La psychologie du travail et des organisations (autrefois dite psychologie industrielle) est une branche de la psychologie qui s'intéresse aux phénomènes psychiques et aux comportements des individus au travail. Plus concrètement, la psychologie du travail se préoccupe de questions telles que la santé et le bien-être au travail, l'accompagnement professionnel des salariés ainsi que les nouvelles formes de travail et nouveaux modèles d'activité apparus à la suite d'évolutions sociétales récentes.

La psychologie du travail et des organisations, par son objet d'étude très large et de nature interdisciplinaire, puise également parmi les connaissances développées par d'autres disciplines comme la psychologie sociale, la psychologie du conseil et de l'orientation, la sociologie des organisations, la psychologie existentielle, l'ergonomie, la psychologie de la santé, les sciences de gestion, la psychologie clinique et pathologique, l'approche systémique, la médecine du travail, le droit du travail et l'économie du travail.

Histoire L'histoire de la psychologie du travail peut être divisée en plusieurs grandes périodes : de 1910 jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, de 1950 aux et depuis la fin des à nos jours. Il faut bien sûr noter une certaine subjectivité dans ces choix de découpages historiques, qui varient quelque peu selon les auteurs français et diffèrent naturellement selon les pays. Certains auteurs, tels que Yves Clot dans Les Histoires de la psychologie du travailClot, Y. (1996). Les histoires de la psychologie du travail: approche pluri-disciplinaire. Octarès Editions., privilégient même une approche non-chronologique, considérant que la diversité de la discipline est mieux retranscrite à travers la description de multiples histoires parallèles.

1910—1945 Débuts de la psychologie industrielle vignette|droite|Article de 1908 dédié aux travaux sur la fatigue d'Armand Imbert.

Les origines de la psychologie du travail remontent au tout début de la psychologie en tant que science quand Wilhelm Wundt a fondé un des premiers laboratoires de psychologie en 1879 à Leipzig, en Allemagne. Au milieu des , Wundt a formé deux psychologues, Hugo Münsterberg et James McKeen Cattell, qui ont chacun exercé une influence majeure sur l’émergence de la discipline. Sont également notables les travaux de Walter Dill Scott et Walter Vandyke Bingham.. Münsterberg, en particulier, est considéré comme le fondateur de la psychologie expérimentale appliquée au monde industriel. Il publie en 1913. Quelques années plus tard, en 1917, est créée l'association internationale de psychologie appliquée (IAAP) dont la première division est celle de la psychologie industrielle. Aux États-Unis, la psychologie du travail et des organisations est d'ailleurs appelée Psychologie industrielle et organisationnelle encore aujourd'hui.

À la fin du , un nouveau projet émerge en France, les sciences du travail. Bien que le nom n'est pas sans rappeler l'Organisation Scientifique du Travail plébiscité par Frederick Taylor, ce projet voit le jour indépendamment de celui-ci, ses écrits n'étant diffusés en France qu'à partir de 1913.. Il s'agit d'un projet éminemment social dont le but est de faire reculer, grâce à la science, les différentes formes de pathologies sociales que produit déjà le libéralisme (accidents, maladies) au travail. Mais aussi de pouvoir régler des conflits entre patrons et ouvriers par arbitrage scientifique. L'expression de sciences du travail recouvre une variété de disciplines appelées de nos jours ergonomie, psychologie du travail et physiologie du travail.

Les figures notables de ce mouvement sont notamment Armand Imbert (1850-1922), Jean-Maurice Lahy (1872 -1943) et Jules Amar (1879-1935). Tous trois ont réalisé des études sur terrain de 1910 à 1914 à la demande du Ministère du Travail.

L'objectif des sciences du travail est l'optimisation de chaque force productive en s'inspirant de la thermodynamique, en tenant compte des lois de régénération et d'équilibre (âge, aptitudes) et non le rendement maximum à court terme (maximisation) sous le seul angle de la force physique de l'ouvrier aux États-Unis. Alors que le taylorisme est plus proche d’une idéologie eugéniste et darwiniste (qui ne tend qu’à retenir les meilleurs travailleurs), la science psychophysiologique française revêt davantage le caractère d’un hygiénisme, en s’adaptant aux forces et faiblesses préexistantes au sein de la main d’œuvre disponible. Cette différence s'explique notamment par un déclin démographique de la France, qui se retrouve avec une main d'œuvre plus âgée qui nécessite des ajustements afin de pouvoir continuer à être efficace, alors même que les États-Unis font face à de flux importants d'immigration.

D'ailleurs, les psychophysiologues français ne furent pas convaincu par l'approche et la méthodologie de Taylor, qui leur semblait-il servait davantage les intérêts des patrons que ceux des ouvriers. Certains émirent même des critiques frontales tel que Lahy « il ne fait intervenir à aucun moment les données de la psychologie expérimentale qui, selon nous, est appelée à jouer l’un des premiers rôles dans la résolution du problème ». C'est également Lahy qui est à l'origine de la création en 1924 du premier laboratoire français de psychotechnique, à la Société des transports en commun de la région parisienne (STCRP), qui a pour but la sélection des travailleurs. Il s'agit de faire privilégier la science plutôt que l'arbitraire patronal. Pourtant, la popularité croissante de la doctrine taylorienne à partir des couplé avec les difficultés théoriques que rencontre les sciences du travail (l'incapacité à mesurer la fatigue de manière satisfaisante) débouche dans l'abandon du paradigme. Pendant l'entre-deux-guerres, la psychotechnique est ce qui permettra de maintenir le flambeau de la science du travail en France. Cependant, après la seconde guerre mondiale, la science psychophysiologique du travail réapparaît sous le nom d'ergonomieThomas Le Bianic et François Vatin, « Armand Imbert (1850-1922), la science du travail et la paix sociale », Travail et Emploi, , juillet-septembre 2007..

