L'affaire du camp de Grenelle est un événement de la Révolution française intervenu sous le Directoire, dans la nuit du 9 au .
Contexte : la conjuration des Égaux et l'arrestation de Babeuf
L'affaire du camp de Grenelle est l'épisode décisif de la conjuration des Égaux animée par Gracchus Babeuf. Cet ancien feudiste, qui prônait un communisme agraire, prépare un complot en liaison avec d'anciens Montagnards. Après l'échec des journées de germinal et de prairial an III ( et ), il convient de renoncer à un soulèvement populaire, les faubourgs ayant été désarmés.
Le , Gracchus Babeuf et les membres de la conjuration des Égaux sont arrêtés. Devant la répression qui s'abat alors dans les milieux démocratiques parisiens, plusieurs tentent de provoquer un soulèvement, d'abord au sein de la Légion de police puis, après sa dissolution le , parmi les soldats du de dragons, qui campent à Grenelle.
Responsable de l'arrestation de Babeuf et de ses camarades, l'agent-double Grisel est considéré comme étant à l'origine de la machination policière préalable à l'affaire. Peut-être averti par Grisel, Carnot aurait prévenu Malo, le commandant de l'unité. Selon d'autres sources, au contraire, c'est Malo qui aurait prévenu Carnot, lequel aurait décidé d'en profiter pour se débarrasser des derniers Jacobins.
Déroulement Le camp de Grenelle est alors commandé par le général de division François Philippe de Latour-Foissac, secondé par les généraux de brigade Mailly et Brune, le chef de brigade Dejean, l'adjudant divisionnaire Hillet et l'adjudant-général Solignac..
Dans la nuit du 23 au 24 fructidor, d'anciens jacobins se réunissent à l'auberge du Soleil d'Or, à Vaugirard.. Menés par trois anciens conventionnels — Cusset, Huguet et Javogues — et par le général Jean Fyon, ils forment une troupe forte de plusieurs centaines d'hommes — 400 d'après le général Latour-Foissac et 600 à 700 d'après le ministre de la Police Cochon de Lapparent.
Les conjurés se portent au campement du de dragons avec l'intention de fraterniser avec les soldats. Selon Cochon, . Selon le récit du général Latour-Foissac : .
Les dragons, menés par le chef d'escadron Malo, chargent les conjurés qui se retrouvent bientôt cernés de toutes part.
Parmi les directeurs, Carnot et Letourneur organisent la défense du palais du Luxembourg contre une supposée attaque, Barras aurait aidé certains de ses amis compromis à fuir. Quant à La Réveillère-Lépeaux, alors président du Directoire, il n'est prévenu qu'au dernier moment, et Reubell est parti à sa maison de campagne d'Arcueil.
Pertes D'après le rapport officiel, les insurgés laissent 20 morts et de nombreux blessés, tandis que cinq dragons sont blessés de coups de couteaux. Les dragons font rapidement 52 prisonniers et les autres corps, 17. Après des recherches effectuées jusqu'au matin, parfois loin du camp, le nombre des captifs monte à 132.
Répression, procès et exécutions thumb|gauche|Supplice de douze des prevenus dans l'affaire de Grenelle : fusillés le 4.eme jour complementaire de l'an 4.eme de la Rép. fran..Estampe anonyme, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, 1796. Le Directoire décide de mener une répression sans pitié. Le 24 fructidor, les Conseils votent une loi modifiant celle du 22 messidor () et permettant d'utiliser celle du 30 prairial an III (), qui vise théoriquement les Vendéens et les Chouans pris les armes à la main. En conséquence, les prisonniers sont traduits devant un conseil militaire. Constitués par la loi du complémentaire de l'an IV (), ces conseils sont composés uniquement de militaires.
En vendémiaire an V (), le Conseil, réuni au Temple, prononce 33 condamnations à mort, dont celle du général Maximilien Henri Nicolas Jacob. Contrairement à la loi de fructidor, qui admettait un recours en cassation, trente condamnés sont fusillés. Deux ont été condamnés par contumace, un autre s'est suicidé. Trois anciens conventionnels, Javogues, Cusset et Huguet, figurent parmi les fusillés, ainsi que l'ancien maire de Lyon Bertrand, plusieurs anciens commissaires révolutionnaires et Jean-Nicolas-Victor Gagnant, peintre en équipages et secrétaire de Drouet.
Le 22 germinal (), le tribunal de cassation annule les autres condamnations. Renvoyés devant le tribunal criminel de la Seine, tous sont acquittés.
Quelques mois après le coup d'État du 18 fructidor an V, la répression s'abat sur les Jacobins et les royalistes, contraignant Carnot à la fuite.
Notes et références
Bibliographie Raymonde Monnier, « Grenelle (Affaire du camp de) », dans Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, Presses universitaires de France, 1989 (rééd. Quadrige, 2005, p. 521-522)
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Liens externes
Histoire de la Révolution Française d'Adolphe Thiers, chapitre IX Histoire de la Révolution française de François-Auguste Mignet, chapitre XII Informations sur le de dragons L'attaque du camp de Grenelle (23 fructidor an IV)et l'affaire du Soleil d'Or Résumé d'un article de Jacques Couvreur in Bull. Soc. hist. & arch. du XVème arrondt de Paris – n° 20
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