vignette|Le château à motte de Saint-Sylvain-d'Anjou (commune nouvelle de Verrières-en-Anjou, dans le Maine-et-Loire), reconstitution d'une motte du . vignette|Le château de Gisors, un exemple de l'évolution de la motte castrale vers le château fort reprenant dans la pierre les trois éléments constitutifs des châteaux de l'an mil, la motte, la palissade, le donjon..
Une motte castrale, souvent appelée « motte féodale » ou parfois « poype » dans certaines régions, est un type particulier d'ouvrage fortifié qui a connu une large diffusion en Europe au haut Moyen ÂgeAndré Bazzana, Guillemine David, Agnès Gonnet, Jean-Michel Poisson, Mottes castrales de Dombes (Ain) - Éléments pour un atlas, Lyon, Direction des Antiquités Historiques Rhône-Alpes, 1986, .. Elle est composée d'une butte de terre, d'origine naturelle ou artificielle, surmontée d'un fort construit en bois. Il existe plusieurs formes d'édification de ces ouvrages dans toutes les régions d'Europe. La motte castrale sera remplacée par le château fort en pierre avant la fin du Moyen Âge, au moment de la renaissance du qui voit le triomphe de l'architecture philippienne.
Dans la plupart des cas, le tertre était entouré d'un fosséCe qui distingue lors des fouilles archéologiques la motte castrale du tumulus préhistorique, sans fossé., le sommet étant occupé par une forte palissade. Un fortin de bois y était aménagé avec une tour de guet analogue à un donjon. La motte peut être considérée comme un château fort primitif.
En Europe occidentale, au , l'armée carolingienne se montre trop lourde pour réagir aux rapides raids vikings et sarrasins. La défense s'organise donc localement autour des mottes, rapides à construire, et qui utilisent des matériaux peu coûteux et disponibles partout. Progressivement se distingue ainsi une élite guerrière dont la motte castrale matérialise l'autorité. Le seigneur assure la protection d'un lieu commercial ou économique (souvent un village) et la motte devient un élément dominant de l'organisation spatiale de l'an mille. Elle peut servir également de résidence seigneuriale. L'émergence du pouvoir banal sur l'ensemble du territoire au début du est un élément supplémentaire favorisant la généralisation des mottes, qui se développent surtout à partir du selon Jean-Marie Pesez..
Le conflit d'intérêts entre les propriétaires fonciers (l'aristocratie et le clergé) et les châtelains entraîne l'émergence du mouvement de la paix de Dieu qui aboutit à redéfinir la répartition des rôles dans la société médiévalePouvoir aristocratique et Église aux . Retour sur la « révolution féodale » dans l’œuvre de Georges Duby.. La motte castrale est donc un élément majeur de la structuration de la féodalité dans l'Occident médiéval.
Caractéristiques des mottes castrales vignette|Motte castrale de La Pouëze (Maine-et-Loire). vignette|Site de Belleperche, commune de Bagneux (Allier), vu à partir du haut de la motte castrale.
, on a attribué à toute élévation artificielle de terre, le nom de « motte », quelles que soient la forme et l'utilisation ancienne de l'objetDéjà au certains archéologues avaient différencié les « buttes féodales » des tumuli protohistoriques. .. , sous l'impulsion de chercheurs (historiens ou archéologues) comme André Debord ou Michel de Boüard, les mottes castrales ont cessé d'être une « curiosité d'antiquaires pour devenir un véritable objet de recherche scientifique ».
vignette|Plan d'une motte castrale.
