Un trouble bipolaire (anciennement maladie ou psychose maniaco-dépressive) est en psychiatrie un « trouble de l'humeur » caractérisé par une succession d'épisodes maniaques (ou hypomaniaques) et d'épisodes dépressifs.
Cette appellation de l'Association américaine de psychiatrie, qui figure officiellement depuis 1980 dans la troisième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, a été adoptée en 1992 par la Classification internationale des maladies de l'OMS qui utilise la catégorie pour en distinguer différents types.
L'interaction de facteurs biologiques, génétiques et environnementaux peut expliquer l'apparition d'un trouble bipolaire. Les symptômes peuvent être plus ou moins graves et traités de diverses façons, mais il peut s'écouler plusieurs années avant que le diagnostic soit correctement établi. La prévalence des troubles bipolaires est estimée à environ 1 à 2 % de la population, en Europe, Asie et Amérique. Ils touchent autant les femmes que les hommes et sont associés à un risque élevé de suicide.
Depuis 2015, le est la journée mondiale des troubles bipolaires.
Histoire vignette|upright=0.8|Hippocrate est considéré comme le premier médecin à décrire cliniquement la mélancolie ou dépression...
Antiquité Les origines du trouble bipolaire remontent à l'Antiquité. Les historiens de la psychiatrie attribuent généralement à Arétée de Cappadoce ( ou ) les premières descriptions chez un même patient d'une succession de mélancolie et de manie : .. Les relations entre la créativité, la mélancolie ou les périodes d'hypomanie (état d'enthousiasme) sont connues depuis cette époque. Aristote se posait quant à lui la question de la concomitance constatée entre le génie (la créativité) et la mélancolie voire la folie.
Du au : de la folie au spectre du trouble bipolaire, en passant par la psychose ou maladie maniaco-dépressive thumb|left|upright=0.8|Dans son Traité de psychiatrie (1889), E. Kraepelin utilise le terme de « psychose » ; il distingue les « psychoses maniaco-dépressives » et les démences précoces.
Théophile Bonet fait le lien entre les deux humeurs extrêmes en 1686 et forge l'expression latine manico-melancolicus. L'alternance manie-dépression est également rapportée par Thomas Willis.. Jules Baillarger, en 1854, décrit la folie à double forme qui se caractérise par « deux périodes régulières, l'une de dépression et l'autre d'excitation » ; simultanément, Jean-Pierre Falret publie un article consacré à la folie circulaire caractérisé par des cycles de dépression et de manie avec des intervalles sans symptômes..
En 1889, Kraepelin, dans la sixième édition de son traité de psychiatrie, forge l'expression faisant la synthèse de travaux antérieurs..
Au Les médecins Gaston Deny et Paul Camus, reprenant les travaux de Kraepelin, introduisent le terme , lequel sera contesté à partir de 1957., pour distinguer les troubles bipolaires des troubles unipolaires (dépression seule).
En 1915, Kraepelin publie un système de classification de la manie et de la dépression fondé sur les symptômes. , dont les formes unipolaires et bipolaires, sans les opposer pour autant. Kraepelin note, dans les , que les épisodes de manie sont rares avant la puberté.
Ultérieurement, Karl Kleist et Karl Leonhard subdivisent les formes unipolaires (dépressives) et formes bipolaires. Cette conception dichotomique du trouble est rejointe par Angst, puis Perris (tous deux en 1966) qui confirment que la dépression unipolaire et le trouble bipolaire diffèrent en termes de présentation clinique, de génétique, d'évolution et de réponse au traitement (Marneros & Angst, 2000) puis par Winokur.
Au Avec les progrès de la recherche en médecine et de la neuroimagerie, les épisodes maniaques, dépressifs ou mixtes sont mieux compris en termes de causes, durée, fréquence et intensité des épisodes, trajectoires des patients, liens avec la cognition, traitements, observance de la prise en charge. Plusieurs comorbidités psychiatriques (dont par exemple le trouble de l'attention avec hyperactivité, des troubles anxieux, des troubles du comportement alimentaire) et organiques (troubles métaboliques fréquents chez les patients bipolaires) sont identifiés.
La classique psychose maniaco-dépressive fait progressivement place à une notion de spectre de troubles bipolaires. Dans le même temps, statistiquement, la prévalence des troubles bipolaires dans la population générale a été multipliée par dix, au moins en partie à cause de l'élargissement de leur définition, et aussi en lien avec des facteurs génétiques, épigénétiques et environnementaux (cela est maintenant démontré par des études de cohortes, génétiques et immunologiques. Selon l'INSERM, ).
Des études longitudinales montrent en outre que des troubles unipolaires évoluent parfois vers la bipolarité (des indices prédictifs de cette évolution ont été décrits, et des recherches ont porté sur les biomarqueurs sanguins des troubles bipolaires, susceptible de permettre des diagnostics plus rapides). Les personnes bipolaires semblent souvent porteuses de variants génétiques les rendant plus susceptibles à des facteurs de risque environnementaux (infections, polluants, traumatismes sévères).
De nouveaux médicaments et de nouvelles approches psychothérapeutiques (psychoéducation, accompagnement psychosocial, thérapies familiales et interpersonnelles) permettent d'améliorer la prise en charge des patients bipolaires et leur qualité de vie.
Folie maniaco-dépressive et psychanalyse
Au temps de Freud, les maladies mentales, encore en voie de classification, sont soignées dans des « asiles », qui deviendront les futurs hôpitaux psychiatriques : les crises de mélancolie ou de manie présentées par certains patients sont rassemblées à partir du milieu du dans ..
