La Marseillaise est un chant patriotique de la Révolution française, adopté comme hymne national français, une première fois par la Convention nationale, puis dès le sous la Troisième République..

Les six premiers couplets ont été écrits par Rouget de Lisle. sous le titre de Chant de guerre pour l'armée du Rhin. à Strasbourg en dans la nuit du au , en réaction à la déclaration de guerre contre l'Autriche du . Dans ce contexte, La Marseillaise est un chant de guerre révolutionnaire, une exhortation au combat contre l'invasion étrangère et un appel patriotique à la mobilisation générale, mais aussi un hymne à la liberté et un appel au combat contre la tyrannie.

La Marseillaise est décrétée chant national le par la Convention post-thermidorienne, à l'initiative du Comité de salut public. Elle le reste jusqu'à l'avènement de l'Empire en : Napoléon ne l'interdit pas, mais lui préfère le Chant du départ.

La Marseillaise est abandonnée sous la Restauration. Reprise en par les insurgés des Trois Glorieuses qui portent Louis-Philippe au pouvoir, elle est l'objet d'une nouvelle orchestration d'Hector Berlioz, qui la dédie à Rouget de Lisle. Mais Louis-Philippe impose un chant plus modéré, La Parisienne. La Marseillaise est de nouveau interdite dans les lieux publics sous le second Empire.

Le , la en fait de nouveau l'hymne national ; en , une « version officielle » est adoptée en prévision de la célébration du centenaire de la Révolution.

Sous le régime de Vichy (), elle est remplacée par le chant Maréchal, nous voilà !. En zone occupée, le commandement militaire allemand interdit de la jouer et de la chanter à partir du Jacques Duclos, Mémoires, tome III évoque la parution de l'interdiction dans le journal Le Démocrate du 18 juillet..

Son statut d'hymne national est confirmé dans l' de la Constitution du , qui établit la , puis dans l' de la Constitution du , qui établit la .

Création vignette|droite|Maison à Strasbourg où fut composée La Marseillaise.

La Marseillaise est écrite dans la nuit du au par Rouget de Lisle, capitaine du génie en poste à Strasbourg, cinq jours après l'entrée en guerre de la France contre l'Autriche (.).

Circonstances gauche|vignette|241x241px|La Marseillaise, par Alfred Marzolff, place Broglie à Strasbourg.

Le , le maire de Strasbourg, le baron Philippe Frédéric de Dietrich, reçoit à son domicile de la place BroglieL'hôtel de Dietrich sera bombardé en , puis démoli et remplacé par la Banque de France (monument commémoratif sur la place et médaillons sur la Banque). plusieurs officiers de haut rang : le maréchal Luckner, officier d'origine bavaroise, qui commande l'armée du Rhin, les généraux Victor de Broglie, d'Aiguillon et du Châtelet, les futurs généraux Kléber, Desaix et Malet, ainsi que le capitaine du génie Rouget de Lisle, en garnison à Strasbourg depuis .

Au cours de la réception, il demande à ce dernier d'écrire un chant de guerre, Rouget de l'Isle lui ayant déjà fourni des chants, notamment à l'occasion de la fête de la Constitution organisée à Strasbourg le . Revenu à son domicile (rue de la Mésange, entre la place de l'Homme-de-Fer et la place Broglie), Rouget de Lisle compose son Chant de guerre pour l'armée du Rhin dédié au maréchal Luckner.

Le lendemain matin , il retourne chez Dietrich et lui présente son chant que ce dernier déchiffre. Le soir, une nouvelle réunion a lieu chez le maire, qui chante lui-même l'hymne, accompagné au clavecin par sa femme, Sybille de Dietrich, ou peut-être par sa nièce Louise.

Le chant retentit en public pour la première fois sur la place d'Armes le dimanche , à l'occasion d'une parade militaireJulien Tiersot, Histoire de la Marseillaise, ..

; article de presse de L'Alsace du .. À cette thèse remettant en cause deux siècles de consensusVoir en particulier , , et ., il a été répondu quatre ans après qu'il n'y avait pas lieu de changer le lieu de la première exécution.

