Le château de Niasvij (en , en , en , en ) est un palais résidentiel de la famille Radziwiłł, situé dans la petite ville de Niasvij, au centre de la Biélorussie, à au sud de Minsk, la capitale de la Biélorussie. Après la dislocation de l'URSS, le ministère de la Culture de Biélorussie entreprend une restauration. Ces travaux aboutissent à l'inscription de l'ensemble dans la liste du patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO dès 2005. L'inauguration officielle de la restauration se déroule durant l'été 2012.
Histoire
La famille Radziwiłł est présente dans l'histoire de ce château pendant cinq siècles et lui donne une dimension culturelle très importante qui rayonne sur l'Europe centrale, en particulier dans les arts, les sciences et l'architecture..
Le château est un ensemble architectural composé d'une dizaine de corps de bâtiments mitoyens, disposés autour d'une grande cour hexagonale. De nombreux concepts utilisés dans les différentes parties de ce complexe ont donné naissance à des principes architecturaux nouveaux en Europe centrale du . C'est une des raisons de la décision de l'UNESCO de l'inscrire dans la liste du patrimoine de l'humanité.
La situation du château au centre du territoire de la Biélorussie (dans ses frontières actuelles) a joué un rôle prépondérant à cet égard. Les territoires qui entourent le château sont passés au cours des siècles des mains de la Rus' de Kiev à celles de la Moscovie, de la Suède, du grand-duché de Lituanie, de la Pologne, de la république des deux nations, de l'Empire russe puis de l'URSS et enfin de l'actuelle Biélorussie.
Si la paysannerie biélorusse était de confession chrétienne orthodoxe, la noblesse polonaise et était catholique, tandis que la bourgeoisie, les commerçants et les artisans se partageaient entre le catholicisme, l'orthodoxie, l'uniatisme, le calvinisme et le judaïsme. Des témoignages architecturaux de ces religions sont présents sur l'ensemble du territoire de la Biélorussie. Elles ont exercé sur ce territoire un rôle culturel très important et diversifié dans les domaines de la spiritualité, des arts, de l'architecture ou de l'éducation.
Ce château se trouve aux confins géographiques orientaux de l'Europe centrale et occidentaux de l'Europe orientale.
À cinq cents mètres du corpus du château lui-même, à la sortie du parc, près des grilles de l'entrée, on voit une église baroque également inscrite au patrimoine architectural de la Biélorussie : l'église catholique du Corpus Christi, nécropole de la famille princière Radziwiłł.
À vers l'est se trouve le château de Mir, qui a également été restauré et inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO.
Origines au
Au début du , les anciens propriétaires de Niasvij, les Kichki, firent construire un château en bois à l'emplacement de l'ancien parc, au nord du château actuel. Après que Niasvij fut passée sous l'autorité de la famille Radziwiłł, le château fut reconstruitA. A. Metelskii, Мяцельскі А. А. Нясвіжскі драўляны замак // Археалогія Беларусі [гал. рэд. Т. У. Бялова]. Т. 2. — Мінск: Беларуская Энцыклапедыя імя Петруся Броўкі, 2011. — С. 144. Il faut supposer que cela se passa en 1547, à l'initiative de Nicolas Christophe Radziwiłł, suivant un projet d'un architecte militaire hollandaisK. Ia. Chychyguina-Patotskaïa, Шышыгіна-Патоцкая К. Я. Нясвіж і Радзівілы. — Мн.: «Беларусь», 2007. — С. 15. Sur la gravure de Niasvij, œuvre de du début des années 1600, le château en bois existe encore, mais on l'appelle « la maison du staroste ». Cet édifice n'a pas été conservé jusqu'à nos jours. Le , Nicolas Christophe Radziwiłł posa les fondations d'un château en pierre au sud de celui en bois. C'est cette date qui, par tradition, a donné celle de la fondation du château actuel.
