Gerhard Johann David von Scharnhorst, né le à Bordenau, aujourd’hui un quartier de Neustadt am Rübenberge dans le Hanovre et mort le à Prague, est un général prussien. Avec le comte August von Gneisenau, il réforma de façon décisive l’armée prussienne en instituant notamment une armée de réserve, qui augmentait notablement l’effectif potentiellement mobilisable. Il abolit en 1807 les châtiments corporels dans l’armée.

Biographie vignette|La maison natale de Scharnhorst dans le village de Bordenau près de Neustadt am Rübenberge.

Débuts dans l’armée de Hanovre Gerhard Scharnhorst était le fils du maréchal des logis Ernst-Wilhelm Scharnhorst, lui-même issu d'une paysanne de Bordenau, et de Wilhelmine Tegtmeyer, fille d’un propriétaire foncier de ce village. Le père de Scharnhorst avait dû mener un procès en succession pour que sa femme hérite des terres de ses parents. La partie adverse était formée de membres de la puissante assemblée provinciale du pays de Calenberg-Grubenhagen. Les terres de Bordenau étaient anoblissantes jusqu’au , mais par la suite elles ne furent plus qu’un bien foncier, de maigre rapport au demeurant. Pour les officiers de la Garde royale de Prusse, l’héritage de Scharnhorst (qui ne fut anobli qu’en 1804), était un sujet de plaisanterie.

Scharnhorst fréquenta à partir de 1773 l’école militaire établie par le comte Wilhelm zu Schaumburg-Lippe sur l'île de Wilhelmstein et fut admis en 1778 comme enseigne dans le régiment de cavalerie hanovrien du général von Estorff. Promu lieutenant d’artillerie en 1782, peu après instructeur à l’École de guerre, il devint enfin capitaine de cavalerie en 1792.

À la tête d’un escadron de cavalerie, il combattit au cours de la Première Coalition de 1793 à 1795 dans les Flandres et les Pays-Bas aux côtés des forces coalisées, et joua un rôle notable dans la défense de Menin.

Au service de la Prusse Promu lieutenant-colonel en 1796 à la fin des hostilités et chargé dès lors de tâches administratives, il s’engage en 1801 dans l’armée prussienne, où il est versé dans l’artillerie en conservant le bénéfice de son grade. Nommé directeur de l’École des cadets d'Infanterie et de cavalerie, son enseignement eut une influence durable dans l'armée prussienne.

Il crée en 1802 la Société militaire de Berlin, vouée à promouvoir une réforme en profondeur de l'armée. Le général Ernst von Rüchel en est le premier président. Anobli en 1804 et promu colonel, von Scharnhorst devient en 1806 chef d’état-major du général von Rüchel, et est affecté ensuite à l'état-major du duc de Brunswick. Il y croise et remarque le déjà brillant intellect de Carl von Clausewitz et devient son mentor.

Malgré une blessure au côté gauche reçue à la bataille d'Iéna, il parvient à se joindre à la retraite du général Gebhard von Blücher vers Lübeck. Fait prisonnier avec Blücher, mais bientôt échangé contre des officiers français en même temps que lui, il prend part à la bataille d'Eylau avec le grade de commandant du train dans le corps de cavalerie du général Anton Wilhelm von L'Estocq.

Après la paix de Tilsit, en , il est nommé chef du Département de la Guerre, chef d'État-major et membre de la Commission de réforme de l'Armée. De concert avec Gneisenau et Boyen, il réorganise l’appareil militaire de fond en comble. : il fait renvoyer les officiers incompétents, supprime les sergents-recruteurs. Il constitue une armée de réserve importante à l’insu des autorités d’occupation françaiseLe traité de Tilsit interdisait à la Prusse de lever une armée sans l'autorisation de Napoléon, et de limiter ses effectifs à . en accélérant au maximum la formation des volontaires (mesure dite du Krümpersystem). En substituant à l’ancienne armée de mercenaires une armée de citoyens volontaires, davantage portés au patriotisme et de mœurs mieux réglées, Scharnhorst préparait la mobilisation d’une armée nationale et la reconquête des territoires allemands. Il fonde l'académie de guerre de Prusse à Berlin en 1810.

Renversement d'alliances

vignette|Le général Scharnhorst, blessé lors de la bataille de Lützen, est évacué sur une civière par ses soldats (illustration de Carl Röchling).

À la demande des autorités françaises, il fut contraint de démissionner « pour la forme » du cabinet de la Guerre en , mais n’en demeura pas moins chef d’État-major et employa le reste de ses loisirs à organiser un corps de sapeurs.

Lorsqu’au début de 1813 les forces russes, poursuivant les débris de la Grande Armée, atteignirent les marches de Silésie, Scharnhorst organisa audacieusement le soulèvement de la Prusse, et le il assistait à Kalisch à la conclusion d’un traité d’alliance avec la RussieS’il n'y a aucun doute que Scharnhorst avait recommandé de signer un traité d’alliance avec la Russie et était favorable à l’institution de la Croix de fer, il est exagéré de voir en lui le principal artisan de ces décisions. La conclusion du traité de Kalisch le est essentiellement l’œuvre du chancelier von Hardenberg.. Il proposa au roi de Prusse l’institution de l’Ordre de la Croix de fer et lorsque la guerre avec la France éclata, il était général de l’armée de Silésie, sous les ordres du général en chef prussien Blücher, avec lequel il partageait le crédo de l’attaque.

