Marguerite Bourgeoys, en religion sœur Marguerite du Saint-Sacrement, née le à Troyes et morte le à Ville-Marie, est la première enseignante de Montréal et la fondatrice de la congrégation de Notre-Dame de Montréal, première communauté de religieuses libres (c'est-à-dire non cloîtrées) de la Nouvelle-France.
Elle est canonisée le par Jean-Paul II ; sa fête est commémorée le selon le Martyrologe romain..
Enfance et départ pour le Canada
Marguerite Bourgeoys. était la sixième d'une famille de douze enfants aux parents dévoués : Abraham BourgeoysSon père était monnayeur de la monnaie de Troyes et maître chandelier., son père, et Guillemette Garnier, sa mèreConcernant toute la vie de Marie Bourgeoys et sa congrégation, il peut être utile de consulter la chronologie suivante : http://www.archivesvirtuelles-cnd.org/lignedutemps/presentation. Tous les deux appartenaient à la bourgeoisie de Troyes. Le jour de sa naissance., le , elle a été baptisée en l'église Saint-Jean. Cette tradition des baptêmes donnés le jour de la naissance des enfants était une pratique courante à l'époque. Elle était liée à la mortalité infantile et à la peur que les parents avaient de voir leur nourrisson décéder avant d'avoir reçu le baptême et de ne pas pouvoir entrer au Paradis et d'être condamné aux limbes. Après une enfance paisible, elle perd sa mère lorsqu'elle a . thumb|Acte original de baptême de Marguerite BOURGEOYS, tiré des archives de sa commune de naissance (commune de St Jean). On peut y lire "Marguerite, fille de Abraham Bourgeois et de Guilemette GARNIER [...]" Le , pendant une procession en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, en passant devant l'abbaye Notre-Dame-aux-Nonnains, elle regarde une sculpture de la Sainte Vierge située au-dessus du portail et y reçoit une grâce qui va bouleverser son existence.. C'est ainsi qu'elle raconte cette expérience profonde : Elle désigne ce moment comme celui de sa conversion.
À la suite de cette expérience, elle désira devenir carmélite et chercha aussi à entrer dans d'autres communautés religieuses, qui refusèrent sa candidature. Elle devient membre externe des chanoinesses de Saint-Augustin de la congrégation Notre-Dame, qui avaient fondé un couvent à Troyes. Cette congrégation comprenait des religieuses cloîtrées ainsi que des « externes » qui regroupaient des jeunes filles dans le but de les former à la prière et à l’enseignement dans les milieux pauvres et en dehors du couvent.
La directrice de cette association est alors mère Louise de Chomedey de Sainte-Marie, qui est la sœur de Paul de Chomedey de Maisonneuve.. Ce dernier est parti en Nouvelle-France et y a fondé Ville-Marie, qui deviendra Montréal. En 1652, lors de son voyage en France, il rend visite à sa sœur et lui expose les besoins pour la nouvelle colonie. En effet, dans un premier temps, Ville-Marie n'est pas en mesure de subvenir aux besoins de toute une communauté religieuse. Il demande alors l'envoi d'une institutrice laïque pour instruire les enfants des colons et des Amérindiens.. À , Marguerite Bourgeoys accepte cette tâche après que la Vierge Marie lui soit apparue et lui ait dit : « Va, je ne t'abandonnerai pas.. »
Dans la plus grande pauvreté, elle part pour la Nouvelle-France en , mais ne parviendra que deux mois plus tard sur ses côtesEn effet, le voilier était misérable, la peste éclata à bord et Marguerite Bourgeoys dut se faire infirmière.. Il lui faudra encore remonter le fleuve Saint-Laurent jusqu'à Ville-Marie. Elle entre dans la colonie le , avec un grand nombre de nouveaux colons, hommes et femmes.
