Des terroristes à la retraite est un documentaire français de Mosco Boucault coproduit et diffusé par Antenne 2La polémique sur "l'affaire Manouchian" relancée, par l'AFP, le 22 avril 1986 en 1985, porté par le témoignage de Mélinée Manouchian, veuve de Missak Manouchian. Cette dernière y accuse un héros de la Résistance, Boris Holban, d'être responsable de l'arrestation de son mari, ce qui déclenche une polémique sur le rôle des FTP-MOI de l'Affiche rouge, en pointe dans la résistance armée à l'Occupation allemande. Aucune source documentaire ni aucun autre témoin n'étaie cette accusation et Boris Holban dément, en expliquant qu'il était basé depuis trois mois dans une autre région et un autre secteur de la Résistance.

Un « jury d'honneur », désigné par la Haute Autorité de l'audiovisuel, juge le documentaire et , conseillant de ne pas le diffuser. Les historiens ont aussi jugé les accusations fantaisistes et dès les années suivantes blanchi Boris Holban en retrouvant les archives de l'enquête de police et dénonçant dans ce documentaire .

Le documentaire a cependant été diffusé tel quel. Le Parti communiste français (PCF), dirigé par Georges Marchais, lui-même accusé d'avoir travaillé en Allemagne pendant la guerre, demande que la diffusion soit annulée ou un droit de réponse sous forme de débat après le film, ce qu'il obtient après des semaines de polémique. Le parti est alors isolé, au sein d'une gauche quasi-certaine de perdre les législatives de mars 1986, les sondages lui prédisant une nouvelle chute après celle des européennes de juin 1984 qui a causé son éviction du gouvernement le .

Appelée « affaire Manouchian » par la presse, du fait des accusations portées par sa veuve, cette controverse contribue à effacer les noms des autres combattants de ce qui était encore le groupe Manouchian-Boczov-Rayman et l'affiche rouge, dont sept sur dix étaient Juifs et visés par une campagne de propagande antisémite du gouvernement de Vichy et des Nazis. Quelques mois plus tard, le film est contesté par la sortie du livre Les commandos de l'Affiche rouge : la vérité historique sur la première section de l'Armée secrète publié par l'un des combattants FTP-MOI, Arsène Tchakarian, en 1986..

Films précédent se réjouit en 1979 l'ex-résistant Claude Lévy, qui déplore cependant qu'il ait .. C'est L'Affiche rouge du cinéaste Frank Cassenti, prix Jean-Vigo.

L'historien Stéphane Courtois, qui s'est fait connaître en 1980 par sa thèse "Le PCF dans la guerre", dirigée par Annie Kriegel est sollicité peu après par Mosco Boucault, et s'intéresse au sujet car il découvre une réédition des "Lettres de fusillés", effectuée en 1951 et préfacée par Louis Aragon, "dans laquelle quasiment tous les immigrés avaient été oubliés". Puis Mosco lui a présenté son film, bâti sur la phrase (“Faute de preuves, je n'irais pas jusqu'à dire que le Parti les a donnés.”) de Philippe Ganier-Raymond, qui avait publié "L'Affiche rouge", son livre de 1975, et Stéphane Courtois accepte d'être intégré dans le film, car il s'attend à ce qu'il ait du retentissement" “Des terroristes à la retraite” : un pavé dans la mare de la Résistance', par François Ekchajzer le 6 février 2014 dans Télérama .

Technique narrative et synopsis Qualifiés par Vichy de puis abandonnés par la République, immigrés en France dans les années trente ou apatrides pour certains, Français pour d'autres, Juifs pour un grand nombre, ils ont été les principaux acteurs de la guérilla urbaine menée dans les rues de Paris exclusivement contre des militaires des forces de l’Occupation allemande, qui les ont stigmatisés par la campagne de propagande antisémite connue sous le nom de l'affiche rouge, placardée pour diffamer les 23 combattants FTP-MOI du Groupe Manouchian-Boczov-Rayman.

