Pinchus Krémègne ou Pinkus Krémègne (, ), né le à près de Lida (alors en Empire russe, actuellement en Biélorussie), et mort le à Céret (Pyrénées-Orientales), est un peintre et lithographe français d'origine lituanienne, rattaché à la première École de Paris.
Biographie Pinchus Krémègne est le fils de Mevka Jankel et Mirke KrémègneParfois orthographié Kremen, comme dans l'acte de mariage de 1923., dernier des neuf enfants d'une famille juive, modeste mais d'une relative aisance grâce à l'activité du père, artisan fabriquant et vendant des petits objets artistiques inspirés du folklore slave Jean-Paul Crespelle, Krémègne, ombre amère de Soutine, in Montparnasse vivant, Hachette, 1962, pages 38-65.. Ses frères participent à des réunions clandestines anti-tsaristes auxquelles Pinchus Krémègne les accompagne parfois ; ils émigreront aux États-Unis.
En 1909, malgré l'aniconisme prôné par la religion juive (son père, en raison de sa profession, n'entrave en rien sa vocation artistique et va lui allouer une pension mensuelle), il entre à l'Académie des arts de Vilnius pour y étudier la sculpture. Krémègne y fait la connaissance de Chaïm Soutine, de trois ans son aîné, et Michel Kikoine. Les conversations du trio tournent autour de Paris où de nombreux artistes, venus de tous horizons, créent un art totalement nouveau. Voyant là l’occasion de s’émanciper, Krémègne part le premier pour Paris, en 1912 : . Il est bientôt suivi par Kikoïne. Soutine les rejoint peu après.
vignette|gauche|redresse|Montparnasse, La Ruche. Arrivés à Paris, tous trois s'installent dans les ateliers de la Ruche, dans le . L'équipement de cette cité d'artiste est sommaire : pas d'eau, pas de gaz, pas d'électricité, mais la plupart de ceux que des critiques appellent bientôt l'École de Paris y travaillent, comme Marc Chagall, Fernand Léger, Chaim Jacob Lipchitz ou Ossip Zadkine. Krémègne participe à la vie de Montparnasse et fait la connaissance d'Amedeo Modigliani, qui réalise son portrait, Le Peintre Krémègne, aujourd'hui conservé au musée des beaux-arts de BerneAmedeo Modigliani, Portrait de Pinchus Krémègne, huile sur toile, collections du Kunstmuseum, Berne. Ce tableau fait partie de l'exposition Modigliani, l'ange au visage grave, musée du Luxembourg, Paris, octobre 2002 - mars 2003, puis de l'exposition Modigliani, l'œil intérieur, LAM de Villeneuve d'Ascq, février-juin 2016 (catalogues).. Il rencontre aussi André Derain, et bien d'autres. Sculpteur encore, en 1912, la peinture n'est alors pour Krémègne qu'une simple distraction dont il va en deux ou trois années faire sa vocation exclusive, abandonnant sa discipline initiale : si, en 1914, il débute au Salon des indépendants, en même temps que Roger Bissière, Sonia Delaunay, Michel Kikoine, Casimir Malevitch, Amédée Ozenfant, Jean Pougny et Jacques Villon Ouvrage collectif, Un siècle d'art moderne - L'histoire du Salon des indépendants, Denoël, 1984., en présentant trois sculptures, il semble s'intéresser au rayonnisme, synthèse du cubisme, du futurisme et de l'orphisme ainsi qu'au fauvisme un peu tardivement.
Krémègne étant resté à Paris pendant la Première Guerre mondiale, quelques marchands s'intéressent à son travail : c'est le cas des galeristes Georges Chéron, Paul Guillaume et Léopold Zborowski.
vignette|redresse|Dès sa venue à Céret, Le peintre P. Krémègne s'installa dans cette maison, en bas du Castellas. En 1918, il effectue son premier séjour à Céret à l'instigation du peintre Pierre Brune, rencontré à Paris. Krémègne y retrouve Soutine envoyé par Léopold Zborowski.
De 1918 à 1920, il peint une série des nus rouges. En 1923, il rencontre à Montparnasse Birgit Strömbäck, gouvernante suédoise de la famille Nobel, qu'il épouseSelon l'acte , dans l'état-civil de la ville de Paris arrondissement, mariage de 1923., avec pour témoin majeur le peintre Henri-Georges Cheval. Le contrat qu'il signe avec Paul Guillaume lui donne une certaine aisance, et il peut quitter la Ruche. Le succès et leurs tempéraments différents éloignent Soutine et Krémègne. Il fait un voyage en Corse. En 1924 naît son fils Fred Kremen. Maurice Loutreuil, avec lequel il travaille régulièrement, meurt en 1925. Krémègne fréquente le groupe du Pré-Saint-Gervais avec Béatrice Appia, Eugène Dabit, Georges-André Klein et Christian Caillard. Il séjourne à Cagnes de 1926-1929. Il voyage en Suède en 1927 et en Périgord en 1929.