Entre-deux-guerres vignette|gauche|alt=Hawthorne, Illinois Works of the Western Electric Company, 1925.

L'étude à l'origine de l'école des relations humaines est celle conduite par le psycho-sociologue australien Elton Mayo à l'Usine Western Electric de Cicero. L’étude menée entre 1924 et 1932, que Mayo rejoint en 1927, avait pour but d’étudier les variables influençant la productivité des employés, en manipulant notamment les conditions de travail telles que la luminosité et la fréquence de pauses sur un groupe étudié. Mais peu importe le changement des conditions de travail (en mieux ou en pire) la productivité du groupe étudié était plus élevé comparé au reste des employés. À la suite d'entretiens conduits auprès de certains des employés, Mayo conclut que l'augmentation de la productivité et de la satisfaction au travail est due à l'attention accrue que ceux-ci ont reçue et non pas seulement aux conditions de travail. Les entretiens qu'il conduisait n'était pas de simples sondages d'attitudes mais des explorations psychologiques poussées, avec une approche inspirée par celle que Piaget avait durant ses entretiens avec des enfants. Ce protocole d'entretien qu'il menait auprès de ses employés avait un tel impact positif sur la productivité qu'il fut ensuite enseigné à des superviseurs de travail et utilisé dans l'ensemble de l'usine. Mayo a estimé que cela a permis d'augmenter la productivité de l'usine de 30 à 40 %. À la fin des , le protocole d'entretien Western Electric a fait des émules dans plusieurs autres industries et organisations. L’école des relations humaines place l’humain, les rapports entre le patronat et les ouvriers ainsi que les dynamiques de groupe au centre de l’analyse du travail, ce qui va fortement à l’encontre du taylorisme, conception toujours dominante de l’époque.

Dans les , à la suite des travaux d’Abraham Maslow (1943) du pyramide des besoins (un modèle hiérarchique des cinq types de besoins) émerge le néo courant des relations humains. Celui-ci s’intéresse tout particulièrement à ce qui motive les travailleurs ainsi que l’importance de l’auto-actualisation. Les auteurs principaux du courant Maslow, Chris Argyris, Rensis Likert, Clayton Alderfer (Théorie ERG), Douglas McGregor ( Théorie X et théorie Y) critiquent le management classique des entreprises de l’époque en lui reprochant de ne pas prendre en considération les besoins individuels des employés..

En 1954, Maslow révise sa pyramide pour ajouter au sommet de cette pyramide deux autres besoins : le besoin de connaissance et le besoin d’esthétisme. En parallèle, Douglas Mac Gregor approfondit le « développement organisationnel » de Kurt Lewin dans son ouvrage de référence « » (), publié en 1960.

Impact de la Seconde Guerre mondiale La Seconde Guerre mondiale a donné un élan important à la psychologie du travail, en particulier aux États-Unis, amenant un recours fréquent aux tests d'intelligence et d'aptitudes lors de la sélection du personnel de l'armée. Le psychologue Walter Van Dyke Bingham (1880-1952) nommé à la tête du comité de la classification du personnel a développé avec ses collègues lArmy General Classification Test (Test général de classement pour l'armée).. En France également, la Seconde Guerre Mondiale a permis à la psychologie appliquée de .

1950–années 1970 Dans le début des , le contexte marqué par le plein emploi et la recherche de la productivité amène une demande sociale du classement. La psychotechnique, ayant fait ses preuves pendant la Seconde Guerre Mondiale, est donc massivement utilisée par les entreprises publiques et les services de sélection du ministère du Travail. En 1953, le diplôme d'État de psychotechnicien voit le jour.

À partir des , émerge le mouvement de en France, mené principalement par les psychiatres Paul Sivadon (1907-1992) et Louis Le Guillant (1900-1968) et le psychiatre, médecin du travail et ancien directeur de recherche à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, Claude Veil (1920-1999).. Tous trois considèrent le rôle du travail dans le trouble des émergences psychiques. Veil est d'ailleurs celui qui décrit pour la première fois en France, en 1959 le syndrome d'épuisement professionnel (souvent dénommé par l'anglicisme )Rapport du 16 février 2016, Le burn-out, J.-P. Olié et P. Légeron, Académie nationale de médecine.. Le Guillant, quant à lui, décrit en 1963, les Incidences psychopathologiques de la condition de la bonne à tout faire et évoque le concept de ressentiment lié à la condition sociale qui s'observe non seulement au travail mais de manière générale dans les rapports sociaux.

Malgré des objectifs en commun, Veil se distingue de Sivadon et Le Guillant, dans sa conception de qu'il souhaite mêler avec les apports de la psychanalyse et de la phénoménologie. Ce référentiel théorique s'observe dans ces interprétations des phénomènes du travail. Par exemple, il explique l'absentéisme des salariés comme une défense plus ou moins consciente contre l'insatisfaction des conditions de travail.

Depuis la fin années 1970 Les changements qui s'opèrent au sein de la discipline peuvent s'observer dans l'évolution de son curriculum dans l'enseignement supérieur. L'ingénieur Pierre Goguelin, nommé à la tête de l'enseignement de la psychologie du travail au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) en 1970, ne souhaite pas enfermer la discipline dans . Cependant, il souhaite maintenir un équilibre entre les champs d'étude initiaux de la psychologie du travail (la sélection et l'orientation) et de nouveaux thèmes tels que le et la . Mais la tentative de concilier les deux ne cachent pas la crise identitaire que traverse la discipline entre le paradigme positiviste de la psychotechnique et la nouvelle orientation plus psychosociologique.