Voyage de découvertes aux terres australes est le titre court d'un récit de voyage dont la première édition fut publiée par François Péron en 1807 et qui fut par la suite complété et corrigé par Louis Claude de Saulces de Freycinet jusque dans les années 1820. Il décrit le périple qu'ils firent jusqu'en Australie dans le cadre de l'expédition Baudin, une expédition scientifique française, partie du Havre le , qui ramena en métropole un très grand nombre de spécimens botaniques ou zoologiques inconnus des savants européens de l'époque.
Histoire La première édition du Voyage de découvertes aux terres australes est publiée par François Péron en 1807 à l'invitation de la commission scientifique qui avait préparé l'expédition. Elle s'appuie sur les journaux d'autres participants tels que Leschenault et comporte même deux chapitres entiers rédigés à la première personne du singulier par Louis de Freycinet : installé sur le Naturaliste, ce dernier ayant assisté à des événements que Péron et les autres savants du Géographe ont manqués. L'auteur principal prévoyait de faire suivre ce premier volume de plusieurs autres textes, et notamment d'un ouvrage consacré à la seule zoologie, science à laquelle il n'a cessé de s'adonner depuis son retour. Cependant, la maladie le contraint à renoncer, et le Voyage n'est plus augmenté que par les productions des autres participants revenus vivants, à commencer par un atlas contenant des illustrations de Lesueur et Petit en 1811.
Puis, en 1815, alors que Péron est mort depuis longtemps, Freycinet le complète encore d'une partie consacrée à la navigation dans laquelle il exploite lui aussi le contenu des journaux tenus par d'autres participants, à savoir Nicolas Baudin lui-même, mais aussi Bailly, Montbazin, Boullanger, Breton, Faure, son frère Henri de Freycinet, Hamelin, Leschenault, Ransonnet et Ronsard. Mais le résultat est boiteux, car Péron a rédigé son passage avant que les meilleures cartes n'aient été dessinées, et Freycinet s'emploie donc à corriger les erreurs qui restent. Les changements sont suffisamment importants pour reconnaître au Britannique Matthew Flinders la primauté de certaines découvertes géographiques en Australie dont la paternité était jusqu'alors incertaine, les deux pays s'en disputant la primauté.
Les contextes politique, économique et intellectuel ne sont guère favorables à la publication de ce volume en 1815 : Napoléon , qui a commandité l’expédition, est vaincu militairement et la France traverse une grave crise politique, alors qu'en 1814, Flinders a publié et que l’Angleterre a repris la maîtrise des mers. L’objectif de reconnaissance des côtes du sud-ouest et de l’ouest de la Nouvelle-Hollande et de la côte orientale de la Terre de Van Diemen est objectivement atteint par l’expédition Baudin, du moins dans ses grandes lignes. Les expéditions de Baudin et Flinders achèvent la cartographie d’ensemble du continent austral. Cet achèvement, un peu ignoré, résulte côté français en bonne partie du travail de Boullanger et Faure, en collaboration avec l’astronome Bernier, les frères Freycinet et d’autres officiers comme Ransonnet.
Les Français savent désormais à qui ils doivent l'introduction sur leur territoire du mimosa doré et de l'eucalyptus, d'abord plantés par l'impératrice Joséphine à la Malmaison. Les oiseaux et des animaux de toutes sortes ont commencé alors à enrichir le jardin du parc de la Malmaison, où on leur a permis d'errer librement. À cette époque, la femme de l'Empereur avait dans sa propriété des kangourous, des émeus, des cygnes noirs célèbres dans toute l'Europe..
Les Australiens comprennent pourquoi, alors qu'on leur a souvent caché l'existence de ces découvreurs, tant de noms français parsèment leurs côtes, au point que l'universitaire australien Leslie Ronald Marchant a pu titrer l'ouvrage consacré aux origines de l'Australie occidentale.
