thumb|upright=2|DijonPalais des ducs et des états de Bourgogne
Les états de Bourgogne étaient une institution composée de représentants des trois « estas » du duché. Elle apparaît dans l’histoire au moment où le roi Jean II le Bon exerçait de 1350 à 1356 le bail du duché pour le compte du duc Philippe de Rouvres. Cette institution était chargée d’examiner, afin d’accorder ou de refuser ou d'amender, les demandes d'impositions extraordinaires émises par le duc de Bourgogne. Ils participent à l'administration fiscale et territoriale du duché sous le règne des ducs de Bourgogne puis, à partir de 1477, des rois de France. Les décisions des états de Bourgogne étaient exécutées par les élus (dits élus généraux, par opposition aux élus des états particuliers) réunis au sein de la Chambre des élus.
Les états de Bourgogne sont souvent qualifiés aujourd'hui par les historiens d'états provinciaux. Ils disparaissent pendant la Révolution française, avec l'ensemble des anciennes institutions provinciales, par la loi votée par l'Assemblée nationale constituante le .
Entre pouvoir ducal et royal
C'est avec Jean le Bon, lorsqu'il exerça de 1350 à 1356 le bail du duché de Bourgogne pour le compte du duc Philippe de Rouvre que l'on rencontre pour la première fois des réunions des « états ». Toutefois, en 1282 il y eut une première réunion, (réunion des trois « états » ou réunions séparées de chaque « état » s'interroge l'historien Jean RichardLes états de Bourgogne), mettant en présence du duc, des représentants des diverses catégories de contribuables à l'occasion du traitéTraité ratifié par le pape et par le roi, et définitivement confirmé le . In, J. Richard, Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du , p. 373-374. que le duc Robert II venait de conclure avec les religieux, les nobles et les taillables du duché lors de l'institution de l'imposition nouvelle de la dîme de la monnaie.
Les trois ordres se retrouvent en 1314 sur le devant de la scène lorsqu'ils s'associent au mouvement insurrectionnel général contre le roi de France et ses agents en ligues provinciales pour faire résistance à l'absolutisme et obtenir des chartes de garanties. Les Bourguignons arrachent au roi, à cette occasion, la Charte aux Bourguignons. Jean Richard indique .
La naissance des états est liée à certaines impositions extraordinaires que le duc pouvait demander à ses sujets. Encore que la coutume de Bourgogne donnait au duc la possibilité de lever certaines impositions « extraordinaires », tels : départ en croisade, mariage d'une fille, achat de terre domaniale, etcJean Richard, Les états de Bourgogne, (Tiré à part du volume XXIV des Recueils de la Société Jean Bodin pour l'Histoire comparative des Institutions), p. 301., sans la réunion d'une assemblée des trois « états ». « En dehors de ces cas, le duc pouvait demander à ses sujets une subvention dont le taux était établi en accord avec eux » écrit Jean Richard qui précise : « il ne semble pas que le consentement des sujets soit acquis au sein de discussions générales ».
En mai 1352 le trésor royal était vide. La lutte avec l'Angleterre avait tari en France toutes les sources de revenu. Le roi Jean le Bon, espérant trouver des subsides dans la province de Bourgogne, résolut de réclamer une imposition de six deniers par livre aux habitants du duché. Il fit requérir par ses commissaires les représentants des nobles, des églises et des villes du duché, réunis à Dijon afin qu'ils consentissent à cette imposition. Cette demande causa un vif mécontentement et ne fut pas votée par les trois états. Les mandataires choisis donnèrent au sujet de l'impôt projeté des réponses évasives qui équivalaient à une fin de non recevoir. En 1356 Jean le Bon ordonna une réunion des états de Bourgogne qui se tint le à Châtillon-sur-Seine en vue d'établir l'imposition de la gabelle. Les députés présents ajournèrent leur réponse. Ils furent alors convoqués à Dijon le où ils déclarèrent « qu'on ne pouvait rien innover dans le duché, ni introduire des droits onéreux jusqu'ici inconnus ». Les réunions des états de Bourgogne se feront alors très fréquentes. Ernest Petit a relevé qu'une suite de réunions des états de Bourgogne était prévue, sans doute afin de briser la résistance des députés, à Paris le 15 mars 1356, sans pouvoir préciser si elle a eu vraiment lieu ; une autre réunion dut avoir lieu à Sens le 21 avril, une autre fut annoncée à Beaune, puis une autre à Dijon le 24 juillet 1356. Les députés s'obstinèrent à repousser les innovations d'impôts que le roi réclamaitErnest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, T. IX, 1885, Gallica, p. 47..
