La sorcellerie désigne à proprement parler l'art d'interroger le sort (hasard, destin)Le mot sorcier vient du latin sorcerius (Gloses de Reichenau, ) ou du bas latin populaire sortiarius, proprement diseur de sorts. Sorcellerie apparaît en français pour la première fois au dans la Chanson d'Antioche. In Albert Dauzat, Dictionnaire étymologique du français, Paris, Larousse., et par extension d'en modifier le cours.

Le mot désigne plus généralement la pratique d'une certaine forme de magie, dans laquelle le sorcier ou la sorcière travaille avec des forces surnaturelles, des entités maléfiques ou non, et parfois aussi des forces naturelles connues comme celles des plantes, des cycles lunaires, des ondes, des suggestions. Selon les lieux et les époques, la sorcellerie fut considérée avec des degrés variables de faveur ou d'hostilité, parfois avec ambivalence. Dans la Grèce antique et à Rome, la divination était une pratique admise, liée à certains sanctuaires et à la prise officielle de décisions.

La sorcellerie est un terme controversé et son histoire est complexe. Selon le contexte et le milieu culturel dans lequel ce mot est employé, il désigne des idées différentes, voire opposées. Chaque société possède ses propres conceptions en matière de tradition, de croyance, de religion, de rites, de rapport à l'au-delà et à la mort et d'esprits bons ou mauvais ; il est parfois impossible de trouver un équivalent d'une culture à l'autre.

Ce terme est également employé de façon péjorative en référence à la pratique de la magie noire. La sorcellerie est alors, dans cette acception, l'accusation portée à l'encontre de ceux qui utilisent des moyens surnaturels pour un usage réprouvé par une majorité de la société. Les croyances en ce type de praticiens de la magie se sont rencontrées dans la plupart des sociétés humaines. De telles accusations ont parfois mené à des chasses aux sorcières et des procès en sorcellerie au début des temps modernes. Dans d'autres sociétés comme actuellement en Sibérie du sud, les chamans ou les griots étaient non seulement bien acceptés en tant que praticiens des rituels traditionnels et d'intercesseurs avec les forces et les énergies de l'invisible, mais respectés, parfois craints, et souvent placés en positions socialement dominantes.

Pour les religions monothéistes (principalement le judaïsme, le christianisme et l'islam), la sorcellerie fut souvent condamnée et considérée comme une hérésie. La notion de sorcellerie prit une certaine importance pour les chrétiens à partir des , l'apogée des chasses aux sorcières ayant eu lieu au . À cette époque la sorcellerie a progressivement été assimilée à une forme de culte du Diable. Des accusations de sorcellerie ont alors été fréquemment combinées à d'autres charges d'hérésie contre des groupes tels que les Cathares et les Vaudois. Certains groupes anciens ou modernes se sont parfois plus ou moins ouvertement réclamés d'un culte « sataniste » dédié au mal.

Étymologie Le terme de sorcellerie est une extension du mot sorcier. Sorcier possède une double étymologie. La première est sortiarus en latin, le «diseur sorts». Dans l’imaginaire collectif, la sorcellerie est associée au Moyen Âge, aux femmes et au pacte avec le diable. Qui est désigné dans l'antiquité les praticiens de la divination, à l'aide de baguettes notamment.. Mais le terme de sorcier n'apparaît réellement qu'en 589, lors du Concile de Narbonne.. C'est alors un terme politique issu d'un contexte post-évangélique qui désigne de façon péjorative un personnage cristallisant la diabolisation de tous ceux qui pratiquaient la «vieille coutume»: les sages-femmes, herboristes, guérisseurs, rhabilleurs, tireurs de feu, connaissant les « simples », tous arts médicaux des druides et druidesses, les sourcières, les astrologues et les devins, pourchassés déjà depuis l'occupation romaine. Le mot sorcier a pour origine la déformation du mot sourcier.— celui qui détecte la source, l'eau à distance. La notion d'action à distance du sorcier se retrouve dans l'expression jeter un sort. L'aspect ésotérique du sorcier a donné naissance au à l'expression « Ce n'est pas sorcier », désignant ce qui n'est pas compliqué.

