Cet article présente les faits saillants de l'histoire du Kosovo, un territoire au statut contesté situé en Europe du Sud dans les Balkans.

En 2024, la république du Kosovo, sur un territoire de , est riche d'une population d'environ de Kosovares et Kosovars, parlant majoritairement albanais. L'évolution démographique récente reste faible, tributaire des guerres : , , , .

Synthèse chronologique Durant, l'Antiquité, le Kosovo fait partie de l’empire romain puis du royaume d’Illyrie ; Du au , le Kosovo fait partie des principautés puis de l'Empire serbes ; Du au , le Kosovo fait partie de l’Empire ottoman ; De 1918 à 1941, le Kosovo fait partie du royaume de Yougoslavie ; De 1941 à 1945, le Kosovo est rattaché à la république d'Albanie sous occupation italienne ; De 1945 à 1989, le Kosovo est une province autonome de la république socialiste de Serbie, au sein de la république fédérative socialiste de Yougoslavie ; De 1989 à 1999 : suppression de l’autonomie du Kosovo par Slobodan Milošević puis conflit avec l'UCK suivi des bombardements de l'OTAN ; De 1999 à 2008 : administration de la MINUK ; , déclaration unilatérale d'indépendance ; En 2009, le Kosovo est reconnu par 63 pays ; décembre 2009 : début du procès à la Cour internationale de justice sur l'indépendance du Kosovo ; 11 décembre 2009 : fin du procès sur l'indépendance du Kosovo. Verdict en 2010 ; 3 avril 2010 : 65 pays reconnaissent l'indépendance du Kosovo ; : verdict de la Cour internationale de justice reconnaissant comme légale la déclaration d'indépendance du Kosovo.

La période illyrienne et la conquête romaine Les Illyriens apparaissent au , à une époque charnière entre l’âge du bronze et l’âge du fer. Ils constituent un royaume englobant une grande partie de la région balkanique. Les Illyriens étaient divisés en plusieurs clans : les Taulantes, Ardianes, Dardaniens, Dalmates, Penestes, Kaones, Thesprotes, etc. L'actuel Kosovo se trouvait alors essentiellement compris dans la région peuplée par les Dardaniens qui vivaient aussi dans une partie de l’actuelle Albanie du nord, du sud de la Serbie et du nord de la Macédoine jusqu’aux environs de Scupi (actuelle Skopje).

On a fait le lien entre l'albanais et l'illyrien il y a assez longtemps : dès 1709 Leibniz appelle l'albanais « la langue des anciens Illyriens ». D'autres partisans de cette théorie sont G. Meyer, qui déclara « Appeler les Albanais les nouveaux Illyriens est aussi juste que d'appeler les Grecs actuels "Grecs modernes" ». Les Illyriens, et plus précisément les Dardaniens, seraient alors les ancêtres des Albanais vivant aujourd'hui au Kosovo.

Après la conquête romaine, survenue aux alentours de -28, les Dardaniens sont progressivement romanisés et l’ancienne colonie grecque de Naissus (devenue l'actuel Niš par le passage ou l'influence de sa transformation phonétique du proto-albanais "Nish" , selon la majorité des linguistes spécialistes), située en Dardanie orientale, devient un carrefour stratégique de la province romaine de Mésie supérieure. Elle est même la ville natale de l’empereur Constantin qui fera de la Dardanie une province romaine à part entière en 284.

La chute de l’Empire romain marque le début de nombreuses invasions barbares dans la péninsule balkanique, qui touchèrent aussi bien la Dardanie que les autres régions des Balkans. Dès le , des tribus slaves déferlent en masse, parvenant à s’implanter jusqu’en Thessalie, et ce dans l'ensemble des Balkans, certaines tribus étant même allées jusque dans le Péloponnèse. En cette même période, les Avars s’installent dans la contrée et asservissent certaines tribus slaves, notamment en Pannonie. Les tribus slaves forment alors de puissantes alliances, les Sklavinies, qui, alliées aux Avars, vont être le fléau de l’Empire byzantin pendant près de deux siècles. Les anciennes provinces romaines sont dévastées et la province de Dardanie, dont faisait partie l’actuel Kosovo, n’y échappe pas.