Origine du titre Elle porte initialement différents noms, tous éphémères : Chant de guerre pour l'armée du Rhin ; Chant de marche des volontaires de l'armée du Rhin.

Le , futur général des armées d'Italie et d'Égypte, venu à Marseille afin d'organiser la marche conjointe des volontaires du Midi (Montpellier et Marseille), publie ce chant, à Marseille, pour la première fois, avec un nouveau titre : Chant de guerre des armées aux frontières. De fait, ce sont les troupes des fédérés marseillais qui, l'ayant adopté comme chant de marche, l'entonnent lors de leur entrée triomphale, aux Tuileries, à Paris, le . Immédiatement, la foule parisienne, sans se préoccuper de ses différents noms, baptise ce chant : La Marseillaise. Ce titre, outre sa simplicité, a l'avantage de marquer de Strasbourg à Marseille, de l'Est au Midi, l'unité de la Nation.

Origine du texte Le texte est fortement inspiré d'une affiche apposée à l'époque sur les murs de Strasbourg par la Société des amis de la ConstitutionXavier Maugendre, L'Europe des hymnes dans leur contexte historique et musical, 1996, ., qui commence ainsi : L'expression les ferait référence aux engagés volontaires du Bas-Rhin, dont faisaient partie les deux fils du maire. Un parent de Rouget de Lisle rapporte qu'il aurait affirmé, lors d'une réunion, s'être inspiré d'un chant protestant de 1560 exécuté lors de la conjuration d'Amboise. Enfin, certains ont suggéré que Rouget a pu songer à l'ode de Nicolas Boileau Nicolas Boileau, Œuvres poétiques, Firmin Didot Frères, 1853, 490 pages, .. Les érudits modernes diffèrent quant à savoir si les évoqués dans le chant représentent ou non les Britanniques (ou les Anglais). Selon H. D. Schmidt, le terme est une insulte générale pour l'élément contre-révolutionnaire ; d'autre part Martyn Cormick écrit qu'il n'y a aucun doute quant à sa signification, l'associant spécifiquement à l'anglophobie.

La cinquième strophe évoque les , général en chef de l'armée de Sarre et Moselle de à , à qui on reproche alors son rôle dans l'affaire de Nancy et la fuite de Varennes. Rouget de Lisle écrit le chant neuf jours seulement après la libération, le , des Suisses de Nancy emprisonnés à Brest. De son côté, le Courrier de Strasbourg du a imprimé . Puis, le , François Boissel propose au club des Jacobins de remplacer le vers par ..

Le septième couplet, dit « couplet des enfants », a été ajouté en par Gossec lors de la représentation à l'Opéra de « l'Offrande de la liberté, scène religieuse sur la chanson des Marseillais ». ; le poète normand Louis Du Bois et l'abbé Antoine Pessonneaux en ont revendiqué la paternité, qui a également été attribuée à André Chénier ou à son frère Marie-Joseph...

Origine de la musique vignette|gauche|redresse=1|Partition du . L'origine de la musique est plus discutée, puisqu'elle n'est pas signée (contrairement aux autres compositions de Rouget de Lisle).

En 1861, les journaux allemands ont prétendu que La Marseillaise était l'œuvre de Holtzmann, maître de chapelle dans le Palatinat (on a parlé du Credo de la Missa solemnis 4), mais ce n'était qu'un canular« Rouget de Lisle et La Marseillaise », (), L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, Paris, Benjamin Duprat, Libraire de l'Institut, 1864, .. L'air par lequel débute un oratorio intitulé Esther a été évoqué de manière bien plus sérieuse : cette œuvre a été composée en ou par le maître de musique (le maître de chapelle) de la cathédrale de Saint-Omer en Artois, Jean-Baptiste Lucien Grisons. Dans les « Stances sur la Calomnie » qui ouvrent cette partition on entend en entier (avec seulement de très légères différences) la musique de La Marseillaise, jouée à l'orgue, sans les paroles.. Cet oratorio, écrit sur un texte biblique, avait été composé avant la Révolution (Grisons avait quitté son poste de maître de musique de la cathédrale de Saint-Omer en ). Hervé Luxardo, quant à lui, évoque la possibilité (mais sans pouvoir donner aucune preuve concrète et donc sans pouvoir l'affirmer) que l'air en question ait été introduit postérieurement par Grisons dans son oratorio, pour éloigner de lui les risques de prison ou de condamnation à la guillotineHervé Luxardo, Histoire de la Marseillaise, .. Enfin, pour l'anecdote, quelques notes évoquant d'assez loin la première phrase (« Allons enfants de la patrie ») apparaissent dans deux trios de Wolfgang Amadeus Mozart, ainsi que dans La Flûte enchantée (1791) et dans le premier mouvement Allegro maestoso du concerto pour piano en ut majeur () du même compositeur autrichien (les douze premières notes de l'hymne sont jouées au piano par la main gauche, à la fin de ce premier mouvement). Il s'agit là surtout de courtes formules mélodiques empruntées au langage musical en usage à l'époque de la composition de ces œuvres ; écouter en ligne (il s'agit de quelques mesures d'un thème secondaire) ; ..