Le château en pierre se présente comme un hexagone d'environ de côté. Il est relié avec les alentours par un unique pont, qui pouvait être démonté en cas de danger. Dans ce cas-là, il existait aussi quelques passages secrets pour entrer ou sortir du château. Les remparts du château étaient recouverts de terre et d'argile, et atteignaient une largeur de ; les fossés pouvaient rester au sec du fait que le niveau de la rivière Oucha se situait quelques mètres plus bas. On renforça les deux côtés des fossés par des murs en briques d'une épaisseur de deux mètres et d'une hauteur de quatre. Pour améliorer les conditions de vue et d'observation de l'ennemi et pour pouvoir le bombarder, un chemin de ronde fut construit et, de plus, devant les portes d'accès au château furent ajoutées des redoutes (ravelins) ainsi qu'un fossé de de large, d'une profondeur de environA. A. Metelskii, Мяцельскі А. А. Нясвіжскі бастыённы замак // Археалогія Беларусі [гал. рэд. Т. У. Бялова]. Т. 2. — Мінск: Беларуская Энцыклапедыя імя Петруся Броўкі, 2011. — С. 143-144.
À la même époque commencèrent les travaux de réalisation d'un réseau hydraulique de constructions. Le cours de la rivière Oucha fut élargi et la terre dont on disposait fut utilisée pour augmenter la hauteur des berges et aussi pour remblayer des dépressions marécageuses, où fut construit le château. Ensuite, grâce à des digues et des barrages, des étangs furent créésA. A. Metelskii, Мяцельскі А. А. Нясвіжскі бастыённы замак // Археалогія Беларусі [гал. рэд. Т. У. Бялова]. Т. 2. — Мінск: Беларуская Энцыклапедыя імя Петруся Броўкі, 2011. — С. 143. En faisant monter le niveau de leurs eaux, il devenait possible de faire monter le niveau des douves autour du château. vignette|Château Radziwiłł à Niasvijvignette|Reconstruction du château de Sirotka.
Armement et fortifications au
Au début de la guerre russo-polonaise de 1654-1667, vingt-huit canons furent installés au châteauN. A. Volkov, Волков Н. А. Артиллерия Несвижского замка в конце XVI — начале XVIII вв. // Война и оружие: Новые исследования и материалы. Труды Третьей международной научно-практической конференции 16-18 мая 2012 г. Ч. I. — СПб., 2012. — C. 272-283. Deux des quatre pièces d'artillerie de calibre 20-24 livres (les meilleures du château) furent installées sur le bastion ouest et protégeaient ainsi le flanc le plus dangereux. Leur fonction principale était de détruire l'artillerie ennemie, tandis que les armes légères (de 1 à 4 livres) étaient utilisées pour défaire les forces vives des assaillants eux-mêmes. Le plus grand nombre de canons fut coulé au château même, tandis que quelques-uns furent amenés depuis d'autres places fortes.
Durant cette même guerre, le château soutint deux sièges des forces russes, en 1654 et en 1659N. K. Mazoouka, Мазоўка Н. К. У складзе Вялікага княства Літоўскага і Рэчы Паспалітай // Памяць: Нясвіжскі раён. — Мінск: Беларуская Энцыклапедыя імя П. Броўкі, 2001. — С. 39 (selon d'autres sources en 1655 et en 1660)A. A. Metelskii, Метельский А. А. Владельцы старого Несвижа. — Минск: Беларуская Энцыклапедыя імя П. Броўкі, 2011. — С. 74.
À l'époque de la première prise de la ville, l'armée russe essaya de s'emparer du château, mais sans succès. Le château subit cependant de lourds dégâts. En 1658, beaucoup de pièces des étages supérieurs du château furent laissées en l'état - endommagées - tandis que les remparts furent restaurés à grand frais par les Radziwill. Par la suite, les armées russes s'emparèrent encore de la ville et tentèrent à nouveau de prendre le château d'assaut, mais en vain.
En 1660, des renforcements sont apportés au château dans l'esprit de l'école hollandaise de fortification, sous la conduite de l'ingénieur architecte Théophile Spinovski. Celui-ci réalisa un avant-projet non à Niasvij mais à Sloutsk. On suppose que c'est précisément à cette époque que sont apparus les nouveaux bastions triangulaires, qui sont aussi visibles sur une gravure de Tomasz Makowski au début du A. A. Metelskii, Метельский А. А. Владельцы старого Несвижа. — Минск: Беларуская Энцыклапедыя імя П. Броўкі, 2011. — С. 75.