Activités à Ville-Marie et fondation gauche|180px|vignette|Marguerite Bourgeoys et Maisonneuve au pied de la croix du Mont-Royal en 1653. Marguerite Bourgeoys s’occupe d'abord de tenir la maison du gouverneur de la colonie, Chomedey de Maisonneuve, et d'entourer les colons. En effet, en raison de la grande mortalité infantile, la colonie, très peu peuplée, ne compte pas d'enfants lorsqu'elle s'y installe. Elle vit dans des conditions climatiques très rudes et doit s'employer à s'installer, c'est-à-dire à défricher la terre, qui met presque trois ans à être cultivable. Tout est aussi à construire, maisons, églises, hôpitaux À cela, il faut ajouter l'état de guerre permanent avec les tribus iroquoises, ce qui entraîne des pertes militaires et civiles.
En plus des soins à apporter aux blessés (des deux camps), il faut aussi secourir ceux qui ont tout perdu, accueillir et placer les orphelins, soutenir les veuves Finalement, il faut aussi apporter du soutien à des personnes qui ont tout quitté pour venir s'installer en Nouvelle-France, dans une région dont ils ignorent presque tout. C'est pour cette raison que Marguerite Bourgeoys va faire relever une croix qui avait été abattue par des Amérindiens ennemis, la croix du mont Royal.. Marguerite Bourgeoys raconte au sujet de cette croix. : C'est aussi ce but qu'elle poursuit en créant un lieu de pèlerinage pour les colons.
Faute d'enfants à son arrivée, Marguerite Bourgeoys ne peut pas faire l'école et le catéchisme. Peu à peu, elle va néanmoins pouvoir « montrer gratuitement aux filles à lire, les instruisant tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, n’en ayant point encore de fixé pour cela ».
Elle va aussi seconder Jeanne Mance., qui pour sa part fonde l'hôtel-Dieu de Montréal. de Ville-Marie.
Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours vignette|Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.
Dès 1655, Marguerite Bourgeoys projette la construction d’une chapelle qui serait située en dehors de l’enceinte du fort, aujourd'hui dans le Vieux-Montréal. Elle conçoit cette chapelle comme un lieu de pèlerinage. Des difficultés retardent toutefois la réalisation de ce rêve. Commencée en 1657, la chapelle en pierre ne sera terminée qu’en 1678.
Elle écrit : « J'excite le peu de personnes à ramasser des pierres et Monsieur de Maisonneuve fit couper du bois pour la charpente ; et il aidait à le traîner hors du bois. Et ceux à qui je faisais quelque travail, je leur demandais quelques journées pour cette chapelle. On charria du sable, d'autres préparèrent la chaux, et je trouvai suffisamment pour la bâtir et la couvrir. Le Père Pijart la nomme Notre-Dame-de-Bon-Secours.. »
En 1672, Marguerite Bourgeoys ramène de son second voyage en France une petite statue miraculeuse donnée par le baron de Fancamp pour la chapelle. Cette statue est encore vénérée dans la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Ayant connu des modifications architecturales, la chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours se trouve toujours au même emplacement que celui qui a été octroyé à Marguerite Bourgeoys. Victime d'un incendie qui la ravage complètement en 1754, l'église trouve sa forme définitive en 1771. Il est toutefois possible de visiter les fondations de la chapelle primitive, celle fondée par Sainte Marguerite Bourgeoys, (au sous-sol de la chapelle).
En 2005, les reliques de la sainte sont installées dans l'autel de gauche de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours de Montréal et celles de Jeanne Le Ber, sont placées dans le mur gauche de la nef.
L’école et maison-mère
Le , Maisonneuve donne à Marguerite Bourgeoys l’étable de pierres de la commune. dont l'acte de concession dit qu'il s'agit « d'un bâtiment de pierre de trente-six pieds de long sur dix-huit de large, situé à Ville-Marie, proche de l’Hôpital Saint-Joseph ». Elle la nettoie et l'aménage simplement pour en faire une école. Par l'installation d'une échelle extérieure, elle peut accéder au colombier qui devient pour elle un dortoir. Mais Marguerite Bourgeoys a une vision à long terme pour son apostolat auprès des habitants de la colonie. Cette dernière grandit et des besoins plus importants se font sentir (écoles, aide aux pauvres, soins aux malades, encadrement des filles du roy, etc.). Elle sent donc qu'il va lui être nécessaire d'être accompagnée dans sa mission. C'est pour cette raison qu'elle retourne en France en 1658 afin d'y recruter des compagnes à même de la seconder.
