Juan Víctor Pradera y Larumbe, né en 1872 à Pampelune et mort en 1936 à Saint-Sébastien, est un homme et théoricien politique espagnol d'idéologie traditionaliste.

Ingénieur et avocat, il fut élu député de Tolosa en 1899, puis de Pampelune en 1918. Il eut au gré des circonstances des relations variables avec divers courants traditionalistes , dont il est généralement considéré comme un théoricien de premier plan pour les premières décennies du . Víctor Pradera se montrait très attaché à l'unité de l'Espagne et à une conception corporatiste de la société ; préoccupé par les nationalismes périphériques, il combattit activement le nationalisme basque, s'opposant au projet de statut d'autonomie au cours de la Seconde République. Présenté comme un proche du général Franco, ses travaux furent récupérés pour étayer le discours théorique de l'Espagne franquiste.

Il fut exécuté en 1936, au début de la Guerre civile espagnole, par des miliciens républicains.

Biographie Famille et jeunesse left|thumb|Saint-Sébastien à la fin du La famille paternelle de Víctor est originaire du Pays basque français ; son grand-père, Juan Pradera Martinena, résidant dans la ville de Sare (province du Labourd), traversa les Pyrénées et s'installa à Endara de Etxalar. Le père de Víctor, Francisco Pradera Leiza, était Indiano. Dans sa jeunesse, il émigra en Amérique puis passa 16 ans à Cuba ; ayant fait fortune, il revint en Navarre et épousa une Pamplonaise, Filomena Larumbe« Larrumbe » selon certaines sources, descendante d'une famille de la petite bourgeoise. Son père, Ángel Larumbe Iturralde, participa à la première guerre carliste dans les rangs des légitimistes et échappa de peu à l'exécution, pour s'installer plus tard à Vera de Bidasoa où il exerça comme notaireIl supporta également le camp carliste dans la deuxième guerre carliste (dite « des Matiners »). Juan Víctor fut l'aîné de quatre garçonsLa première biographie de Pradera affirmait qu'il était né en 1983 () et fut suivie par la plupart des autres auteurs ; une biographie plus récente donne 1872, voir , également (du même auteur) , les trois autres étant Luis, Juanpour distinguer Juan Víctor et Juan José, l'aîné fut appelé « Víctor » et c'est sous ce nom qu'il est connu dans l'historiographie et Germán. En 1879, il s'installa avec sa famille à Saint-Sébastien où son père dirigea une entreprise du secteur de la constructionselon il construisait des maisons, d'autres qu'il tenait une affaire commerciale travaillant dans ce secteur .

Après avoir obtenu le baccalauréat au lycée de Saint-Sébastien en 1887 il passa un an à Bordeaux puis un autre à Bilbao, entama ensuite des études d'ingénieur de voirie à l'université de Deusto, qu'il poursuivit et termina à Madrid. Il revint dans le Guipuscoa en 1897 et s'installa à Tolosa, participant à l'entreprise papetière de son père. Après avoir réussi en tant que gestionnaire, Pradera fusionna l'entreprise familiale dans la Papelera Española de dont il devint actionnaire et dans les activités de laquelle il s'impliqua jusqu'au début du selon ses activités d'affaires prirent fin en 1902, il est néanmoins mentionné comme actif en 1904 dans le magazine d'ingénieurie Madrid Científico (n° 471, p. 19, lire en ligne).

Au tournant du siècle, il commença des études de droit en qualité d'étudiant non inscrit à Madrid, qu'il poursuivit pendant 2 ansà cette époque il était déjà député au Congrès, qualité qu'il occulta en passant ses examens . Après avoir obtenu son diplôme, il ouvrit à Saint-Sébastien la chancellerie de droit et exerça simultanément comme inspecteur général dans le Corps d'ingénieurs des canaux et ponts. À une date indéterminée, il obtint un doctorat en droit à Madrid. En 1899 Pradera épousa la Donostienne María Ortega, avec qui il eut 4 enfants, dont Juan José, journaliste et diplomate qui occupa des postes importants du régime franquiste. Le petit-fils de Víctor et fils de ce dernier, Javier Pradera, se fit connaître en tant que journaliste et éditeur antifranquiste et fut un intellectuel important durant la transition démocratique.