Prémices de l'expédition La Nouvelle-Hollande en 1800 thumb|Carte de Johannes Kepler (1627).|alt=Carte de Johannes Kepler (1627). Que connait-on de la Nouvelle-Hollande (Australie) en 1800 ? Les Hollandais, dans la première moitié du , ont aperçu, de loin en général, les côtes nord-ouest, ouest et sud-ouest de l’Australie, en leur donnant les noms des découvreurs : Terre d'Arnhem, Terre de Witt, Terre d'Endracht, Terre d'Edels, Terre de Leeuwin et Terre de Nuyts. Pieter Nuyts, qui s’était engagé loin dans l’est de la côte sud, avait fait de l’Australie une avancée du continent austral.
En 1642, le gouverneur général des Indes hollandaises, Antonio van Diemen, envoie son agent Abel Tasman en reconnaissance. Débordant la Terre de Van Diemen (Tasmanie) et la Nouvelle-Zélande par le sud, il apporte la confirmation de l’insularité de l’Australie.
L’espagnol Torrès avait déjà, en 1606, montré la séparation de l’Australie de la Nouvelle-Guinée par le détroit qui porte son nom. James Cook reconnaît en 1770 la côte orientale, avant que soit fondée la colonie pénitentiaire de Port Jackson (Sydney) en 1788. D’Entrecasteaux, à la fin de 1792, reconnaît la partie occidentale de l’Australie, du cap Leeuwin au cap des Adieux (Terre de Nuyts) ; un canal porte son nom au sud de la Terre de Van Diemen. La première circumnavigation de la Terre de Van Diemen est effectuée par MM. Flinders et Bass entre le et le , à partir de Port Jackson.
La seconde moitié du donne lieu à l’organisation de nombreux voyages de découverte, en France et en Angleterre, dont les plus connus sont ceux de l'Anglais Cook et des Français Marion du Fresne, de Saint-Aloüarn, Bougainville, Lapérouse et d’Entrecasteaux. Ils ont fait faire d’énormes progrès à la géographie de l’océan Pacifique, encore peu exploré.
Origines de l'expédition vignette|Institut de France (Paris). vignette|Les expéditions françaises en Australie. En France, les troubles révolutionnaires et les guerres extérieures ont évidemment interrompu ce genre d’expédition et il faut attendre 1798 pour qu’un navigateur, Nicolas Baudin, récemment intégré dans la marine de la République (), avec le grade de capitaine de vaisseau, présente au ministre un ambitieux projet de voyage de circumnavigation dans le Pacifique, malgré une conjoncture défavorable. Le Directoire a d’autres soucis et, bien qu’appuyé par les naturalistes Jussieu et Lacépède, le projet n’aboutit pas faute de crédit.
L’avènement de Bonaparte crée des conditions nouvelles et Baudin, le , présente un autre programme encore plus ambitieux, axé sur la recherche en sciences naturelles. Accompagné d’une délégation de membres de l’Institut, il est reçu par le Premier consul Napoléon Bonaparte, au palais des Tuileries, en présence du ministre de la Marine, Forfait. Fort de son expérience acquise en Extrême-Orient, dans les mers du Sud et aux Antilles, il lui explique l’intérêt qu’il y aurait à rattraper l’énorme retard pris par la France dans le domaine scientifique, notamment dans celui des sciences naturelles, à la suite des événements de la Révolution. Bonaparte accepte le principe de l’expédition projetée en Nouvelle-Hollande (Australie), mais en réduit considérablement l’ampleur.
Le ministre de la Marine Forfait, en s’appuyant sur les connaissances déjà acquises par les Anglais et d’Entrecasteaux, fixe comme objectif au commandant Baudin une reconnaissance détaillée des côtes du sud-ouest, de l’ouest et du nord de la Nouvelle-Hollande. Compte tenu des conditions météorologiques, il lui est recommandé de commencer ses travaux cartographiques par le sud et de ne pas s’y attarder au-delà de la fin du mois de juin. Après les échecs de Cook et Vancouver pour gagner l’Extrême-Orient par le passage du nord-ouest, et les difficultés opposées aux navigateurs par la route à contre-mousson pour atteindre la Chine, l’intérêt s’est porté sur le contournement par le sud de l’Australie pour se rendre à Canton.