L’année 1477, année de la soumission de la Bourgogne au roi de France, a été décisive pour le destin des états de Bourgogne. Les états, réunis en assemblée à Dijon négocièrent la soumission de la Bourgogne avec le roi. Ils obtinrent le renouvellement et même l'extension des privilèges octroyés dans la charte de 1361. Ils arrachèrent à Louis XI le privilège qui subordonnait la levée des impôts à leur consentement. Ils devinrent les garants et les défenseurs de ces privilèges dont la charte de 1477 était le titre fondamental. Leur intervention dans la vie économique de la province avait néanmoins commencé à s'imposer avant cette date.
Après la guerre de Succession de Bourgogne (1477-1482) et le rattachement du duché de Bourgogne à la couronne de France, les états se montrèrent loyaux au pouvoir royal et s'opposèrent à l'application du traité de Madrid de 1526 par lequel François , fait prisonnier à la bataille de Pavie, cédait la province à Charles QuintGabriel Peignot, De l'administration des anciens États généraux de Bourgogne, Dijon, 1845, p. 8-9 .
À partir du , les états disposèrent de certaines ressources financières et s’attribuèrent de leur propre initiative le rôle de pourvoir aux « affaires du pays ». Les élus des états intervenaient alors dans de nombreux domaines. Au , le roi confia à la Province la charge des frais d’entretien des ponts et chaussées, et la fourniture des étapes des gens de guerreJean Richard, Les états de Bourgogne, p. 317.. Sans être un véritable organe de gouvernement, l’institution des états se transforma en une commission de gouvernement provincial disposant d'un véritable budget, capable de s'opposer pour le bien de la Province aux exigences gouvernementales émises par les ministres ou les intendants.
En 1628, il y eut une offensive délibérée du fisc royal contre les états provinciaux. Elle était l’œuvre du chancelier Michel de Marillac et du maréchal d’Effiat, surintendant des finances, qui entendaient mettre fin aux privilèges de plusieurs provinces. La mesure réussit au Dauphiné et en Provence où les assemblées cessèrent de se réunir en 1628 et 1634 respectivement. En revanche en Bourgogne et au Languedoc les protestations furent si vives que le pouvoir central recula. Les grands ministres Sully ou Richelieu, bien que jugés centralisateurs, ne tentèrent pas de faire supprimer les états de Bourgogne.
Au temps des Lumières
Les états de Bourgogne furent d'abord annuels, puis ils ne furent plus convoqués que tous les trois ansA. Kleinclausz, in Histoire de Bourgogne, Paris, 1924, p. 290, donne cette précision : Aux termes d'une déclaration royale du 20 décembre 1668, les états généraux se réunissent tous les trois ans, au mois de mai ou de juin et à Dijon.. Ils se tenaient ordinairement à Dijon. Cependant ils furent quelquefois assemblés dans d'autres villes ; en 1576, à Beaune ; en 1593, à Semur-en-Auxois ; en 1596, dans la même ville et à Châtillon-sur-Seine ; en 1659, à Noyers-sur-Serein, en 1763 à Autun. Selon Jean Richard, l'absolutisme de Louis XIV, après quelques heurts, parvint à s'accommoder de l'existence des états provinciaux : Quand ils se réunissaient à Dijon, c'était dans les abbayes de Saint-Bénigne ou de Saint-Étienne, et aux monastères des Jacobins ou des Cordeliers. Mais, en 1702, on leur fit bâtir un palaisLa salle actuelle des états, au palais de Dijon, a été inaugurée le 23 juin 1700 ; elle a servi aux états, jusqu'à leur dernière session, en 1787. qu'ils occupèrent depuis lors jusqu'à leur suppression en 1789.