Jeune carliste Au cours de ses années universitaires, Pradera participa à diverses organisations catholiques et s'intéressa à la politique. Élevé dans un milieu libéral et sans antécédents familiaux , il se rapprocha du carlisme dans les années 1890, attiré par des conférences auxquelles il avait assité ; contrairement à la plupart des traditionalistes, qui héritaient leur idéologie du contexte familial, Pradera se considérait comme un « scientifique carliste ». Déjà reconnu en tant qu'orateur, en 1899ayant tout juste l'âge requis il se présenta aux élections générales comme candidat carliste non officiel à Tolosa. Bénéficiant du nouveau rapprochement entre carlistes traditionnels et intégristes, il fut élu contre un candidat gouvernementalPradera prêta serment avec deux semaines de retard, une pratique courante chez les carlistes, qui refusaient de prêter serment d'obéissance à la monarchie alfonsine et Matías Barrio le nomma porte-parole du petit groupe parlementaire carliste.

Au lendemain du désastre de 1898, Pradera participa à la première vague de régénéracionnistes, exigeant un changement profond, voire révolutionnaire du système politique de la Restauration. Jeune novice au Parlement, il s'y confronta régulièrement à Silvelapar exemple lorsqu'il contesta la cession des îles Carolines à l'Allemagne , se faisant remarquer par des interventions combinant démonstrations rationnelles et compétences oratoires ainsi qu'un fort tempéramentdes poursuites pénales furent engagés contre lui pour injures contre des agents de la force publique, voir . Réélu en 1901, officiellement dans les rangs du carlisme, il continua de se confronter à ses anciens adversaires libéraux et fit face à des nouveaux, notamment républicains radicaux et nationalistes. Il souhaitait se représenter aux élections suivantes, celles de 1903, mais il renonça finalement pour des raisons financières, très apologique, soutien qu'il refusa des méthodes corrompues ; les commentateurs contemporains ne parlent pas de corruption et affirment qu'il considérait comme immoral de financer sa propre campagne ; ABC rapporte en revanche qu'il fut vaincu (. En 1904, Pradera fut élu à la Députation forale du Guipuscoa pour Tolosa. Avec Esteban de Bilbao Eguía et Julio Urquijo, il forma une nouvelle génération de militants, promus par le prétendant Charles VII et le chef du parti carliste, le marquis de Cerralbo, dans une tentative de construire un mouvement carliste moderne.

Carliste dissident thumb|Vázquez de Mella. À la fin de ses mandats parlementaires, Pradera se consacra à sa vie de famille, aux affairesil détenait des parts dans plusieurs entreprises de Saint-Sébastien, dont une coopérative d'électricité et au travail intellectuel. Il resta engagé dans la vie du parti carliste, malgré une détérioration de ses relations avec les dirigeants locaux. Au cours de la campagne électorale de 1910, il se rapprocha des mauristes et soutint un candidat indépendantJosé Joaquín Castañeda, fils de Joaquín Castañeda y Otermín ; tous deux furent exclus du parti par le chef de sa section du Guipuscoa, Tirso de Olazábal. Réadmis en 1912faisant suite à une réunion qu'il eut personnellement avec le prétendant Jacques de Bourbon à Saint-Jean-de-Luz en mai 1912, voir (Pradera y est erronément nommé, «»), Pradera poursuivit sa carrière d'orateur lors de réunions publiques, abordant un large éventail de thèmes mais se focalisant de plus en plus sur une opposition aux aspirations nationalistes basques émergentes. Pradera bénéficiant d'une reconnaissance au niveau national, le comte de Romanones le nomma en 1917 membre d'une commission extraparlementaire consacrée à la question de l'autonomie catalaneavec Alcalá-Zamora, Sánchez de Toca et Maura, . Après son élections aux Cortes en 1918en remplacement de Mella, qui refusa de se présenter., il y devint le principal intervenant carliste. Il se lia d'amitié avec le conservateur dissident Antonio Maura mais s'opposa aux tentatives de grandes coalitions politiques visant à sauver le régime de la Restauration de la profonde crise qui le mettait en péril. Conscient du climat prérévolutionnaire alors prégnant en EspagnePradera s'opposa à l'amnistie de Julián Besteiro et Francisco Largo Caballero, condamnés pour révolte en 1917 , il prêchait pour un changement traditionaliste radical.