La première partie du documentaire reconstitue brièvement le parcours de cinq ex FTP-MOI du Groupe Manouchian-Boczov-Rayman, décédés, avec une contextualisation confiée à l'historien Stéphane Courtois, en l'émaillant du témoignage plus développé de cinq camarades survivants (parmi lesquels Raymond Kojitsky,Gilbert Brustlein; Charles Mitzflicker, Jacques Farber)., qui à plusieurs reprises décrivent les attentats auxquels ils ont participé, en particulier le grand coup d’éclat, le , de l'assassinat de Julius Ritter, responsable du Service du travail obligatoire pour la France, qui a un retentissement énorme auprès des forces allemandes. Les témoins racontent aussi leur vie quarante ans après.

La seconde partie du documentaire est consacrée à des hypothèses et accusations sur les causes de la chute du Groupe Manouchian-Boczov-Rayman, qui seront démenties par les personnes visées survivantes et par des livres d'historiens. C’est le pan contestable du film « et qui le gâche en partie » son succès, selon l’historien Denis Peschanski, qui aurait préféré que l'auteur réfléchisse . C'est en particulier une déclaration de Philippe Ganier-Raymond à la fin du documentaire qui met le feu aux poudres"Qui est Missak Manouchian, le résistant qui va entrer au Panthéon ?", par François-Guillaume Lorrain le 17/06/2023 dans Le Point .

Mosco Boucault s'est vu reprocher de "refaire l'Histoire" en l'absence de documents recoupés, par exemple les archives de police qu'il n'avait pas, et de privilégier le point de vue subjectif des acteurs de cette histoirePh. Robrieux, in Le Quotidien de Paris, 4 juillet 1985.. Un seul historien de profession est cité dans le documentaire, Stéphane Courtois, mais pas sur la partie des "révélations polémiques" de la fin du documentaire, où l'accusé a peu de temps de parole, alors qu'il apparait longuement plus tôt dans d'autres parties du film. C'est le publiciste Philippe Ganier-Raymond qui a le dernier mot, par un long et dernier propos reprenant celui d'un de ses livres antérieurs, accusant le PCF d'avoir délibérément sacrifié les combattants étrangers, afin d'apparaître à la Libération avec des noms bien françaisDes Terroristes à la retraite intervention de Philippe Ganier-Raymond, 1:02 à 1:06: .

Cette affirmation est catégoriquement démentie par le livre publié en 1989 par trois historiens, dont Stéphane Courtois, à l'aide des archives de police, prouvant que le groupe était toujours approvisionné en argent, armes et matériels, ainsi qu'en directives et ils ont rappelé ce démenti lors de l'entrée au Panthéon de Manouchian.

Fiche technique Réalisation : Mosco Boucault Scénario : Mosco Boucault Directeurs de la photographie : Guy-Auguste Boléat, François Catonné, Guy Chanel, Jean Orjollet, Philippe Rousselot, Eduardo Serra & Carlo Varini Musique : Benoît Charvet & Jean Schwarz Montage : Christiane Lehérissey & Chantal Rémy Ingénieurs du son : Gérard Barra, Michel Kharat, Patrice Noïa & Bernard Rochut Date de sortie : Durée : 84 minutes

Distribution

L'affaire Manouchian (1985-1989) déclenchée par le film La thèse Robrieux-Mélinée Manouchian-Mosco (1985) L'accusation contre Boris Holban Selon l'historien Stéphane Courtois, « Manouchian au Panthéon : comment le Parti communiste a effacé ses résistants juifs » par l'historien Stéphane Courtois dans L'Express le 11/02/2024 , qui a donné son mari. La veuve et l'auteur se réfèrent à la dernière lettre de Manouchian à son épouse, qui se termine par: .

