Le Thym cultivé (ou thym commun, Thymus vulgaris) est une plante médicinale majeure de la pharmacopée méditerranéenne, qu'elle soit ancienne ou moderne. Ce sont essentiellement ses feuilles qui sont utilisées en phytothérapie. Cette plante peut être consommée sous forme d'infusion, de teinture ou d'alcoolature, elle est également reprise par bon nombre de médications conventionnelsANTON R. et WICHTL M.; Plantes Thérapeutiques, traditions, pratique officinale, science et thérapeutique, Éditions Tec & Doc, Lavoisier ; de la 3em édition allemande pour soulager le système respiratoire. L'utilisation de l'huile essentielle extraite des feuilles est aussi fort reconnue, elle est d'ailleurs l'exemple parfait pour introduire la notion de chémotype, qui part sa grande diversité, démontrera la variabilité de ses composantes et propriétés. De manière générale, c'est un anti-infectieux à large spectreR.Jollois et sous la direction scientifique de P.Franchomme et la direction médicale de D.Pénoël, L'Aromathérapie exactement, éd. Roger Jollois, 1990, réédit. revue et améliorée 2001 , un stimulant immunitaire (en association)MAILHEBIAU P. ; La nouvelle aromathérapie, Éditions Jakin, 1994, 2em édition. et circulatoire, un expectorant et un digestif. vignette|250x250px|feuilles fraîches
Dénominations médicales Le thym commun est une espèce dont les composantes chimiques du métabolite secondaire varient selon le climat et l’environnement. Cette variabilité a donc conduit les pharmaciens à donner un nom scientifique à chaque chémotype, annoté de façon à connaître les principaux constituants, qui eux auront des propriétés définies :
+ Les différents chémotypes du Thymus vulgaris Nom scientifiqueNom courant Thymus vulgaris L. thymoliferum thym à thymol Thymus vulgaris L carvacroliferum thym à carvacrol Thymus vulgaris L. geranioliferum thym à géraniol Thymus vulgaris L. linaloliferum thym à linalol Thymus vulgaris L. paracymeniferum thym à paracymène Thymus vulgaris L. thajanoliferum thym à thujanol Thymus vulgaris L. terpineoliferum thym à alpha terpinéol
Dans les herboristeries, d'autres espèces du genre Thymus se retrouvent à proximité de Thymus vulgaris. Le Thymus citriodorus qui est également un thym à géraniol. le Thymus satureioides COSSON borneol-carvacroliferum, originaire du Maroc, est un thym à saturéioïdes contenant beaucoup de bornéol. Le Thymus zygis est composé de carvacrol et de thymol, et est souvent employé au même titre que le Thymus vulgaris à phénols. Le Thymus mastichina L. cineolifera serait une espèce de thym d’Espagne contenant beaucoup d'eucalyptol(55 à 75 %) ainsi que du limonène. Le Thymus serpyllum L. em FRIES serait, quant à lui, composé de thymol, de carvacrol (20-30 % avec un taux de 26 % maximum pour ces deux phénols), de linalol, bornéol, géraniol, alpha-terpinéol, et terpinène-1-ol-4.
Les chémotypes des huiles essentielles et leurs biotopes
Deux études ont été conduites en France dans les années 1980 concernant le type d’habitat pour les chémotypes du thymus vulgaris, et le type de facteur sur une surface restreinte<ref name=Brasseur>Brasseur T. ; Le Thym : mythe ou réalité, Travail de fin d'étude, Institut de pharmacie; Faculté de Médecine, Université de Liège, 1981-1982</ref>.
Étude sur l'ensemble du territoire français
Le type thymol Répandu dans toute l’aire du thym. C’est le thym qui bénéficie d’une plus large diffusion géographique mais ne constitue qu’exceptionnellement des populations homogènes (Rivesaltes dans la plaine du Roussillon). Il représente le thym classique des basses garrigues sèches et ensoleillées.
