thumb|upright|Raquettes à neige modernes.

La raquette à neige, appelée plus communément raquette, est un accessoire qui permet de se déplacer à pied sur des couches épaisses de neige sans consistance. Ce mode de déplacement est spécifique aux régions enneigées d'Amérique du Nord et de Sibérie orientale depuis des millénaires, alors que le ski, basé sur la glisse, s'est développé préférentiellement en Eurasie. Sortir ou randonner en raquette est aujourd'hui devenu un loisir, que ce soit dans les vastes étendues de forêts ou de toundras boréales, ou dans les stations de sports d'hiver, au même titre que la marche à pied ou la pratique d'un sport de glisse, comme le ski de fond.

thumb|upright|Un homme muni de raquettes à neige (illustration du Hokuetsu Seppu, publié en 1837).

La raquette, fixée sous la chaussure, augmente la surface de portance sur la neige, permettant ainsi de ne pas s'enfoncer dans la poudreuse, d'y trouver même l'appui nécessaire à l'impulsion du corps en avant, alors que les skis permettent une glissade rapide sur un film d'eau. Les raquettes amérindiennes à semelles larges sont constituées d'une tringle fixée sur un cadre d'osier pourvu d'un enchevêtrement de cordes ou de liens. Elles sont à l'origine des raquettes traditionnelles qui possèdent un cadre en bois léger et des attaches en cuir. Certaines raquettes modernes sont conçues sur le même principe mais diffèrent par leur matériau : métal léger, structures à base de polymères fondus comme les plastiques, parfois thermodurcissables, et très souvent renforcés, notamment avec des matériaux composites résistants aux chocs et aux contraintes du terrain. En plus de présenter l'avantage de répartir le poids du corps sur une surface plus grande, les raquettes sont généralement articulées à l'avant pour favoriser le déplacement à l'instar d'une fixation de ski de randonnée. Elles ne doivent pas accumuler la neige, d'où le treillis peu adhérent aux cristaux de neige ou de glace et nécessitent des attaches, voire des fixations, permettant au pied d'être solidaire de la raquette.

Discipline pratiquée principalement par les randonneurs et les coureurs à pied, les raquettes étaient jadis des outils indispensables à la survie des coureurs des bois, pour assurer la surveillance et la traque du gibier, poser les pièges et assurer les portages d'hiver en liaison avec le commerce des fourrures dans les contrées aux hivers rigoureux. De nos jours, elles constituent aussi un équipement indispensable aux gardes forestiers et aux agents qui doivent se déplacer dans des zones inaccessibles aux véhicules motorisés lorsque la neige est profonde.

Développement de la raquette à neige

thumb|left|upright=0.8|Fabricant traditionnel de raquettes, vers 1900-1930.

Origines

Avant que les humains ne construisent des raquettes, la nature a doté certaines espèces de la capacité à évoluer en terrain enneigé. Certains animaux, tel le lièvre variable, ont évolué au cours des années et présentent désormais des pattes postérieures plus larges pour se déplacer plus rapidement dans la neige profonde.

L'origine et l'âge exact des raquettes à neige sont inconnus, même si les historiens pensent qu'elles ont été inventées il y a entre et ans en Asie centrale. Strabon a affirmé que les habitants du Caucase avaient l'habitude d'attacher des surfaces plates de cuir sous leurs pieds et que les Arméniens utilisaient des surfaces rondes en bois de chêne et de peuplier en guise de raquettes.

Deux groupes de pionniers de la raquette ont émergé rapidement, fixant des motifs que l'on peut toujours voir de nos jours. Un groupe abandonna la raquette en migrant au Nord, vers ce qui est maintenant la Scandinavie, s'orientant finalement vers l'ancêtre du ski nordique. L'autre groupe se dirigea vers le nord-est, traversant finalement le détroit de Béring, vers l'Amérique du Nord.

Peuples autochtones de l'Amérique du Nord thumb|Déplacement en raquettes des Amérindiens en Nouvelle-France () par Joseph-François Lafitau.

Les peuples autochtones de l'Amérique du Nord ont développé plusieurs modèles de raquettes, avant la colonisation européenne des Amériques.. Chaque tribu des peuples autochtones américains a conçu sa propre forme de raquette, la plus simple et la plus primitive étant celle de l'Arctique. Les Inuits, que les ethnographes soupçonnent d'avoir appris cet art du déplacement sur le tard auprès d'autres populations autochtones sur le continent, avaient mis au point deux modèles, un triangulaire d'environ de longueur, l'autre presque circulaire, les deux mettant l'accent sur le besoin d'une grande portance en neige profonde, sans cohésion et poudreuse. Cependant, contrairement à une idée largement répandue, ils n'utilisaient pas beaucoup leurs raquettes car ils réalisaient l'essentiel de leurs trajets à pied en hiver sur la mer gelée et sur la toundra où la neige ne s'accumule pas.

Vers le Sud, la raquette devient progressivement plus étroite et plus longue, la plus grande étant la raquette de chasse des Cris, d'environ et relevée vers l'avant. Même les modèles plus petits, développés principalement par les Iroquois, étaient plus étroits et courts, mettant l'accent sur la manœuvrabilité dans la forêt où l'épaisseur de neige plus humide et superficielle en hiver, rendait l'enfoncement moins important.

Les Premières Nations portaient des raquettes durant leurs chasses hivernales aux bisons, avant que les chevaux ne soient introduits. Plus mobiles que leurs proies, ils pouvaient tuer facilement un animal imposant imprudemment aventuré ou piégé dans une épaisse congère de neige. Malgré leur grande diversité de formes, les raquettes étaient l'un des rares objets culturels communs à toutes les tribus d’Indiens vivant dans des espaces aux hivers enneigés.

