La Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR) était une mission de l'ONU au Rwanda créée le et dissoute le . Elle était en phase opérationnelle au début du génocide des Tutsi au Rwanda.

D'août 1992 au , les différents protagonistes du Rwanda participèrent, sous l'impulsion de la communauté internationale, à des négociations de paix. Ces discussions aboutirent aux « accords d'Arusha ». Pour soutenir la réalisation de ces accords, l'ONU décida, dans sa résolution 872 du , d'envoyer une mission de paix, au titre du chapitre VI de la Charte des Nations uniesChapitre VI de la Charte des Nations unies : Résolution 872.

Le général canadien Roméo Dallaire fut nommé commandant de cette mission constituée d'environ hommes, essentiellement des Bangladais, des Belges et des Ghanéens. Le général Dallaire demeura une figure emblématique par son implication personnelle dans la tragédie rwandaise. Cette mission fut caractérisée par son échec à empêcher le génocide, même si elle réussit à protéger 30 à TutsisHCR, FIDH, Aucun témoin de doit survivre, le génocide au Rwanda, Karthala (1999), p.32. L'analyse de cet échec montre le manque de cohérence du Conseil de sécurité des Nations unies dans sa volonté de donner de véritables moyens à cette mission.

Vingt-sept membres de la MINUAR, soldats ou agents civils locaux, furent tués au cours de leur missionSite de l'ONU consacré à la MINUAR, faits et chiffres.

Historique Avant le début du génocide Le , la MINUAR est créée par la résolution 872 du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette création se fait en une période où l'ONU est déjà très engagée en Somalie et en Bosnie-Herzégovine et où elle connaît une crise financière. Cette crise pèsera durablement sur les moyens alloués à la MINUAR pour exercer sa mission. Ainsi, l'effectif de hommes, proposé par le commandant de la MINUAR, est réduit à Roméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression (2003), p.115. La MINUAR a pour but de superviser l'accord de cessez-le-feu, de contribuer au déminage, de contrôler le rapatriement des réfugiés et la démobilisation des forces arméesRapport de la commission indépendante d'enquête sur les actions de l'ONU lors du génocide de 1994 au Rwanda, p.7-8.

Le , une vingtaine de personnes sont tuées près de Ruhengeri. Le FPR est accusé, mais la MINUAR soupçonne une provocation d'extrémistes proches du pouvoir. Il lui sera cependant impossible de déterminer de façon certaine les auteurs du crimeRoméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression (2003), ch.6.

Le , le général Dallaire envoie un rapport dans le but d'autoriser la MINUAR à intervenir, y compris par la force, en réponse à des crimes contre l'humanité et autres violations. Il ne reçut jamais de réponse formelle d'approbation de cette propositionRapport de la commission indépendante d'enquête sur les actions de l'ONU lors du génocide de 1994 au Rwanda, p.9.

Le , la MINUAR garantit la sécurité de la venue et de l'installation d'un bataillon du FPR à Kigali, prévue par les Accords d'Arusha.

Début , la MINUAR tente d'organiser à deux reprises l'intronisation du gouvernement transitoire à base élargie, devant regrouper des représentants des partis reconnaissant les accords d'Arusha, mais celle-ci ne put se dérouler normalement en raison de désaccord entre les diverses parties en cause, et des menaces exercées contre les représentants des partis modérésRoméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre expression (2003), ch.7.

Le , le général Dallaire envoie un code chiffré au général canadien Maurice Baril, Conseiller militaire du secrétaire général des Nations unies, au sujet d'un informateur, instructeur de haut niveau des milices Interahamwe. Selon cet informateur, une stratégie de provocation avait été mise au point dans le but d'assassiner des députés d'opposition ainsi que des casques bleus belges. De plus, des listes de Tutsis avaient été dressées, peut-être dans le but de les exterminer. Enfin, une distribution d'une centaine de fusils d'assaut dissimulés dans des caches d'armes devait avoir lieu sous peu. N'excluant pas la possibilité d'un piège, Dallaire demande des instructions pour mettre en sécurité l'informateur et pour intervenir sur les caches d'armes. Néanmoins, cette action est considérée par le Département des Opérations de Maintien de la Paix de l'ONU (DOMP) comme dépassant le mandat de la MINUAR et très risquée sur ses conséquencesUne opération analogue, menée en Somalie, s'était traduite par la mort de dizaines de casques bleus. Booh-Booh, représentant au Rwanda du secrétaire général de l'ONU, et Dallaire reçoivent donc l'instruction de solliciter d’urgence une audience du président Habyarimana afin qu'il prenne des mesures contre des actions menaçant les accords d'Arusha. Celui-ci nia toute implication de son parti, le MRND, dans ces actions et ne prit aucune mesure apparenteRapport de la commission indépendante d'enquête sur les actions de l'ONU lors du génocide de 1994 au Rwanda, p.10-12. Selon le rapport de la commission indépendante sur les actions de l'ONU pendant le génocide, le télégramme de Dallaire a bien été communiqué par Baril aux responsables du DOMP, mais n'est pas parvenu au secrétaire général, ni aux membres du Conseil de sécurité, même si les ambassades de certains membres de ce Conseil ont été informées. Toujours selon ce rapport, il est également incompréhensible qu'aucune mesure, autre que l'entrevue avec le président Habyarimana, n'ait été envisagée. Ce grave dysfonctionnement dans la circulation de l'information au sein de l'ONU et dans la prise de décision a été particulièrement dommageableRapport de la commission indépendante d'enquête sur les actions de l'ONU lors du génocide de 1994 au Rwanda, p.35-36.