À cette époque, le jaimisme se trouvait de plus en plus embourbé dans un conflit opposant son principal idéologue, Juan Vázquez de Mella, et le prétendant carliste lui-même. Pradera, ami de Mella et profondément influencé par ses idées, le rejoignit finalement en 1919 dans son Parti catholique traditionalistePradera étant attiré par le carlisme pour sa théorie et non par allégeance dynastique, il ne lui fut pas difficile de décider d'abandonner don Jaime ne fut pas difficile ; selon , Pradera se joignit à Mella car il partageait ses positions intransigeantes, opposées à une recherche d'ententeil est présenté comme le chef de la section de Guipuscoa , pour des détails voir (PCT). Il anima le journal melliste Diario de Navarra en était le rédacteur en chef , se présenta, sans succès, aux élections au Contrès 1919 ne précise pas si Pradera concourut sous la bannière jaimiste ou melliste ; selon La Correspondencia de España, le leader politique carliste national Pascual Comín disqualifia Pradera, l'accusant d'être melliste.la presse de l'époque rapporte des rumeurs faisant état d'une possible candidature au Sénat à la fin de l'année suivante, voir . Au cours des dernières années de la Restauration, Pradera fut courtisé en vain par les deux partis du turno, qui lui proposèrent des circonscriptions où son élection eût été assurée ainsi que des postes ministériels, préférant rester fidèle au PCT, dont il était chef provincial du Guipuscoa.

Au début des années 1920, les relations entre Pradera et Mella se détériorèrent, mais la chronologie et les causes de leurs dissensions ne font pas l'objet d'unanimité dans l'historiographie. Selon certains auteurs, Mella était favorable à une fédération extensive de courants proches d'extrême droite, tandis que la création d'un nouveau parti de droite avait la préférence de Pradera. Selon d'autres, Mella considérait la vision de Pradera trop minimaliste, le soupçonnant de défendre en sous-main la laïcité et d'accepter le parlementarisme. Dans une étude détaillée consacrée au mellisme, l'historien Juan Ramón de Andrés Martín développe l'idée d'un Mella orthodoxe rejetant Pradera en tant que « possibiliste » et « minimaliste »le même auteur distingue le pradérisme du mellisme par la reconnaissance d'Alphonse XIII, le réductionnisme idéologique, l'adoption de traits autoritaires et l'élargissement de sa base populaire. Selon Manuel Martorell Pérez au contraire, le conflit entre les deux personnalités ne survint que plus tard, le point de discorde étant l'attitude à tenir envers la dictature de Primo de Riveraselon , Mella préférait l'empire des Habsbourg à la structure déconcentrée tandis que Pradera prenait pour modèle une Espagne des rois catholiques idéalisée et perçue comme plus unitaire. Prad suivit sa propre voie, emmenant avec lui un certain nombre de mellistesle PSP aurait permis la survie du mellisme en accueillant la plupart des mellistes orphelins, le mellisme officiel ayant fusionné avec le jaimisme en 1927 (, ) ; Mella lui-même, en proie à des problèmes de santé et amputé des deux jambes, p. 277, se retira progressivement de la vie publique pour se consacrer à des élaborations théoriquesaprès la mort de Mella en 1928, Pradera fut président de la Commission exécutive de la Junta de Homenaje .

Social catholique left|thumb|Pradera lors d'un discours en 1918.