Intégration à la Serbie : du au vignette|Situation des Balkans en 1265.

À la fin du , Vukan, le joupan (župan en serbe) de Rascie, alors l’État serbe le plus puissant des Balkans, agrandit les frontières de son pays vers le sud, en conquérant la majeure partie de l’actuel Kosovo, n’échouant que devant Lipljan car confronté à de forts contingents byzantins. La Rascie, y compris ses terres méridionales, passe de nouveau sous domination byzantine après le décès de Vukan en 1115.

À la fin du , la dynastie serbe des Nemanjić parvient à étendre considérablement la Serbie vers les terres slaves du sud. Ils décident donc de déplacer le centre de gravité du royaume de Serbie vers le Kosovo.

Développement de l'Église serbe

À cette époque, sous l'impulsion de saint Sava, l'Église orthodoxe serbe devient autocéphale. Durant le règne du roi Milutin, de nombreux édifices destinés à la vie spirituelle du peuple serbe (églises et monastères) sont édifiés en Rascie, en particulier au Kosovo. En 1233, la ville de Peć en Métochie est choisie pour devenir le siège du premier archevêché serbe (sous la juridiction de Constantinople) fondé par Saint Sava qui en devient le premier archevêque.

En 1346, l'archevêché se transforme en patriarcat autonome et Peć devient ainsi le siège de l’Église orthodoxe serbe. À leur apogée, au , ces terres sont les plus riches et les plus densément peuplées de tous les Balkans. Le sous-sol, très riche sur le plan minier, est très vite exploité et contribue au développement de la région. Les plus importantes traces historiques et culturelles de cette période sont les monastères de Gracanica et de Bogorodica Ljeviska, le patriarcat de Peć, Visoki Decani (récemment ajouté au patrimoine mondial de l'UNESCO), ainsi que les ruines des villes médiévales de Novo Brdo, Zvecan et Dusanov Grad (ville du tsar Dušan).

Rivalités et conflits entre les princes serbes

thumb|Les Balkans à la fin du règne du prince Lazar (1329-1389).

À la mort de Dušan en 1355, la Serbie entre dans une période d'instabilité. Le fils de Dušan, Uroš, est jeune et faible et se trouve très vite dominé par des seigneurs plus puissants qui n'hésitent pas à faire sombrer la Serbie dans la guerre civile afin d’assouvir leurs ambitions. La majeure partie du Kosovo se trouve alors sous la domination du prince serbe Vuk Branković. Le , un affrontement décisif oppose les Ottomans à l’armée de Jovan Uglješa, seigneur d’un petit fief au sud de la Serbie, et celle de son frère, le roi Vukašin Mrnjavčević, cosouverain de Serbie avec l’empereur Uroš. Ce jour-là, bien que supérieure en nombre, l’armée serbe est vaincue par les forces ottomanes de Lala Sahin Pacha et d’Evrenos Bey à la bataille de la Maritsa, au cours de laquelle Uglješa et Vukašin sont tués. Les Ottomans n’ont alors aucun mal à décimer l’armée serbe, s’ouvrant par la même occasion la porte des Balkans. Immédiatement affectée par la défaite serbe, Byzance est obligée de reconnaître la souveraineté ottomane.

Le dernier prince de la dynastie des Nemanjić, Stefan Uroš, meurt de mort naturelle en décembre 1371. Peu de temps après, Djuradj Balšić, descendant d’une lignée serbo-albanaise et prince de Zeta, s’empare de Prizren, tandis que Vuk Branković étend ses possessions territoriales jusqu’à Skoplje (actuelle Skopje). Seul véritable héritier du trône de Serbie, le fils de Vukašin, Marko Mrnjavčević, connu dans la tradition populaire sous le nom de Marko Kraljević, ne possède plus qu’une petite bande de territoire au sud de la Macédoine avec Prilep pour centre. À la suite d’une combinaison de manœuvres diplomatiques, d’actions militaires et d’alliances familiales stratégiques, le prince serbe Lazar Hrebeljanović, éduqué à la cour de l’empereur Uroš à Prizren, devient le dirigeant serbe le plus puissant, ne reconnaissant qu’une autorité toute relative au ban Tvrtko de Bosnie, qui s’autoproclame « roi Stefan des Serbes et de Bosnie » après son couronnement en 1377, selon le rite orthodoxe, au monastère serbe de Miliševa.