D'après un ouvrage collectif récent (2014) du neuropsychiatre Marc-Louis Bourgeois et de psychiatres, Les troubles bipolaires, Freud a relativement peu traité la maladie maniaco-dépressive dans son œuvre, les premiers travaux psychanalytiques notables sur le sujet étant dus à Karl Abraham. Ce dernier avait certes une formation de psychiatrie, à la différence de Freud. Vassilis Kapsambelis relève toutefois que , et après l'introduction du narcissisme en 1914, . Aux yeux de Kapsambelis, les travaux de Karl Abraham, de Sigmund Freud et de Melanie Klein signifient .
Le seul changement de terme qui remplaçait « psychose maniaco-dépressive » par « trouble bipolaire » a pu faire l'objet d'une controverse. En effet, contrairement à certains autres psychiatres et psychologues de la filière psychodynamique., le DSM- psychiatrique ne prend pas en compte les termes psychanalytiques comme « psychose », qui a une acception variable selon l'école de pensée. Élisabeth Roudinesco et Michel Plon écrivent : ..
Définition psychiatrique En psychiatrie, le terme « trouble bipolaire » est destiné à remplacer l'appellation de « maladie maniaco-dépressive ».. La troisième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de 1980 fait apparaître officiellement le terme, et elle est en rupture avec les classifications habituelles, abandonnant notamment la dichotomie psychose-névrose.
En raison du remplacement de l'appellation précédente en tant que « psychose maniaco-dépressive » (PMD) ou « maladie maniaco-dépressive » (MMD), l'emploi du concept de « bipolarité » est issu de la reformulation, officialisée par le DSM-, d'un grand nombre de termes descriptifs de troubles mentaux..
Le diagnostic psychiatrique des troubles bipolaires décrit une catégorie de troubles de l'humeur définie par la fluctuation de l'humeur, alternant entre des périodes d'élévation de l'humeur ou d'irritabilité (manie ou dans sa forme moins sévère d'hypomanie), des périodes de dépression et des périodes d'humeur normale et stable (euthymie ou normothymie)..
La cause n'est pas clairement déterminée. Elle associe à la fois des facteurs de vulnérabilité génétique et des facteurs environnementaux. Le traitement des troubles bipolaires repose sur des médicaments psychotropes thymorégulateurs comme le lithium, les antiépileptiques ou les antipsychotiques. Une psychothérapie et de la psychoéducation peuvent aussi être proposés.
La prévalence des troubles bipolaires est estimée à environ 1 à 2 % de la population, en Europe, Asie et Amérique.
Troubles unipolaires L'abandon du terme « psychose maniaco-dépressive » au profit de l'expression troubles bipolaires a fait distinguer deux sortes de dépressions : les dépressions bipolaires dans lesquelles les phases dépressives alternent avec des phases de manie, et les dépressions unipolaires qui ne comportent qu'une succession de phases dépressivesCette distinction entre les formes « unipolaires » et « bipolaires » de la maniaco-dépression a été proposée par Léonhard depuis 1957, conceptualisée par Kleist et validée par Angst en 1966. ; ces deux types de dépressions ne peuvent pas être différenciés par les symptômes qui sont identiques ; toutefois, on observe que les dépressions bipolaires peuvent commencer beaucoup plus jeune () et ne réagissent pas aux antidépresseurs, tandis que les dépressions unipolaires commencent plus tard () et ne réagissent pas ou peu aux thymorégulateurs.
On parle aussi de manies unipolaires pour les manies qui ne sont pas associées à des phases dépressives.
Troubles bipolaires Signes et symptômes vignette|Représentation graphique des variations de l'humeur dans le trouble bipolaire et la cyclothymie. Lorsque les fluctuations d'humeur dépassent en intensité ou en durée celles de l'humeur normale et qu'elles entraînent des altérations du fonctionnement ou une souffrance, on parle de trouble de l'humeur. Les individus bipolaires connaissent des périodes où leur humeur est excessivement : il est question d'hypomanie (« hypo- » signifie ou ) si l'élévation de l'humeur est relativement modérée (sans délire, hallucination, ni nécessité d'hospitaliser le patient) et d'un état maniaque si elle est très importante ; et des périodes durant lesquelles leur humeur est particulièrement basse, il est alors question d'état dépressif modéré ou sévère..
Ces périodes successives sont dénommées « épisodes » et deux types d'épisodes caractéristiques sont la manie (période d'excitation) et la dépression (période d'abattement). ; le terme renvoie à ces épisodes de manie (ou hypomanie) et de dépression, qui sont les deux extrêmes (pôles) entre lesquels l'humeur oscille.. Entre ces épisodes, les patients vivent des phases intercritiques d'une durée variable. Les épisodes peuvent dans certains cas présenter un rythme saisonnier (en général un épisode dépressif démarrant à l'automne ou en hiver et guérissant au printemps).
Les troubles bipolaires se caractérisent ainsi chez la personne touchée par un vécu intense et persistant dans le temps de certains états affectifs comme la colère, la tristesse ou la joie accompagnés d'une certaine difficulté pour les maîtriser, et de différents symptômes. La fréquence, la durée et l'intensité de ces émotions peuvent varier selon la personne et affecter sa manière de penser et d'agir selon des modes différents. La personne atteinte peut ainsi avoir de la difficulté à remplir ses obligations professionnelles, familiales et sociales.
Les individus atteints de trouble bipolaire montrent des symptômes qui peuvent aussi être parfois confondus avec ceux de la schizophrénie., de la dépression ou du trouble de la personnalité (trouble de la personnalité limite), entre autres.
La période entre la fin de l'adolescence et le début de l'âge adulte est une période clé dans le déclenchement du trouble bipolaire. Il est estimé que celui-ci débute souvent avant , et que l'âge moyen d'apparition des premiers symptômes est ., sachant que le diagnostic et la prise en charge peuvent prendre un certain temps. sur plusieurs années.
Épisodes dépressifs