vignette|alt=Photo en noir et blanc de John Lennon et Paul McCartney saluant une foule|John Lennon et Paul McCartney à New York en 1964.
(ou ), ou (ou ) dans leur premier album Please Please Me, est la signature commune de John Lennon et Paul McCartney utilisée pour près de deux cents chansons des Beatles écrites par l'un et/ou l'autre. Cette collaboration, qui s'étend de 1957 à 1969, compte parmi les plus prolifiques et influentes de l'histoire du rock et de la musique du en général. Son succès dans l'industrie discographique reste, à ce jour, inégalé.
Lennon et McCartney, alors âgés respectivement de seize et quinze ans, se rencontrent en et, rapidement, composent ensemble, affinant progressivement leur technique jusqu'à prétendre avoir déjà écrit plus d'une centaine de chansons à l'orée de la carrière discographique des Beatles en 1962. D'un commun accord, ils décident de créditer toutes leurs compositions à leurs deux noms, quel qu'en soit le principal auteur. L'habileté du tandem à écrire des chansons apparemment très simples quoique innovantes et créatives explique la popularité presque instantanée des Beatles. Seulement un an après les débuts du groupe sur le label Parlophone, les chansons du duo sont considérées comme des valeurs sûres. Les deux partenaires, conscients de leur succès, y font allusion lors d'une interview : à la question , ils répondent du tac au tac :
Au fil du temps et des expériences vécues, l'écriture du tandem évolue : leur œuvre s'approfondit et s'enrichit de nombreux éléments, sans même que la cadence de travail ne ralentisse. De 1965 à 1967, défilent l'un après l'autre les albums , , , et la bande originale de , qui confortent les Beatles dans leur position de premier plan sur la scène musicale d'alors. Après les frasques et les innovations de et en matière de composition et d'instrumentation, le groupe effectue un retour aux sources et publie en 1968 un album plus dépouillé, intitulé simplement (mieux connu sous « Album blanc » ou « Double blanc »). L'individualisme de chaque Beatles, Lennon et McCartney compris, est plus marqué malgré le maintien de la signature commune. Des tensions apparaissent au sein du groupe, qui produit deux derniers albums en 1969, et , dans une ambiance plus difficile. Ce dernier est toutefois acclamé comme l'un de leurs meilleurs albums et atteint de nouveaux sommets de vente.
Longtemps après leur séparation, John Lennon et Paul McCartney se sont livrés chacun de leur côté au jeu du « qui a fait quoi ? » sur toutes ces chansons cosignées, se montrant globalement d'accord, sauf à de très rares exceptions, sur ce qui a été composé à 100 % par l'un ou l'autre, à 80–20 %, à 60–40 % ou à 50–50 %. L'assassinat de John Lennon en 1980 a mis fin à une possible reformation des Beatles et du duo, tandis que leur œuvre continue à inspirer les artistes des époques suivantes.
Historique Compositeurs de rock (1957 à 1964) Formation du duo vignette|alt=Façade d'une maison en briques rouges avec une haie d'arbustes au premier plan.|La maison familiale de Paul au 20, Forthlin Road à Liverpool, où les deux adolescents se retrouvent et commencent à composer
Paul McCartney rencontre John Lennon pour la première fois à une fête paroissiale à Woolton, Liverpool, le . Ce dernier s'y produit avec son groupe de skiffle, The Quarrymen. En début de soirée, tandis que le groupe se repose dans une salle proche à grand renfort de bières, McCartney est présenté à Lennon par un ami commun, Ivan Vaughan. Malgré sa jeunesse, McCartney impressionne son aîné lorsqu'il réussit à interpréter à la guitare et au chant plusieurs standards du rock, dont d'Eddie Cochran. Peu après, McCartney rejoint les Quarrymen. Leur amitié prend un nouveau tour en 1958, lorsque la mère de Lennon, Julia, meurt accidentellement. McCartney a en effet perdu la sienne deux ans auparavant et ce point commun renforce le lien qui unit les deux garçons.
Dès les premiers temps de leur amitié, les deux jeunes musiciens se retrouvent chez l'un ou chez l'autre pour écouter les disques de leurs idoles américaines du rock 'n' roll (Elvis Presley pour commencer, mais également Chuck Berry, Buddy Holly, Little Richard, Gene Vincent et bien d'autres, sans oublier le blues noir américain), essayer d'en apprendre les accords et les paroles, et discuter. Sur l'initiative de McCartney, qui ébauche des chansons depuis sa jeunesse, ils finissent par commencer à en composer eux-mêmes, assis face à face avec leurs guitares. Rapidement, ils consignent quelques-uns de ces titres dans leurs cahiers d'écolier avec la mention « ». Tous deux composent dans de longs échanges où chacun rebondit sur une idée de l'autre pour améliorer la chanson, jusqu'à ce qu'elle prenne forme. Pendant un temps cependant, ces compositions maison (qu'ils appelleront leurs ) ne semblent jamais devoir sortir de leurs cahiers. Évoquant , une de leurs toutes premières chansons et une des dernières à être publiées, Paul McCartney raconte :
Ce n'est cependant que vers la fin de l'époque des concerts des Beatles à Hambourg, en 1960 et 1961, que le groupe commence à interpréter régulièrement des compositions originales autant que des reprises. Lorsqu'ils auditionnent devant George Martin pour être engagés par le label EMI, le , ces chansons appartiennent désormais à leur propre répertoire, et ils n'hésitent pas à interpréter trois de leurs compositions personnelles. L'affirmation décisive vient en septembre, lors de l'enregistrement du premier single du groupe : George Martin veut en effet leur faire publier une reprise de la chanson de Mitch Murray, mais Lennon et McCartney font pression pour enregistrer une des leurs à la place, . Martin accepte, et la chanson devient le premier single des Beatles : ceux-ci ne publieront jamais de reprises sur single.
