L'insularité est l'ensemble des caractéristiques qui donnent à un territoire et à sa population tout ou partie des traits typiques d'une île en ce qu'elle est relativement isolée. Domaines d'étude Développée dès le , cette notion est devenue un concept utilisé principalement en géographie, mais également en démographie, biologie, anthropologie, histoire, économie, littérature ou encore histoire.
En géographie, l’insularité est perçue soit comme un objet disciplinaire (au même titre que la montagne par exemple), soit comme l’élément clé de la problématique propre et commune aux îles. Les limites spatiales naturelles ont l'intérêt d'éviter au chercheur l'arbitraire d'un découpage de son objet d'étude, et facilitent les collaborations sur cette base plus consensuelle. La dimension d’insularité offre ainsi, notamment aux géographes, un laboratoire d’étude. Dans cette thématique, la notion de frontière détermine les configurations géopolitiques, et joue le rôle de « marqueur différenciant de l’identité insulaire ».
Les historiens étudient également l'insularité et son rôle dans des sociétés du passé, par exemple dans l'Antiquité ou dans le monde romain. L'insularité est également abordée par la science politique. De manière générale, ce concept est de plus en plus étudié par les sciences sociales dans une approche multidisciplinaire.
En biologie, les îles ont représenté un laboratoire d’étude important. La faune et la flore qui y résident ont notamment été l'objet d'études de nombreux scientifiques, comme Charles Darwin. L'insularité présente en effet une altération des phénomènes biologiques continentaux. Les îles ont par exemple des caractéristiques d’évolution, comme l'accélération de certains mécanismes ou des modes de reproductions différents, chez les insectes notamment. Les espèces vivant sur une île sont en général moins diversifiées génétiquement du fait de l'isolement et la densité est plus élevée car les prédateurs sont souvent moins nombreux.
Définition vignette|L'insularité désigne les caractéristiques propres à une île et à sa population. Ce concept polysémique est travaillé aussi bien par la géographie, l'économie, la biologie ou la littérature. Le Dictionnaire de l'Académie française définit l’insularité comme étant la . De manière simplifiée, une île désigne une terre émergée entourée d’eau qui se différencie du continent principalement par sa petite taille. Insularité, îléité, insularisme En géographie, l’insularité est le caractère isolé d’un espace ou d’un territoire incarné par la notion d'« île ». Cet isolement peut être une cause ou un effet selon que l’objet en question est isolé (forme passive de l’isolement) ou s'il s’est isolé (forme active de l’isolement)Phillippe Gutton, L’insularité. In: Revue Adolescence, p. 907.article disponible sur Cairn.info.
Cette notion ne doit pas être confondue avec « îléité » (le système de représentation centré autour d’une île, déterminant l’espace perçu et vécu d’un individu) et « insularisme » (la tendance d’un peuple insulaire à se renfermer sur lui-même).
À défaut de parler d’« île », notion difficile à définir, les chercheurs parlent en général d’insularité. Ce concept est complexe et sa définition est souvent donnée par l’élaboration de ses limites. Même si elles sont très différentes, les îles ont des particularités géographiques communes, notamment une situation géographique de discontinuité entre la terre et la mer. Lorsque l’on parle d’insularité, il faut prendre en compte les notions d’enclavement, de périphéries, de contiguïté, de connexité et d'isolement. Ce sont ces particularités, en comparaison aux territoires continentaux, qui font des îles des objets d'étude spécifiques.
Définitions d'une île Il existe de nombreuses approches de l'île et de l'insularité, variant selon les acteurs et les enjeux :
Définition de l'ONU : une île est « une étendue naturelle de terre entourée d’eau qui reste découverte à marée haute ». Définition selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement : « les États en développement présentant une population de moins de et parfois moins d'un million ainsi qu’une superficie de moins de et parfois supérieure à ». Ces données sont basées sur le concept de viabilité économique, c’est-à-dire sur la capacité d’un État à être fonctionnel d’un point de vue économique. Définition d'Eurostat : « une île est une terre d’au moins de superficie, habitée en permanence par une population statistiquement significative (supérieure à 50 habitants), non reliée au continent par des dispositifs permanents, séparée du continent européen par une étendue d’eau d’au moins , ne comprenant pas une des capitales d’un État membre ».
De nombreuses définitions ont tenté de cadrer les termes d'île et d'insularité dans des limites (superficies, nombre d'habitants, etc.), mais la diversité de ces approches donnent un caractère flou à la définition. La difficulté d'établir des critères généraux de l’insularité constitue un obstacle à l'élaboration d'une définition universelle.
Caractéristiques géomorphologiques et perception des îles Il existe de nombreux phénomènes naturels propres aux îles. Cependant, on ne saurait prétendre à une quelconque influence des caractéristiques des îles sur l’être humain, sans tomber dans le déterminisme. Stéphane Gombaud le résume ainsi : . Ainsi, l'insularité est un d'une île.
De même, certaines îles isolées ou bien semblent « perdues » au milieu de l'océan. , explique Stéphane Gombaud.
