L'abbaye Saint-Pierre-et-Saint-Caprais de Mozac, plus communément appelée abbaye de Mozac (ou Mozat), est l'une des plus anciennes et des plus importantes abbayes de Basse-Auvergne. Située à Mozac (près de Riom dans le Puy-de-Dôme), elle est fondée à la fin du et régie dès l'origine par la règle de saint Benoît. Elle est rattachée à l'abbaye de Cluny en 1095 et porte le titre d'« abbaye royale » (sous la protection du roi de France). Les moines la quittent à la Révolution et l'abbatiale devient l'église paroissiale unique du village de Mozac en 1790.
L'église abbatiale et les bâtiments conventuels autour de l'ancien cloître sont un haut-lieu de l'architecture romane et sont classés monuments historiquesClassements datant de 1840 pour l'église (classement par liste) et de 1927 pour les bâtiments conventuels. Cf. .. L'abbaye est inscrite dans le « Grand itinéraire culturel européen » comme un des sites clunisiens emblématiques Fiche du Conseil de l'Europe présentant le réseau des sites clunisiens, label décerné par le Conseil de l'Europe à la Fédération européenne des sites clunisiens dont fait partie la commune de Mozac.
La grande renommée de l'abbaye est due à la qualité de la facture de ses chapiteaux romans, à sa crypte préromane découverte en 1849 et à la conservation de la châsse de son fondateur saint Calmin et de son épouse sainte Namadie qui est le plus grand reliquaire au monde en émaux limousins du Moyen Âge. L'abbaye possède aussi, depuis le , les reliques de saint Austremoine, premier évêque de Clermont et évangélisateur de l'Auvergne. Les ossements sont conservés dans une châsse en bois peint du .
L'église possède plusieurs styles architecturaux à la suite de nombreuses modifications au fil des siècles. Ainsi, après les tremblements de terre qu'elle a subis au , certaines parties romanes de l'édifice furent restaurées en style gothique.
centré|vignette|L'abbatiale vue du parc.
Histoire Douze siècles de vie monastique Site L'abbaye aurait vraisemblablement été fondée au , au sud du village de Mozac, dans un lieu propice à son implantation et à son développement.
L'abbaye a été construite sur un promontoire artificiel issu de restes antiques. En effet, l'église possède dans ses parties les plus anciennes (crypte et porche occidental carolingien) des réemplois d'impostes à rouleau, de grands blocs de pierre avec des trous de louve et autres systèmes d'agrafe typiquement antiques. De plus, la présence d'un autel gallo-romain dans le cloître de l'abbaye est attestée en 1604L'autel est aujourd'hui entreposé dans un bâtiment du domaine de Mons, appartenant au groupe Limagrain, où il a été retrouvé en 1970.. Cet autel en marbre comporte une inscription latine datée du : GENIO ARVERN[O] | SEXT[VS] OR[GIVS] SVAVIS | AEDVVSPierre Audigier (1659-1744), Histoire d'Auvergne, éditée par l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand, 1894, .. D'après René Bouscayrol, ce serait une preuve qu’un lieu de culte s’élevait en l’honneur du Génie Arverne, dont l'emplacement est inconnu. Cependant, une telle dédicace ne prend son sens qu'au sein de la capitale arverne, et il est plus que probable qu'elle ait été transportée depuis Clermont-Ferrand, à une date inconnueRené Bouscayrol, « L’autel votif gallo-romain de Mozac », dans Les Amitiés Riomoises et Auvergnates, , 1971, .Claire Mitton, « Les sanctuaires arvernes et vellaves hors des chefs-lieux de cités du s. av. J.-C. au s. ap. J.-C. : approche typologique et spatiale », dans Revue archéologique du centre de la France, tome 45-46, 2006-2007, lire le texte intégral, mis en ligne le 8 avril 2008.Jean Savaron pense qu'elle aurait été transportée à Mozac, lorsqu'on rebâtit après 764, des ruines de la capitale d'Auvergne, détruite par Pépin le Bref, le monastère de Mozac (d'après l'Abbé Cohadon, « Recherches historiques sur Mauzac, son abbaye, son église », dans Tablettes historiques de l'Auvergne, 1842, )..