La dominante Lennon vignette|gauche|alt=Photo en noir et blanc de trois hommes en costumes jouant de la guitare et chantant debout.|Paul McCartney et John Lennon encadrent George Harrison lors d'un passage télévisé aux Pays-Bas, le 5 juin 1964.
C'est durant les deux premières années de studio des Beatles que le partenariat Lennon/McCartney est le plus intense. Il donne lieu à de nombreuses chansons composées à quatre mains, notamment pour des singles tels que , ou . Cette époque marque également le temps fort du système où l'un et l'autre sont capables de se pousser et de s'améliorer ; Lennon propose ainsi à McCartney de remplacer une expression cliché sur , et ainsi de suite. À propos de , le premier américain du tandem, Lennon note d'ailleurs : . Durant cette période, où les chansons traitent toutes d'amour, Lennon fait souvent figure de meneur. Si McCartney est l'auteur de plusieurs chansons notables de l'époque, son aîné domine clairement numériquement : le paroxysme est atteint en la matière avec l'album , où Lennon est directement à l'origine de dix de ses treize chansons. De même, Lennon est alors le plus innovant dans ses textes, notamment avec et , ses premières chansons introspectives.
Cette époque voit également la domination de Lennon s'illustrer à un autre sujet : l'ordre d'attribution des crédits. Dès le début, il a été décidé que chaque chanson de l'un ou de l'autre serait signée de leurs deux noms, comme l'explique McCartney : Si ce point est acquis, une question épineuse reste posée : dans quel ordre placer les noms ? Les deux faces du premier single, / sont créditées Lennon/McCartney bien que ce dernier soit l'auteur principal des deux titres. Ensuite, la signature McCartney/Lennon est utilisée pour les deux prochains singles du groupe et pour , leur premier album. Il est cependant décidé, à partir du single , d'inverser l'ordre des deux noms, la consonance « Lennon/McCartney » paraissant plus commerciale. À partir de l'été 1963, Lennon prend donc la priorité du crédit avec l'aval du reste du groupe et du manager Brian Epstein.
Évolution artistique marquée (1965 à 1967) Le tournant de 1965 1965 est une année charnière pour les Beatles, puisqu'en deux albums, et , ils passent d'un pop rock traditionnel, où les sujets de leurs compositions sont exclusivement les filles et l'amour, à un style qui s'écarte de plus en plus des recettes établies du genre, avec des morceaux faisant appel à des instruments inédits dans les productions musicales de leur époque, tout en faisant évoluer les techniques d'enregistrement en studio. McCartney prend une place de plus en plus importante au sein du groupe et s'intéresse nettement plus aux techniques d'enregistrement que son partenaire, orienté vers la musique elle-même. L'influence de Bob Dylan se ressent nettement sur les compositions de Lennon à cette époque (, ). Par ailleurs, toutes les productions de la Motown, celles de Phil Spector et les recherches harmoniques et musicales des Beach Boys n'échappent pas aux oreilles des compositeurs, particulièrement pour McCartney, que l'on voit évoluer avec un transistor collé à l'oreille lors de la première visite des Beatles aux États-Unis en 1964 « », en huit parties. Visionné le 18 décembre 2012.. Lennon domine certes, encore, le premier album de cette nouvelle année 1965 du point de vue des , mais McCartney marque une rupture avec les Beatles en composant , qu'il écrit et enregistre seul à la guitare acoustique et au chant, accompagné par un quatuor à cordes. Cette première intrusion philharmonique dans la musique du groupe ouvre la porte à de nombreuses réalisations futures. reste cependant créditée « Lennon/McCartney » par souci de cohésion au sein du groupe.
Avec l'album suivant, , les deux compositeurs poursuivent leur dynamique d'émulation tout en conservant un niveau équivalent. Au quotidien ou quasiment, l'un arrive avec une idée de chanson, l'autre la complète avec des paroles ou une idée musicale supplémentaire. , note à cette époque Paul McCartney. Leur style s'étoffe et les critiques musicaux commencent à les considérer comme des artistes à part entière. Leur équilibre apparaît notamment dans une nouvelle chanson composée collectivement, Drive My Car, et trouve son apogée avec la sortie d'un des singles de l'année. Lorsque John Lennon présente , McCartney répond avec , où d'ailleurs, dans les deux cas, l'un a prêté son concours à l'autre pour compléter la chanson. Le groupe ne parvient alors pas à décider laquelle de ces deux dernières chansons mérite le plus d'être mise en valeur sur la face A du single, et invente le concept inédit de : les deux chansons sont d'égale importance sur le single.
Les Beatles sont initiés à la marijuana par Bob Dylan lors de leur tournée américaine de l'été 1964 et en 1965, c'est à grand renfort de joints qu'ils composent, enregistrent, donnent des concerts et tournent le film . Cette même année, John Lennon et George Harrison prennent pour la première fois, et à leur insu, du LSD : Lennon en devient dès lors un consommateur régulier, davantage que les autres Beatles. Ces substances psychotropes vont avoir une influence notable sur les compositions du duo.
Les expériences psychédéliques vignette|alt=Photo en noir et blanc de 4 hommes : un assis et deux debout avec chacun une guitare, le dernier debout sans instrument|George Harrison, Paul McCartney et John Lennon au travail avec George Martin en 1964, pendant la réalisation de Beatles For Sale.
En 1966, le spectre des influences à l'origine du langage musical des Beatles s'élargit. L'univers de la musique indienne en fait partie, à travers la passion développée à son endroit par George Harrison, mais aussi l'art d'avant-garde et la musique contemporaine (Karlheinz Stockhausen, John Cage, etc.), auxquels Paul McCartney porte un grand intérêt.