Par l'intermédiaire de leur trésorier général, comme Marc-Antoine Chartraire de Montigny, Les états de Bourgogne géraient une grande partie des finances de la province et émettaient des emprunts pour le compte du pouvoir royal : de 1740 à 1783, ils lancèrent 17 emprunts pour un montant total de 58 millions de livres ; l'intérêt était faible (4 à 5%) mais la garantie jugée solide par les souscripteurs. Cependant, à partir de 1783 et de la fin de la guerre d'Amérique, le parlement de Dijon s'opposa au lancement de nouveaux empruntsLegay Marie-Laure. De Dijon à Paris : réseaux d'argent et finance bourguignonne dans les emprunts du roi (1778-1783). In: Histoire, économie et société, 2003, 22ᵉ année, n°3. pp. 367-383.. Ces fonds permirent de financer des travaux routiers, des académies et enseignements, des haras, des pépinières, trois canaux dont le canal de Bourgogne, et la construction de deux vaisseaux de ligne : la Bourgogne, lancé en 1766, et les États de Bourgogne, voté en 1782 et lancé en 1790Gabriel Peignot, De l'administration des anciens États généraux de Bourgogne, Dijon, 1845, p. 9-11 .
Les états de Bourgogne se réunissaient sur convocation royale. Les trois ordres étaient représentés. La session s'ouvrait par une séance solennelle et durait environ vingt joursLa séance d'ouverture commence par une messe célébrée à la Sainte-Chapelle. CourtépéeCourtépée, Description du duché de Bourgogne, t.I, p. 328-329. décrit la séance d'ouverture en ces termes Le président des états était celui de la Chambre du clergé : l'évêque d'Autun, président-né des états.
À l'ouverture des états, au cours d'une séance solennelle, où l'intendant, le gouverneur de la province, et les députés de la chambre des comptes de Bourgogne étaient présents, le plus ancien trésorier de France présentait la commission donnée au gouverneur (ou à son substitut) ainsi que les demandes royales. Après les harangues du premier président, de l'intendant et de l'évêque d'Autun, les Ordres se réunissaient en chambres pour délibérer séparément sur l'objet de la convocation et sur les autres affaires qui les intéressaient. Ils commençaient par désigner les élus et les alcades.
Les délibérations de chacune des chambres étaient fréquemment interrompues par les « députations » ou ambassades des autres ordres destinées à obtenir un accord avant la réunion plénière ou « conférence finale ». Après délibération séparée de chaque chambre sur les affaires qui leur étaient soumises, les trois chambres se rassemblaient dans la salle des états pour la « conférence finale ». Si l'avis des trois chambres était conforme, si tout le monde était d'accord, il y avait « décret ». Par contre, si l'accord ne concernait que le clergé et la noblesse, il y avait « décret au clergé », et si l'accord était obtenu entre le tiers et la noblesse, il y avait « décret à la noblesse ». L'unanimité était requise pour les questions les plus importantes. Les commissaires du roi n'assistaient point à la conférence. Le vote avait lieu par ordre et non par têtes.
la Chambre du clergéReprésentant la sagesse, les lumières et la bonté, in Fontenay, Manuel de l'amateur de jetons, 1854 : la Chambre du clergé était composée de l'évêque d'Autun, président-né qui la présidait et des évêques de Chalon, d'Auxerre et en 1729 de Dijon, de dix-neuf abbés, soixante-douze prieurs commendataires ou réguliers, parmi lesquels l'abbé de Cîteaux tenait le premier rang, et celui de Saint-Bénigne le second ; des doyens des chapitres, au nombre de quatorze, précédés par le doyen de la Sainte-Chapelle de Dijon ; le député du clergé du Mâconnais, (mais jamais l’évêque de Mâcon) représentait le comté. La Chambre du clergé comprenait en tout cent-neuf dignitaires ; ils étaient soixante-neuf en 1700.