L'Eau de mélisse des Carmes Boyer est une préparation alcoolisée à base de mélisse et d'eau distillée. Elle est également nommée « eau de mélisse ». La recette comprend , et , et de l'alcool à 80°. Sa recette et son flaconnage sont pratiquement inchangés depuis 1611. Marque protégée, puis déposée, elle est vendue principalement en pharmacie.
L'entreprise, installée à Carrières-sur-Seine, commercialise environ par an pour un chiffre d'affaires d'environ d'euros. Elle a reçu en 2015 le label d'État Entreprise du patrimoine vivant.
Propriétés thérapeutiques thumb|Mélisse du Mont Carmel, Israël, en fleur. thumb|Mention de l'eau de mélisse () dans un ouvrage ancien .
Diverses propriétés sont traditionnellement attribuées à la mélisse (Melissa officinalis). Autrefois panacée, on lui prêtait un pouvoir de guérison sur toutes sortes d'affections, comme la mélancolie (Hildegarde de Bingen : . ), l'épilepsie (antispasmodique), l'apoplexie (Paracelse : , Ibn Sina ou Avicenne : la mélisse est un tonique cardiaque). Dioscoride et Pline l'Ancien recommandaient la plante sous forme d’extrait aqueux ou d’oenolé contre les piqûres d’insectes, les troubles menstruels, les douleurs abdominales et maladies rhumatismales. Au , l'écrivain anglais John Evelyn décrit la mélisse comme une plante bonne pour le cerveau . C'était aussi un digestif.
Les grands carmes de la Place Maubert et de Marseille l'auraient utilisée contre la peste, comme le prescrit Marsile Ficin au . En 1555 l'aurait prescrite pour soigner les fièvres pestilentielles, en 1576 Guillaume Rondelet pour la léthargie. L'eau de mélisse était utilisée par les dames de la cour du Roi-Soleil sujettes à des malaises nerveuxGEO d'octobre 2012 ..
Au , Amédée Boyer écrivait que l'Eau de Mélisse était
L'eau de mélisse était aussi réputée contre le scorbut, les vapeurs, les troubles hystériques, apoplexie, mélancolie (Simon Paulli), coliques, léthargie, la paralysie et les vertiges (Rondelet), le panaris (mélangée à du vin), contre les débilités des voies digestives et les flatuosités…
Histoire Ancien Régime : le couvent de la place Maubert et les carmes déchaux de la rue de Vaugirard L'eau de mélisse fut peut-être utilisée par Charles Quint car on connaissait déjà une eau de mélisse, commercialisée par les carmes d'Avignon à Narbonne : , en 1379, naît « L'Eau des Carmes » : composée d'angélique, de mélisse et d'autres huiles herbeuses, elle serait l'œuvre des carmélites de l'abbaye de Saint-Juste...ou Saint-Just de Narbonne ?.
thumb|Publicité et brochure pour l'Eau de Mélisse, à Bordeaux . thumb|Publicité pour l'eau de Mélisse des Carmes avec les portraits de St Jean de la Croix et Ste Thérèse de Jésus.
Chaque couvent, chaque ordre religieux, avait à l'époque, son eau, ou son élixir, dont la recette était tenue secrète, tel celui de la Chartreuse, ou encore cette eau des Carmes.
Un parchemin rédigé en 1715 par frère Joachim de St Jacques, carme du Couvent de la Place Maubert, comprend la véritable recette de l'eau de mélisse : cette recette était tenue secrète, seulement transmissible à un frère carme ou à un religieux, sous promesse. Le parchemin proviendrait de l'Orient, Liban ou Terre Sainte. Cette recette fut exploitée par les Grands Carmes du Couvent de la place Maubert, qui vendaient l'eau de mélisse à la porterie, puis par les carmes de la rue de Vaugirard. Lorsque les carmes vinrent s'installer rue de Vaugirard en 1607, Une concurrence s'établit alors entre les deux couvents. La première recette était transmise par le frère Joachim de Saint Jacques et la seconde par le frère Damien, carme déchaux : distinction entre le couvent des Grands carmes et celui des carmes réformés.
En 1611, un médecin concocte une recette originale de boisson tonique réconfortante à base de mélisse, dont il donne la formule à un religieux carme de la rue de Vaugirard à Paris, le Père Damien. Les Carmes décident de la produire dans leur couventCertains auteurs prétendent qu'ils ont eux-mêmes inventé cet élixir., dans une officine et de la commercialiser.
