vignette|Un baiser amoureux. Il bacio (Le Baiser), Francesco Hayez, huile sur toile, 1859. vignette|Une fillette embrassant un nourrisson.
Le baiser (ou bisou dans le langage enfantin) est un mouvement qui consiste à toucher une personne avec ses lèvres grâce aux muscles orbiculaires des lèvres. Il peut s’agir d’un comportement social (le baise-main ou la bise), affectueux ou amoureux. La main, la joue et le front font partie des endroits où l’on pose traditionnellement les lèvres en Europe et en Amérique du Nord. Il s'agit d'une marque d'affection ou de respect dans 90 % des cultures du mondeSheril Kirshenbaum, (La Science du baiser), éd. Grand Central Publishing, 2011.. Dans d'autres cultures (Afrique subsaharienne, Asie, Polynésie), le baiser n’est pas pratiqué, et peut même être réprimé, du moins avant les premiers contacts avec les cultures occidentales Marvin K. Opler, « Cross-cultural aspects of kissing », Medical Aspects of Human Sexuality, Vol. 3, No. 2, février 1969, , 14, 17, 20-21..
Le baiser est un facteur de transmission des maladies contagieuses.
Le mot français tire ses racines du latin basium (de même sens), dont l'origine serait onomatopéique et correspondrait au bruit que font les lèvres donnant un baiser. On distingue en particulier les baisers sur la joue (ou bises) – amicaux – des baisers amoureux, sur la bouche (ou sur diverses autres parties du corps). Cela dit, dans la majeure partie des États-Unis (entre autres), les parents ont pour habitude de donner des baisers sur la bouche à leurs jeunes enfants, en marque d'affection. Au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Suisse, un petit baiser sur la joue ou la bouche est appelé un bec ; en wallon, c'est un betch.
Histoire du baiser Histoire évolutive Une étude britannique publiée en 2025 conclut que l'origine du baiser (défini comme un contact bouche-à-bouche non agressif avec mouvements de lèvres) remonterait à l'époque des primates du Miocène. Basée sur une reconstruction phylogénétique par inférence bayésienne, cette étude estime que le baiser est "un trait de comportement ancien chez les grands singes", apparu chez leur ancêtre commun il y a entre 16,9 et 21,5 millions d'années.
Anthropologie Le baiser labial et inter-buccal peut être une modification des activités alimentaires de nourrissage bouche à bouche des nouveau-nés et des petits enfants (pré-mastication des mères qui pratiquent la becquée). Ce comportement se retrouve chez tous les grands singes mais aussi les insectes (contacts mandibulaires lors de la trophallaxie) et est pratiqué, chez l'humain, dans des cultures très diverses. La littérature rapporte également que cette pratique était relativement courante, en occident, dans certaines régions rurales. Chez le chimpanzé commun, les adultes en font un geste amical et ils le font avec ou sans nourriture, le chimpanzé bonobo le pratique avec la langueVoir instinct..
Il peut provenir aussi d'une modification du reniflement. Certains anthropologues pensent que la première salutation de ce type serait un échange nez à nez pour humer l'odeur de l'autre afin de le reconnaître ou vérifier son état de santé.. On retrouve peut-être un vestige de cette pratique dans le baiser olfactif des Lapons..
D'autres y voient un rite issu du détournement du toilettage entre individus, cette activité animale étant parfois intégrée dans la parade sexuelle (à l'instar du maquillage chez les humains)..
Alexandre Lacroix y voit plus une origine culturelle qu'animale car toutes les cultures n'ont pas adopté le baiser, notamment en Afrique où des tribus pensent que l'âme de l'individu peut s'échapper par le souffle ou d'autres qui portent le labret.. Ainsi, certains ethnologues font dériver la pratique du baiser de l'inspiration mutuelle de l'haleine symbolisant l'union ou la fusion des âmes..