Ethnographie de la raquette amérindienne ou sibérienne thumb|Raquette traditionnelle patte d'ours en bois et cuir.

Bien avant l'arrivée de populations d'origine européenne, les formes de la raquette ont été dictées par l'usage, la qualité de la neige, la taille du marcheur et surtout la longueur de ses jambes, des caractéristiques de sa locomotion, de sa masse corporelle et de la masse portée.

Quatre types fondamentaux de raquettes peuvent être retenus : la queue de castor, utilisée sur les pistes et espaces découverts ; la queue d'hirondelle, relevée à l'avant et effilée pour permettre de se déplacer rapidement sur terrain plat ; le bout rond pour les pays montagneux et vallonnés ; la patte d'ours, ronde et plate, pour les terrains boisés et accidentés.

Leur fabrication, qui témoigne de l'ingéniosité de ces hommes, fait appel à des ressources locales ou exportées très variables, le bois de mélèze ou de bouleau se retrouve fréquemment dans l'armature ainsi que les lanières de cuir en peau de caribou, voire de phoque, d'ours, et récemment de cheval.

Utilisation par les Européens francophones et anglophones thumb|left|Gravure fantaisiste d'un voyageur suédois avec cheval supposé du .

Les raquettes à neige ont été lentement adoptées par les Européens dans les actuels Canada et États-Unis avec les coureurs des bois. Le nom provient de l'analogie avec la raquette du jeu de paume, alors fort prisé par l'aristocratieLe latin médiéval resceta (manus) désigne la paume de la main et a évolué en ancien français et moyen français vers rasquette (1250), rachette (1314) ou racquette (1450). L'italien a gardé rachetta et le monde lusitanien et hispanique raqueta.. Dès 1537, le même mot commence à désigner une grande semelle à claire-voie servant à marcher sur la neige molle, preuve que les Français devinrent dès leur premier hivernage d'excellents raquetteurs au contact des populations des bords du fleuve Saint-LaurentUn raquetteur, une raquetteuse, termes attestés en français du Canada dès 1707 est une personne se déplaçant dans la neige sur des raquettes.. Les compétences avérées des Canadiens en termes de conception de raquettes à neige ont presque fait basculer en leur faveur la guerre de Sept Ans qui les opposait aux Britanniques, un conflit surnommé la bataille en raquettes.

thumb|Canadiens en raquette allant en guerre sur la neige (1722).

Les Britanniques ont rapidement appris à se débrouiller en raquettes. L’Oxford English Dictionary rapporte que le mot a été utilisé en anglais dès 1674. Seize ans plus tard, après un assaut franco-indien sur une colonie britannique vers ce qui est maintenant Schenectady dans l’État de New York, les Britanniques ont pris leurs raquettes et poursuivi les attaquants sur près de , récupérant finalement à la fois les personnes et les biens pris par leurs adversaires.

Les raquettes en forme de larme utilisées par les bûcherons font environ de long et sont larges, alors que les raquettes des traqueurs font de long et sont très étroites. Cette forme caractéristique de la raquette à neige ressemble à une raquette de tennis, le même mot étant utilisé en français.

Cette forme a été copiée par les clubs canadiens de raquettes à neige à la fin du . Originellement motivés par la nécessité d'un entraînement militaire, ils devinrent les premiers utilisateurs de raquettes pour les loisirs.

Les clubs de raquettes à neige, tel le club de raquettes à neige de Montréal (1840), ont raccourci la forme de larme à environ de long et de large, ont légèrement relevé le devant et l'ont dotée d'une sorte de queue à l'arrière. Elle a été rendue plus légère pour la course et plus résistante pour la randonnée ou la chasse. La queue de la raquette est conçue pour la maintenir dans l'axe lors de la marche.

vignette|gauche|Un couple en raquettes à neige à Toronto en 1907 Une autre variante, en patte d'ours, finit en un talon incurvé au lieu de la queue. Alors que les premiers adeptes trouvèrent son apprentissage plus difficile, puisqu'elles étaient plus fines au milieu et plutôt encombrantes, les utilisateurs successifs les trouvèrent plus faciles à ranger et plus manœuvrables dans les passages étroits.

Les raquettes traditionnelles sont constituées d'une seule bande d'un bois résistant, généralement du frêne d'Amérique, incurvée, liée à ses deux extrémités et renforcée en son milieu par un croisillon. L'espace au milieu du cadre est alors rempli d'un maillage resserré de bandes de cuir de caribou ou de bovin, laissant une petite ouverture au-dessus du croisillon pour l'avant des mocassins. Elles étaient tenues au mocassin par des lanières de cuir, parfois par des boucles. De telles raquettes sont toujours produites et vendues par les peuples autochtones.

Raquettes modernes thumb|left|upright=1.2|Dessous d'une raquette moderne avec une fixation articulée, et des pointes de métal pour l'adhérence dans les montées raides.

En dehors des populations indigènes, très peu de raquettes traditionnelles sont encore utilisées, bien que certains les recherchent pour leur valeur artisanale. On les voit le plus souvent comme décoration, fixées à des murs dans des chalets.

Alors que l'usage récréatif des raquettes à neige a commencé avec les clubs de raquettes au Québec, qui organisèrent des manifestations où les courses et randonnées étaient combinées à des repas raffinés, la fabrication de raquettes de loisir a seulement commencé au , quand le tourisme a commencé à se développer.

À la fin du , les raquettes connurent une métamorphose radicale qui a commencé à la fin des années 1950 avec la compagnie Tubbs, basée dans le Vermont qui créa la raquette Green Mountain Bearpaw, qui combinait une longueur réduite avec une largeur encore plus étroite. Elle devint rapidement le modèle de raquette le plus utilisé à cette époque.

La raquette « de l'Ouest »