On l'appela alors Eau de citronnelle, autre nom de la mélisse puis , eau des CarmesAutres noms : Aqua aromatica, Aqua Melissae Carmelitana, Melissae composita spirituosa , Spiritus Melissae Compositus : eau de mélisse spiritueuse, alcoolat de mélisse composé«Charles Lefeuve, Le Paris Pittoresque, histoire de Paris rue par rue, maison par maison, 1875.. On s'en servit pour les bains et aussi contre l'odeur de la peste. Ce fut alors un des remèdes préférés contre la migraine du cardinal de Richelieu puis par un disque de papier sur les flacons rappelle la mémoire d'un attentat du , où du poison était mêlé à l'eau de mélisse du Cardinal, qui s'en aperçut à l'odeur inaccoutumée), puis à la Cour du Roi Louis XIV où elle devint une panacée :
Les jardins des Carmes Le frère Joachim de Saint Jacques, des Grands Carmes de la place Maubert, affirme être débordé sous la demande au point de devoir multiplier les tonneaux de liqueur, en 1715. Aussi à cette date transfère-t-il avec la permission de son supérieur, son secret à frère Gabriel de Saint-Nicolas, lequel serait d'après le Journal de Pharmacie, un carme déchaux et non pas un grand carme. C'est ensuite aux Carmes de la rue de Vaugirard, de devoir leur célébrité à l'eau dite « Eau des Carmes » mais ils en préparaient déjà depuis 1611. thumb|Les Carmes, rue de Vaugirard, par Achille Michallon. thumb|right|Les carrés de plantes du jardin des Carmes de la rue de Vaugirard par Eugène Atget, moins d'un siècle après leur départ thumb Les jardins du couvent des Carmes où se cultivait la mélisse contenaient plus de quarante-deux arpents cultivés (cf. Galerie d'images, illustration 3, Plan de Turgot) avec un soin extrême : « Les jardins de ce monastère étaient très vastes. C'est dans l'apothicairerie de ce monastère que la composition de l'eau de mélisse fut inventée; c'est pourquoi on la nomma souvent Eau des Carmes. Les religieux de ce couvent font un débit considérable de cette eau, et quoiqu'ils affectent de la déguiser en disant qu'elle est composée de plusieurs sortes d'herbes qu'ils cultivent dans leurs jardins, le public sait à quoi s'en tenir et que ce n'est que de l'eau de mélisse telle qu'on en fait partout ailleurs »Description historique de la ville de Paris. Édition de 1765, t. VIII, .. Ce n'était pas seulement dans leurs jardins qu'ils récoltaient les ingrédients nécessaires à la composition de l'eau de mélisse. On retrouva en effet, aux archives de l'hôtel de ville de Paris, une facture d'un sieur Bourlier, herboriste, établissant que du au , il avait fourni aux Carmes pour 75 l. 16 s. de plantes médicinales.
« À peine les Carmes sont-ils fixés rue de Vaugirard, qu'ils établissent dans une des dépendances de leur maison une officine pharmaceutique, où ils fabriquent et vendent, dès 1611, ce fameux élixir qui, sous le nom d'Eau des Carmes, fera plus pour la réputation de leur couvent que la sainteté et le savoir de ses religieux, quelque éminents qu'ils soient. Les cures merveilleuses établirent sa réputation, même à la cour. Le cardinal de Richelieu en portait constamment sur lui : « C'était là, disait-il, le seul cordial qui pût le préserver de ses migraines. » À son exemple, chaque courtisan eut sans cesse le sien aux lèvres. Il n'était pas, dit Dulaure, de petite maîtresse qui ne portât sur elle un flacon d'Eau des Carmes.
La vente de l'Eau des Carmes prenait une extension rapide et devenait pour l'ordre une source de richesses. L'Eau des Carmes déchaussés trouva en maître Jean-Claude Verdeil, apothicaire aux piliers de la Halle, un premier contrefacteur. Les moines faisaient payer cher leur produit aux riches et le donnaient aux pauvres. L'apothicaire vendant meilleur marché, mais ne le donnant à personne, parvint rapidement à acheter, du fruit de ce négoce, une maison de bon rapport dans la rue de la Barillerie. Le contrefacteur, on le voit, n'est pas né d'hier, et les choses se passaient pour lui, en 1667, comme elles se passent aujourd'hui; une condamnation sévère récompensait ses honnêtes tentatives.
