Le (appellation en wallon), appelé en français wallon unifié, est une forme normalisée du wallon lancée par le mouvement du même nom dans les années 1990 sans statut officiel et dont la légitimité, depuis sa création, fait l'objet d'avis divergents aussi bien au sein des dialectologues que des autres associations wallophones.
Son système orthographique propre se caractérise par l'introduction de graphèmes spécialement conçus pour qu'un même phonème puisse être prononcé conformément à la prononciation de chaque région. Il s'oppose à l'ancienne norme, appelée système Feller.
L'association publie une revue du même nom quatre fois par an.
C'est également sous cette forme normalisée qu'est rédigé le Wikipédia en wallon ainsi que le Wiktionnaire dans cette même langue.
Historique Si la question de l'orthographe wallonne est un sujet de préoccupation durant tout le , où l'on voit naître plus d'une dizaine de projets structurés et cohérents, celle de la normalisation est quant à elle débattue depuis le début du , et ce n'est que vers la fin que des idées concrètes se mettent en place .
En 1988, Jean Germain est invité à un congrès en Suisse sur la normalisation du romanche et où la question d'un wallon commun fut posée, à l'image de ce que fut la koinè. Pour l'occasion, il rédige un article intitulé Une koinè wallonne ?, dans lequel il ne peut que constater qu'aucune évolution similaire n'a jamais été entreprise à très large échelle pour le wallon.
En 1989, il publie dans la revue Toudi un article dans lequel il propose des idées pour unifier le wallon. À partir de 15 mots étudiés dans l'Atlas linguistique de la Wallonie (volume 1), il montre comment un système d'écriture normalisé pourrait s'opérer. Mais la trop grande diversité de prononciation de certains mots (et donc d'écriture) montre les limites du système Feller dans cette tâche. Il rappelle alors l'existence du diasystème ea dans les écritures moyenâgeuses, et émet l'hypothèse qu'elle fonctionnait peut-être comme graphie commune pour les mots wallons basés sur le suffixe latin -ellus, mais n'encourage toutefois pas son utilisation le considérant dangereux, sans en donner les raisons.
La proposition de Jean Germain fait l'effet d'un auprès de partisans de la planification linguistique du wallon. et est rapidement débattue, notamment lors d'un congrès de l'Union culturelle wallonne à Ottignies. Dans un premier temps, cette proposition n'est pas accueillie défavorablement par les organisations historiques d'écrivains et de philologues. Jean-Luc Fauconnier, alors déjà membre de la Société de langue et de littérature wallonnes, s'en fait notamment l'écho dans un article de Èl Bourdon, dans lequel il sollicite « le courage d'en parler avec bon sens et raison ». Il précise toutefois sa vision personnelle de l'entreprise, qui est différente de celle défendue ensuite par Li Ranteule : « Il conviendrait donc d'envisager une notation plus phonologique que phonétique pour en arriver à ne plus avoir que trois ou quatre "espèces" de wallon écritJean-Luc Fauconnier, « Et si on regardait du côté des Grisons ? », dans Èl Bourdon, , mai 1990, .. »
En 1990, (chanteur, écrivain et chercheur en langue wallonne) écrit un essai (« Un walon pour demain ? »), dans lequel il explique que la normalisation commence à fonctionner dans d'autres langues régionales européennes (basque, occitan, romanche), et propose les premiers développements techniques pour le wallon basés sur les idées de Jean GermainLaurent Hendschel, On walon po dmwin ?, 1900, sur (ASBL).
En 1992 est publié le premier lexique en wallon pré-unifié composé de la traduction des 3000 mots français les plus courants, le titre est quant à lui écrit en système Feller, composé de trois variantes du sous-titre « Mes trois mille premiers mots wallon » : . Un ouvrage collectif rédigé par Willy Bal et Jean Germain, réalisé avec l'aide d'une dizaine d'écrivains wallons, coordonné par Laurent Hendschel et publié par l'ASBL Union Culturelle Wallonne (U.C.W.).
En 1993, dans un article autobiographique publié dans la revue , l'autodidacte Lucien Mahin (vétérinaire, mais également écrivain et chercheur en wallon) témoigne du manque d'une forme commune du wallon qu'il a ressenti durant son apprentissage de la langue, semblable à l’Algemeen Nederlands pour les Flamands et qu'il nomme « r'fondu walon ». En octobre de la même année, à l'occasion de la sortie de sa trilogie , Lucien Mahin organise un séminaire à Redu sur l'avenir de la langue wallonne. Il y rencontre Michel Francard et Laurent Hendschel (qui vient de compléter son travail technique d'une langue wallonne écrite commune) et propose pour la première fois l'utilisation du diasystème xh comme graphie commune de h qu'on trouve dans et de ch dans .
