L'histoire du mobilier français est relativement riche, du fait des influences étrangères et des modes locales qui l'ont modelée.

Le style Moyen Âge

Peu de meubles du Moyen Âge nous sont parvenus car beaucoup ont été brûlés, démantelés, ou non conservés (en raison de leur fabrication en matériaux périssables) mais aussi parce que le mobilier est assez limité à l’époque : en effet, sièges, lits, tables et coffres constituent l’essentiel de l’ameublement. Jusqu’à la Renaissance, le confort domestique fut négligé. vignette|Coffre médiéval (église Saint-Étienne de Beauvais).

. À partir du , l'assemblage d'ais moins épais par embrèvement (rainure et languette, queue-d'aronde) se généralise. Ils .

Le gothique commence à supplanter le style roman vers le milieu du en Île-de-France. Mise à part l'Italie, le gothique se développe dans toute l’Europe jusqu’à la fin du , avec des variations nationales bien plus marquées que dans le style roman. Son influence est très clairement perceptible dans le domaine du mobilier, fortement architecturé.

Au Moyen Âge, les nobles changeaient souvent de lieu de résidence, emportant avec eux tous les objets de valeur qu’ils possédaient, ainsi qu'une partie de leur mobilier : ce dernier était donc conçu pour être facilement démonté et transporté.

Des coffres de voyage, couverts de cuir ou parfois de toile peinte et appliquée, servaient à transporter habits, tapisseries, étoffes, coussins, couvre-lits, orfèvreries précieuses, linge, articles de toilette et petit mobilier. Ces coffres étaient munis de serrures et poignées et ne possédaient en règle générale pas de pieds.

Les meubles les plus grands, massifs et de construction assez grossière, et donc de moindre valeur, étaient souvent laissés dans les châteaux. Dans cette catégorie, on trouve essentiellement : des tables : longues, à dessus amovible et support de tréteaux, parfois en fer, et pliantes ; des lits : ils sont constitués de châssis en bois et entourés d’épais rideaux censés isoler ses occupants des courants d’air et leur assurer une certaine intimité ; des armoires ; des bancs.

Le mobilier gothique est solide, massif et d’aspect sévère. Les formes communément employées sont rectilinéaires à dominante verticale. L’usage de lignes courbes est réservé aux sièges pliants en forme de X, dont la forme s'inspire du siège curule romain.

Au nord des Alpes, les surfaces du mobilier gothique sont la plupart du temps sculptées. Les ornements utilisés dérivent généralement de l’architecture et reproduisent le travail des maçons. Les motifs utilisés sont : les feuillages : arbres, persil, chou, cresson ou pampres de vigne ; les fenestrages : copiés des fenêtres gothiques ; et, le plus souvent, le parchemin plissé, notamment pour les panneaux, qui se décline en nombreuses variantes.

Le mobilier médiéval conservé est infiniment rare. La connaissance que nous en avons aujourd’hui est par conséquent très largement tributaire des représentations d’intérieurs trouvées dans les manuscrits enluminés, les bas-reliefs en bois, en ivoire ou en pierre sculpté, et les comptes et inventaires d’époque. Ainsi est-il possible d’établir que l’ameublement de la grande salle des châteaux, utilisée principalement pour les repas et les fêtes, était constitué de tables et bancs de tous genres, de la chaire du maître de maison, de coffres, d’armoires, parfois d’un buffet ou dressoir servant à exposer des orfèvreries de grande valeur ou autres trésors. Des étoffes aux couleurs vives venaient également agrémenter les meubles et des coussins étaient placés sur les sièges et particulièrement sur les coffres pour apporter un vague sentiment de confort et de luxe.

Au Moyen Âge, la chaire était le symbole du pouvoir et son usage réservé au maître de maison et à ses invités de marque. Il est généralement accepté que ce type de siège médiéval tient son origine dans le coffre auquel on aurait ajouté des panneaux sous forme d’un dossier et de côtés. Étant donné que les chaires étaient emblématiques du pouvoir de l’État, celles-ci, d’apparence massive, étaient richement sculptées.

Dans la maison médiévale, le coffre occupait une place primordiale dans l’ameublement. Aucun autre type de meuble ne pouvait le remplacer. Outre ses fonctions de stockage et de transport, il servait aussi de siège, de lit, de table, et dans la cuisine il se transformait en huche dans laquelle le pain était pétri puis, une fois cuit, conservé.

Le style Renaissance

De même que l’architecture gothique n’avait eu que peu d’influence sur l’Italie, de même les principes de la Renaissance ne furent que très progressivement adoptés au nord des Alpes, cela étant principalement dû à la vitalité du style gothique flamboyant finissant. Quand la Renaissance italienne commença à s’implanter en Europe, c’est-à-dire dans la deuxième moitié du , elle toucha d’abord la France, toujours encline à explorer de nouvelles formes d’expression artistique. Son introduction en France, comme dans les Flandres ou en Allemagne, était premièrement le fait des princes et des nobles. Les nouveaux motifs décoratifs concernèrent ainsi avant tout le domaine profane au détriment de la sphère sacrée. Si, à bien des égards, le style François I demeure fidèle aux structures médiévales, il abonde, en revanche, en motifs d’un type italien revisité par le goût français. Le médaillon est un élément typique de ce style. Représentant un buste ou une tête, de profil ou de face, d’un homme ou d’une femme, en bas- ou haut-relief, le médaillon est placé dans un cadre, généralement circulaire, composé soit d’une couronne feuillagée soit d’une simple moulure. Le type d’ornement connu sous le terme de grotesques, inspiré des fresques réalisées par Raphaël dans les Loges du Vatican, envahit les surfaces des meubles panneautés, à savoir la façade des coffres (cassone), les sièges, remplaçant ainsi les motifs de parchemin plissé, de fenestrages et d’autres décors gothiques. L’ensemble des ornements donne une impression de grande variété, de vie et de capricieuse inventivité.