On le retrouve donc dans tous les types de sols où le thym peut évoluer, des sols extrêmement chauds et secs aux sols plus humides. Si cette spécificité thymol est plus répandue, elle est souvent associée à d'autres thyms, le type thuyanol-4 – terpinéol-4, mais également le type linalol.
Le type carvacrol Répandu dans toute l’aire du thym. C’est avec ce type de thym que l’on peut affirmer que c’est le facteur lumière et chaleur qui influencent le chémotype. En effet il semble absent des zones les plus fraîche de la méditerranée, et est souvent associée à Pistacia lentiscus L. Pourtant, des populations de type carvacrol prospèrent jusqu’à d’altitude sur le flanc sud du Mont Ventoux, mais ces stations sont abrités du mistral et soumis à une insolation particulièrement forte. Il apparait que c’est ce chémotype qui s’adapte le plus facilement dans des conditions d’extrême sécheresse, sur des grandes étendues des populations très denses et exclusives des autres types. Ces zones extrêmement sèches sont géographiquement limitées : versant sud du Pic Saint-Loup dans les environs de Montpellier, versant sud du Mont Ventoux, départements du Vaucluse et du Var.
Le type linalol Répandu dans toute l’aire du thym. Ce type peut constituer des populations homogènes dans des stations d’étendue restreinte : la montagne de la Fage dans le sud des Cévennes, Val-Saint-Donnat dans les Basses-Alpes, Mont Agel dans les Alpes méridionales et sur les hauteurs dominant Toulon. Il est représenté majoritairement dans ces territoires, où il est alors associé avec le type alpha-terpinéol. Dans tous ces cas, l’habitat est situé en moyenne altitude, entre 500 et et caractérisé par un ensoleillement moins intense et une température plus faible, et un degré hygrométrique (humidité de l’air) plus élevé que dans la plaine. Toutefois, ce type peut végéter dans des conditions écologiques bien différentes, en altitudes plus basses en association avec les types thuyanol-4 (– terpinéol-4) ou phénoliques, mais se retrouve en minorité dans ce type d’habitat.
Le type thuyanol-4 (- terpinéol-4) Moins abondant et plus localisé, il est essentiellement présent dans le massif des Corbières, dans le plateau du Larzac et dans la Provence rhodanienne, son aire s’étend également dans les plaines du Roussillon et de Provence, les garrigues hautes de l’Hérault et du Gard et la moyenne corniche d’Azur. Le comportement chimique de ce type se situe à la frontière entre les types linalol, alpha-terpinéol et géraniol, et les types phénoliques ; assurant également la transition écologique entre ces extrêmes. Il est donc de ce fait associé à tous les types de thyms soit en basse ou hautes altitudes. Par exemple, on les retrouve sur des sols plus ou moins humides et associé au Linalol.
Le type alpha-terpinéol On le retrouve dans peu de stations : partout dans la partie ouest des Corbières, sur le plateau du Larzac et les contreforts sud des Cévennes. Il semblerait donc qu’il soit lié aux mêmes facteurs climatiques que ceux qui favorisent la diffusion du type linalol où ce dernier sera bien plus répandu en tant que nombre que de répartitions géographiques.
Son association avec le type thuyanol-4 – terpinéol-4 est très restreinte et elle est pratiquement nulle avec les types phénoliques qui se plaisent dans des conditions extrêmement sèche.
Le type géraniol Répandu que dans une seule station (sur 150 stations) située sur le versant Nord de la montagne d’Albion (Basses-Alpes), située à près de d’altitude et soumise à un climat rude. C’est la seule à compter un certain nombre d’individus de ce type. La comparaison de représentation de types dans cette station est de : 10 pour le linalol, 2 pour le géraniol et de 1 pour le alpha-terpinéol.
Le type cinéol Inconnu en France, il est présent en Espagne.
Les types γ-terpinène et p-cymène Ce sont deux précurseurs de la biosynthèse végétale du carvacrol et du thymol.