Dès son retour de France, Marguerite Bourgeoys se joint à nouveau à monsieur de Maisonneuve et à Jeanne Mance, l’administratrice de l’Hôtel-Dieu. Prenant conscience de l'importance du rôle des femmes dans la pérennisation de la colonie, elle forme les femmes à tout ce qui peut leur être utile et essentiel pour vivre en Nouvelle-France et y fonder une famille (cuisine, climat, culture, soins aux malades et aux blessés, etc.), mais aussi pour y vivre en chrétien, par l'enseignement du catéchisme. Une fois les enfants en âge scolaire, elle leur apprend à lire, à compter et leur enseigne le catéchisme. Et elle le fait sans considération de l'origine sociale des enfants : « On doit accueillir les élèves et se comporter à leur égard « sans distinction de pauvres ou de riches, de parents et amis ou de personnes étrangères, jolies ou laides, douces ou grondeuses. ». »
De par son souci de l'enseignement des filles de toutes conditions, mais particulièrement des plus pauvres, elle est considérée comme la fondatrice de l'enseignement français à Montréal. Il faut souligner que elle insista pour que les châtiments corporels ne soient que très rarement utilisés. Elle se trouve ainsi dans la ligne du pédagogue et prêtre français Pierre Fourier. et fait en sorte que les sœurs bénéficient de temps et d'une formation adaptée afin de devenir des enseignantes efficaces et dévouées. Elle disait d'ailleurs : « Les Sœurs doivent prandre peine de se randre savante et abille en toutes sortes douvrages. Les filles de la Congrégation abandonne leur santé, leur satisfaction et leur repos pour l'instruction des filles. »
« Vers 1669, on commence l'agrandissement de l'étable-école, devenue trop petite pour loger convenablement les sœurs, les pensionnaires et les hommes engagés tout en servant d'école. Cette annexe, terminée en 1673 et composée de deux corps de logis, devient la deuxième Maison mère de la Congrégation (1673-1683), dite la Grande maison de pierre.. » À la suite de l'incendie de 1683 qui ravage la bâtisse, une nouvelle maison-mère, dite la Maison sur le haut, est édifiée par Marguerite Bourgeoys et ses compagnes à la rue Notre-Dame.
Naissance d'une communauté de « vie voyagère »
En 1659, elle revient à Ville-Marie avec quatre compagnes.. Ensemble elles forment le noyau d'une communauté de femmes non cloîtrées. Pour elles, ce type de vie hors du cloître est une absolue nécessité pour se mettre au service des habitants qui sont souvent éloignés des colonies, pour être à même de secourir les pauvres et pour annoncer la foi chrétienne aux amérindiens.
En 1667, conscients de l'utilité des activités des premières sœurs de la congrégation dite des Filles séculières de la congrégation de Notre-Dame, une assemblée d'habitants de Ville-Marie se décident à demander au roi de France des lettres patentes pour celles qu'ils appellent les « Filles de la Congrégation ». En 1669, Monseigneur de Laval « approuve par l’autorité d’une ordonnance les institutrices de Ville-Marie pour l’île de Montréal et tous les autres lieux du Canada qui les demanderaient ».
gauche|vignette|Mère Marguerite Bourgeoys.
En 1670, Marguerite Bourgeoys part en France seule, avec très peu d'argent et guère plus d'un petit baluchon afin d'y rencontrer le roi Louis XIV. Celui-ci écrit d'elle : « Non seulement […] elle a fait l’exercice de maîtresse d’école en montrant gratuitement aux jeunes filles tous les métiers qui les rendent capables de gagner leur vie, mais, loin d’être à charge du pays, elle a fait construire des corps de logis, défriché des concessions, aménagé une métairie. »