Le site a également été choisi en raison de la présence d'un réseau hydrographique fourni (ruisseaux d'Ambène, des Moulins Blancs, etc.) qui favorise sa défense (au nord contre le village de Mozac, les enceintes bordent le ruisseau d'Ambène) et qui permet de bâtir deux moulins à eau dans l'enclos monastique (un au nord sur l'Ambène, et un au sud sur le ruisseau des Moulins Blancs) ; le territoire mozacois comptera au fil des siècles jusqu'à dix-sept moulins.
Enfin, le monastère se trouve à proximité de la cité marchande de Riom ( à l'est) et sur le passage de l'ancienne voie romaine entre Augustonemetum et Avaricum, ce qui facilite son développement économique et ses communications.
De la fondation (- s.) à l'affiliation à Cluny (1095) D'après un auteur hagiographe du qui aurait travaillé sur des archives plus anciennes de l'abbaye, il faudrait retenir vers 533-535 comme date supposée de la fondation de l'abbaye par Calminius (saint Calmin) et son épouse Namadia (sainte Namadie)R.P.F. Thomas d'Aquin de Saint-Joseph Carme Déchaussé, Histoire de la vie de saint Calmine (sic) duc d'Aquitaine, fondateur des monastères de Saint-Théophrède en Velay et de Mosac en Auvergne, patron de l'église de Laguenne proche de Tulle, 1646.On doit la connaissance des épisodes de la vie de saint Calmin au Révérend père Thomas d'Aquin, un auteur hagiographe du . Il faut donc se méfier de cette source de seconde main, peu fiable et publiée très tardivement, en 1646. Il dit avoir basé son travail biographique sur des documents historiques et des tableaux qui ont aujourd'hui disparu. De plus, son ouvrage est une commande religieuse, et penche par conséquent dans le sens de ses prescripteurs. La Vie de saint Calmin tient plus de l'arrangement littéraire que de la vérité historique, afin d'embellir le passé du fondateur de l'abbaye de Mozac. En glorifiant saint Calmin, c'est la renommée du monastère qu'on renforce.À la page 200 de sa Vie de saint Calmin (1646), le Révérend père Thomas d'Aquin affirme qu'existe encore de son temps « une vieille peinture qui représente saint Calmine (sic) en habit de Duc, et qui se voit au côté droit du grand Autel de l’église de Mozac, [sous lequel] il y a cette inscription latine : Calminius Senator Romanorum, et Dux Aquitanie huius Monasterii fundator fuit regnante Ioanne Papa Secundo ; c’est-à-dire "Calmine Sénateur des Romains, et Duc d'Aquitaine a été fondateur de ce Monastère sous le Pontificat de Jean Second" ». Donc l'hagiographe du apporte un élément de datation de la fondation de l’abbaye. Il suffit ensuite de chercher la date de pontificat de Jean II, cinquante-sixième pape, qui n’a été en fonction que durant trois années : de 533 à 535.. Calmin aurait enrichi la communauté, qu'il venait de créer, de prestigieuses reliques (de saint Pierre et de saint Caprais d'Agen) qu'il avait rapportées de Rome, des îles de Lérins et d'Agen. Les reliques des époux fondateurs sont conservées depuis la fin du dans une châsse en émaux de Limoges champlevés qui s'avère être la plus grande au monde.