À la fin du règne de François I, le style franco-italien fut assez rapidement supplanté par un style plus pur appelé Henri II et qui s’étendit de 1547 à 1589. La structure des meubles changea en accord avec les principes de la Renaissance et l’on perfectionna l’ornement. Les pilastres ne sont plus décorés de grotesques, mais présentent un fût unifié muni d’une base et d’un chapiteau. Le siège qui avait conservé son aspect massif sous le règne de François I, entame une évolution vers le siège à façade et côtés ouverts et à dossier bas. Ses pieds sont de section carrée ou en colonne avec moulures suggérant la base et le chapiteau, et joints, pratiquement à même le sol, par une importante entretoise.

Le véritable enthousiasme dont fit preuve la France pour le mobilier italien de la Renaissance, connu pour ses lourdes sculptures et son aspect architectural, est à l’origine d’un certain air de famille entre les productions des deux pays, surtout dans la seconde moitié du quand l’influence italienne devint dominante. Les gravures de Du Cerceau, qui introduisit nombre de nouveaux modèles de meubles, attestent de cet état de fait. Le noyer était le bois à la mode dans les deux pays et les ornements d’inspiration antique – termes, mufles de lion, caryatides, dauphins, masques, pilastres, acanthes, etc – dérivent tous d’un vocabulaire commun.

Les recueils d’ornements français et hollandais publiés dans la seconde moitié du illustrent le type de lit le plus courant à cette époque. Le ciel de lit n’est plus fixé au plafond, comme c’était la coutume à l’époque gothique, mais est supporté par quatre montants, parfois ornés de figures sculptées.

Aucun meuble n’est plus emblématique du style de l’Île-de-France que l’imposante et riche armoire à deux corps en noyer, dont la largeur et la profondeur de la partie supérieure sont légèrement moindres que celles de la partie inférieure, et dont le couronnement présente un aspect triangulaire, parfois arqué, très souvent brisé. Servant de décor sur les panneaux des vantaux, les sculptures de figures nues représentant des divinités antiques rappellent, dans leur subtile finesse, la gracieuse élégance des sculptures en pierre de Jean Goujon. Parfois le décor des armoires à deux corps est également rehaussé de plaques de marbre. D’aspect fortement architectural, l’armoire révèle l’influence de Pierre Lescot, Jean Bullant et Philibert Delorme, tout en incarnant à la perfection les plus hautes qualités de l’artisanat français de la Renaissance. Le dressoir en noyer, héritier du dressoir gothique, est un autre type de meuble présentant les mêmes caractéristiques : il est composé d’un corps rectangulaire horizontal à deux vantaux sur piètement ouvert.

Le règne d’Henri IV (1589-1610) signifia l’accession au trône de France de la dynastie des Bourbons et un renouvellement dans le développement culturel du pays. Les Bourbons considérèrent en effet l’art comme un facteur essentiel contribuant à la dignité et au prestige de l’État.

Le style Louis XIII

Le style Louis XIIIVoir des exemples de mobilier de style Renaissance et Louis XIII. couvre approximativement la première moitié du et annonce le style Louis XIV. Il subit de nombreuses influences étrangères (espagnoles, flamandes et italiennes) et, de ce fait, n'a pas un véritable caractère national.

Le mobilier Louis XIII est caractérisé par des lignes droites, ce qui peut lui donner un aspect sévère, tempéré toutefois par la richesse de la décoration. Les pieds sont parfois en forme de colonne, s’élevant d’un châssis carré à boules, mais la plupart des exemplaires conservés présentent un piètement en balustres ou à décor tourné, relié par une entretoise en forme de H, avec les pieds antérieurs joints, dans la partie supérieure, par une traverse de renfort supplémentaire d’aspect décoratif.

Autres meubles en vogue, les cabinets, très souvent en bois précieux (ébène) se distinguent par leurs lignes simples, leur structure carrée et massive. Ornements feuillagés et floraux gravés y prennent souvent place autour de scènes aux sujets principalement religieux et mythologiques, au relief peu marqué. L’exubérance du décor fait clairement état d’une origine flamande ou, du moins, d’une reproduction servile d’un type flamand par des artisans français.

Dans le domaine des arts décoratifs, la période Louis XIII se distingue par l’introduction en France de mobilier de luxe de provenance étrangère, clef d’un mode de vie plus raffiné, et par l’abandon du goût français face aux influences venant de l’extérieur, des Pays-Bas, d’Allemagne et d’Espagne. Celles venues d’Italie étaient essentiellement le résultat des importations de produits italiens par le cardinal Mazarin qui s’entourait d’un luxe peu commun en France jusqu’à cette époque. Des artisans étrangers vinrent en France et étaient logés au Louvre, comme le fameux ébéniste hollandais Pierre Golle et les Italiens Domenico Cucci et Philippe Caffieri. Un Français, Jean Macé de Blois, qui se forma aux Pays-Bas et qui travailla pour la Couronne, est bien connu en tant que créateur de l’école française de marqueterie, dans laquelle André Charles Boulle se distingua particulièrement.

Le style Louis XIV

Le style Louis XIVVoir des exemples de mobilier de style Louis XIV., baroque malgré son classicisme solennel et héroïque, est clairement de nature royale, triomphal et majestueux. Il atteint sa pleine maturité entre 1685 et 1690, sous l’égide de Charles Le Brun, qui décora la Galerie des Glaces à Versailles, et de Colbert, qui acheta, pour le compte de la Couronne, la manufacture des Gobelins en 1662, et y organisa, sous le nom de Manufacture Royale des Meubles de la Couronne, la production de mobilier destiné aux maisons royales.