Le travail se poursuit en 1994 avec l'apparition de 3 syllabus, considérés par les planificateurs ( en wallon) comme fondateurs : une Présentation du Dictionnaire Général Wallon par (fils de ), dictionnaire qui sera appelé par la suite (« Dictionnaire de tout le wallon », ou « DTW ») ; une série de textes nommés WALDIM (pour , « walon de demain ») par Lucien Mahin, traitant principalement de la néologie ; un article (« À la salle de réunion des wallons ») par Laurent Hendschel, dans lequel il résume le travail réalisé et rappelle les techniques de normalisation.
En 1996, l'U.C.W. organise un important colloque à Charleroi sur la planification, dirigé par Laurent Hendschel : (« Quelle planification linguistique pour le wallon ? »). La SLLW prend position et publie dans la revue un article dans lequel elle s'oppose à la normalisation et la création de néologismes, tout en considérant que « le wallon n’est pas mort, mais il est malade, moribond » et que « tout ce qui peut réveiller la braise qui couve sous la cendre mérite d’être encouragé ». La même année naît l'ASBL Li Ranteule promouvant le wallon unifié à travers la publication d'une revue du même nom.
Bien que de nombreux travaux ont été menés par la suite pour perfectionner et promouvoir le , notamment par l'introduction d'autres diasystèmes, l'aplanissement des diacritiques, ou encore la diffusion sur Internet d'un dictionnaire écrit entièrement en wallon normalisé, contenant mots : lEsplicant motî do walon (« Dictionnaire explicatif du wallon »)Nommé également Li "Ptit Larousse" do walon, en 2003 l'ouverture de Wikipédia en wallon, puis en 2009 celle du Wiktionnaire, écrits tous deux en wallon unifié, il apparaît que la normalisation du wallon ne fait pas l'unanimité et . En 2013, Michel Francard estime que « cette vision radicalement différente de l’orthographe wallonne ne s’est guère imposée au-delà du cercle de ses promoteurs, mais elle est largement diffusée dans les textes wallons publiés sur Internet ».
Philosophie Si le Feller est une norme orthographique presque phonétique, elle présente le désavantage de varier d'une région à l'autre selon les différents dialectes et patois qui composent la Wallonie. L'''orthographe wallonne commune a pris le parti inverse : un même mot s'écrit de la même façon sur tout le domaine wallon, même s'il se prononce différemment d'un endroit à l'autre.
Bien que chacun continue, en principe, à parler le wallon selon ses particularismes locauxIntroduction de "So l'anuti", de Laurent Hendschel, Éditions Weyrich, Neufchâteau (Belgique), 2006, et que le wallon normalisé n'ait pas la prétention de supplanter les diverses variantes régionales : , il existe cependant une grammaire unifiée employée dans des romans tels Véra de Lucien Mahin sorti en 2011 ou encore sur plusieurs sites internet tels que le Wiktionnaire ou Wikipédia en wallon. Cette dernière fait cependant preuve d'une certaine souplesse permettant l'usage de règles grammaticales distinctes de la même manière que je m'assieds et je m'assois sont interchangeables en français. Par exemple, ils dansent peut aussi bien se dire i dansèt que i dansnut.
Grammaire
Pronoms + Cas Singulier Pluriel Nominatif dji, dj', dju (derrière) « je, moi » ti, t', tu, èt, vos, vs « tu, toi » i, il « il, lui » « elle » on nos, ns « il, lui » vos, vs « vous » i « ils » ele « elles » – Réfléchi mi, m', èm ti, t', èt, vos, vs si, s', ès si, s', ès - nos, ns vos, vs si, s', ès si, s', ès Accusatif mi, m', èm, mu (derrière) ti, t', èt, vos, vs li, l', el li, l', el - nos, ns vos, vs les, ls; lzès, lzè, elzès les, ls; lzès, lzè, elzès Datif mi, m', èm, mu (derrière) ti, t', èt, vos, vis, vs lyi lyi - nos, ns vos, vs, vis lezî, elzî, lzî lezî, elzî, lzî Locatif î î - î î Génitif partitif è, endè, end, ndè, nd è, endè, end, ndè, nd - è, endè, end, ndè, nd è, endè, end, ndè, nd Tonique mi twè, ti, ti-minme, tizôte (rare), etzôte (rare) lu leye lu nos, nozotes vos, vozôtes zels, yeusses zeles, yeusses Diasystèmes Le est basé sur des diasystèmes, des lettres ou ensembles de lettres dont la prononciation peut varier d'une région à l'autre, voire d'un village à l'autre. Grâce à ces diasystèmes, un mot écrit de la même façon partout en Wallonie pourra toujours être prononcé à la manière de tel ou tel lieu.