C’est dire l’importance des parages sud de l’Australie, et de la Tasmanie, où Baudin est chargé de s’informer minutieusement des implantations anglaises dans la région. C’est aussi pourquoi, dès l’arrivée du Géographe à Port Jackson (Sydney) (), François Péron, géologue de l’expédition, écrit à Decrès, ministre de la Marine, pour l’informer de l’état de la colonie britannique et des défenses naturelles de Port Jackson, .
Préparatifs de l'expédition vignette|droite|Le Géographe et le Naturaliste.|alt=Le Géographe et le Naturaliste. vignette|droite|Carte de la Nouvelle-Hollande de 1644.|alt=Carte de la Nouvelle-Hollande de 1644. vignette|Carte de Freycinet (1811).|alt=Carte de Freycinet (1811). L'expédition est soigneusement préparée. L’Institut de France, récemment créé en 1795 pour remplacer les anciennes académies supprimées par la Convention, joue un rôle déterminant en créant à cet effet une commission comprenant la fine fleur des savants de l’époque : Lacépède, Jussieu, Laplace, Cuvier, Bougainville, Fleurieu, Bernardin de Saint-Pierre, et quelques autres moins célèbres. C’est la première fois, dans l’histoire des voyages de découvertes, qu’est mis à contribution un tel nombre de sommités scientifiques, chargées de préparer les instructions qui seraient données au chef de l’expédition.
Une autre originalité est l’importance nouvelle accordée aux préoccupations anthropologiques. Dans le mouvement qui se développe alors de reconstitution des sociétés savantes, naît en 1799 l'éphémère Société des observateurs de l'homme (qui disparaîtra en 1804), qui confie à Joseph-Marie de Gérando, futur baron d'Empire, le soin d’établir un programme à l’usage des jeunes ethnographes pour l’observation des populations rencontrées au cours de leurs campagnes et leur représentation picturale.
Pour mener à bien ce programme complexe englobant des disciplines scientifiques variées, il est essentiel de prévoir des navires robustes et une équipe aussi étoffée que judicieusement choisie. Pour ce qui est des navires, le choix se porte sur deux corvettes, la Galathée et la Menaçante, que l’on s’empresse de rebaptiser respectivement le Géographe et le Naturaliste afin de bien afficher le but purement scientifique de la mission.
Les deux navires de construction récente – avec une coque doublée en cuivre, déplaçant environ – ont des performances différentes, le Géographe étant plus rapide que le Naturaliste, ce qui a des conséquences fâcheuses, aussi bien dans les traversées sur longue distance qu’en hydrographie. Pour tenir compte des expériences acquises lors des grands voyages précédents, les deux navires reçoivent des aménagements spéciaux pour stocker dans les meilleures conditions possibles les collections d’histoire naturelle que l’on compte rapporter.
L’une d’entre elles est d’ailleurs réservée à Joséphine de Beauharnais, l’épouse du Premier Consul, pour enrichir son parc de la Malmaison. On donne également un soin particulier aux approvisionnements de tous genres, vivres et matériel, comme on peut s’en convaincre en lisant le journal du commandant Baudin. Les équipements sont aussi complets que l'autorisent les techniques de l’époque, et comprenaient notamment un alambic pour distiller l’eau de mer et la rendre potable.
On peut s'interroger sur l'opportunité du choix du capitaine de vaisseau Nicolas Baudin pour diriger une campagne qui va durer de longs mois. L’expédition est assurément de son initiative, ce qui rend difficile de lui en contester le commandement, mais sa carrière antérieure constitue un sérieux handicap psychologique vis-à-vis de ses subordonnés. Baudin n’a appartenu ni à la Marine royale, ni à celle de la Révolution et l’essentiel de ses services s’est fait sous pavillon étranger, ennemi de surcroît. Il lui aurait donc fallu beaucoup de diplomatie pour se faire accepter de ses subordonnés.