Les noms donnés à ces hommes et femmes pratiquant la magie sont légion dans l'Antiquité romaine.

Selon l'acception chrétienne du terme, qui a été l'acception générale pendant des siècles, le sorcier ou la sorcière désigne « Celui, celle qui passe pour avoir fait un pacte avec le diable, à l'effet d'opérer des maléfices, et pour aller à des assemblées nocturnes dites sabbat». Actuellement, le sorcier ou la sorcière n'est pas systématiquement associé au maléfice mais sa connotation reste souvent péjorative du fait de la charge historique du mot. La sorcière ou le sorcier désigne aujourd'hui avant tout un jeteur de sort, recourant à la magie.

Il ou elle peut être spécialiste d'un domaine, tel la communication avec les esprits, généralement de défunts (on parle alors plus volontiers de mage ou de voyant), ou l'animation d'êtres morts (nécromancien). Du point de vue anthropologique, le mot sorcier peut recouvrir différentes fonctions comme chaman, femme- ou homme-médecine. C'est aussi un personnage présent dans les contes et les légendes. Il figure désormais dans l'univers du jeu de rôle, dans l'univers de Terry Pratchett ou de Harry Potter.

La sorcellerie désigne tout ce qui est considéré comme surnaturel sans appartenir à la religion officielle ou tout ce qui est relatif au mal dans ces mêmes religions. Il apparaît que dans les mythologies des premières sociétés humaines (sociétés matriarcales), la femme avait un rôle important. La religion ancienne devenant le diable de la nouvelle, le christianisme associa souvent les femmes à des rôles maléfiques telles les parques de la mythologie gréco-romaine ou encore Ève dans le mythe d'Adam et Ève, qui s'allie au serpent (agent du mal) pour plonger l'homme dans sa triste condition. Ceci explique partiellement le rôle prépondérant des sorcières à celui des sorciers dans les mythes populaires européens.

Volant dans les airs à califourchon sur son manche à balai, ainsi est représentée la sorcière dans l'iconographie populaire occidentale. Antithèse de la fée, elle a les mêmes fonctions que le sorcier, tant en anthropologie que dans les contes et légendes.

Pratiques considérées comme de la sorcellerie thumb|Cahier de jeteur de sorts, – , Haute-Saône, Collection Musées départementaux de la Haute-Saône.

Le terme « sorcellerie » est communément appliqué aux pratiques visant à influencer les énergies d'une personne, d'un lieu, d'un objet

Certains, comme les néo-païens, considèrent la nature maléfique de la sorcellerie comme étant une projection chrétienne. Cependant, le concept de « praticien de la magie » influençant le corps ou l'esprit d'autrui contre son gré était présent au sein de nombreuses cultures avant même l'introduction du monothéisme. En effet, de vieilles traditions de « magie blanche » ou religieuses avaient déjà pour but d'identifier ou de contrer ces praticiens. Beaucoup d'exemples de ce type peuvent être trouvés dans les textes anciens provenant d'Égypte et de Babylone. Dans les cultures où l'on croit que la sorcière a le pouvoir d'influencer le corps ou l'esprit d'autrui, elle apparaît une cause crédible de maladie (chez l'humain ou l'animal), de malchance, de mort soudaine, d'impuissance ou de maux divers dont l'origine paraît inexplicable. Une magie folklorique bénigne et socialement plus acceptable peut alors être utilisée pour remédier au sortilège, ou identifier le sorcier à l'origine du mal afin de s'en défendre ou d'en défaire l'enchantement.

