vignette|upright 1.8|Rome dans les premières années de sa fondation au

La fondation de Rome décrit les aspects mythologiques et historiques de la naissance de la ville de Rome au cours du

Les recherches historiques et archéologiques récentes renouvellent la représentation de l'origine de la ville et mettent souvent à mal le récit traditionnel que les auteurs antiques en ont laissé.

Il est admis que Rome n'a pas été créée . Aussi, beaucoup d'historiens préfèrent au terme de « fondation », qui suppose un acte précis et daté, celui de « formation » qui .

La tradition

vignette|Haut-relief représentant Romulus et Rémus allaités par la louve sur la Maison de la Louve à la Grand-Place de Bruxelles.

Deux traditions existent dans l'Antiquité sur l'origine de Rome : Les Grecs, avec Hellanicos de Mytilène (vivant au ), attribuaient sa fondation à un descendant d'Énée et des Troyens rescapés de la guerre de Troie. Les anciens récits romains évoquaient également un certain Latinus, roi de la peuplade autochtone des Latins, et beau-père d'Énée, comme étant le fondateur de la cité. Virgile tira de la première tradition une épopée intitulée L'Énéide, récit qui a plus une prétention poétique (dans la lignée de Homère) qu'historique. Voir, à ce propos, la légende d'Énée.

Le récit de la fondation

vignette|Enfance de Romulus et RemusSebastiano Ricci, vers 1708Musée de l'Ermitage, Saint-PetersbourgMusée de l'Ermitage. vignette|Lithographie du représentant Romulus qui trace le pomerium à l'aide d'un araire à soc de bronze. D'après les mythes romains, Romulus fonde la ville de Rome à l'emplacement du mont Palatin sur le Tibre le

C'est à partir de cette date fictive que les Romains comptent les années. Cette convention nécessitait une justification mythique pour en affirmer le caractère sacré ; deux principales narrations sont connues à travers la littérature gréco-latine sur le récit de cette fondation : Tite-Live (-59 ; 17) écrivit une histoire de Rome : (AUc), qui en latin signifie « depuis la fondation de la ville ». Denys d'Halicarnasse (années -50) écrivit pour sa part Histoire ancienne de Rome. Elle livre un récit chronologique des débuts de la puissance romaine, depuis cette origine légendaire jusqu'au déclenchement de la première guerre punique.

Selon le mythe rapporté par Tite-Live , Procas, le roi d’Albe-la-Longue, a deux fils : Numitor et Amulius. À la mort de leur père, l’héritage est partagé à parts égales : l'aîné, Numitor, obtient le trône, tandis qu’Amulius, le cadet, récupère les richesses et l’argent paternel.

Déçu par le partage, Amulius détrône son frère et tue le fils de Numitor, Lausus. Afin d’être sûr que la lignée de Numitor disparaisse, il fait également de sa nièce, Rhéa Silvia, une vestale dont le sacerdoce l’oblige à rester vierge tout au long de sa vie.

Néanmoins, le dieu Mars tombe fou amoureux de la jeune fille qui accouche de jumeaux : Romulus et Rémus. Amulius fait alors emmurer la vestale et condamne les nourrissons à être jetés dans le Tibre. Les enfants sont abandonnés dans une fondrière, sur les rives du fleuve en crue, par le serviteur chargé d'exécuter la sentence.

Ils sont alors recueillis par une louve qui les allaite dans la grotte du Lupercal, au pied du Palatin. Par la suite, le berger Faustulus, témoin de ce prodige, recueille les jumeaux au pied du (figuier sauvage) situé à l’entrée de la grotte et les élève, en compagnie de son épouse Acca Larentia. Cette dernière aurait été une prostituée que les bergers des environs auraient surnommée , en latin « louve » ou « prostituée ». Ce serait donc par un jeu symbolique que des auteurs antiques auraient créé le mythe de la louve, tirant parti de la puissance redoutable de l'animal au profit de leur cité, puissance crainte par les bergers de la civilisation étrusque pastorale qui éprouvent une peur religieuse de ce prédateur, puissance admirée par les soldats de la civilisation romaine conquérante qui envient sa force et son adresse.