Étude sur un territoire restreint
L’étude a été conduite sur un rectangle de sur sur la région de Saint-Martin-de-Londres dans le but de préciser les contraintes du milieu exercées sur la constitution chémotype des populations et d’essayer d’en comprendre la nature.
La zone d’étude, située à au Nord de Montpellier et présentant en son centre la cuvette de Saint Martin-de-Londres a été choisie en raison de sa forte densité écologique, en raison de la forte concentration de thym, en raison du fait que la plupart des chémotypes étaient présents sur cette petite zone et que leur distribution en paraissait pas tout à fait aléatoire. Il apparaît aussi que la caractérisation des milieux a une signification écologique plus précise si elle est fondée sur l’association des deux chémotypes les plus abondants, que sur la présence d’un seul chémotype présent ou plus abondant.
Dans les conditions de cette étude, l’humidité semble être le facteur écologique qui contrôle la distribution des chémotypes ; alors que le type de sol et l’altitude n’interviendraient qu’indirectement sur cette distribution en faisant varier l’humidité.
Par contre la répartition des peuplements à thymol et carvacrol semblent eux, être liée au facteur thermique. On a remarqué que les peuplements à carvacrol étaient plus sensibles au froid, ce peuplement fut en effet absent dans les zones plus fraîches tout comme Pistacia lentiscus L, espèce sensible au froid et étudiée par les phyto-écologues.Les groupements Thymol et carvacrol : Ils sont installés sur des sols rouges, argileux, plus ou moins caillouteux et peu profonds ; et sont physiologiquement les plus secs de la région.Les groupements Alfa-terpinéol et linalol : Eux par contre occupent des sols profonds, et sont les sols les plus humides que le thym puisse occuper.Les groupements Thymol et Linalol : On les rencontre fréquemment sur des sols calcaires peu profonds mais moins argileux que les sols du Thymol et Carvacrol. Ils libèrent plus facilement de l’eau qu’ils recèlent et sont en moyenne aussi plus humides.Les groupements thuyanol et linalol : Ils occupent fréquemment aussi des sols légèrement humides (moins que Alfa-terpinéol / linalol et plus que Linalol/Thymol).
Remarques sur ces études Si la variabilité de l’huile essentielle est établie de façon indiscutable, on n'en connait pas encore l’utilité précise et les probables avantages de ces adaptations génétiques à ces conditions climatiques et milieu biologique. On remarque aussi que les chémotypes peuvent se subdiviser des sols du même type, on observe dans un des secteurs, sur régosols et sols bruns calcaire rendziniformes peu caillouteux, un passage progressif des peuplements Linalol/Thymol à des peuplements Thymol/Linalol. Pour certains, il est aussi probable que le thym thymol tendrait à disparaître, laissant les autres chémotypes évoluer et s’adapter à ces conditions différentes. On aurait aussi constaté que le thym pourrait être récessif, ce qui expliquerait éventuellement le fait que le thym à thymol soit généralement en association avec les autres types. Le thym géraniol pourrait alors donner naissance à tous les autres thyms. L'ordre de transformation et d'évolution serait apparemment lié à la colonisation du thym du climat sec et chaud vers un climat tempéré et un peu humide.
Partie utilisée en phytothérapie : les feuilles
On utilise les feuilles le plus souvent séchées, dont on extrait aussi l'huile essentielle.
Analyse macroscopique de la partie employée Les feuilles sont lancéolées à ovoïdes, entières dont la base est à bord involutés, d’une longueur de 4 à sur de large au maximum. Sessiles ou brièvement pétiolées, leur face supérieure est verte ; la face inférieure est recouverte d’un duvet gris et porte de nombreux poils sécréteurs dans des dépressions.Le limbe est coriace, entier, la nervure médiane, déprimée à la face adaxiale, est proéminente à la face abaxiale.Les calices verts, possèdent une faible pubescence avec à leur base des poils hérissés blancs Les petits poils ciliés à la base du pétiole court sont absents. Après floraison, leur tube s’obture par une couronne de poils longs et raides.La corolle, souvent brunâtre à l’état desséché, est faiblement bilabiée.