Les mottes castrales sont désormais assimilées aux châteaux malgré l'avis de . Dans une première période, le château a changé de vocation puisqu'il ne s'agit plus d'un simple retranchement défensif comme on en a construit au cours du haut Moyen Âge (tels les castra érigés contre les Normands). À partir du , il répond toujours en premier lieu à la fonction défensiveIl existe plus rarement des mottes d’attaque ou de siège., mais devient progressivement « la résidence fortifiée d'un puissant et de son entourage ». À ces deux usages, le castellologue Philippe Durand ajoute l'aspect symbolique. En effet, l'architecture et le décor contribuent à « mettre en évidence la classe aristocratique et son rôle dans la société ».. Autrement dit le château de l'an mille remplit trois fonctions : la résidence seigneuriale, la défense (naturelle ou passive) et enfin le symbolisme culturel et social.
Du point de vue matériel le château à motte se caractérise par deux éléments principaux : la motte et la basse-cour. La motte est un tronc de cône aux flancs pentus, dont l'inclinaison est globalement la même (30°) et dont la hauteur se situe entre . La hauteur semblait indispensable puisqu'au milieu du , l'archidiacre de Thérouanne écrivait :
Bien qu'aucune n'ait été conservée, on sait qu'une tour de bois était emmottée sur le sommet, souvent entourée d'une palissade ou encore d'un muret comme au château d'Olivet (Grimbosq, Calvados). De nombreuses fouilles archéologiques ont révélé que les mottes étaient des édifices artificiels (ou partiellement), généralement faits de terre ou de gazon, structurées en couches de consolidation et érigées rapidementGautier de Thérouanne dit que les aristocrates « ont coutume d'élever, en amoncelant de la terre, une motte ». . La motte de Grimbosq a été bâtie sur une éminence naturelle. J. Decaëns, « La motte d'Olivet à Grimbosq (Calvados) : Résidence seigneuriale du », Archéologie médiévale, , 1981, Centre de Recherches Archéologiques Médiévales, 1981, .. Sur la tapisserie de Bayeux, une vignette montre des bâtissant la motte d'Hastings (Hesteng ceastra). On pense qu'avec les moyens de l'époque, , soit vingt journées avec cent travailleurs ou trois mois avec trente ouvriers.. pouvaient suffire à la construction d'une motte castrale. Le cône avait un volume total de l'ordre de . En moyenne, les mottes avaient un diamètre à la base de 30 mètres, un diamètre sommital de , une hauteur de , un tertre avec une pente de 35 à 55°, surmonté d'une tour de .
vignette|La motte dominant sa basse-cour comprenant un logis seigneurial, un logis des chevaliers et des bâtiments agricoles. Site de Saint-Sylvain-d'Anjou, reconstitution d'une motte du . vignette|Vidéo aérienne de 'Tomen y Rhodwydd' du Pays de Galles (2022).
À son pied on retrouve souvent (mais pas toujours) la marque de la fonction résidentielle de l'ensemble fortifié : la basse-cour. Encore appelée bailey ou Vorburg, c'est un espace délimité par une enceinte et surtout en position inférieure par rapport au donjon de la motte. La basse-cour renfermait les bâtiments nécessaires à la vie du château comme des granges ou écuries.. « La basse-cour (…) forme avec la motte un ensemble indissociable, ce que le vocabulaire britannique exprime fort bien dans la dénomination motte and bailey ».
Les archéologues classent habituellement les mottes en trois catégories : les mottes bâties sur un accident naturel à l'abri, par exemple un rebord de plateau, une colline… ; elles sont plutôt courantes dans les régions montagneuses (Auvergne, Languedoc) ; les mottes totalement artificielles, en terrain plat et sans appui extérieur du relief (Husterknupp) ; les mottes qui forment une variante des deux précédentes, « une levée de terre annulaire », renforcée par une palissade.
, l'archéologie aérienne permet aux archéologues un travail de prospection facilité et performant. En France, c'est Roger Agache qui a permis de développer cette méthode au sein de la recherche historique. Spécialisé dans un premier temps sur les villae picardes, il a finalement relevé toutes les traces des anciennes constructions qu'il a pu identifier dans les contrées rurales de Picardie à partir de cinq indices révélateursR. Agache, « Possibilités et limites des recherches archéologiques par photographie aérienne dans le Nord de la France », Revue du Nord, XLVI, 1964, . : indices topographiques : la structure du paysage ; indices sciographiques : les ombres portées selon le reflet du soleil ; indices phytographiques : les anomalies des cultures ; indices hygrométriques : les anomalies de l'humidité du sol ; indices pédologiques : les anomalies des sols.