Plusieurs pratiques magiques sont assimilées à la sorcellerie, de telle sorte que les personnes qui les utilisent ont été considérées comme des sorcières ou des sorciers par les Occidentaux, indépendamment de la culture dans laquelle ces pratiques sont en usage. Une des pratiques les plus connues consiste à fabriquer une poupée en argile, en cire ou en chiffons à l'effigie de personnes réelles, et les actions qui sont effectuées sur ces poupées sont censées être transférées aux sujets qu'elles représentent (« poupée vaudou » dans le vocabulaire courant, dénommée « dagyde » en occultisme).

La nécromancie, consistant à demander à l'âme d'un mort de révéler l'avenir, est également considérée comme une pratique typique de la sorcellerie. La sorcière biblique d'Endor est censée l'avoir pratiquée en faisant apparaître le spectre de Samuel (ou du diable métamorphosé en Samuel) à Saül. Un « décompteur » est quelqu'un qui prononce des formules magiques pour vaincre un mal.

Les croyances traditionnelles et populaires attribuent aux sorciers et sorcières divers types de pouvoirs (acquis par contrat démoniaque dans la tradition chrétienne et monothéiste plus généralement) : voler dans les airs, tourmenter l'esprit de leurs victimes. Les lutins, dans l'univers des contes, peuvent leur servir d'auxiliaires. Certaines pratiques considérées comme subversives ou abusives et parfois criminelles tombent sous le coup de la loi. La croyance à la possibilité de mettre en œuvre, par certaines pratiques surnaturelles à des fins possibles se retrouve dans toutes les religions primitives.

thumb| Lettre de rémission de juillet 1457 pour l'exécution faite à Marmande de plusieurs femmes accusées de sorcellerie. Archives nationales JJ//187.

Définition de la sorcellerie selon René Guénon Pour René Guénon, la magie est une technique par laquelle sont manipulées certaines lois naturelles délaissées ou inaccessibles aux savants modernes mais faisant l'objet d'anciennes sciences traditionnelles maintenant oubliées, , lire en ligne..

L'auteur insiste sur le caractère naturel des phénomènes en cause et dénonce le qualificatif de « surnaturel » qui leur est souvent fautivement attribué, Lire en ligne.. Il s'agit, pour le pratiquant, d'exploiter des courants ou des entités psychiques et de les faire agir sur l'élément corporel. Il différencie ce domaine de celui de la théurgie qui, bien qu'ayant parfois des effets semblables, utilise, elle, des influences spirituelles, divines ou surnaturelles, lire en ligne..

Cette différence de nature entre les forces mises en cause par la magie et la sorcellerie d'un côté et la théurgie de l'autre est illustrée par l'épisode bibliqueExode, 7, 8, 9. lire en ligne, consulté le 8 juillet 2014. et coraniqueSourate 26,As-Shuaraa (Les poètes), lire en ligne, consulté le 8 juillet 2004. de la victoire de Moïse sur les magiciens de Pharaon, lire en ligne..

La sorcellerie et le pape Jean XXII Jusqu'au , l'Église s'était montrée conciliante vis-à-vis des sorciers et des sorcières ; elle ne croyait pas à la réalité des phénomènes magiques comme il était écrit dans le Canon Episcopi. Ce fut qui publia, en août 1326, la bulle super illius specula, assimilant la sorcellerie à l'hérésieAlain Boureau, « Satan hérétique : l’institution judiciaire de la démonologie sous Jean XXII », Médiévales, n° 44, Paris, PUV, printemps 2003, p. 17-46, lire en ligne., une voie que suivirent ses successeurs de Benoît XII à Alexandre V en pérennisant la chasse aux sorcièresLa sorcellerie à Douai : Mélanges de sciences religieuses, revue trimestrielle année - Juin 1972 - Lille, Facultés catholiques, bd Vauban, p.123.. Cependant, les chasses aux sorcières n'atteignirent leur apogée qu'au Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, Seuil, , p. 102..

La sorcellerie en Europe thumb|Panneau de signalisation du Chemin Michée-Chauderon à Genève.