Psychanalyse Au vu de la psychanalyse, le baiser est perçu comme un héritage du stade oral qui se tient au cours de l'enfance. La bouche fait figure d'organe sexuel. Le nourrisson tète pour se nourrir, et la succion liée à la satisfaction de ce besoin vital va alors induire du plaisir, par étayage. Le baiser est donc un moyen de revivre fantasmatiquement à l'âge adulte le plaisir de succion du sein maternel. Selon le psychanalyste , le baiser, en faisant revivre des séquences très anciennes de son passé affectif, définit chaque personne qui a sa propre manière d'embrasser, traduit en français par Baisers, chatouilles et autres petits riens, Bayard, 1997..
Biologie Le baiser avec échange de salive est pratiqué par de nombreuses espèces animales et trouve sa signification évolutive dans l'exploration du système immunitaire du partenaire sexuel, via le système voméro-nasal, favorisant, selon le biologiste Thierry Lodé la recherche exogamique d'un partenaire et l'évitement de consanguinité.
Perspective historique Antiquité vignette|Éraste et Éromène, coupe attique à figures rouges, , musée du Louvre.
Les tablettes d'argile portant des textes cunéiformes, trouvées en Mésopotamie, mentionnent la pratique du baiser dès 2500 avant J.-C. Selon une étude réalisée par Arbøll et Rasmussen et parue dans la revue Science en 2023, la pratique du baiser n'a pas émergé soudainement et son origine ne peut pas être rattachée à une culture en particulier. Selon cette étude, la pratique du baiser n'a pas non plus été un facteur d'une brusque transmission de pathogènes, comme l'affirmaient des études plus anciennesArbøll et Rasmussen (2023). ."Humans were kissing as early as 4,500 years ago – research", article de Nilima Marshall dans The Independent le 18 mai 2023. Page consultée le 18 mai 2023..
Le baiser sur les lèvres est mentionné dans la littérature indienne d'environ 1500 av. J.-C. Des textes védiques décrivent des amants qui , comment un ou une pratique qui consiste à se humer avec la bouche. D'autres textes évoquent une ancienne loi hindoue condamnant Le Kamasutra recense près d'une trentaine de formes de baisers.
Dans la Bible hébraïque, le Cantique des Cantiques commence par les mots « Yisshaqeni minneshiqot pihu », « Qu’il m’embrasse des baisers de sa bouche ». Le texte est daté de la période post-exilique, soit dans les environs du Il s'agit donc clairement d'un baiser amoureux. Le récit biblique du baiser de Judas Iscariote à Jésus ChristÉvangile de Matthieu, ch. 26, 47-50. est célèbre.
L'auteur romain Plutarque, à l'occasion d'une fable sur l'origine de Rome, indique en reprenant la trame narrative des Nauprestides, que la tradition romaine pour les femmes d'embrasser sur la bouche amis et parents remonterait à une époque après la guerre de Troie (autour du ). Des réfugiés troyens auraient échoué sur les terres de la future Rome parce que les femmes, lassées par les dures conditions d'une longue navigation, mirent le feu aux navires. Pour apaiser le courroux de leurs hommes constatant l'irréparable, elles les caressèrent, leur baisèrent la bouche pour les amadouer Romulus, 1 et 2.. Pour Polybe cependant, cette tradition romaine provient plutôt du désir masculin de vérifier que les femmes respectaient l'interdiction qui leur était faite de consommer du vin, , 2, 5..
Ce sont les Romains qui popularisent cette technique et le diffusent en Europe et en Afrique du Nord. Les Romains ont trois termes pour désigner le baiser : l’ (littéralement « petite bouche ») est le baiser lèvres fermées sur la main, la joue, la bouche, que l'on échange entre membres d’une même corporation ou d’un même ordre social (baiser social) et qui se retrouve encore dans le baiser à la russe ; le (« baiser »), terme introduit au temps de Catulle, est le baiser sur la bouche de la tendresse amoureuse qu'on se donne entre époux ou entre membres d’une même famille (baiser familial) ; le est le baiser sexuel, érotique, profond (avec intromission de la langue), qu'on donne à une courtisane..