De son côté, le prince Michel de Grèce évoque une parenté avec l'hymne des Wurtemberg ; écouter en ligne ; . joué chaque jour dans la principauté de Montbéliard qu'ils possédaientMichel de Grèce, Mémoires insolites, ., air que devait connaître la femme de Dietrich, Sybille Ochs, qui était d'origine bâloiseSon frère Pierre était chancelier de Bâle.. Or cette dernière, excellente musicienne, a travaillé à orchestrer la MarseillaisePhilippe Champy, Les Boiseries de la Marseillaise, ..

vignette|droite|redresse=1|Jean Béraud, La Marseillaise, 1880

Même si André Grétry juge que , d'autres comme Louis Garros et Philippe Barres avancent qu'il peut s'agir d'Ignace Joseph Pleyel, par ailleurs compositeur de L'Hymne de la liberté, dont Rouget de Lisle a écrit les paroles. Toutefois, il est absent de Strasbourg en pour diriger les « Professional Concerts » à Londres, où il va résider jusqu'en .

Plus tardivement, en , François-Joseph Fétis prétend que Guillaume Navoigille est l'auteur de la musiqueFrançois-Joseph Fétis, La vérité sur la Marseillaise, dans Le Guide Musical, du 23 août & 3 septembre 1863 .. Mais peu après, sous la menace d'un procès, il se rétracte et reconnaît avoir été mystifiéArthur Loth, La Marseillaise..., ..

De nombreux compositeurs ou critiques ont cherché à attribuer la musique de La Marseillaise à un autre auteur. Le seul cas indécidable, selon Frédéric Robert, serait celui de l'introduction d'Esther, cet oratorio de Jean-Baptiste Grisons, déjà signalé plus haut…, contredisant ainsi l'avis de Constant Pierre, pour qui Esther est postérieur à La Marseillaise.

En France : du chant de guerre révolutionnaire à l'hymne national thumb|Général Mireur, 1770-1798, terre cuite anonyme, Montpellier, Faculté de médecine.

De Montpellier () à Marseille () Le , une cérémonie funèbre a lieu à Montpellier sur l'esplanade en l'honneur du maire d'Étampes, Jacques Guillaume Simonneau, assassiné au cours d'une récente émeute. L'absoute donnée par l’évêque Dominique Pouderous est suivie par le Chant de Guerre pour l'Armée du Rhin interprété par .

Un délégué du Club des amis de la Constitution de Montpellier, le docteur François Mireur, venu coordonner les départs de volontaires du Midi vers le front, assiste à cette cérémonie et est ..

Après avoir prononcé un discours le devant le Club des amis de la Constitution de MarseilleRue Thubaneau. Le Mémorial de la Marseillaise, installé dans l'ancienne salle de jeu de paume d'où est parti ce bataillon, est officiellement ouvert depuis le 8 mars 2011., Mireur participe le lendemain à un banquet dont il est l'invité d'honneur. Prié de prononcer un nouveau discours, il entonne le chant entendu à Montpellier quelques jours plus tôt. Dans l'atmosphère patriotique qui règne alors, Mireur suscite l'enthousiasme de ses auditeurs.