Durant le cours du mois de , la MINUAR observe un accroissement du nombre de manifestations sporadiques de groupuscules armés de machettes, attaquant des Tutsis isolés ou des personnes soupçonnées d'être favorables au FPR. N'étant pas mandatée pour s'interposer, la MINUAR fait pression sur le gouvernement rwandais pour que la gendarmerie rwandaise assure le maintien de l'ordre. Fin janvier, la résidence de Booh-booh essuie des tirs. La MINUAR saisit une cargaison d'armes arrivée à bord d'un DC8 à KigaliRoméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression (2003), ch.7 .

En février et , la situation se dégrade, les attentats à la grenade et les assassinatsLe 21 février 1994, M. Félicien Gatabazi, Ministre des travaux publics et Secrétaire général du PSD, originaire de Butare, est assassiné. Le lendemain, M. Martin Buchnyana, président de la CDR, mouvement refusant les accords d'Arusha et soupçonné d'être à l'origine de la mort de Gatabazi, est lynché par des partisans du PSD à Butare. Dans les deux jours qui suivent, une trentaine de personnes sont tuées. se multiplient. Des informations multiples parviennent à la MINUAR sur des caches d'armes ou sur l'établissement de listes de gens à abattre et celle-ci renouvelle sa demande d'autorisation de saisir les armes. De nouveau, un refus lui est opposé par le DOMP, la MINUAR ne pouvant que porter assistance au gouvernement ou au FPR qui la solliciterait pour saisir les armes, mais ne pouvant mener une telle action de sa propre initiative. Une demande d'extension du mandat est effectuée par la MINUAR, demande appuyée le par la Belgique, mais n'est pas reprise par les autres pays intéressésRapport de la commission indépendante d'enquête sur les actions de l'ONU lors du génocide de 1994 au Rwanda, p.14. Le , peu avant une nouvelle tentative d'intronisation du gouvernement de transition, le président Habyarimana propose d'inclure dans le processus la CDR, parti extrémiste anti-tutsi ayant jusque-là refusé tout accord avec le FPR. Cette proposition est vue d'un bon œil par plusieurs services diplomatiques mais est ressentie comme une provocation et une manœuvre dilatoire par le FPR. Devant l’impasse politique, la détérioration des conditions de sécurité et la situation humanitaire au Rwanda, le secrétaire général de l'ONU propose le une prolongation du mandat de la MINUAR. Dans sa résolution 909 du , le mandat de la MINUAR est prolongé à l'unanimité du Conseil de Sécurité jusqu'au , avec cependant une menace de retrait de la MINUAR dans les six semaines si aucun progrès politique ou institutionnel n'a été réaliséRésolution 909Rapport de la commission indépendante d'enquête sur les actions de l'ONU lors du génocide de 1994 au Rwanda, p.13-16.

Le , pour la première fois, la MINUAR réalise avec la gendarmerie rwandaise une opération de saisie d'une cache d'armes, mais celle-ci se révèle videRoméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression (2003), p.280. La situation sécuritaire s'étant encore dégradée, plusieurs personnalités rwandaises modérées, menacées de mort, sont mises sous protection de la MINUAR.

Pendant la durée du génocide Le soir du , l'avion présidentiel est abattu alors qu'il s'apprête à atterrir à Kigali. La garde présidentielle interdit à la MINUAR de sécuriser le lieu de l'accident, en arrêtant et désarmant la patrouille de la MINUAR qui s'était rendu sur place. La MINUAR est également empêchée de circuler librement par des barrages dressés dans la nuit. La MINUAR reçoit l'ordre du DOMP à New York de ne faire usage des armes qu'en cas de légitime défense. Lors d'une réunion avec le colonel Bagosora, plus haut responsable militaire rwandais présent à Kigali, le commandant de la MINUAR, le général Dallaire, puis Booh-Booh, le représentant au Rwanda du secrétaire général de l'ONU, font savoir que l'exercice du pouvoir revient au premier ministre, Agathe Uwilingiyimana, mais Bagosora s'y oppose violemment. Des informations parviennent à la MINUAR selon laquelle des éléments de la garde présidentielle, des forces armées, de la gendarmerie ou des milices Interahamwe parcourent la ville munis de listes. Des personnalités sont abattues à leur domicile. Des appels à l'aide parviennent à la MINUAR mais celle-ci n'a pas les moyens de répondre à tous ces appels. Au matin, la garde présidentielle assassine le premier ministre qui s'apprêtait à lancer un appel au calme à la radio nationale. Dix casques bleus belges qui assuraient sa protection sont désarmés et eux-mêmes assassinés plus tard dans la matinéeRoméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression (2003), ch.10Rapport de la commission indépendante d'enquête sur les actions de l'ONU, p.16 et suivantes. La MINUAR parvient à mettre à l'abri Faustin Twagiramungu, futur premier ministre désigné par les accords d'Arusha.