En 764, le roi Pépin le Bref (ou en 848 s'il s'agit plutôt de Pépin II d'AquitaineLa charte mentionne en signature le roi Pépin sans plus de précision (« Signum Pippini praecellentissimi regis »). Aucune année de rédaction n'est inscrite. Par déduction, on sait que l'acte a été produit la « vingt-quatrième année du règne de Pépin » (« anno XXIV regnante Pippino »). D'où 764 si c'est Pépin le Bref ou 848 dans le cas de Pépin II d'Aquitaine.) donne au monastère les reliques de saint Austremoine, premier évêque et évangélisateur de l'Auvergne« Charte du roi Pépin, pour la donation et la restauration du monastère de Mozac », BnF, coll. Moreau, vol. 284, fol. 160, citée dans .. Il devient alors une abbaye royaleDans la charte du roi Pépin (764 ou 848) : « Nous donnons notre assentiment favorable aux justes demandes des serviteurs de Dieu […] en rétablissant [le] monastère de Mozac […] déchu de son ancienne splendeur et dépouillé d’une grande partie de ses biens, par la perversité des hommes, qui lui ont ravi les églises, les campagnes et les biens immenses que lui avait laissés le dit Calmin ».. Cette première protection royale sera renouvelée par des souverains successifs : en 1095, Philippe confirme la concession de l’abbaye de Mozac à l’ordre de Cluny ; en 1169, Louis VII le Jeune confirme les privilèges de l’abbaye ; Philippe II Auguste confirme en 1217 la charte royale précédente ; de même par Louis VIII en 1224 et enfin Louis IX en 1269. Plus tard, cette protection royale sera manifestée par la présence de la fleur de lys sur le blason du monastère.
La décadence constatée dans la communauté religieuse en 1095 la fait mettre sous la tutelle de l'abbaye de Cluny. Quelques mois avant la venue du pape Urbain II au concile de Clermont qui lancera la première croisade, l'évêque d'Auvergne Durand concède l'abbaye de Mozac à celle de ClunyCharte de Durand, évêque d'Auvergne, portant concession de l’abbaye de Mozac à l’ordre de Cluny. Datée de 1095. Copie dans Gallia Christiana, t. II Instrumenta ecclesiae Claromontensis, col. 111. Autre copie : Éd. A. Bruel, Recueil des chartes d l'abbaye de Cluny, t. V : 1091-1210, Paris, 1894, , .. Comme Mozac est une abbaye royale, le roi Philippe confirme par une autre charte, datée de la même année, la donation de l'évêqueCharte de Philippe portant confirmation de la précédente concession. Datée de 1095. Acte original : BNF, coll. de Bourgogne, vol. 79, Cluny, . Copie dans Gallia Christiana, t. II Instrumenta Ecclesiae Claromontensis, col. 110. Autre copie dans Éd. M. Prou, Recueil des actes de Philippe , roi de France (1059-1108), Paris, 1908, , n°CXXXV.. Mozac a pu garder son importance car elle conserve son titre d'abbaye et n'est pas reléguée au rang de simple prieuré, comme l'abbaye de Charlieu qui devient prieuré de Cluny en 1040 ou encore Sauxillanges, « fille de Cluny », transformée en prieuré par Hugues de Semur en 1062. Une bulle du pape Urbain II datée de Plaisance attribue à « Saint-Austremoine de Mozac le premier rang parmi ceux de Cluny »Copie de la bulle d'Urbain II dans Éd. Jacques-Paul Migne, Patrologia Latina, t. 151 : B. Urbanus II papa […], Paris, 1881, col. 410-412 et citée dans .. La donation de Mozac à Cluny accompagne la réforme grégorienne dans le diocèse de Clermont et permet une reprise en main de la papauté et de l'Église (Urbain II, ancien moine de Cluny continue à s'appuyer sur l'Ordre de Cluny), contre l'inféodation d'établissements religieux par des laïcs. Mozac est une tête de pont de l'essor clunisien dans la province d'Auvergne avec une surveillance et un maillage accrus grâce aux quarante dépendances (prieurés, paroisses, chapelles de château), dont la plupart tracent une route dans le nord de l'Auvergne et dans le Bourbonnais, constituant des étapes-relais de Mozac à Cluny. L'abbaye de Mozac restera clunisienne jusqu'à l'extinction de l'ordre à la Révolution.
: interventions royales et papales