Après les années de succès, la période des années 1930 est difficile pour Krémègne. En 1937, il séjourne en Bourgogne puis, en 1938, dans le Cher. En 1939, sa femme et son fils partent pour la Suède. Krémègne reste en France et, après la défaite de , prend part à l'exode, jusqu'en Corrèze, à Turenne Limore Yagil, Au nom de l'art, 1933-1945 - Exils, solidarités et engagements, Fayard, 2015. ; il y reste jusqu'à la fin de la guerre comme travailleur agricole.
vignette|Pinchus Krémègne non loin de sa maison-atelier en arrière plan, au printemps 1963. En 1945, il retrouve son atelier et ses toiles à Paris. Il achète un terrain à Céret et se sépare de sa femme. À partir de 1949 il effectue plusieurs séjours en Israël et, en 1960, il fait construire sa maison-atelier à Céret, près de l'ancien couvent des CapucinsComme rappelé élogieusement par sa petite fille Jeannette Kremen dans la presse locale, l'Indépendant, du 5 avril 2021, lors du de sa mort.. En 1966, il s'installe à Paris, rue Liard, près du parc Montsouris. Jusqu'en 1981, il peint et partage sa vie entre Céret et Paris.
Pinchus Krémègne meurt le à Céret. Il est inhumé à Paris au cimetière du Montparnasse dans la Bertrand Beyern, sépulture de Pinchus Krémègne; photo.
Conservation Œuvres dans les collections publiques
En France
Au Royaume-Uni Cardiff, Musée national, Maisons en Corse, huile sur toile, donation Gwendoline et Margaret DaviesArt U.K., Pinchus Krémègne dans les collections. En Suisse Genève, Petit Palais. Aux États-Unis Los Angeles, Skirball Museum, Nature morte au poisson et aux fruits, huile sur toile, 1927. Philadelphie, Philadelphia Museum of Art, Nature morte au plat, huile sur toile[http://www.philamuseum.org/collections/results.html?searchTxt=&bSuggest=1&searchNameID=15586 Philadelphia Museum of Art, Pinchus Krémègne dans les collections]</ref>. Saint-Louis (Missouri), . En Israël Tel Aviv, musée d'art. En Russie Moscou, Musée des beaux-arts Pouchkine. En Biélorussie Minsk, collection Belgazprombank. En Lituanie Vilnius, Musée Juif Gaon de Vilnius. En Australie Melbourne, National Gallery of Victoria.
Œuvres dans les collections privées Oscar GhezImages Plus, Chefs-d'œuvre de la collection Oscar Ghez, 2007. Jonas NetterArtscape, La collection Jonas Netter, 2012 Léon Zamaron
Expositions Expositions personnelles 1919-1939 : galerie Povolzki, galerie La Licorne, Galerie Gerbo, Paris. 1927, 1929, : Paris, Galerie Van Leer. 1946-1952 : Paris, galerie Creuze, galerie Art Vivant. 1952 : Israël. 1954 : Londres, Redfern Gallery, Pinchus Krémègne - 88 toilesArt and Artists, Pinchus Krémègne par Michael Millock. 1955 : Paris, galerie Mouradian-Valloton. 1958 : Philadelphie, Philadelphia Museum of Art, galerie Coleman. : Paris, galerie Durand Ruel,Pinchus Krémègne - Quarante ans de peinture. : Lausanne, Galerie Paul Vallotton. juin- : Londres, Adams Gallery. 1962 : Paris, Galerie Jacques Chalone. Juin- : Londres, Adams Gallery, Paintings by Krémègne. 1967 : Paris, Galerie Durand Ruel, Pinchus Krémègne 1983 : Paris, galerie Colette Dubois Gérald Schurr, « Les expositions à Paris », La Gazette de l'Hôtel Drouot, n°18, 6 mai 1983, page 35.. avril- : Céret, musée d'art moderne, Centenaire de la naissance de Pinchus Krémègne - Rétrospective-hommage. juin- : Paris, Pavillon des arts. 1998 : Paris, galerie Aittouares, Pinchus Krémègne, de Montparnasse à Céret. Juin- : Krémègne, 1890-1981, musée des beaux-arts de Chartres. Mai- : Galerie Odile Oms, CéretGalerie Odile Oms, Pinchus Krémègne, 2000.