Scharnhorst fut blessé d’une balle au genou à la bataille de Lützen () et, faute de soins, mourut de gangrène deux mois plus tard à Prague, alors qu’il était en route pour Vienne, afin de tenter de rallier l’Autriche à la coalition. Son corps fut inhumé au Cimetière des Invalides à Berlin. Le sculpteur Friedrich Tieck réalisa un monument pour son tombeau. Le roi Frédéric-Guillaume III demanda en 1822 à Rauch de dresser sa statue en face de la Garde royale à Berlin. Un autre monument lui est dédié en face de sa maison natale, à Bordenau.

Son œuvre réformatrice est poursuivie par un officier qu'il avait lui-même formé, Job von Witzleben.

Œuvres vignette|Le général Scharnhorst (gravure contemporaine). Handbuch für Offiziere in den angewandten Teilen der Kriegswissenschaften. 3 vol., Hanovre, 1787–90; nouvelle édition augmentée par Hoyer, 1817–20. Militärische Denkwürdigkeiten. 5 vol., Hanovre, 1797–1805.

Militärisches Taschenbuch zum Gebrauch im Felde. Avec une présentation d’Ulrich Marwedel, réimpression de la éd. de 1794, Osnabrück: Biblio Verlag, 1980 (=Bibliotheca Rerum Militarium, XXXI), . Über die Wirkung des Feuergewehrs. Für die Königl. Preußischen Kriegs-Schulen. Réimpression de l'édition de 1813, avec une introduction de Werner Hahlweg, Osnabrück: Biblio Verlag, 1973 (=Bibliotheca Rerum Militarium, XXVI), . . .

Postérité Le fils aîné de Scharnhorst, Wilhelm von Scharnhorst (1786-1854), est inspecteur d’artillerie à Stettin et Coblence, commande l’artillerie en 1849 contre les insurgés en Bade et, après la reddition de Rastatt, est nommé commandant de cette forteresse. Il prend sa retraite en 1850 avec le grade de général d’infanterie et meurt le à Bad Ems. Il avait épousé Agnès von Gneisenau. La lignée des Scharnhorst s’éteint avec la mort de leur fils unique, August von Scharnhorst, décédé le alors qu’il commandait la place de Pillau.

La fille de Gerhard von Scharhorst, Julie, qui épouse le comte Friedrich zu Dohna-Schlobitten en 1809, compte en revanche plusieurs descendants.

Hommages Le nom du général von Scharnhorst a été donné à trois navires de guerre, au célèbre croiseur SMS Scharnhorst, au cuirassé de la Seconde Guerre mondiale, le Scharnhorst, et au sloop britannique (renommé Scharnhorst en 1959).

Il y avait aussi à Dortmund une société minière Scharnhorst ; par ailleurs, un quartier de la ville porte ce nom. L’Allemagne de l’Est avait institué une décoration militaire appelée « l’ordre de Scharnhorst ».

Lorsque la Bundeswehr est créée en 1955, la date du est intentionnellement retenue, en l'honneur des deux cents ans de la naissance du général Scharnhorst. La célébration des deux cent cinquante ans de sa naissance, et celle des cinquante ans de la Bundeswehr ont eu lieu le dans sa ville natale de Bordenau : au cours de la cérémonie, les nouvelles recrues de la Bundeswehr ont prêté serment.

L’ordre de Scharnhorst (Scharnhorst-Orden) était un ordre honorifique de la République démocratique allemande (RDA). Créé le , il constituait la plus haute décoration accordée au sein de la Nationale Volksarmee (NVA).

Notes

Références

Bibliographie

vignette|Mémorial en hommage à Scharnhorst à Unter den Linden, Berlin.

Schweder: Scharnhorsts Leben. Berlin, 1865. : Das Leben des Generals von Scharnhorst. 3 Bde., Leipzig 1869–71. Max Lehmann: Scharnhorst. 2 Bde., Leipzig 1886–87. : "Scharnhorst. Schicksal und Geistige Welt". Wiesbaden: Limes 1952. : "Scharnhorst. Die Reform des preußischen Heeres". Göttingen/Zürich: Muster-Schmidt 1988. [] : Scharnhorst. Soldat, Reformer, Staatsmann. Esslingen: Bechtle Verlag, 2001, . : Gerhard von Scharnhorst. Soldat – Reformer – Wegbereiter. Aachen: Helios-Verlag, 2005, . Mit 85 Abbildungen. Olaf Jessen: Preußens Napoleon? Ernst von Rüchel (1754–1823) Krieg im Zeitalter der Vernunft. Paderborn u. a.: Schöningh Verlag, 2006, . Ralph Thiele: Gerhard von Scharnhorst. Zur Identität der Bundeswehr in der Transformation. Bonn: Bernard & Graefe Verlag, 2006, . : Scharnhorst, Lehrer, Stabsoffizier, Reformer. In: Karl-Heinz Lutz, , Marcus von Salisch (Hrsg.): Reform, Reorganisation, Transformation. Zum Wandel in den deutschen Streitkräften von den preußischen Heeresreformen bis zur Transformation der Bundeswehr. Im Auftrag des Militärgeschichtlichen Forschungsamtes, Oldenbourg, München 2010, , S. 43–64.

: Gerhard von Scharnhorst – preußischer General und Heeresreformer. Studien zu seiner Biographie und Rezeption. Lit, Berlin 2009, . Marcelli Janecki, Handbuch des preußischen Adels, Band 1, 1892, S.518f : Scharnhorst und sein Werk (= . ). Diederichs, Jena 1935. Gothaisches genealogisches Taschenbuch der briefadeligen Häuser, 1910, Vierter Jahrgang, S.678ff Laurenz Demps: Zwischen Mars und Minerva. Wegweiser Invalidenfriedhof, 1998.

Liens externes

Épitaphe de Scharnhorst sur la page d'accueil du Musée du cimetière Invalidenfriedhof.

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