population de castors se reconstitue, dès les années 1940, les responsables du parc piègent des castors qu'ils jugent en « surplus » et les délocalisent vers d'autres parcs ou propriétés publiques. En 1952, la population avoisine , nombre que la direction du Parc juge trop élevé (elle réautorise les pièges mortels, avant de revenir à une gestion plus bienveillante quelques années plus tard).
Depuis, de très nombreuses réintroductions ont eu lieu, et l'espèce continue à recoloniser ses anciens territoires, ce qui ne se fait pas toujours sans problèmes, quand ils sont maintenant occupés par l'homme. Cette population pourrait encore être vulnérable (face à une épidémie par exemple) en raison d'une situation que les généticiens nomment goulot d'étranglement génétique. Son socle génétique est cependant plus diversifié que pour le Castor eurasiatique.
Génétique du castor du Canada L'espèce C. fiber a été durant quelque temps confondue avec le C. canadensis, mais des caryotypes différents ont été révélés par les analyses génétiquesLavrov, L.S. & Orlov, V.N. (1973) Karyotypes and taxonomy of modern beavers (Castor, Castoridae, Mammalia). Zoologische Zhurnal, 52, 734–742.. L'hypothèse explicative est qu'à la suite d'une translocation robertsonienne de 8 paires de chromosomes chez le castor nord-américain, le nombre de ses chromosomes serait passé de 48 (chez C. fiber) à 40 (chez l'espèce moderne de C. canadensis). Cette fusion de chromosomes explique probablement l'absence d'hybrides entre les deux espèces là où elles cohabitent, selon Lahti et Helminen en 1974.
Il y aurait aujourd'hui en Amérique du Nord 24 sous-espèces du castor improprement nommé canadensis puisqu'une population relictuelle vit encore au MexiqueMellink E a Luévano J (1998) Status of beavers (Castor canadensis) in Valle de Mexicali, Mexico. Bulletin of Southern California Academy of Sciences 97(3): 115–120. Cependant ces sous-espèces et leurs sous-populations ont pu être perturbées, mélangées par les nombreuses translocations et opérations de réintroductions faites depuis le début du .
Chez les deux espèces, au nord de leur aire de répartition, des types physiques ou une couleur de poil plus foncée pourraient correspondre à une adaptation à l'environnement paléarctiqueLavrov L. S. 1974. Morphological types of Palaearctic beavers ofCastor genus and some aspects of their taxonomy. [In: First International Theriological Congress, Moscow, 1974. Transactions, Vol. 1]. Nauka, Moscow: 344..
Description Son corps massif se termine par une queue aplatie recouverte d’écailles coriaces et de quelques poils rugueux. La queue d’un castor de grande taille mesure jusqu’à de longueur et peut atteindre de largeur et d’épaisseur. Le castor canadien mesure de pour un poids allant de . C'est le deuxième des plus grands rongeurs d'Amérique après le capybara (que l'on trouve en Amérique du Sud).
Ses incisives, longues, solides et tranchantes, grandissent continuellement et sont durcies par une couche d’émail orange foncé qui recouvre leur face extérieure. Ainsi, à mesure que l’animal frotte ses incisives supérieures contre ses incisives inférieures, l'extrémité externe de ces dents conserve le tranchant d'un ciseau neuf.
La fourrure du castor du Canada est composée d'une bourre très fine et de poils plus longs et plus durs. Sa couleur est généralement brun foncé, quoique pouvant varier. Le pelage est brillant et imperméable, notamment grâce à une sécrétion huileuse produite par le castoréum et deux glandes anales.
Anatomie left|thumb|Crâne, Muséum de Toulouse. Queue