Voici quelques diasystèmes (liste non exhaustive) avec des exemples de prononciation (bien d'autres prononciations, et donc orthographes sont possibles) :
Rifondou Système Feller — Liège(est-wallon) Bastogne(sud-wallon) Namur(centre-wallon) Charleroi(ouest-wallon) xhpexhon hpèhon[pɛhɔ̃] chpèchon[pɛʃɔ̃] jhprijhon hprîhon[pʀiːhɔ̃] jprîjon[pʀiːʒɔ̃]schschoûterhhoûter[huːte]chchoûter[ʃuːte]sk, eskskoûter, eskoûter[skuːte], [ɛskuːte]shshonnersson.ner[sɔ̃ne]chchon.ner[ʃɔ̃ne] ååbe, måjhon(e) å, oåbe, mohon(e)[ɔːp], [mɔhɔ̃] ([mɔhɔn]) ââ(r)be, mâjon(e)[aːp], [maːʒɔ̃] ([maːʒɔn]) â, ôâbe, ôbe, môjone[aːp], [oːp], [moːʒɔn] â, ô'â(r)be, môjo[aː(ʀ)p], [moːʒɔ] eatchapea êtchapê[t͡ʃapɛː] iatchapia[t͡ʃapja] aedjaene, bataedje èdjène, batèdje[d͡ʒɛn], [batɛt͡ʃ] adjane, batadje[d͡ʒan], [batat͡ʃ] a, âdjane, batâdje[d͡ʒan], [bataːt͡ʃ]oenoereuneûr[nœːʁ]wanwâr[nwaːʁ]wênwêr[nwɛːʁ]énvéntin, é, i, iévin, vé, vi, vié[vɛ̃], [ve], [vɪ], [vi], [vje]æ̃, é, i, iévæ̃, vin, vé, vi, vié[væ̃], [vɛ̃], [ve], [vɪ], [vi], [vje]
C'est un O ouvert (ò).Ou au (O fermé), écriture alternative autorisée dans la version définitive du système Feller.On trouve aussi des formes avec a : såvadje [sɔːvat͡ʃ] (Liège), sâvadje [saːvat͡ʃ] (Bastogne).On trouve aussi la forme tchapô [t͡ʃapoː] à Bastogne, non couvert par le diasystème ae.À Bastogne même c'est mwêjon [mwɛːʒɔ̃], non couvert par le diasystème å. La forme présentée mâjon est de Arloncourt, , Bercheux, Bertogne, , , Cobreville, Compogne, Fauvillers, Hompré, Livarchamps, , Lutrebois, Marvie, Menufontaine, Michamps, Morhet, , Sainlez, Senonchamps, Sibret et Wardin. Les deux formes mâjon(e) est de Vaux-sur-Sûre.
Le diasystème ea, proposé avec réserve par Jean Germain en 1989Jean Germain, Jean Germain, 1989, Quel avenir pour nos dialectes ? L’exemple du « Rumantsch Grischun » in : Toudi, culture et société, ed. Centre d’études wallonnes, Quenast., est basé sur une graphie médiévale, -ea ou -eal, qu'on retrouve dans les noms de village (Barvea), les noms de famille (Salorea, de Donea, Morea), et même les noms communs inclus dans la « scripta » (quaremea, petit carême, carnaval)Louis Remacle, La différentiation dialectale en Belgique romane avant 1600, Droz, Genève, 1990..
L' utilisation de å et ô — également des graphies du système Feller —, comme diasystèmes était déjà latente en 1992, illustrées par la comparaison interrégionale du lexique français-wallon Walo+, encadré par Willy Bal et Jean Germain.
Le diasystème xh, proposé par Lucyin Mahin en 1994 pour le rfondou, se retrouve dans de nombreux lieux (Droixhe, Moxhe, Xhoffraix…) et noms de famille (Albert Moxhet…), et fut également employé, entre autres, dans le Dictionnaire wallon-françois d'Augustin-François Villers en 1793, dans lequel on retrouve, entre autres, la graphie pexhon identique à l'orthographe normalisée.