Devenus adultes, Romulus et Rémus décident de fonder une ville.. N'arrivant pas à départager celui des deux qui donnerait son nom à la nouvelle ville, ils s'en remettent aux augures, cette prise d'auspices ayant pour but d'interroger les dieux sur la légitimité de l'espace choisi et d'obtenir ainsi l'assentiment divin pour y inscrire la nouvelle cité.. Romulus se place sur le mont Palatin, là où ils avaient été découverts et élevés par la Louve, Rémus sur l'Aventin. Ce dernier est le premier à voir six vautours voler dans le ciel. Aussitôt après, Romulus voit douze vautours. Rémus avait donc pour lui la primauté, alors que Romulus avait le nombre le plus important. Ce fut Romulus qui finalement fut désigné.

Alors qu'il trace le (sillon sacré délimitant l'espace à urbaniser, l'urbs, du reste du territoire, l'ager romanus) en guise de mur, soulevant l'araire de bronze attelé d'un taureau et d'une vache, son frère Rémus franchit armé ce rempart symbolique pour provoquer son frère. Cette faute criminelle est un présage funeste : les murailles de la ville ne seront plus infranchissables aux troupes lors des guerres civiles et aux incursions ennemies. Pour annuler ce présage, Romulus est contraint de tuer son frère en songeant à l'adage (« Le pouvoir ne se partage pas »), marquant ainsi tout aussi symboliquement l'intransigeance sourcilleuse de Rome devant toute incursion malveillante. .

Ce rite fondateur est suivi de divers événements qui concourent au peuplement initial de Rome : l'enlèvement des Sabines, guerre contre le roi sabin Titus Tatius, secours apporté par le chef étrusque Cælius Vibenna qui s’installe sur une colline à laquelle il donne son nom (selon Varron), paix avec les Sabins, et partage du pouvoir avec Titus Tatius.

Traditions alternatives Denys d'Halicarnasse a recensé plusieurs traditions alternatives. :

D'après Cephalon de Gergis, Demagoras et Agathyllos, Rome aurait été fondée par Romos, fils d'Énée et frère d'Ascagne, Euryleon et Romulos ; D'après Hellanicos et son disciple Damastès de Sigée, Rome aurait été fondée par Énée lui-même, à son arrivée en Italie après être passé au pays des Molosses ; D'après Callias de Syracuse (v. 350 - v. 270 av. J.C.), Rhomè est une des femmes troyennes qui se réfugient en Italie après la chute de Troie. Elle épouse Latinos, roi des Aborigènes (nom donné aux premiers habitants de l'Italie, qui prirent par la suite le nom de Latins, d'après leur roi), de qui elle eut trois fils, Rhomos, Romulos et Télégonos, qui fondèrent une ville et lui donnèrent le nom de leur mèreFestus Grammaticus, De la signification des mots, art. "Rome" p.329.1 Lindsay. ; D'après , Rome aurait été fondée par Romos, fils d'Ulysse et de Circé ; D'après Denys de Chalcis, Rome aurait été fondée par Romos, fils d'Ascagne ou d'Emathion ; D'après d'autres auteurs, dont le nom n'est pas rapporté par Denys d'Halicarnasse, Rome aurait été fondée par Romos, le fils d'Italus et de Leucaria, la fille de Latinus.

La date de la fondation Rome a été fondée, selon la tradition, au milieu du .

L'anniversaire du jour de la fondation de Rome était célébré le 21 avril (fête des ). L'année fixée par la tradition romaine et qui s'est imposée à la postérité est -753, date proposée par un érudit romain du , Varron, malgré quelques propositions alternatives : Timée de Tauroménion (vers -350, -250), cité par Denys d’Halicarnasse, propose -814, en même temps que la fondation de Carthage. Calpurnius Piso, d'après CensorinCensorin, Du Jour natal, XVII, 13., propose -758. Quintus Fabius Pictor (vers -254, -201), le premier historien romain, se base sur une royauté de 7 générations de 35 ans qui précède l'établissement de la République et aboutit à -747 ou -748. Le censeur Caton l'Ancien (-234, -149) qui rédigea une histoire des Origines calcule 432 ans après la guerre de Troie, et obtient -751. L'écrivain romain Varron (-116, -27) reprend les travaux de Fabius Pictor et corrige la date de fondation de Rome en -753/754, ce que Tite-Live adoptera. Denys d'Halicarnasse, dans une démonstration argumentée sur la chronologie des rois, date la fondation de Rome de la première année de la septième olympiade, soit -751.. Polybe de Mégalopolis, la deuxième année de la septième olympiade d'après une tablette conservée par les grands pontifes, soit -750. Cornelius Nepos et Diodore, -550. Lucius Cincius Alimentus, d'après Denys d'Halicarnasse et Solin, propose -728 ou -728, quatrième année de la douzième olympiade.