Certaines mottes castrales ont été répertoriées grâce à ce système : dans les zones boisées, c'est généralement le fossé qui, par ses dimensions, permet une modulation de la cime des arbres. L'opération se révèle plus délicate en rase campagne, où les ouvrages castraux de l'an mil ont été pour une grande partie d'entre eux arasés par les labours et les remembrements successifs. Les photos sont très utiles à la recherche, mais seuls les fouilles ou les arasements permettent de dater et d'analyser les habitats seigneuriauxL'Archéologie aérienne dans la France du Nord..
Il ne faut pas négliger les indices toponymiques, survivances dans des noms de lieux d'une motte disparue ou dissimulée. Nombreux sont les noms de villes et villages comme La Motte-Tilly, Lamotte-Beuvron, (voir la liste des communes ), ainsi que les innombrables lieux-dits la Motte, le Mottier, etc. Cette prolifération montre bien l'importance de l'implantation du phénomène.
Selon le CNRS, plusieurs siècles après leur construction, la structure des communautés végétales et la fertilité des sols sont encore influencés par les mottes castrales qui les entourent.
Datation, nom et diffusion du phénomène Le système castral du premier âge féodal (fin du à fin du )
vignette|« La Citadelle assiégée », Commentaire d'Ezéchiel (manuscrit carolingien, , Bibliothèque Nationale de France, Paris).
Une des grandes questions historiographiques reste la datation du moment précis de l'apparition de la motte castrale. à dater ce moment au début du voire vers la fin du . On sait qu'au haut Moyen Âge déjà des castra, souvent aménagés sur le site des oppida gaulois, avaient servi de lieu de refuge notamment en Saxe à l'époque des conquêtes de Charlemagne. Mais la question se pose de savoir à quoi ressemblaient ces forteresses. Cette défense restait sommaire et offrait un caractère .
Certains historiens, comme Jean-François Maréchal, ont prétendu que les mottes auraient été une « invention » exportée par les Vikings, ce que d'autres ont réfuté totalement puisque les premiers spécimens connus en Scandinavie ne dateraient que du J.-F. Maréchal, « L’origine viking des mottes féodales », Le Pays d’Auge 3, 4, 5, 6, Lisieux, 1977. 79 ; « L’origine des mottes féodales et la genèse des donjons », dans Heimdal, Revue d’héritage norois, 25, Bayeux, 1978, ; « Fonction et place des mottes féodales dans l’architecture militaire », Revue Archéologique Sites 13, Avignon, 1982, ; « La question du rattachement des mottes féodales aux Terpen ou Wurten frisons du haut Moyen Âge et de l'Antiquité », Actes du Colloque "Ethnohistoire et Archéologie", École Normale Supérieure, Paris, 7-8 mai 1983, dans Caesarodunum XIX, bulletin de l’Institut d’Études latines et du Centre de recherches A. Piganiol, Université de Tours, 1984, ; « Signification des fossés et des haies dans la topographie historique », Actes du colloque "Frontières en Gaule", dans Caesarodunum XVI, bulletin de l’Institut d’Études latines et du Centre de recherches A. Piganiol, Université de Tours, 1981, .. Néanmoins, quelques indices peuvent laisser planer le doute. Au Danemark, plusieurs camps circulaires datés des ont été découverts. Sans avoir apporté le concept fini, les Normands auraient pu suggérer une forme d'organisation circulaire autour de 900, adaptée aux réalités de l'époque en pays francOn connaît notamment le camp fortifié de Fyrkat au nord du Danemark, qui daterait de 980. J. Haywood, Atlas des Vikings, Autrement, Paris, 1996, ..