Expositions collectives Salon des indépendants, Paris, 1914. Salon d'automne, Paris, 1922 Patrick-F. Barrer, L'histoire du Salon d'automne de 1903 à nos jours, Éditions Arts et Images du Monde, 1992. Salon des Tuileries, Paris, à partir de 1924<ref> Jacques Busse, Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, tome 8, pages 40-41.. Krémègne, Soutine, Volovik, Galerie La Licorne, 1924. Michel Kikoine, Isaac Pailes, Pinchus Krémègne, Nechemia Glezer Gallery, New York, 1975. Le cercle de Montparnasse - Artistes juifs de Paris, musée juif de New York, 1985. Montparnasse, l'Europe des artistes, 1915-1945, Musée archéologique régional de la Vallée d'Aoste, Aoste, juillet-. L'École de Paris, 1904-1929 - La part de l'autre, Musée d'Art moderne de la ville de Paris, - . Exile from Montparnasse, Mémorial de Yad Vashem, Jérusalem, 2006. Chefs-d'œuvre de la collection Oscar Ghez, musée Fleury, Lodève, juin-. École de Paris, Musée des beaux-arts Pouchkine, Moscou, Modern Art Consulting, Musée des beaux-arts Pouckine, "École de Paris", présentation de l'exposition. La collection Jonas Netter - Modigliani, Soutine et l'aventure de Montparnasse, pinacothèque de Paris, avril-Véronique Chemla, La collection Jonas Netter, août 2012. Hello Paris ! Sur les pas des artistes lituaniens, Mykolas Zilinkas Art Gallery, Kaunas, janvier-Mykolas Zilinkas Art Gallery, Hello Paris ! Sur les pas des artistes lituaniens, présentation de l'exposition, 2014. La collection Belgazprombank - Artistes biélorusses de l'École de Paris, Vilnius, Vitebsk, Homiel, Minsk, Hrodna, 2015Belsat, Les artistes biélorusses de l'École de Paris dans la collection Belgazprombank, présentation de l'exposition, 2015.
Réception critique - Jean-Paul Crespelle - René Huyghe et Jean Rudel René Huyghe et Jean Rudel, L'art et le monde moderne, Larousse, 1970, tome 2, page 340. - Édouard Roditi Édouard Roditi, Les peintres russes de Montparnasse, in KiKoîne, ouvrage collectif, l'Édition d'art H. Piazza, 1973, pages 67-68. - Gérald SchurrGérald Schurr, Le Guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, 1989. - Gaston Diehl Gaston Diehl, Krémègne, l'expressionnisme sublimé, Navarin Éditeur, 1990. - Limore Yagil
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Ozer Varshavski, Pinhas Kremen (Pinchus Krémègne) (impression en Yiddish), Éditions Le Triangle, Paris, 1928. Waldemar-George, Krémègne, Paris, le Triangle, 1930. Waldemar-George, L'humble et collosal Krémègne, Éditions Galerie Durand-Ruel, 1959. Raymond Nacenta, The School of Paris - The painters and the artistic climate of Paris since 1910, Oldbourne Press, 1960. Waldemar-George, Pinchus Krémègne, Éditions Galerie Jacques Chalone, 1962. Jean-Paul Crespelle, Montparnasse vivant, Hachette, 1962. René Huyghe de l'Académie française et Jean Rudel, L'art et le monde moderne, Larousse, 1970. Édouard Roditi, Mendel Mann, Jacques Yankel (préface de Jean Cassou), Kikoïne, L'Édition d'art H. Piazza, 1973. Dictionnaire universel de la peinture, Le Robert, 1975. Alain Bosquet, Trois peintres russes à Paris, (Krémègne, Blond, Pougny), Le Sphinx, 1980. Jean Cassou, Pierre Courthion, Bernard Dorival, Georges Duby, Serge Fauchereau, René Huyghe, Jean Leymarie, Jean Monneret, André Parinaud, Pierre Roumeguère et Michel Seuphor, Un siècle d'art moderne - L'histoire du Salon des indépendants, Denoël, 1984. Arthur A. Cohen, Romy Golan, Billy Klüver, Julie Martin, Kenneth E. Silver, The circle of Montparnasse - Jewish artists in Paris, Jewih Museum of New York, 1985. Gérald Schurr, Le Guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, 1989. Gaston Diehl (sous la direction du Docteur Jean Miller), Krémègne ou l'expressionnisme sublimé, préface de Gérard Miller et Sofie Kremen, Navarin Éditeur, Paris, 1990. Gérard Miller (préface de Joséphine Matamoros), Oinchus Krémègne, Éditions du Musée d'art moderne de Céret, 1990. Patrick-F. Barrer, L'histoire du Salon d'automne de 1903 à nos jours, Éditions Arts et Images du Monde, 1992.