Les vestiges au temps de la République romaine Au temps de Cicéron, donc au , les Romains montraient fièrement sur le Palatin la , une cabane au toit de chaume et aux murs de torchis, où le berger Faustulus éleva les enfants Romulus et Rémus, et une autre cabane sur le Capitole devant le temple de Jupiter Optimus Maximus, attribuée à Romulus en personne ou encore à son collègue Titus Tatius. Vestiges respectés et attributions légendaires, ce sont des indices d’habitat certainement très anciens, mais de quelle époque ?

Le lieu de la fondation Les auteurs de l'Antiquité s'accordent pour considérer que le site de Rome était déjà habité lors de sa fondation.

Au moins trois des peuples albains (), habitants primitifs du Latium, dont la liste nous a été transmise par Pline l'Ancien, occupaient des collines voisines au Capitole.

En effet, les habitaient le Cælius. D'après TaciteTacite, Annales, IV, 65., le Caelius se serait d'abord appelé le , en raison du grand nombre de chênes dont il était couvert. D'après Pline l'Ancien, son nom primitif se serait perpétué par la porte Querquétulane (), nom qu'il donne à la porte Cælimontane () située entre le Cælius et l'Esquilin. Le Cælius n'aurait pris le nom qu'après que Cælius Vibenna, un chef étrusque appelé au secours de Rome fut établi en cet endroit par Tarquin l'Ancien ou un roi antérieur.

D'autre part, les habitaient le ; les , le ; et les , le Viminal. S'y ajoutent peut-être les , que certains auteursMassimo Pallottino, , Milano, 1993, p. 123 et pp. 130-131. identifient aux , habitants du Mucial, la partie centrale du Quirinal, mais que d'autres identifient aux habitants de ; les , que certains identifient aux habitants du forum romain.

Le Palatin aurait abrité Saturnie ().

D'après Pline l'Ancien, le Janicule aurait abrité . D'après Virgile, il s'agissait d'un , VIII, 355. qui aurait été fondé par Janus lui-même, VIII, 857. et se serait appelé , VIII, 858..

D'après de nombreux auteurs antiques, le Palatin aurait abrité Pallantée, ville fondée par Évandre, originaire de la ville homonyme d'Arcadie, fondée par Pallas, l'aïeul d'Évandre, et située au nord-est de Mégalopolis dans le Péloponnèse.

Critiques et explications de la tradition Tite-Live et Denys d’Halicarnasse émirent eux-mêmes des réserves sur ce qu’ils rapportaient. Ainsi Tite-Live rapproche le surnom et l'histoire de la louve.

Au , un rejet massif s’exprime avec la Dissertation sur l’incertitude des cinq premiers siècles de l’histoire romaine, de Louis de Beaufort, publiée en 1738.

L’historien Mommsen (1817-1903) a exprimé des doutes plus modérés. Il émet l’hypothèse que la tradition antique a pu se construire à partir de faits réels mais projetés sur un passé lointain et transformés en mythes. Par exemple, l’immigration à Rome de population sabine (arrivée des Claudii) au début de la République serait à l’origine de l’épisode de l’enlèvement des Sabines et de l’association avec Titus Tatius.

D’autres critiques soulignent l’habitude des auteurs anciens d’inventer un personnage éponyme pour fournir l’origine du nom d’un lieu. Romulus et Rome, le chef étrusque Cœlius Vibenna et la colline du Cælius sont des exemples de ce mécanisme.