À cette époque, associé aux territoires du prince Lazar, le pays de Vuk Brankovič, englobant la majeure partie de l’actuel Kosovo, devient prospère. La mine de Trepča se maintient aisément tandis que Novo Brdo, située dans le fief des Hrebeljanović, devient plus importante que la vieille ville impériale de Prizren. D’anciens marchés se transforment également en villes prospères comme Prishtina, Vučitrn ou encore Peć. Prizren, incorporée aux terres des Branković à la suite d’un recul des Balšić, en lutte avec les Ottomans, frappe même sa propre monnaie.

Bataille de Kosovo Polje

Le sultan Mourad Ier, fort de ses nombreuses conquêtes sur les anciens domaines byzantins, décide de lancer une offensive contre les pays balkaniques au printemps 1389, accompagné de ses fils Jakub et Bayezid. De l’autre côté, le prince Lazar Hrebeljanović parvient à réunir une puissante armée en ralliant ses alliés Vuk Branković, Djuradj II Balšić, Stefan Musić, les troupes du voïvode Vlatko Vuković de Hum et des troupes bosniaques dépêchées par le roi de Bosnie Tvrtko comprenant divers nobles éminents de son royaume. À cette alliance s’ajoutent également de nombreux Albanais, Valaques et Bulgares. Les Hongrois, ayant cessé les hostilités avec Lazar Hrebeljanović peu de temps auparavant, ne prennent pas part à la bataille.

left|thumb|Illustration de la bataille de Kosovo Polje.

L’année 1389 marque un grand tournant dans l’histoire du Kosovo et de la Serbie. C’est en effet l'année de la bataille de Kosovo Polje, mieux connue en français par son expression traduite : « Bataille du champ des merles ». L’armée ottomane, en supériorité numérique, utilise des chameaux liés entre eux par des chaînes pour briser les formations adverses. Cette bataille s’inscrit dans une politique d’extension territoriale ottomane : dès le milieu du , les Ottomans obtiennent des Byzantins une tête de pont en Europe (péninsule de Gallipoli), puis se frayent en quelques décennies un chemin jusqu'au cœur des Balkans. Bien que les Serbes et leurs alliés grecs et bulgares aient perdu la grande bataille sur la rivière de la Maritsa, en 1371, c’est la bataille de Kosovo Polje qui resta la plus célèbre dans les mémoires. Cette bataille, dont la légende raconte que tellement de sang avait coulé que la terre ne pouvait pas l’absorber, acquerra par la suite une dimension mythique dans la conscience nationale serbe. Au cours de la bataille, le sultan Mourad Ier est tué, selon les poèmes épiques serbes par le plus puissant guerrier du prince Lazar, Miloš Obilić. Le décès de son chef engendre des remous importants au sein de l’armée ottomane. Bayezid fait alors exécuter son frère Jakub. Vaincus, les restes de l’armée serbe se replient, tandis que Lazar et de nombreux nobles serbes sont faits prisonniers et mis à mort. De tous les chefs serbes, seuls Vuk Branković et le voïvode Vlatko Vuković survivent à la bataille.

La défaite des Serbes ouvre la porte des Balkans aux Ottomans et la Serbie, n’étant plus en mesure de se défendre, est menacée par les Turcs et les Hongrois. Progressivement, les princes serbes acceptent un à un de devenir vassaux du nouveau sultan Bayezid . Vuk Branković, dont le prestige prend de l’ampleur, est obligé de conclure un accord de vassalité avec le sultan, à la suite de la prise de Skoplje par les Ottomans en 1392, bien qu’il ne cesse de s’opposer à eux. Il finit par être fait prisonnier et meurt en prison le . La majeure partie de ses terres – une portion significative de l'actuel Kosovo – est alors prise par Stefan Lazarević, allié des Ottomans. La Serbie devient un despotat sous suzeraineté ottomane dont le chef porte le titre de despote. Le reste de la Serbie tombe aux mains des Ottomans après la chute de Smederevo en 1459.

Interprétation serbe de la bataille de Kosovo Polje