Le baiser est le signe de reconnaissance des premiers chrétiens entre eux et rappelle le baiser de paix. donné pendant la messeVoir Thessaloniciens, 5, 26.. Paul de Tarse finit ses lettres en disant aux fidèles :
Moyen Âge
Suspecté d'alimenter la débauche, le baiser chrétien de paix sur la bouche est réglementé lors des offices religieux : le Concile de Carthage en 397 l'interdit entre les hommes et les femmes. Le pape Innocent III le réserve à sa propre mule, aux anneaux des évêques et aux reliques des saints. Il l'autorise entre les clercs mais l'interdit entre les fidèles, ce qui atteste que le baiser de bouche () entre les laïcs est encore pratiqué.. Pendant l'office, le baiser des fidèles se reporte sur des objets. Ils posent leurs lèvres sur l'autel, les Évangiles ou le crucifix tandis que les pèlerins embrassent les reliques. À partir du , se développe un autre substitut, l', objet liturgique (tablette ou disque métallique ou en bois, marqué souvent de la Croix du Christ), les fidèles l'embrassant chacun à leur tour..
vignette|Les puissants du monde baisent les pieds du pape. Gravure de Lucas Cranach l'Ancien Passional Christi und Antichristi. Au Moyen Âge, les fidèles embrassent les pieds du pape, l'anneau de l'évêque ou la main de leur seigneur, en signe d'hommage ou de soumission. Dans certaines régions, la cérémonie de l'hommage comporte un baiser (osculum). La fonction de garantie du sceau occupe la même fonction que l'osculum-confirmation (d'où l'expression « sceller un baiser ») par les gens illettrés qui apposaient un seing (souvent des croix autographes) sur des contrats et les baisaient.
Le baiser sur la bouche n'était pas réservé aux relations érotiques entre hommes et femmes. Il pouvait être une manifestation parmi d'autres de l'amitié, notamment entre chevaliers..
Renaissance Avec l'affirmation de la monarchie et du pouvoir royal, le baiser d'hommage décline. Parallèlement, les poètes de la Renaissance amorcent une mondialisation du baiser en renouvelant la tradition antique de célébrer l'amour sensuel en louant les baisers, tel le poète néo-latin Jean Second qui publie son Livre des Baisers ou Ronsard qui les insère dans ses Odes..
Époque moderne Le baiser social reste prisé, même s'il connaît un déclin en Angleterre à la suite de la grande peste de Londres en 1655. Le Siècle des Lumières est pour l'imaginaire de certains le siècle des baisers, qu'il s'agisse du baisemain, du baiser galant, du baiser libertin ou du baiser romantique dans la nature..
Époque contemporaine vignette|Le baiser de Gregory Peck et Ann Todd dans Le Procès Paradine (1947). Au , l'intimité conjugale est confinée à la chambre conjugale, le seul geste érotique public restant le baiser sur la bouche mais il se doit d'être chaste. La mondialisation du baiser est parachevée avec le baiser hollywoodien qui le mythifie comme l'acte fondateur de l'amour. Le voit la libéralisation du baiser profond en public tandis que la révolution de mai 68 le banalise, lui faisant perdre sa connotation sexuelle.
Le cinéma hollywoodien popularise et mondialise le baiser amoureux, sous le nom (« le baiser à la française ») mais le puritanisme américain s'exprime à travers le code Hays qui s'applique au cinéma américain entre 1934 et 1966, la seule manifestation d'érotisme permise étant des baisers mais chastes et dont la durée est limitée..
S'il existe autant de traditions du baiser que de coutumes et de régions du monde, la philosophe serbe s'interroge sur la place que cet acte socioculturel occupe en public au début du : en une époque de désintégration de « l’érosphère », « la culture contemporaine, soumise au principe de transparence, a fait voler en éclats la magie du baiser, et l’a dépouillé de tout esprit d’aventure en le réduisant à ses composantes physiologiques, biochimiques, hygiéniques, médicales, psychologiques, anthropologiques et culturelles »..
Types de baisers Baiser sur le front Il est un signe de protection en général.