Françoise Péron se base en 1993 sur le sentiment que ressent la population d'habiter un territoire clos, comme élément caractérisant l’insularité (citée par ). Les revendications identitaires liées au sentiment d'appartenance au territoire sont en effet courantes sur les îles. Pour elle, l’insularité serait à concevoir comme un système plutôt qu’une caractéristique territoriale. Cependant, les facteurs influençant ce système restent difficiles à définir, à commencer par celui de la taille et du niveau d’isolement significatif. Pour Philippe Pelletier, qui a notamment travaillé sur la situation insulaire du Japon, l'insularité est .
Le terme insularité caractérise également les populations habitant les îles. Jean Pierre Castelain évoque différents complexes d'opposition auxquels les îles auraient tendance à être soumises. Parmi ceux-ci, les querelles sous-jacentes qui demeurent entre les « néo-insulaires » et les « authentiques ». Les premiers habitants seraient des « authentiques » insulaires car vivant sur le territoire avant la Seconde Guerre mondiale, alors que les seconds sont appelés « néo-insulaires » du fait de leur arrivée plus tardive dans les îles, en lien notamment avec la croissance économique de ces dernières.
Histoire du concept
Premières études ( siècle) Les îles sont d'abord étudiées par les naturalistes du , comme Alfred Russel Wallace ou Charles Darwin qui élabore la théorie de l'évolution à partir de l'étude de la flore et la faune endémique des Galápagos : il s'agit de mettre en évidence les caractéristiques propres aux espèces animales et végétales qui vivent sur une île. Par la suite, un glissement s'opère vers l'étude des populations humaines insulaires, qui partageraient des caractéristiques communes du fait de vivre sur une île.
Pendant longtemps, l'île a été considérée comme un espace , à l'abri des influences extérieures. Dans cette vision, l'insularité a donc des conséquences directes sur le mode de vie des habitants et leur supposée authenticité (ou bien, dans la perspective inverse, leur retard). Pour les géographes occidentaux du , l'insularité est alors un facteur explicatif de l'archaïsme supposé des populations (par exemple, chez Emmanuel de Martonne dans ses Principes de Géographie humaine, 1921).
Pour Élisée Reclus (1830-1905), au contraire, l'insularité a une influence sur la vie des habitants, mais ce n'est pas un facteur monolithique : .
Par la suite, sous l'influence de la colonisation européenne, la géographie reconsidère les îles en potentiels territoires à coloniser et à mettre en valeur économiquement. Les contraintes insulaires sont vues comme des obstacles dont il est possible de s'affranchir à travers de grands travaux d'aménagement. La colonisation des îles permettrait ainsi aux autochtones de les libérer des conditions naturelles insulaires pour s'ouvrir à la civilisation.
La critique du déterminisme insulaire En 1922, Lucien Febvre critique le déterminisme géographique à propos des îles. Suivant une démarche possibiliste, il affirme : . L'insularité ne peut donc pas déterminer la psychologie des individus qui y résident. L'insularité est un cadre, mais qui est modelé par l'action humaine. Les îles sont également déterminées, pour Febvre, par les frontières politiques.
En 1936, Jules Blache poursuit la critique du déterminisme sur l'insularité, en soulignant la grande diversité des situations insulaires. Néanmoins, il souligne deux éléments caractéristiques de l'insularité. D'un côté, l'isolement entraîne l'apparition de caractéristiques uniques sur une île : langue, traditions, démographie (île très peuplée ou au contraire vide) : . Cela rapproche l'insularité humaine de l'insularité biologique (endémisme des espèces). De l'autre côté, la mer est une route qui favorise les passages et les échanges (culturels, commerciaux, guerriers) : les îles peuvent devenir des carrefours stratégiques, être envahies par des ennemis ou prisées des touristes. Pour Jules Blache, ces contacts maritimes favorisent la civilisation et les transformations économiques rapides. L'insularité est donc caractérisée par la combinaison de ces deux tendances : la mer isole autant qu'elle relie. Blache conclut ainsi : .
Réactualisation de la notion La notion d’insularité a été développée par les sciences sociales dans les années 1960 à la suite des particularités qui ressortaient de l'étude de ces lieux. Cette notion est à l’époque basée sur l’idée qu'une île était une terre isolée par rapport au continent. Cette idée est à présent réactualisée à la suite du développement des NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication). En effet, les réseaux de communication, de transports et d'échanges marchands s'étant considérablement développés, la distance géographique ne constitue plus un obstacle significatif au bon fonctionnement des îles.
Avant la généralisation des transports et des communications, les îles étaient des espaces de fermeture et de contrainte où la population vivait en autarcie et était de ce fait souvent pauvre car dépendante des récoltes annuelles. Les îles étaient de petits territoires organisés à l'échelle locale. Les aménagements territoriaux étaient complexes afin d’exploiter au mieux chaque ressource dont notamment l'eau, le sol et la lumière. Ces îles ont cependant toujours été intégrées dans les systèmes économiques, principalement en raison de leur utilité dans les secteurs de la production et des transports.
Typologie Divers indices basés sur la taille de la population, la longueur des côtes par rapport à la surface du territoire ou encore la distance de l’île au territoire continental le plus proche ont été élaborés pour mesurer le degré d’insularitéInsularité et isolement – Économie des petites îles : le cas des Antilles françaises sur le blog d'un Ingénieur-Entrepreneur Antillais.
La définition des petits espaces insulaires par François Taglioni est donnée comme suit : « des terres entourées d’eau de tous côtés, d’un seul tenant, dont la superficie est inférieure à et la population inférieure à 1,5 million d’habitants ».