Présence suédoise au
En 1706, à l'époque de la grande guerre du Nord, le château et la ville de Niasvij devinrent la cible des visées de Charles XII de Suède, avec l'intention de détruire le pouvoir des riches, qui soutenaient Auguste II de PologneA. M. Boudnik, Будник А. М. Несвижский замок в военных действиях XVII — XX веков // Нясвіжскі палац Радзівілаў: Гісторыя, новыя даследванні. Вопыт стварэння палацавых музейных кампазіцый. — Нясвіж, 2010. — С. 317. Pour organiser la prise de Niasvij intervinrent trois bataillons de dragons sous le commandement du lieutenant-colonel et du major Spens. Mais auparavant, Trautvetter s'occupa des villes de Negnevitchi, de , et de Mir. À cette époque, dans la ville de Niasvij, se trouvaient sous les ordres du colonel (l'écrivain et ethnographe du le dénommait Michalovitch)A. M. Boudnik, Будник А. М. Несвижский замок в военных действиях XVII — XX веков // Нясвіжскі палац Радзівілаў: Гісторыя, новыя даследванні. Вопыт стварэння палацавых музейных кампазіцый. — Нясвіж, 2010. — С. 318. La prise d'assaut de la ville commença le . Après quoi, comme les dragons de Trautvetter avaient fait irruption dans la ville, des combats de rue avaient commencé, et les Suédois obligèrent les cosaques qui s'étaient rassemblés sur la place du marché à reculer. Durant ces échauffourées, 300 cosaques perdirent la vie en même temps que leur colonel.
Environ cinq cents cosaques enfermèrent la communauté des jésuites, tandis que d'autres tiraient sur les Suédois à partir des bâtiments. Comme Trautvetter ne disposait pas d'armes de gros calibre, le seul moyen de venir à bout des occupants cosaques des bâtiments de la ville était d'y mettre le feu volontairement. Du fait de l'absence d'artillerie, l'assaut du château était également impossible. N'ayant pas la possibilité d'occuper le château, Trautvetter se retira vers les forces suédoises principales. Après la , Charles XII avec des forces importantes fondit sur Niasvij. Au début du mois de mai, il n'y avait dans le château que 200 hommes en garnison, parmi lesquels moins d'une centaine de soldats expérimentés. Le château n'en était pas moins bien fortifié, et son commandant Baliman (en l'absence de Charles Stanisław Radziwiłł, il dirigeait la défense du château) avait bien l'intention de défendre le château. Cependant, sous la pression des victimes de la guerre tant du côté des nobles que de la population locale, le commandant proposa sa capitulation à Charles XII. C'était la première fois que le château se rendait dans son histoire.
Les Suédois détruisirent les fossés de défense, firent exploser les fortifications et les bastions, jetèrent 21 canons à l'eau et détruisirent une grande partie des armes. Selon d'autres sources, cependant, les canons furent pour la plupart jetés plus tard dans la rivière , tandis que dans les douves ils ne jetèrent que quelques canons et des armes à feu légères. Peut-être que quelques canons gisent encore au fond des douves ou des étangs. Les meilleurs canons, les Suédois les emportèrent avec eux (un de ceux-ci est encore conservé au musée de l'Armée de Stockholm, mais ils en vendirent quelques-uns à des commerçants juifs locaux pour récupérer le métalA. A. Metelskii, Метельский А. А. Владельцы старого Несвижа. — Минск: Беларуская Энцыклапедыя імя П. Броўкі, 2011. — С. 84{novinki}A. A. Metelskii, Метельский А. А. Владельцы старого Несвижа. — Минск: Беларуская Энцыклапедыя імя П. Броўкі, 2011. — С. 84-85. Les ingénieurs militaires suédois s'occupèrent à détruire les fortifications du château et de la ville durant deux semainesA. M. Boudnik, Будник А. М. Несвижский замок в военных действиях XVII — XX веков // Нясвіжскі палац Радзівілаў: Гісторыя, новыя даследванні. Вопыт стварэння палацавых музейных кампазіцый. — Нясвіж, 2010. — С. 319.
Ce n'est que dans les années 1720 que fut entreprise la restauration du château. En 1758 fut consacrée officiellement la chapelle du château.