La déclaration de Mélinée Manouchian accusant Boris Holban d'être le "traître" a lieu lors d'une conférence de presse organisée le "Les cinq personnalités consultées réaffirment leur hostilité au film d'Antenne 2", Le Monde du 15 juin 1985 , jour où, par ailleurs, un "jury d'honneur" transpartisan de cinq personnalités de la Résistance consultées par la Haute Autorité de l'audiovisuelMme Lucie Aubrac, MM. Raymond Aubrac, Claude Bourdet, Henri Noguères et Pierre Sudreau. a donné un avis négatif à la diffusion par Antenne 2 du documentaire, prévue pour le . Soulignant son "caractère diffamatoire et tendancieux", le groupe estime que pour passer à la télévision il faut changer le titre et assurer un meilleur équilibre des points de vue exprimés.

La conférence de presse où Mélinée Manouchian s'exprime est organisée par le magazine culturel Actuel, pour promouvoir son numéro de juin, dans lequel un article affirme que Boris Holban est l'homme qui porte le pseudonyme de "Roger", évoqué dans le documentaire"La veuve du résistant arménien met en cause un général roumain", dans Le Monde du 17 juin 1985 . Cet homme n'est pas identifié dans la lettre de Manouchian.

Prédécesseur de Manouchian au même poste chez les FTP MOI, présenté par Actuel comme un "général roumain" à la retraite, Boris Holban est retourné en Roumanie en 1948, puis devenu major avant d'être destitué et écarté de toute fonction importante dans le cadre des purges politiques commandées par Staline au début des années 1950.

Selon Mélinée Manouchian il aurait à la fois abandonné les hommes de son mari, refusant de les cacher dans une autre région, menacé de les tuer s'ils fuyaient par eux-mêmes, et dénoncé aux Allemands. En même temps, elle déclare "qu'elle n'accuse pas le PCF" en tant que tel d'être responsable. Le démenti de Boris Holban La version de Boris Holban n'est connue que deux jours après, via un entretien avec le journaliste Alexandre Adler dans Le Matin de ParisRésumé dans Le Monde de l'article du journaliste Alexandre Adler dans Le Matin de Paris. Il précise qu'il ne peut pas être , ni celui qui en région parisienne car il était alors depuis plusieurs mois et n'a été rappelé dans la capitale , pour reprendre le poste occupé par Manouchian et tuer le Résistant libéré après avoir parlé sous la torture. L'accusation contre Jean Jérôme Peu après, Philippe Robrieux affirme que le traitre est en réalité Jean Jérôme, un haut dirigeant du PCF pendant la guerre. , il , écrit-il dans son livre ""La secte" paru aux éditions Stock en 1985"La secte" par Philippe Robrieux aux éditions Stock en 1985 .

Philippe Robrieux réitère cette accusation dans L'affaire Manouchian, son livre suivant, accusant lui aussi Jean Jérome, d'avoir "donné" les combattants FTP-MOI à la GestapoPhilippe Robrieux, L'affaire Manouchian, vie et mort d'un héros communiste, Fayard, 1986 en échange de sa libération. Puis Arsène Tchakarian publie le livre "Les francs-tireurs de l’affiche rouge", en 1986 aux éditions aux Editions sociales, et mêlant souvenirs personnels et un document"Arsène Tchakarian et l’Affiche Rouge – la Légende et l’Histoire" le 8 septembre 2017 par Michel MARTINEAU non-daté, à l'interprétation et l'origine contestés, un texte de Giuseppe Tomasina, compagnon de cellule de ManouchianBiographie Le Maitron de Giuseppe TOMASINA par Daniel Grason . Ce texte parle d'un homme au pseudonyme de "Roger", mais il est non-daté, peu compréhensible, et son origine n'est pas précisée, bien qu'il figure dans les archives personnelles de Mélinée Manouchian. Surtout, il parle seulement d'un "commissaire politique", dont les historiens rappelleront peu après qu'il est très probablement Joseph Davidovitch, dont les aveux sous la torture était connus de longue date, ne livrant que des informations déjà en grande partie connues des policiers, et causés par les tortures infligées à sa femme devant lui, aveux qui ont obligé les Résistants à l'exécuter en lorsque les policiers ont simulé son "évasion". Le cas des combattants exfiltrés lorsqu'il était possible de leur trouver des "planques"