Ce fut sans doute cet incident qui inspira aux Carmes déchaussés de la rue de Vaugirard le désir de faire reposer leur propriété sur des titres authentiques et exclusifs.
L'abbé Frenne de Saint-Mirieu, supérieur de ce couvent, présenta au roi, le , une supplique contenant un mémoire où étaient énumérées longuement toutes les qualités cordiales de l'Eau des Carmes déchaussés, et dont la propriété fut garantie au couvent par lettres-patentes émanant de Sa Majesté et résolues en son conseil. Louis XIV ne répondit pas immédiatement à cette supplique; ce ne fut qu'en 1709 qu'une circonstance assez remarquable ayant appelé son attention sur l'Eau des Carmes, ces religieux en profitèrent pour obtenir les patentes que le couvent sollicitait depuis plus de trente ans. C'était la belle époque des voyages de Marly; les jours de Marly, les seigneurs se pressaient sur le petit escalier de la chapelle, sollicitant la grande faveur de venir se ruiner au jeu ; puis les invitations faites, le roi partait, entassant dans son carrosse une douzaine de princesses du sang ou de dames favorites. Cette manière de voyager n'était rien moins qu'agréable pour ces dames. Pressées, cahotées, gelées en hiver, brûlées en été, trempées par la pluie ou étouffées par la poussière, — car Sa Majesté, assez robuste pour n'avoir jamais été incommodé par le froid ou le chaud, n'eût pas permis qu'on fermât les glaces ou les rideaux, — elles étaient exposées à tous les malaises qui assaillent les femmes en de telles circonstances. Le roi détestait en plus les essences et les senteurs, tout flacon était exclu de Marly et de Versailles. La fatigue de ces voyages, l'insomnie des nuits passées en fêtes, le genre de vie qu'elles menaient rendaient fort fréquentes les maladies nerveuses parmi les dames de la cour; en 1709, les affections vaporeuses devinrent plus intenses; plusieurs voyages durent être contremandés, au grand déplaisir du roi, qui signifia à Fagon d'avoir à guérir ces dames. Une étrange idée passa dans la tête du médecin bossu : il leur ordonna de frotter elles-mêmes leurs appartements. Un tel traitement pouvait avoir de bons effets et être fort rationnel, mais il ne fut pas du goût de ces dames. Cependant le roi avait parlé, il fallait se soumettre : heureusement le confesseur de la duchesse de Bourgogne leur fournit un moyen de guérison plus agréable et plus efficace.
C'était un carme déchaussé de la rue de Vaugirard ; il conseilla à sa royale pénitente de prendre de l'Eau des Carmes. Les bons effets qu'elle en éprouva lui firent prôner ce remède, et bientôt, adoptant son usage, les dames de la cour furent délivrées de leurs spasmes.
Reconnaissant envers les bons Pères, Louis XIV leur octroya alors les lettres qu'ils sollicitaient ; elles furent données à Versailles en plein conseil, et au mois d'. » (Brochure des Carmes Boyer)
La vente de cette liqueur était donc très productiveReport 47,1701.15 s.M. de Brézé, hôtel au coin des rues du Regard et du Cherche-Midi 7,000 » M. de Cordon (id.) 12,000 » 66,1761.15 s. [Archives de l'hôtel de ville.), et les religieux avaient eu soin de se faire délivrer des brevets par le roi les et ; quand ils en sollicitèrent un troisième, ils trouvèrent une certaine résistance de la part des pharmaciens, et la difficulté ne fut aplanie qu'au moyen d'une transaction par laquelle les Carmes Déchaussés s'engageaient à payer au Collège de pharmacie une somme annuelle de mille livres Voici le texte de cette transaction, passée le 4 octobre 1780 en l'étude de M. Lefebvre, notaire, rue de Condé :
1°. Messieurs les prévosts des maisires en pharmacie et leurs successeurs n'apporteront aucun trouble, empêchement à l'exécution des brevets et permissions que les religieux Carmes obtiendront de Sa Majesté pour la composition, vente et distribution de leur eau de mélisse, dite des Carmes ;